MACRON PARLE, MÉLENCHON RÉPOND
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Macron en meeting samedi, Mélenchon qui lui répond dimanche et Marine Le Pen qui ne cesse de grimper dans les sondages. C’est le sommaire du numéro 24 de La Guerre du trône. Comment annoncer la guerre sociale, l’air de rien ?
C’est simple, il suffit d’utiliser les mots de l’adversaire. C’est ce qu’a fait Emmanuel Macron samedi à la Défense Arena, devant 30 000 partisans. Il n’a pas hésité à emprunter ses punchlines à François Mitterrand et au NPA, le parti de Philippe Poutou.
Il n’y a pas plus puissant que la force tranquille. Depuis 2017, nous n’avons cessé d’agir pour une France unie. Nos vies, leurs vies, valent plus que tous les profits.
À ce niveau d’écart entre les mots et les actes, ce n’est plus de la triangulation. Juste du camouflage médiatique. Qui peut croire sincèrement qu’Emmanuel Macron ait à voir avec le socialisme mitterrandien, quoi qu’on en pense, ou le trotskisme ?
Qui peut concevoir que le fondé de pouvoir du néolibéralisme soit le défenseur du mouvement social ? Derrière la modernité affichée, le candidat Macron n’a d’autre ambition que la poursuite de la destruction des services publics et de l’État providence. Les chômeurs et le Code du travail sont déjà dans le collimateur.
Nous continuerons de mener les réformes indispensables sur l’assurance chômage, pour le marché du travail. Voilà pourquoi nous continuerons de donner plus de liberté à tous nos entrepreneurs. Il faudra travailler plus et plus longtemps.
Adieu les 35 heures, adieu la retraite à 62 ans. J’assume, oui, de vous dire qu’il faudra travailler plus. Et d’abord travailler plus longtemps parce que nous vivons plus vieux.
Il faudra, de manière concertée, bien sûr de manière progressive et visible, passer l’âge de notre retraite à 65 ans. Il y a encore la mort annoncée de notre système éducatif avec la mise en concurrence de tous les établissements d’enseignement. Au nom de la liberté, bien sûr.
Nos instituteurs, nos professeurs, seront mieux rémunérés et plus libres de proposer. Libres d’innover, d’expérimenter, comme ils sont tant à vouloir le faire. Libres de leur carrière.
Libres de choisir un établissement pour son projet pédagogique singulier et de s’extraire des mouvements géographiques qui parfois les assignent à résidence. Cette révolution de l’école, nous la ferons avec des chefs d’établissements eux-mêmes plus libres de bâtir des projets, de conduire des équipes, de les réunir. Emmanuel Macron est bien conscient que cela ne passera pas comme une lettre à la poste.
Alors je vous rassure, le système nous dira que c’est impossible. On nous expliquera que ça n’a jamais été fait, qu’il faut faire comme avant. Mais comme c’est impossible, nous le ferons.
Le système. Le mot-valise pour enfermer toutes les contestations. Le candidat l’a employé à plusieurs reprises, espérant ainsi renouer avec le Macron disruptif de 2017.
Celui qui prétendait construire un nouveau monde. Mais le système, pour les Français, aujourd’hui c’est Emmanuel Macron. Alors le candidat invoque un mystérieux camp de la division.
Combat difficile tant les forces de division sont nombreuses, qui opposent les Français les uns aux autres. Ceux qui sont nés en France et les autres. Les plus modestes aux plus riches, les urbains aux ruraux, les musulmans pour lesquels le ramadan commence en ce jour, aux autres croyants.
Ni vu ni connu, voilà la lutte des classes rangée dans le même sac que le racisme ou les discriminations religieuses. Mélenchon, Le Pen ou Zemmour, c’est la même chose. Dans le monde d’Emmanuel Macron, revendiquer, c’est diviser.
Pour autant, le Président sortant sait bien que sa reconduction n’est pas une simple formalité. Certes, les instituts de sondage le donnent toujours vainqueur sur Marine Le Pen au second tour. Mais l’écart s’affaiblit.
Il n’y aurait plus que 6, voire 5 points entre les deux. Et si l’on prend en compte les marges d’erreur, un peu plus de 3 points, la distance pourrait être encore plus faible. Bref, sur le papier, l’hypothèse d’une Marine Le Pen entrant à l’Élysée n’est plus une vue de l’esprit.
Ne croyez pas les sondages ou les commentateurs qui seraient formels, qui vous disent que c’est impossible, impensable, l’élection est déjà jouée, que tout va bien se passer. Rien n’est impossible mais je ne veux ni l’arrogance, ni le défaitisme. Je veux la mobilisation générale.
Le seul qui puisse encore barrer la route à la candidate du Rassemblement national, c’est Jean-Luc Mélenchon. Le troisième homme de l’élection. Marine Le Pen est donnée à 21%.
Jean-Luc Mélenchon est à 15%. Même en tenant compte des marges d’erreur, 2% pour cette fourchette de résultats, il reste un fossé de 2 à 3 points entre ces deux candidats. Dès lors, Mélenchon peut-il rattraper Le Pen d’ici dimanche ?
Ce n’est pas impossible. Mais le défi reste énorme au regard du niveau d’abstention annoncé. En particulier chez les jeunes et dans les milieux populaires, le cœur de l’électorat mélenchoniste.
Quoi qu’il en soit, le candidat de l’Union populaire s’est installé dans le rôle du challenger du Président sortant. Dimanche, à Toulouse, sur la place du Capitole, il s’est longuement employé à lui répondre. Hier au meeting de monsieur Macron, si les choses ont commencé avec un peu de pyrotechnie, ensuite ce fut en effet un festival, feu d’artifice de bobards.
Le chef des Insoumis conteste que le chômage ait baissé. Il a dit : “Le taux de chômage est au plus bas depuis quinze ans”. Ce n’est pas vrai parce qu’il a atteint, toutes catégories confondues, 6 millions.
Et il y a 15 ans, il n’y en avait que 3,5 millions. Les affirmations d’Emmanuel Macron sur le pouvoir d’achat sont également remises en cause. Il a dit : “Le pouvoir d’achat a augmenté d’une façon historique.” C’est faux, bien sûr.
Le premier trimestre 2022 est le record de baisse de pouvoir d’achat depuis 10 ans. Et c’est finalement le bilan social du quinquennat qui est critiqué. La vie des plus pauvres a baissé pendant le quinquennat tandis que celle des plus riches s’est améliorée considérablement.
Il y a 9 millions de pauvres dans ce pays richissime. Il y a 8 millions de personnes à l’aide alimentaire. Il y a 4 millions de mal logés, et vous osez nous parler comme ça.
Dans un dernier pied de nez, Mélenchon brocarde l’annonce présidentielle, samedi, d’une prime, pour améliorer le pouvoir d’achat des salariés. Il a dit : “Je vous offre une prime de 6000 euros.” “Si vos patrons veulent bien vous les donner.” Je vous propose une prime de 50 000 euros, si les patrons veulent bien vous les donner.
Mais, derrière la charge contre le Président sortant, il y a de l’inquiétude. Le candidat de l’Union populaire sait qu’il joue serré. Chaque voix va compter.
Aussi met-il en garde ceux qui seraient tentés de baisser les bras trop tôt. J’ai entendu de nouveau commencer la petite musique de la résignation depuis un jour ou deux. Attention.
C’est après qu’on pleure. Attention, il y a le danger d’une grande éclipse de débat. C’est si vous retrouvez au deuxième tour madame Le Pen ou bien monsieur Zemmour en face de monsieur Macron.
Parce que, voyez-vous, si ces deux-là ont à se rencontrer, ces trois-là, ce dont nous sommes certains, c’est qu’ils ne discuteront pas des points sur lesquels ils sont d’accord. Tandis que si c’est moi qui s’y trouve, alors on discutera de ces points sur lesquels aucun des trois n’est d’accord avec moi. Mardi, grâce à la technologie des hologrammes, Jean-Luc Mélenchon tiendra 11 meetings en simultané.
Jeudi à Perpignan, Marine Le Pen concluera sa campagne par un grand meeting. Ces réunions feront-elles basculer l’élection dans un sens ou dans l’autre ? Ce qui est certain, c’est que rien n’est joué.
Les électeurs français aiment à déjouer les pronostics. Pour le meilleur ou pour le pire. Un mot sur la série d’entretiens que nous menons avec les candidats à la présidence de la République.
Certains, parmi vous, se sont émus, à juste titre, de l’absence de plusieurs acteurs de cette élection. Aucun ostracisme de notre part. En début de campagne, nous avons décidé avec Denis Robert et la rédaction de questionner chacun des 12 candidats ayant réuni les 500 parrainages.
Depuis trois mois, Emma Barrier, Laetitia Lallement, Antoine Etcheto et moi-même multiplions les mails, les appels téléphoniques et les contacts directs. Nous avons ainsi mené des entretiens avec Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean Lassalle, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Nicolas Dupont-Aignan. Liste à laquelle il faut ajouter deux soutiens de Valérie Pécresse, Damien Abad, le patron du groupe LR à l’Assemblée et Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI.
Pour l’heure, une seule candidate nous a fait savoir qu’elle ne pourrait honorer notre invitation : Valérie Pécresse. C’était juste après la publication de l’enquête d’Olivier Jourdan Roulot sur son patrimoine. Du côté d’Éric Zemmour et Marine Le Pen, on invoque l’emploi du temps surchargé des candidats qui ne permettrait pas de répondre à notre invitation.
Mais, en fin de semaine dernière, la porte ne semblait plus complètement fermée. Fabien Roussel, lui, a dit oui. Mais le rendez-vous a été reporté à deux reprises sans qu’une nouvelle date soit fixée.
Enfin, pour ce qui est de Jean-Luc Mélenchon, le candidat est d’accord sur le principe comme il me l’a personnellement confirmé. Mais son équipe peine à trouver un créneau. J’espère qu’on va y arriver.
Quoi qu’il en soit, je réitère ici notre invitation à Éric Zemmour, Marine Le Pen, Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon. On se déplace où vous voulez, à l’heure que vous voulez. Tout cela, bien sûr, avant vendredi soir.
Et la même invitation vaut pour Emmanuel Macron. Bien sûr, je ne nourris pas d’espoirs déraisonnables. Disons simplement que si le Président candidat acceptait, cela ne manquerait pas de panache.
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A la semaine prochaine.
Emmanuel Macron