Inna Shevchenko : la voix d'un peuple qui résiste
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Je ne sais pas comment vous regardez ces images, 4 ans plus tard.
- 5:00OuverteRéponse directe
Qui est ce "on" dont vous parlez ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Quelle clarté ? Vous demandez aux Européens de soutenir les troupes ukrainiennes au sol ?
- 12:00OuverteRéponse directe
V.Poutine ne s'arrêtera pas à l'Ukraine ? Vous pensez qu'on ne l'a toujours pas compris ?
- 16:00OuverteRéponse directe
Vous avez parlé de la peur que vous avez au ventre pour votre famille. La situation est-elle aussi difficile que les reportages le décrivent ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00I.ShevchenkoFait
« Nous avons accepté cette nouvelle réalité, depuis 4 ans. Aujourd'hui est un autre jour de guerre. La terreur russe ne s'arrête pas. »
- 6:00I.ShevchenkoFait
« La peur de provoquer la Russie provoque la Russie. »
- 10:00I.ShevchenkoFait
« C'est une guerre d'existence pour l'Ukraine. C'est aussi une guerre existentielle pour l'Europe telle qu'on la connaît aujourd'hui. »
- 13:00I.ShevchenkoFait
« V.Poutine a communiqué déjà en 2021 qu'il exigeait une nouvelle architecture sécuritaire en Europe. »
- 15:00I.ShevchenkoFait
« La 1re illusion très dangereuse, c'est que l'Europe peut rester indéfiniment derrière l'Ukraine, comme si l'Ukraine était un rempart éternel. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
et agissez dès aujourd'hui. ... - A.Casse: Bonsoir et bienvenue.
Bonsoir, I.Shevchenko. Merci d'avoir accepté notre invitation.
Vous êtes mondialement connue pour avoir été une des figures du mouvement Femen. Vous êtes écrivaine et cinéaste franco-ukrainienne. Votre dernier livre: "Une lettre de l'Est".
Votre parole est attendue. Merci d'avoir choisi "C dans l'air". C'était il y a 4 ans, jour pour jour, le début de la guerre en Ukraine. - A Kiev, les sirènes alertent la population.
Sur les réseaux sociaux, le président V.Zelensky proclame la loi martiale. - V.Zelensky: Je vous demande d'être calmes.
Restez chez vous si vous le pouvez. Pas de panique. Nous sommes forts.
Nous finirons par gagner. - A.Casse: Je ne sais pas comment vous regardez ces images, 4 ans plus tard. - I.Shevchenko: On m'a demandé plusieurs fois comment je me sentais.
Pour vous dire honnêtement, en regardant ces images, rien de particulier. Nous avons accepté cette nouvelle réalité, depuis 4 ans. Aujourd'hui est un autre jour de guerre.
La terreur russe ne s'arrête pas. Aujourd'hui, comme chaque matin depuis 4 ans, j'ai vérifié si mes parents vont bien à Odessa, si ma soeur est en vie. C'est la réalité depuis 4 ans.
Rien de particulier. Je pense que nous n'avons même pas eu ce luxe de réfléchir à comment on se sent ou de repenser, se souvenir de tout ce qu'on a appris, tout ce qu'on a vu, de tout ce qu'on a entendu ces 4 dernières années. La terreur de cette guerre est constante à chaque seconde.
On attend un nouvel épisode de cette guerre. Mais aujourd'hui, il y a quand même quelque chose de particulier qui me dérange. Ce sont les débats.
Je suis venue sur le plateau avec cette conscience que, 4 ans après une invasion à grande échelle, 4 ans après que la Russie ait bombardé les villes ukrainiennes, déporté les enfants ukrainiens, occupé les territoires et qu'elle russifie de force la population ukrainienne...
Pendant 4 ans, elle a balayé toutes les conventions internationales. Jusqu'à maintenant, la terreur des civils, de la population civile ukrainienne, tout ça continue sous les yeux du monde entier. Après 4 ans de tout cela, avec toute cette évidence et tout ce temps, on continue à mettre la pression sur les victimes pour arrêter la guerre.
Je suis venue avec cette conscience que je dois encore expliquer, clarifier qui est l'agresseur, qui est la victime. Qui peut arrêter la guerre? Pourquoi encore aujourd'hui, 4 ans après tout cela, on met la pression de concessions et de compromis sur la victime? - A.Casse: Qui est ce "on" dont vous parlez?
V.Zelensky dit que Washington et Moscou lui demandent de donner le Donbass à la Russie. Je pense que vous faites référence à ça.
C'est une façon de dire aussi que les Européens ne sont pas à la hauteur? - I.Shevchenko: Peut-être.
C'est une opinion impopulaire, mais je pense qu'il y a plusieurs illusions confortables mais très dangereuses qu'on a acceptées, y compris en France mais aussi en Europe. Il y a les Etats-Unis, avec D.Trump, qui se désengagent, qui sont très imprévisibles.
Il y a cette opinion que l'Europe est fragilisée. Je pense que l'Europe est plus responsable aujourd'hui. Est-ce qu'il y a assez de leadership qui est prêt à prendre cette responsabilité?
Je fais référence au manque de clarté stratégique. - A.Casse: Quelle clarté?
Vous demandez aux Européens de soutenir les troupes ukrainiennes au sol? Jusqu'où les Européens devraient-ils aller, selon vous? - I.Shevchenko: Il y a beaucoup de choses avant d'envoyer des troupes.
Il y a beaucoup de démagogie sur la question des troupes européennes en Ukraine. Il s'agit de quelque chose de symbolique. Les Européens ne pensent pas sérieusement que ça va changer quelque chose sur la ligne de front.
Aujourd'hui, l'Ukraine a encore beaucoup trop de limites sur sa propre défense. V.Zelensky a, encore hier, clarifié que c'est parce que les Européens ne donnent pas la permission aux Ukrainiens de produire leurs propres Patriot pour la défense aérienne.
Le pays ne peut pas se protéger. Il y a cette constante hésitation des Européens depuis le début. Il y a beaucoup de soutien symbolique mais aussi financier, mais c'est toujours avec beaucoup d'hésitations.
Il y a toujours cette peur de provoquer la Russie. 4 ans après, je crois qu'il est temps d'apprendre cette règle simple. La peur de provoquer la Russie provoque la Russie. - A.Casse: On écoute V.Zelensky qui s'adresse aux Européens. - V.Zelensky: Aucun de nos citoyens n'a choisi d'être un héros.
L'Ukraine n'a pas choisi cette guerre. Il est erroné de supposer qu'il s'agit d'un compromis permanent qui permettra aux autres de rester derrière l'Ukraine pour toujours. Les Ukrainiens sont des êtres humains, des êtres humains, pas des Terminator. - A.Casse: "Nous ne sommes pas des Terminator." Ca fait penser à ce que vous disiez il y a 4 ans.
Vous alertiez déjà les Européens. V.Poutine ne s'arrêtera pas à l'Ukraine?
Vous pensez qu'on ne l'a toujours pas compris? - I.Shevchenko: Je suis convaincue qu'on ne l'a toujours pas compris.
Je pense qu'il y a beaucoup d'idées réconfortantes qu'on choisit plutôt que la vérité inconfortable. Elle est inconfortable, cette vérité, mais il faut choisir la vérité face à la guerre. Il ne s'agit pas d'une guerre pour une ligne sur une carte.
On croit toujours qu'il s'agit du Donbass, que dès que l'Ukraine va signer, dès que le Donbass est russe, ce sera la paix. Les Ukrainiens sont très conscients de quoi il s'agit. C'est une guerre d'existence pour l'Ukraine.
C'est aussi une guerre existentielle pour l'Europe telle qu'on la connaît aujourd'hui. Evidemment que la Russie n'a pas mis tant de ressources économiques et humaines pour le Donbass! C'est un projet impérial de restaurer la sphère d'influence russe sur le continent européen.
V.Poutine a communiqué déjà en 2021 qu'il exigeait une nouvelle architecture sécuritaire en Europe. Ce projet est beaucoup plus large, un projet de destruction du continent européen tel qu'on le connaît.
L'Ukraine, c'est une 1re étape. L'empire russe ne peut pas exister, être rétabli, avec une Ukraine indépendante. Ce n'est pas possible.
V.Poutine explique cela parfaitement. Mais on se perd tout le temps dans les illusions et les récits qui nous rassurent.
La 1re illusion très dangereuse, c'est que l'Europe peut rester indéfiniment derrière l'Ukraine, comme si l'Ukraine était un rempart éternel. L'Ukraine est un pays qui se bat pour sa survie, oui, mais ce n'est pas un asset stratégique externalisé. La 2e illusion, c'est de croire qu'une Russie affaiblie économiquement va terminer la guerre, pour des raisons économiques.
C'est une logique de démocratie européenne, mais ça n'a aucun sens d'appliquer cette logique à la Russie impériale, qui mène cette guerre purement impériale. - A.Casse: Vous avez parlé de la peur que vous avez au ventre pour votre famille.
Il s'agit chaque matin de savoir si vos parents et votre soeur sont en vie. Vous êtes originaire de Kherson. Les reportages racontent carrément des safaris humains.
Dès qu'un habitant sort de Kherson, il est poursuivi par des drones qui veulent tuer les civils. - I.Shevchenko: Oui...
Il y a beaucoup d'inspiration. On voit beaucoup de récits, même dans les médias français ces derniers jours. C'est vrai que la résistance sur la ligne de front est impressionnante, mais aussi la résistance de la population civile.
Ils s'adaptent et survivent chaque jour dans des villes comme Kherson, pour aller chercher du pain. C'est à chaque fois prendre un risque pour sa vie. La situation est tellement difficile.
L'hiver est très difficile, avec les coupures d'électricité, de chauffage, de l'eau, tout en même temps, parfois pendant plusieurs jours consécutifs. La réalité est très dure. Mais on parle aussi beaucoup de la fatigue des Ukrainiens.
Est-ce qu'ils sont fatigués? J'ai vu la fatigue en Ukraine, pendant mes derniers voyages là-bas, mais je n'ai jamais entendu la fatigue. Je m'explique...
Je pense qu'on peut parler de la fatigue...
La parole sur la fatigue appartient aux observateurs. Quand vous êtes là-bas, vous êtes conscient que si vous commencez à réfléchir et à parler de votre fatigue, ça veut dire que vous acceptez l'option d'arrêter. - A.Casse: Merci beaucoup d'avoir été notre invitée.