France Inter explore l'univers : avec l'astrophysicien Christophe Galfard
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 100 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:56OuverteRéponse directe
Le podcast est inspiré d'une BD, qu'est-ce qui le rend accessible ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Comment rendre l'univers accessible par l'imagination ?
- 2:39OuverteRéponse directe
Expliquez l'importance de l'imagination en science.
- 3:35OuverteRéponse directe
Comment devenir explorateur de l'univers ?
- 5:14OuverteRéponse directe
À quels enfants s'adresse le podcast ?
- 5:39OuverteRéponse directe
Quelles sont les étapes pour devenir explorateur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:50Invité politiqueFait
« Notre univers est en expansion, mais sur quoi ? »
- 6:49Invité politiqueFait
« Ces étoiles qui ne scintillent pas, ce sont des planètes. »
- 9:00Invité politiqueFait
« Des voyages qui utilisent la matière noire pour fabriquer des trous de verre et passer à l'intérieur des trous noirs. »
- 17:32Invité politiqueFait
« Les étoiles fabriquent de gros atomes à partir d'atomes plus petits. »
Temps de parole
- Invité politique57 %
- Présentateur29 %
- Invité9 %
- Auditeur3 %
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France Inter explore l'univers, je vous le disais. Grand entretien ce matin à l'occasion de cette journée spéciale. Avec Marion Lourdes, nous avons le bonheur de recevoir l'un de nos grands scientifiques, formidables vulgarisateurs. Ses conférences sur la matière noire, les trous noirs, l'espace ont lieu à Guichet Fermin. Il est docteur en physique théorique, disciple d'un des grands cosmologistes de notre époque, Stephen Hawking, avec lequel il a travaillé pendant des années. Et il est l'auteur d'un formidable podcast disponible dès aujourd'hui sur l'application Radio France. Le titre « Les Explorateurs de l'Univers ».
Chers auditeurs, vos questions, réactions au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour Christophe Galfard.
Bonjour.
Bonjour. Et bienvenue. Le podcast, il est inspiré d'une bande dessinée formidable « Les Explorateurs de l'Univers ». C'est publié chez Michel Laffont et c'est un best-seller qui a reçu le prestigieux prix André Braitch du meilleur livre d'astronomie pour la jeunesse. Et c'est vrai que vous avez un don pour rendre accessible l'incompréhensible. On va voyager avec vous à travers l'espace et vous interroger sur les grandes questions qui se posent et qu'on ne cesse de vous poser. Et malgré tout, qu'on a besoin d'explorer la sens, la physique. Ça nous concerne dès le plus jeune âge parce que ce podcast, il est d'abord et avant toute chose destiné aux plus jeunes, Christophe Galfard.
Ah bah oui, parce que quand même, quand on est jeune, on a un regard qui est plus ou moins neuf, disons, sur le monde. Et du coup, on est tout à fait capable de comprendre des choses nouvelles, des choses que, comme adultes, on considérerait un petit peu bizarres. Exemple ? Je ne sais pas que notre univers est en expansion, mais sur quoi ? Ou qu'est-ce qu'un trou noir ? Il y a une fascination, des choses qui tombent à l'intérieur.
Il y a quelque chose de passionnant dans votre podcast, c'est que c'est un vrai discours de la méthode. Ça n'est pas uniquement des histoires que vous racontez, mais un discours de la méthode pour comprendre ce monde mystérieux que reste l'univers. Et il faut vivre en explorateur à vous écouter, imaginer. C'est curieux comme mot quand on parle de science. Imaginez, comme vous nous invitez à le faire, qu'on plonge au cœur du soleil, par exemple. C'est absolument impossible. Ou qu'on est face à la Station Spatiale Internationale. Je vous cite, ce qui est important, c'est l'imagination. C'est l'une de vos phrases dans un épisode. Expliquez-nous ça.
En réalité, notre univers, celui qui est autour de nous, celui qu'on essaye de comprendre, il est compréhensible. Il y a des lois qui sont là. Il y a des choses qui sont cachées. Et le but d'une des plus belles disciplines, il me semble, que l'humain ait jamais trouvé, c'est d'essayer de trouver ses lois. De comprendre ce qui est autour de nous. Depuis environ 100 ans, ce qui est intuitif, ce qui est juste accessible à travers nos sens, a été dépassé. Donc, dorénavant, on peut aller au-delà, dans le très grand, dans le très petit. Et là, on n'a qu'un seul outil. On n'a qu'une seule force pour accéder à l'inconnu. C'est notre imagination.
L'imagination, pour accéder donc à la science la plus rigoureuse. Tu feras un voyage à la vitesse de la pensée quand tu seras devenu un explorateur ou une exploratrice de l'univers. Comment est-ce qu'on y parvient ? Comment est-ce qu'on peut le faire, ce voyage à la vitesse de la pensée, quand vous racontez l'univers, la nuit, le ciel ? Vous en faites une expérience personnelle.
Oui, je pense qu'un des premiers scientifiques à avoir fait ça, et à nous avoir appris à faire ça, c'est Einstein. Pour essayer de comprendre le monde, il a, d'une certaine manière, fermé les yeux. Et il s'est projeté à l'endroit qu'il voulait découvrir. Par exemple, pour comprendre ce qu'est la lumière, il s'est dit, je vais m'asseoir sur une petite particule de lumière et regarder à quoi ressemble le monde depuis cet endroit. Ça fait partie de ce qu'on appelle des expériences de pensée.
Et ce que je trouve d'extraordinaire dans cette méthode, en tout cas pour les enfants ou même pour les adultes qui découvrent cette science-là, c'est que la découverte devient une description et non pas une explication. Et ça, ça change tout, je trouve. On rentre dans une histoire pour comprendre notre monde, une histoire qu'on peut tous partager. Alors que si on dit, je vais t'expliquer comment ça marche, là, on se dit, ah ben, qu'est-ce que, déjà, pour qui il se prend ?
Oui, non, mais vous vous prenez pour ce que vous êtes, à savoir un grand scientifique. Mais d'où la BD, d'où les conférences, d'où le podcast formidable dont on parle ce matin.
Et ce qui est drôle, c'est que vous parlez d'Einstein, vous réussissez quand même à expliquer de façon compréhensible dans un podcast à des enfants, E égale MC2, que je n'avais jamais compris jusqu'ici, donc c'est intéressant. Mais il y a quand même des moments qui sont impressionnants. Enfin, je veux dire, vous nous emmenez au cœur d'une étoile, on est dans un trou noir, il y a tout qui s'effondre autour de nous. Si on rentre dans l'atmosphère, on va brûler. Mais c'est impressionnant, il y a aussi des choses un peu compliquées, comme E égale MC2, que vous arrivez à rendre accessibles. Ça s'adresse à quelle classe d'âge, au fond ? À quels enfants on parle ? À quels adultes aussi ?
Pour les enfants, ça dépend vraiment des enfants, parce qu'il y a différents âges à partir desquels on commence à se poser des questions, à regarder le ciel, à se demander pourquoi il est bleu, ce que sont les étoiles, les trous noirs, etc. En général, vers 8-9 ans, on est en plein dedans, mais ça peut être un peu après, ça peut être un peu avant. Ou même avant, je peux en témoigner.
Quelles sont les étapes les plus importantes pour devenir explorateur, puisque cette journée est consacrée à l'exploration de l'univers et que, au fond, c'est votre travail depuis votre plus jeune âge, ou en tout cas depuis que vous êtes étudiant ? Les étapes les plus importantes, vous en parlez dans le podcast et vous dites notamment, il faut savoir chercher, repérer les planètes. Il y a des petits points dans le ciel qui ne scintillent pas, les planètes, je vous cite. Les chercher, c'est une étape importante pour devenir explorateur ou exploratrice de l'univers. C'est-à-dire qu'il faut savoir ou imaginer ce qu'on va trouver pour commencer à chercher.
Déjà, il y a une certaine humilité dans la curiosité qui est extrêmement importante. Lorsqu'on essaye de comprendre ce qui est autour de nous, on peut soit y projeter tout ce qu'on croit savoir, auquel cas la connaissance est figée, soit on peut se dire, est-ce qu'il n'y aurait pas des petites choses qui se comportent un petit peu différemment de ce qu'on imagine ? Si on regarde le ciel la nuit, on va se dire qu'un peu partout, il y a des petits points, ce sont des étoiles. Si on regarde un petit peu plus précisément, on va voir que certains de ces points ne scintillent pas. Il n'y en a pas beaucoup, quelques-uns, on peut les compter sur les doigts d'une main.
Ces étoiles qui ne scintillent pas, ce sont des planètes. Ce sont les planètes qui sont autour de nous, c'est notre petit voisinage cosmique. Et après, si on prend un appareil photo et qu'on les photographie toutes les nuits pendant longtemps, on va voir qu'elles n'ont pas la même trajectoire que les autres étoiles dans le ciel, que ce sont nos petites planètes à nous. Donc l'idée, c'est vraiment de garder cette curiosité et de systématiquement s'interroger sur est-ce qu'on a bien compris les choses ou est-ce que par hasard il n'y aurait pas encore quelques mystères qui traînent ? Et quand on fait ça, on réalise de manière complètement incroyable qu'il y a des mystères partout.
Des mystères d'ailleurs, il y a de très nombreux auditeurs qui ont des questions à propos de ces mystères.
Et alors, il y a un défi très intéressant que vous relevez, c'est que là, ce n'est pas comme dans la BD, ce n'est pas comme dans vos livres, il n'y a pas les images magnifiques de James Webb, des télescopes, etc. Vous utilisez seulement le son avec des recettes un peu comme dans les séries, des cliffhangers. Il y a un épisode qui se termine par... Et tout d'un coup, et là, l'épisode se termine. C'est assez incroyable pour accrocher l'auditeur. Et ça marche. Et alors, ça marche auprès des cobayes, même très jeunes, j'en ai un à qui j'ai fait écouter justement ce podcast.
Bonjour, je m'appelle Maëlle et je voudrais savoir comment vous avez inventé les pandis bleus. Merci de me répondre.
Alors voilà, il y a un personnage, parce qu'il y a aussi des personnages pour mettre en scène, pour incarner tout ça. Il y a un personnage qui s'appelle le pandis bleu, qui accompagne le narrateur, qui s'appelle Aidan, le narrateur du podcast. Qu'est-ce que c'est ? À quoi ça sert ? Et comment vous l'avez inventé ?
Et précisons quand même que cet enfant, ce n'est pas n'importe quel enfant, Marion. C'est un enfant. C'est un enfant, mais c'est le vôtre, surtout. Le petit Maëlle, qu'on salue. Salut Maëlle. La réponse de Christophe Galfard.
Alors, le petit pandis bleu, qui est une petite pandis bleu, c'est un extraterrestre. C'est un animal qui ne parle pas notre langue et qui fait partie d'une espèce, complètement inventée, je préfère le préciser. Qui fait partie d'une espèce qui réussit à détecter des choses que nous, humains, on ne peut pas détecter.
Et donc, il est indispensable pour l'histoire ?
Il est indispensable pour l'histoire, parce que c'est lui qui va permettre de faire des... Enfin, c'est elle, en l'occurrence, qui va permettre de faire des voyages que, normalement, on ne peut pas faire, parce que les distances sont bien trop grandes dans l'espace. Des voyages qui utilisent la matière noire pour fabriquer des trous de verre et passer à l'intérieur des trous noirs, pour passer d'un endroit à un autre de notre galaxie, voire d'une galaxie à une autre. Et pouvoir explorer l'univers tout entier.
Et ça, c'est assez génial. Mais reprenons quand même l'objectif de ce podcast, qui est quand même la transmission des savoirs et du savoir scientifique. Elle est évidemment indispensable, cette transmission. Et vous dites même qu'elle fait, ou en tout cas qu'elle participe très largement à créer du lien dans la société. C'est absolument vital et nécessaire pour une société de faire ce travail de pédagogie et de transmission des connaissances.
Je vous donne un exemple. Si on arrête, là, aujourd'hui, de transmettre le savoir de nos ancêtres à nos enfants, en une ou deux générations, la Terre redevient plate. Elle peut à nouveau avoir 7000 ans. Il peut ne pas y avoir eu de dinosaures. Ou on peut être apparu comme ça d'un jour sur Terre.
C'est-à-dire que sans ce boulot-là, en fait, on adhère spontanément aux théories platistes, complotistes. Ce n'est pas adhérer à ces théories-là.
C'est que notre intuition nous fait dire que la Terre semble plate. Quand on regarde autour de nous, ça a l'air plat, honnêtement. Maintenant, aujourd'hui, on est allé dans l'espace. On a pris des photos. On a vu qu'elle était ronde. Mais ça, c'est un savoir qui a été accumulé.
Ça ne suffit pas à convaincre.
Eh bien, justement, c'est un travail qui ne s'arrête jamais. Et en fait, c'est un travail extrêmement jouissif que de transmettre de génération en génération ce qui a été appris et ce qui a été découvert. Notre univers tel qu'on le voit aujourd'hui est tellement plus beau, tellement plus grand, tellement plus mystérieux et extraordinaire que celui que nos ancêtres ont connu qu'on n'a pas besoin d'aller dans ces théories complotistes pour retrouver un émerveillement fou sur ce qui nous entoure. Et cette transmission-là, d'une certaine manière, c'est un réel héritage gratuit commun à l'humanité tout entière.
Et vous en parlez dans le prologue du podcast. Vous dites même des êtres vivants essayent de détruire la science alors qu'il est si beau, ce savoir. Vous pensez à qui ? Vous pensez à quoi ?
À beaucoup de gens.
C'est-à-dire ?
Non, mais ne serait-ce que la manipulation de l'information. Lorsqu'on fait de la science, évidemment, il y a certains scientifiques, si on prend des individus qui peuvent se tromper, qui peuvent être méchants, qui peuvent être ce que vous voulez, mais quand on prend l'ensemble du savoir scientifique, il y a une quête de consensus au final. C'est-à-dire qu'il peut y avoir quelque chose de nouveau qui arrive à un moment, ça va être vérifié par l'ensemble de la communauté scientifique et ensuite à qui ? C'est menacé aujourd'hui ? Il y a beaucoup de gens à qui ça ne sert pas de vérifier des choses.
Et ils sont très, très, très nombreux, malheureusement. Avant de retrouver Paul, qui est au Standard et les auditeurs d'Inter sur l'appli Radio France, vous êtes venus avec une image. On est à la radio, mais vous allez nous la décrire. C'est une image récente, justement, qui a été prise par un télescope Euclide. Quand on regarde cette image, vous allez nous la décrire, Christophe Galfard, pour nos auditeurs, et nous dire ce qu'elle représente. Parce qu'a priori, on ne voit qu'un ciel étoilé. Et pourtant, et pourtant.
Vous voyez, on parlait de la pandie bleue tout à l'heure qui est dans le podcast et dans la BD, et qui est capable de détecter une matière mystérieuse et inconnue qui s'appelle la matière noire. Le télescope Euclide, dont vous me montrez une photo là à l'instant, son but, au fond, c'est d'essayer de comprendre un petit peu mieux ce qu'est cette matière noire. Cette image que vous me montrez, qui a été publiée au mois de mars dernier, il y a deux mois, elle représente une partie du ciel qui correspond à quelquefois la pleine lune que vous mettriez l'un à côté de l'autre. Donc, ce n'est pas une très grosse partie du ciel, c'est un petit peu petit. Mais qu'est-ce qu'on y voit ?
Effectivement, ça a l'air tout noir, plein de petits points. Mais il se trouve que cette image est absolument fabuleuse. En une prise, une seule fois, Euclide, il reviendra pour faire une photo encore meilleure. Mais là, en une seule prise, sur cette image, qui est une petite partie du ciel, il y a 11 millions de galaxies. 11 millions de galaxies qui contiennent chacune plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de soleils. Des centaines de milliards de soleils !
Dans chacun de ces points, dans chacun des points que vous voyez là, et encore, il y en a plus que ce que nos yeux peuvent percevoir, mais elles sont sur la photo, on peut zoomer à l'intérieur de plus en plus, il y en a absolument partout. Et ce qu'on découvre, le but de ce genre d'image aussi, c'est de trouver des structures qui apparaissent justement entre ces galaxies qui s'étalent dans l'espace. On pourrait croire que les galaxies sont éparpillées de manière un peu... Un peu par hasard ! Soit par hasard, soit très uniformément, sans qu'il y ait de gros morceaux par endroits, et voilà.
On voit sur ce genre d'image que ce n'est pas le cas, qu'il y a des structures, des filaments qui sont créés. Et on pense aujourd'hui que ces filaments de structure sont liés à cette matière inconnue, qu'on appelle la matière noire, et qui est cinq fois plus présente dans notre univers que toute la matière qu'on voit avec nos yeux, qui est une matière, cette matière noire, qui n'interagit pas avec la lumière, qui n'interagit que grâce à une seule force, la gravitation.
Et la matière noire, d'ailleurs, c'est le sujet d'une série de conférences grand public que vous donnerez au mois de juin. On va retrouver justement Paul, qui lui aussi s'interroge sur la matière noire. Bonjour Paul et bienvenue sur Inter.
Bonjour, merci de votre émission et merci à votre invité.
À Christophe Galfard.
Hyper intéressant. Voilà, bien que je ne sois plus tout à fait jeune, j'ai quand même un petit peu d'imagination. Et je voulais lui demander si on peut imaginer que toute cette matière noire, qui est tellement présente de façon massive dans l'univers, elle pourrait être organisée en une sorte d'étoile, de galaxie et d'autres structures, qui ne nous seraient pas encore accessibles, parce qu'on n'a pas trouvé les moyens de le détecter. Ou est-ce que c'est forcément quelque chose de, comment dire, comme un gaz, ou quelque chose des particules éphémères qui sont forcément diluées dans l'espace ?
Merci Paul pour votre question. Ça échappe à notre compréhension, il faudrait faire ce travail d'imagination et d'exploration. Ou est-ce que ça s'explique la matière noire ?
On n'a pas le choix. Déjà, d'avoir découvert son existence, c'est une conséquence des théories qu'on a, des théories d'Einstein notamment, ou même de Newton. Maintenant, la question, elle est extrêmement intéressante, la question de Paul, parce qu'on pourrait se dire qu'effectivement, s'il existe une autre matière, pourquoi est-ce que ça ne formerait pas des planètes de matière noire, des étoiles de matière noire, des galaxies de matière noire ? Mais il se trouve que dans notre compréhension actuelle de la matière noire, une fois de plus, il n'y a qu'une seule force à laquelle elle réagit, la gravitation. Or, ce n'est pas suffisant pour pouvoir fabriquer des astres.
Parce que pour fabriquer des astres, il faudrait qu'on puisse perdre de l'énergie, perdre de la chaleur. Si vous avez une particule qui arrive vers vous extrêmement vite, si elle ne ralentit pas, elle va vous traverser, elle va aller plus loin, elle va s'en aller. Et ça, ça nous arrive tout le temps. Et ça, oui, ça nous arrive tout le temps. Mais pour pouvoir fabriquer une planète, il faut qu'il y ait de la friction, il faut que les choses se touchent, il faut que les choses perdent de l'énergie, il faut qu'il y ait de la chaleur qui soit dissipée. En physique, ça s'appelle le théorème du viriel. Mais la matière noire n'obéit pas à ça.
Elle n'interagit pas avec quoi que ce soit et du coup, c'est dur de fabriquer des structures.
Vous parlez aussi dans le podcast d'une étoile qui est assez incroyable, qui a 19 millions d'années de voyage, c'est un peu loin. Elle n'arrête pas de grandir, elle fabrique du carbone, elle fabrique de l'oxygène. Comment est-ce que cette étoile, elle nous permet de comprendre d'où on vient ?
Parce que l'étude des autres astres dans l'espace nous a déjà fait réaliser que nous faisons partie de ces astres. À force de regarder vers l'extérieur, on peut regarder aussi vers nous-mêmes et voir qu'il y a un lien entre les étoiles qu'on voit au loin, les planètes qu'on voit au loin, et nous, notre étoile, notre soleil et notre planète. Et du coup, comme vous le dites, notre corps. La question étant, d'où vient la matière qui nous forme ? Qu'est-ce qui est en nous ? D'où ça vient ? Eh bien, l'étude des étoiles lointaines nous donne une réponse à ça.
Et à savoir que dans les étoiles, c'est la raison pour laquelle d'ailleurs les étoiles brillent, des atomes sont forgés à partir de petits atomes qui se collent les uns aux autres, une réaction qu'on appelle la fusion, la fusion thermonucléaire.
Vous l'expliquez très bien dans le podcast.
En collant des atomes les uns contre les autres, les étoiles fabriquent de gros atomes à partir d'atomes plus petits. Dans notre univers, au départ, il n'y avait que les atomes les plus petits, l'hydrogène et l'hélium, c'est leur nom. Il n'y avait que ça. Ils se sont rassemblés dans des boules gigantesques qui se sont comprimées. Et le jour où ça s'est tellement comprimé que les atomes se sont collés, ces boules-là sont devenues des étoiles qui, à leur mort, éjectent dans l'espace tous les atomes qu'elles ont créés.
Et donc, nous forment nous.
Et ça a donné des nuages à l'intérieur desquels sont nées de nouvelles étoiles et des nouvelles planètes. C'est comme ça qu'on sait que la matière qui nous forme vient des étoiles et c'est aussi comme ça qu'on sait que notre Soleil n'est pas une étoile de première génération. Il y a forcément eu des étoiles avant qui ont explosé et qui sont devenues le Soleil, leur matière et la Terre. Sinon, on n'aurait pas en nous ces gros atomes qui forment nos corps.
Alors, sur l'appli Radio France, il y a de nombreux auditeurs. Pascal, Stéphane, par exemple, qui vous interroge sur le sentiment qui vous anime à force de découvrir, d'explorer, d'apprendre de nouvelles choses. Il y a même Stéphane qui vous demande, ça ne fait pas frôler la folie à un moment d'être confronté à ces questions absolument vertigineuses. Un mot, parce que vous avez été l'élève et pendant des années d'un des plus grands scientifiques de l'époque contemporaine. Un nom, on a parlé d'Einstein tout à l'heure, mais je pense que si on faisait un sondage rapide, le deuxième nom qui viendrait dans la connaissance des astres et de l'univers, ce serait celui de Stephen Hawking.
Est-ce que vous pouvez nous dire en un mot d'abord pourquoi Stephen Hawking est-il si important dans la science contemporaine et quel type d'homme c'était, vous, qui avez été son élève ?
Alors, par rapport à sa science, pour commencer, si vous regardez un petit peu les domaines de recherche qui sont étudiés aujourd'hui dans quasi toutes les universités du monde, il est à l'origine de quasiment toutes les disciplines. Ses papiers à lui, des années 60, 70, 80, sont les papiers de référence qui ont donné naissance à des nouvelles disciplines scientifiques. Donc, c'est un révolutionnaire et l'un des plus importants scientifiques de notre époque. Absolument. Et je vais vous donner deux exemples.
Le premier, c'est celui qu'on le connaît le moins, qui est que dans les années 1960, il a été le premier à prouver mathématiquement, en utilisant les équations d'Einstein, que notre univers avait forcément eu un début, un Big Bang. Donc, c'est lui qui est à l'origine d'une démonstration mathématique de l'existence du Big Bang.
Et non pas juste de l'idée ou de l'intuition qu'il y avait un Big Bang.
Non, parce que ça, c'était un petit peu avant. C'était Georges Lemaitre, notamment, un belge, un chanoine belge du début du XXe siècle. Mais lui, il l'a prouvé mathématiquement. Et ensuite, dans les années 80, il a même donné, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une condition initiale, un départ potentiel, ce qui aurait pu créer cet univers. Ce n'est pas forcément la bonne solution, mais c'était la première fois où ce qui pouvait être métaphysique, à savoir d'où vient tout, récupérait une sorte de réponse mathématique.
Je voudrais vous parler d'une phrase que vous prononcez dans l'épisode 2 du podcast. Vous dites, à partir de 100 km au-dessus de la surface de la mer, on est dans l'espace et ça n'appartient plus à personne. Mais ça ne va pas durer, parce que les humains aiment bien s'approprier les choses, même s'il n'y a rien. Et je trouve que ça fait écho à ce que le président Donald Trump a annoncé cette semaine, la mise en place d'un dôme d'or, un bouclier de satellites pour protéger les Etats-Unis. Qu'est-ce que ça vous inspire, ce qu'on appelle un peu le retour de la guerre des étoiles, comme à l'époque de Ronald Reagan ?
Pas beaucoup de bien. C'est plutôt triste qu'on reparte dans cette direction-là. Après, qui suis-je pour influer là-dessus ? Moi, ce que j'aime, c'est raconter ce qu'on trouve et élucider potentiellement des mystères ou trouver d'autres mystères.
Mais on coupe les budgets spatiaux aussi.
Oui, ça c'est bien triste, mais peut-être qu'on peut reprendre le flambeau en Europe.
Ce serait pas mal. Ce serait pas mal et vous le faites. Le message est passé. Et d'ailleurs, un autre Européen, puisque Stephen Hawking, vous l'avez connu à Cambridge, vous demandez quel type d'homme c'était ?
Justement, il avait une particularité physique, c'est qu'il était très, très handicapé. Il ne pouvait pas bouger du tout et à la fin, parler à travers son ordinateur. Et c'est aussi ça probablement qui a fasciné le grand public, c'est que dans ce corps immobile, son esprit se permettait à l'Einstein. Peut-être que c'est pour ça, d'ailleurs, vous me faites une psychanalyse à moi là tout d'un coup, que les expériences de pensée que j'aime tant, c'est ce qu'il faisait lui tout le temps.
Et c'est ce qui l'a mené à sa grande découverte des années 70, qu'il a rendue connue auprès du grand monde scientifique, qui est que les trous noirs, qui sont des objets gravitationnels, c'est-à-dire qui avalent tout, finalement s'évaporent eux-mêmes. Et cette découverte-là, est la seule découverte qu'on ait aujourd'hui, qui mêle le très petit et le très grand, la physique quantique et la gravitation. Et c'est potentiellement une clé sur l'origine de notre univers lui-même.
Est-ce qu'un jour on connaîtra l'univers comme on connaît la composition d'un verre d'eau ? C'était une image que vous aviez prise. Et après tout, vous la devez peut-être à Stephen Hawking. En tout cas, le podcast, il est absolument passionnant. Le petit Maël l'a confirmé. Il l'a adoré. C'est à écouter à tout âge. Même la petite sœur. Et c'est disponible dès aujourd'hui sur l'application Radio France, les explorateurs de l'univers. Et puis je rappelle donc que vous allez parler de la matière noire devant le grand public à Fontainebleau, le 10 juin à Paris, les 14 et 15 juin, Christophe Galfard. Et je conseille à nos auditeurs de se dépêcher de s'y inscrire.
Merci de nous avoir fait lever les yeux vers le ciel. Splendie journée à vous. Merci.