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interviewFrance Inter (sur YouTube)· 27 août 2025 10 min

Gabriel Attal : "Nous voterons la confiance au gouvernement le 8 septembre prochain"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, la grande matinale. Il est 7h48, Benjamin Duhamel, votre invité, est ancien Premier ministre et président du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée Nationale. Bonjour Gabriel Attal. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter et d'avoir choisi cette antenne pour votre première réaction après la conférence de presse de François Bayrou, deux jours après l'annonce d'un vote de confiance par le Premier ministre. Le bilan est le suivant, opposition qui s'apprête à le renverser, fébrilité des marchés financiers, le pari s'est transformé en fiasco, Gabriel Attal.

0:33
Gabriel Attal

J'ai tenu hier à réunir les députés de mon groupe et le bureau exécutif de Renaissance pour faire un point sur la situation politique. Le Premier ministre a décidé, vous le savez, vous venez de le rappeler, le 8 septembre prochain, de demander à l'Assemblée Nationale un vote de confiance. Avec mon groupe, on s'est toujours placé, et parfois c'était difficile, y compris du point de vue de certaines de nos convictions, dans la logique de chercher le plus de stabilité possible pour le pays, ce qui n'est jamais totalement évident. Et donc de manière unanime et sans ambiguïté, évidemment que nous voterons la confiance au gouvernement le 8 septembre prochain.

Ce qui ne veut pas dire qu'on est d'accord avec l'intégralité de la copie budgétaire qui avait été présentée. Mais ce qui veut dire que précisément, on pense qu'il y a encore une marge de manœuvre possible pour discuter du fond de ce budget.

1:20
Présentateur

On va en parler dans un instant, Gabriel Attal, simplement vous dites, on a toujours été du côté du choix de la stabilité. Faire ce coup de dés, demander un vote de confiance le 8 septembre, c'est faire le choix de la stabilité. Est-ce que ce n'est pas plutôt faire une sorte de pari, un coup de poker sur son avenir politique personnel ? Il a vraiment fait le choix de la responsabilité, François Bayrou ?

1:37
Gabriel Attal

Là vous interrogez, vous m'interrogez, je suis président d'un groupe parlementaire, vous connaissez les institutions, c'est le Premier ministre qui décide de demander un vote de confiance à l'Assemblée nationale. Moi j'ai été Premier ministre, j'ai été à la place de François Bayrou, donc je ne vais pas être celui qui lui fait la leçon au micro. Il est en plus Premier ministre dans une situation qui est, je crois, encore plus complexe que celle que j'ai eu à affronter, puisqu'il n'y a aucune majorité aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Maintenant, cette décision, elle est prise, elle est là.

On peut ergoter sur est-ce qu'il fallait la prendre ou pas, elle est là et il y a un moment où il va falloir se positionner, c'est le 8 septembre, avec les députés de mon groupe. Et après en avoir échangé hier avec le bureau exécutif de Renaissance, évidemment qu'on se prononcera pour chercher la stabilité pour le pays. Ce qui ne veut pas dire que le moment qu'on traverse n'interroge pas profondément notre modèle et la réponse qu'on doit lui apporter, beaucoup plus profonde d'ailleurs, que les sujets dont on discute aujourd'hui.

2:27
Présentateur

Les auditeurs auront entendu votre enthousiasme quant à ce vote de confiance le 8 septembre. Hier, on a entendu François Bayrou faire cet appel. Au fond, le 8 septembre, c'est le chaos ou la responsabilité. Donc, tous ceux qui s'apprêtent à voter contre la confiance sont des irresponsables, c'est ça ?

2:45
Gabriel Attal

Moi, je dirais que le moment qu'on traverse et la décision du Premier ministre, elle est le symptôme, ils sont le symptôme, d'une forme de décalage dans notre modèle. On veut faire tourner le pays de 2025 avec un modèle issu de 1945, alors que tout a changé. La démographie n'est plus la même, on a une population qui vieillit, on a moins de naissances. L'économie ne peut plus être la même, on a l'intelligence artificielle qui est en train de tout révolutionner. La situation climatique n'est pas la même. Et donc, le moteur France est en surchauffe. Et pourquoi est-ce que le budget, chaque année, devient l'épicentre d'un tremblement de terre politique ?

Parce que c'est le moment où on voit le plus le décalage entre notre modèle et la réalité du pays. Et donc, pour moi, pour vous répondre la question du 8 septembre, c'est pas de savoir le chaos ou pas le chaos, c'est même pas de savoir le gouvernement de François Bayrou, stop ou encore. C'est de savoir si on est un certain nombre à partager ce constat. Pas toutes les solutions, mais est-ce qu'on est d'accord pour partager ce constat, qu'on a un modèle qui est dépassé, qu'il faut apporter des réponses nouvelles et qu'on peut en discuter ensemble ? Moi, je ne veux pas me résoudre à ce que ça ne soit pas possible.

Je ne considère pas qu'on est élu député, que mes concitoyens m'aient élu député, pour rester assis sur mon siège, les bras croisés, regarder les gouvernements chuter les uns après les autres, alors que le monde est totalement instable. Je cherche des solutions.

3:55
Présentateur

Gabriel Natal, vous dites « je n'ai pas été élu pour rester sur mon siège ». Est-ce que ça veut dire que vous considérez qu'il y a encore un chemin, une marge de manœuvre pour éviter que le gouvernement ne tombe le 8 septembre, peut-être, des concessions aux socialistes ? Est-ce qu'il y a un chemin pour négocier ? Et est-ce qu'il faut que François Bayrou prenne davantage ce chemin ?

4:15
Gabriel Attal

Il y a toujours un chemin. Le vote, il est le 8 septembre. Et en tout cas, moi, ce que je vous dis, et c'est ce qu'on veut faire avec les députés de mon groupe, c'est qu'on veut se battre. Et on veut évidemment tendre la main. J'ai eu un certain nombre de responsables politiques au téléphone ces dernières heures. J'en aurais d'autres dans les heures à venir. Évidemment qu'il faut discuter. Évidemment qu'il faut parler.

4:31
Présentateur

Il le fait suffisamment, François Bayrou, ou pas ?

4:34
Gabriel Attal

Il a dit qu'il allait aller chercher les voix les unes après les autres. Donc, il faut qu'on s'y mette tous. Voilà.

4:40
Présentateur

Mais il a suffisamment tendu la main cet été, discuté avec les socialistes ?

4:43
Gabriel Attal

Alors une fois, moi, ce que je vous dis, c'est que vous savez, j'ai été à sa place. J'ai été Premier ministre. C'est très désagréable quand vous avez des gens qui vous ont précédé, qui viennent vous faire la leçon dans un micro, alors même que vous ne faites pas face à la même situation qu'à l'époque où ils étaient aux responsabilités. Moi, je suis là pour vous parler de nous, c'est-à-dire Renaissance, les députés du groupe Ensemble pour la République. Évidemment qu'on va se battre pour la stabilité du pays en votant le 8 septembre. Mais on va se battre aussi, Benjamin Duhamel, pour que le pays ait un budget. Parce qu'il y a deux échéances. Il y a le 8 septembre et ce vote de confiance.

Et il y a le 31 décembre, date à laquelle il faut que la France ait un budget. On a du temps pour en discuter, pour en suivre des ponts.

5:17
Présentateur

Pour être très précis sur d'éventuelles concessions, négociations. Est-ce qu'on a entendu hier François Bayrou ouvrir la porte à une contribution sur les plus fortunés ? Est-ce que vous seriez prêt au fond à rompre ce tabou macroniste et aller plus loin sur le fait de faire contribuer les plus riches ? Est-ce que vous dites à François Bayrou, pour faire baisser la pression, il faut lâcher sur les deux jours fériés supprimés ? Est-ce que vous êtes prêt à ce type de concession ?

5:42
Gabriel Attal

Ce à quoi je suis prêt, c'est qu'on se mette autour d'une table avec les responsables politiques qui sont prêts à partager le constat que j'évoquais tout à l'heure et à chercher à avancer. De toute façon, quel que soit le vote du 8 septembre, il faudra un budget pour le pays. Et je pense que cette discussion doit se faire aussi au niveau parlementaire et au niveau des partis politiques.

5:57
Présentateur

Par exemple, sur les deux jours fériés supprimés, est-ce que là, vous dites ce matin, ça on oublie pour essayer de faire baisser la tension ? Par ailleurs, une immense majorité de Français sont opposés à cette mesure.

6:06
Gabriel Attal

Et je vous rappelle que quand le budget a été présenté avec les députés de mon groupe, on a dit qu'on n'était pas d'accord avec cette mesure, en tout cas dans la manière dont elle est annoncée. Parce qu'on considère que tout travail mérite salaire et que si on demande aux Français de travailler davantage, il faut qu'ils soient payés davantage. Travailler plus sans gagner plus, ça n'a jamais été notre projet. On l'a toujours dit. Mais notre différence par rapport à d'autres, c'est que tout en disant ça, on a dit qu'on voulait travailler avec le gouvernement, travailler au niveau parlementaire dans l'examen du budget, pour proposer des alternatives. Et on proposera des alternatives.

Mais pour ça, encore faut-il qu'il y ait un gouvernement. C'est pour ça que le vote du 8, il est important, pour qu'il puisse y avoir un gouvernement, et que sa discussion, elle puisse se faire. Mais moi, je ne me résous pas, et on va continuer à tendre la main au niveau parlementaire, aux forces politiques qui sont prêtes à avancer.

6:50
Présentateur

Gabriel Attal, si le gouvernement tombe le 8, que se passe-t-il le 9 septembre ? Il faut quoi ? Un nouveau Premier ministre ? Une dissolution ? Vous avez le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui estime qu'il ne faut pas écarter cette hypothèse. Il ne faut pas écarter l'hypothèse d'une nouvelle dissolution ?

7:04
Gabriel Attal

Je pense que la seule clé de lecture qu'on doit avoir dans le moment, c'est de savoir ce qui apporte de la stabilité ou pas. Est-ce qu'une nouvelle dissolution apporterait de la stabilité ? Je ne le crois pas. D'abord parce que la situation politique est ce qu'elle est. Il y a trois forces politiques dans le pays, aucune n'est majoritaire. Certains peuvent dire qu'il faut une dissolution de clarification. Il me semble que c'est ce qui avait été dit il y a un an. Je n'ai pas le sentiment que la situation politique ait été particulièrement clarifiée à ce moment-là.

Et ensuite, quand on en est à se demander chaque année s'il faut que les Français revotent, à un moment, l'Assemblée, c'est l'Assemblée pour laquelle les Français ont voté. Si on se demande chaque année s'il faut que les Français revotent, c'est que le problème ne vient peut-être pas des Français, mais vient de l'Assemblée elle-même. Et ce n'est pas aux Français de régler les problèmes de l'Assemblée, c'est à l'Assemblée de régler ses propres problèmes. On a une Assemblée qui est éclatée. C'est le cas dans la quasi-totalité des pays européens qui nous entourent.

Dans la quasi-totalité des pays européens qui nous entourent, ils ont une Assemblée avec des forces éclatées sans qu'une seule force et une majorité. Et pourtant, ils arrivent à travailler ensemble et à trouver des solutions. Moi, c'est pour ça que je veux me battre avec les députés de mon groupe. Est-ce que ça marchera ? Je n'en sais rien. Mais en tout cas, on veut se jeter toutes nos forces dans cette bataille et surtout aussi se projeter sur l'avenir. Parce que le décalage de modèle que j'évoquais tout à l'heure, il appelle des réponses puissantes. Il faut probablement tout réinventer.

Si on continue avec le même modèle, la même constitution, les mêmes institutions, on sera confronté au même problème. Je ne crois pas du tout que par magie, parce qu'il y aurait une élection ou une autre, on reviendrait à la vie politique d'avant avec ces majorités absolues.

8:33
Présentateur

Je suis projeter vers l'avenir. J'ai lu attentivement votre interview à Paris Match et notamment cette phrase, je cite, « Je travaille à une proposition pour 2027 avec un projet clair. » En bon français, si on ne fait pas de langue de bois, ça veut dire que je suis candidat.

8:45
Gabriel Attal

Ça veut dire que je suis chef d'un parti aujourd'hui, le parti Renaissance, et que ma responsabilité, c'est évidemment de travailler un projet pour le pays. Évidemment.

8:52
Présentateur

Et pour le porter.

8:53
Gabriel Attal

Mais aujourd'hui, vous avez des candidats sans projet. Moi, je veux que notre projet ait un candidat. Et pour ça, il faut un projet. Et j'ai envie de dire, c'est un peu le travail, c'est un peu la responsabilité des partis politiques.

9:03
Présentateur

Normalement, quand on est dans la jeune génération des politiques, on fait moins de langue de bois, non ? Pourquoi ne pas dire comme ça, bah oui, il y a une logique, tout le monde... Je vous dis la réalité telle qu'elle est, tout le monde semble se préparer, moi aussi.

9:14
Gabriel Attal

C'est peut-être pas la réponse que vous souhaiteriez, parce que vous souhaiteriez pouvoir avoir une dépêche AFP qui annonce un tel est candidat. La réalité, c'est que moi, je pense que l'important, c'est d'abord de bosser, de travailler sur un projet clair qu'on présente aux Français.

9:25
Présentateur

Un tout dernier mot rapidement, Gabriel Attal, vous êtes resté huit mois Premier ministre. François Bayrou, il est à un peu plus de huit mois et demi. Vous avez un conseil à lui donner pour bien gérer sa sortie de Matignon ?

9:33
Gabriel Attal

Je vous ai dit tout à l'heure que j'étais pas là pour faire la leçon. Et encore une fois, dans le moment qu'on traverse, avec les bouleversements...

9:42
Présentateur

C'est pas facile d'être un ex-Premier ministre.

9:43
Gabriel Attal

Avec les bouleversements qu'on traverse, je serai à Kif dans deux semaines à l'invitation du Forum des Alliés de l'Ukraine. Est-ce qu'on pense vraiment qu'on a besoin d'une France replongée à nouveau dans l'instabilité ? Quand on voit les négociations commerciales avec les États-Unis. Quand on voit la situation géopolitique, la réaffirmation des puissances. Moi, je le crois pas. Donc, je ferai tout pour aider le gouvernement à tenir et François Bayrou à rester Premier ministre.

10:05
Présentateur

Merci Gabriel Attal, qui appelle donc à une négociation et ne souhaite pas une nouvelle dissolution. Ciao !

Gabriel Attal : "Nous voterons la confiance au gouvernement le 8 septembre prochain" — Gabriel Attal · Pourquijevote