Les coulisses du pilotage de la crise du covid - Aurélien Rousseau - C à vous - 29/09/2022
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Défensif 40 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 67 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:18OuverteRéponse directe
Un État qui va devoir s'habituer à gérer ces crises protéiformes ?
- 2:01OuverteÉludée
C'est peut-être la dernière vague, mais est-ce qu'il va falloir qu'on s'habitue à faire un rappel deux fois par an ?
- 7:33OuverteRéponse directe
Vous racontez une date dans le livre, c'est le 20 octobre 2020. Ça serait peut-être cette leçon à en tirer quand on ne sait pas ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02PrésentateurFait
« l'État va être de plus en plus souvent un gestionnaire d'incertitudes. »
- 2:47PrésentateurFait
« Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas qu'on doit arrêter d'agir. »
- 3:11PrésentateurFait
« il y a des choses dans la crise que je ne referai pas de la même manière, que je n'ai pas faites de la même manière entre la vague 1 et la vague 2. »
- 4:27PrésentateurFait
« le service public qui a inventé tous les jours des trucs juste extraordinaires »
- 5:17PrésentateurFait
« Il faut dire la vérité. »
- 6:26PrésentateurFait
« Je me suis planté sur, après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris »
- 7:23PrésentateurFait
« amené à dire et à prendre le risque du je ne sais pas »
Temps de parole
- Présentateur81 %
- Présentateur 28 %
- Invité6 %
- Invité 23 %
- Présentateur 32 %
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Vous résumez cette période avec ces mots « peur », « durée », « inconnue », « rebond », « contre-pied », « réseaux sociaux », « fake news », « immédiateté », « comparaison », « jours sans fin », « risques », « science ». On comprend bien à travers cette énumération les difficultés auxquelles a dû faire face l'appareil d'État. Un État qui va devoir s'habituer à gérer ces crises protéiformes. C'est-à-dire qu'il va falloir passer en permanence en mode de crise, en opération commando pour l'État ? Moi, je ne suis pas collapsologue ou philosophe des sciences. Ce que je vois, ce que je constate, y compris dans mon expérience dans l'État, c'est qu'en fait, on est percuté.
C'était d'ailleurs évoqué tout à l'heure. On est percuté très régulièrement. Et on a de plus en plus souvent le sentiment que l'effet papillon, ce qui se passe sur le marché de Wuhan, va avoir un effet mondial. Ce qui se passe en Ukraine va faire que le prix à la pompe partout dans le monde peut augmenter. Que la mondialisation, là, on la voit pour de vrai. Et ces crises, elles se succèdent. Et au fond, je ne vais pas théoriser ça. Ce que je crois, c'est que l'État va être de plus en plus souvent un gestionnaire d'incertitudes. Et que d'une certaine manière, on peut dire qu'il navigue à vue. Mais naviguer à vue, ça devient une compétence stratégique. Il faut apprendre à naviguer à vue.
Il faut apprendre à naviguer à vue parce qu'il y a des tas de choses qu'on n'avait pas prévues, qu'on n'a pas prévues. Et peut-être un scoop, mais qu'on n'a pas encore prévues et qu'ils vont arriver. Ça, c'est à peu près sûr. Apprendre à naviguer à vue et à dire « je ne sais pas » quand on ne sait pas. Ce soir, je partage avec vous ce que nous savons et ce que nous ne savons pas.
Nous ne savons pas encore pour combien de temps nous devrons nous tenir à distance les uns des autres. Il faut être testé ensuite. Là encore, les recommandations scientifiques ont évolué. Et après tout, sans doute est-ce normal face à un virus inconnu.
Cette crise sanitaire renvoie décidément tout le monde à un devoir d'humilité. Il faut être toujours très honnête et très transparent. On ne sait pas tout sur ce vaccin comme on ne sait pas tout sur le virus.
C'est peut-être la dernière vague, dites-vous, mais est-ce qu'il va falloir qu'on s'habitue à faire un rappel deux fois par an ? Nous verrons. Encore une fois, Léa Samé, je n'ai pas la réponse à cette question.
Dire « je ne sais pas », c'est assez nouveau pour un responsable politique. Oui, pour un responsable politique, pour un responsable administratif, j'allais dire a fortiori dans cette cinquième république où celui d'étenir la connaissance, c'est détenir un pouvoir. Et d'ailleurs, on l'a vu, d'une certaine manière, à des moments, les scientifiques qui normalement doutent, doutaient assez peu. Les politiques doutent en plus. Mais dire ça, et c'est là, moi, ce qui, dans le livre « Dans la blessure et le revanche », que j'ai voulu montrer, c'est qu'il y avait des chocs, il y avait des blessures, et qu'on devait prendre des décisions. Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas qu'on doit arrêter d'agir.
Et on doit prendre des décisions dans l'incertitude. Et je pense qu'il y a une forme de nouveau contrat démocratique à passer avec les citoyens, qui consiste à dire, on vous présente les alternatives, d'une certaine manière, c'est ça, le débat démocratique. On a fait un choix, et on va peut-être faire des erreurs. Donc il faut aussi que je me mets évidemment dans le lot, les responsables publics au sens large, on apprenne à dire, ben là, je me suis planté, voilà, moi, il y a des choses dans la crise que je ne referai pas de la même manière, que je n'ai pas faites de la même manière entre la vague 1 et la vague 2.
Et en même temps, si je me replace, et c'est aussi pour ça que j'ai voulu écrire ce livre, si je me replace dans les conditions du moment où j'ai pris ces décisions, je pense que je reprendrai les mêmes. Voilà, donc c'était aussi pour ça, parce que c'est sans doute le prof d'histoire qui sommeille en moi, pour qui le péché majeur, c'est quand même l'anachronisme.
Et c'est vrai qu'à force d'entendre dire qu'on avait été nuls, ça c'est une possibilité, mais que tout le monde savait donc que, avec les éléments qu'on a deux ans maintenant plus tard, j'avais envie de redire, une part de ce que moi j'ai vécu, c'est partiel, c'est forcément partiel, j'étais pas observateur, mais ça me tenait à cœur aussi, parce que derrière les quelques figures, derrière les personnalités politiques, derrière les patrons, c'était quand même une chaîne de gens totalement invisibles, le service public qui a inventé tous les jours des trucs juste extraordinaires, dont moi pour une bonne part je dirais que je ne les ai pas suscités.
Et ça, ça ne s'appelle pas la main invisible, ça s'appelle le service public, et c'est ça notre bien commun. Et donc je trouve qu'au final, est-ce qu'on s'en est si mal sortis ? On est critique, il faut être critique, mais au fond, on a été agile, la question c'est qu'est-ce qu'on garde de ça dans la situation d'aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on garde de ça ? Le souci de transparence, ne pas hésiter à dire qu'on hésite, c'est ce qu'on est en train de vivre là, par exemple, autour des interrogations sur la réforme des retraites, la méthode à employer par exemple ? Je pense qu'il y a un point qui est certain, c'est que la méthode et le fond sont difficilement séparables. Il faut dire la vérité.
Moi j'ai un souvenir, je crois que, enfin je crois, non, j'en suis sûr, je l'évoque dans le bouquin, j'étais chez Jean-Jacques Bourdin, la première fois que vous faites Jean-Jacques Bourdin, quand vous êtes fonctionnaire, il y a quand même un petit tremblement, et la première fois qu'il vous dit, Aurélien Rousseau, mais ça vous ne savez pas, et bien en fait, au fond, il y a une tentation de dire quelque chose quand même. Et dire je ne sais pas, c'est très difficile. C'est très difficile.
Mais je pense aujourd'hui que, c'était le cas tout à l'heure sur un débat démocratique comme celui des retraites, c'est le cas aujourd'hui sur la crise énergétique, il y a une partie des éléments sur pourquoi le prix de l'électricité en Europe est-il plus haut qu'ailleurs dans le monde, etc. Peut-être qu'il y a des explications très simples qui nous ont échappé, mais je vois, on cherche, on essaie de décortiquer, et je pense qu'il y a des moments de dire, on cherche, dès qu'on saura, on dira. Et quand je dis ça, vraiment, ce n'est pas, pardon du mauvais jeu de mots, ex-cathédra, c'est parce qu'aussi, moi, je me suis planté sur ça.
Je me suis planté sur, après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, on lance dès le soir même des prélèvements pour savoir s'il y a du plomb qui a été sur l'espace public, est-ce que c'est dangereux ? On a des milliers de retours, et les experts, les ingénieurs disent, en fait, on n'arrive pas à comprendre comment il s'est dispersé, pourquoi il est là, est-ce que c'est dangereux ? Et je prends une décision qui est une erreur, voilà, je dis, on communiquera quand on saura expliquer, parce que quand on est un responsable public, normalement, vous ne dites pas, tiens, voilà, les chiffres, et puis débrouillez-vous.
Et en fait, un média, en fait, il avait raison, a dit, regardez, ils ont des chiffres, ils les cachent, alors après, là, il avait moins raison, ils les cachent parce que, etc. Non, on ne les cachait pas, on essayait de comprendre. Et donc, pendant la crise, du coup, c'est pour ça que je pense qu'on a été, je pense à Édouard Philippe, notamment au président, amené à dire et à prendre le risque du je ne sais pas, qui était au fond plutôt un signe de confiance dans la démocratie.
Mais justement, pour un peu mieux savoir, vous racontez une date dans le livre, c'est le 20 octobre 2020. Là, on vous demande de choisir un hôpital en Ile-de-France pour accueillir une visite du président de la République, justement. Ça va être pontoise, Emmanuel Macron va venir, il va y passer deux heures, il va discuter avec des soignants, il va prendre plein de notes et vous dites que c'est un moment précieux. Justement, ça serait peut-être cette leçon à en tirer quand on ne sait pas, c'est toujours garder ce lien avec le terrain, de venir voir les gens concernés, leur parler, prendre le temps.
Oui, je raconte ça dans la blessure et le rebond parce que je trouve que la visite ministérielle, il y a toujours, ou a fortiori présidentielle, un petit côté, on se dit tout ça, c'est de la vitrine. Là, il y a les images. Du reste, une fois le tour image passé, on a été enfermé dans cette pièce. Et en fait, il y a eu un vrai, quelque chose s'est noué. On était dans la deuxième vague, on avait beaucoup poussé à Pontoise avec des équipes géniales pour que les médecins de l'hôpital travaillent mieux que les médecins libéraux. Typiquement, ça, si je dois dire, je l'avais sans doute raté en première vague. On ne l'avait pas assez bien fait.
Et là, ils expliquaient comment l'oxygénothérapie à domicile permettait de mieux prendre en charge les patients. Et le président de la République bleuissait des pages entières. Je ne dis pas que ça a changé la face du monde. Mais c'était aussi de voir, et ça, c'est très précieux, que d'un territoire à l'autre, il y avait des initiatives, des choses qui se sont nouées, que dans notre pays, on a toujours cette idée qu'il faut le principe d'égalité, il faut que ce soit pareil partout. Et là, dans la crise, on n'a pas fait pareil partout. C'était en fonction des gens, en fonction des solidarités qui existaient déjà, en fonction des envies. Et ça a pu créer ça.
Et moi, je voulais montrer dans le bouquin que c'était aussi ça, l'État.