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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 6 mars 2026 11 minContradictoireMixteDéfenseÉconomie & entreprises

“Nos cadences ne font qu’augmenter” : comment le toulousain Delair veut devenir le leader européen du drone

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Chapitres

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Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:54InvitéChiffre
    « Il y a 5 ans nos drones pour la défense représentait environ 20% de notre chiffre d'affaires, aujourd'hui c'est plus de 80%. »
  • 2:06InvitéPromesse
    « On a une usine à Toulouse de 2500 m² et on est en train d'investir pour construire une nouvelle usine qui sera beaucoup plus grande pour nous permettre d'augmenter les cadences puisque depuis quelques années nos cadences ne font qu'augmenter. »
  • 3:39InvitéFait
    « L'innovation, la rupture technologique arrive en fonction de la gestion du risque. Et quand on est dans un environnement confortable, on a tendance à prendre peu de risques. »

Temps de parole

  • Invité68 %
  • Présentateur32 %

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0:01
Présentateur

Bonjour Bastien Mancini, vous êtes président et cofondateur de Delair, c'est une start-up française qui fabrique des drones, elle se trouve à côté de Toulouse, des drones au départ quasiment exclusivement civils il y a 15 ans et puis aujourd'hui vous produisez surtout du matériel militaire dont d'ailleurs de véritables armes, est-ce que vos drones sont engagés dans la guerre au Moyen-Orient qui a commencé il y a maintenant quasiment une semaine ?

0:29
Invité

Alors je ne peux pas communiquer là-dessus mais on a effectivement des drones qui sont employés au Moyen-Orient depuis déjà quelques années mais on a des drones qui sont employés dans le monde entier en fait, comme vous l'avez dit alors on n'est plus tout à fait une start-up, cette année on devient une ETI, on est 250 personnes, Delair c'est une société qu'on a créée il y a 15 ans, c'est l'anniversaire la semaine prochaine, au départ pour inspecter des pipelines et des lignes électriques. Ensuite on s'est développé sur d'autres métiers dont la défense mais il y a 5 ans nos drones pour la défense représentait environ 20% de notre chiffre d'affaires, aujourd'hui c'est plus de 80%.

1:06
Présentateur

Et alors est-ce que ces drones militaires, vous savez exactement dans quelles mains ils se trouvent et notamment dans un conflit tel qu'on le voit au Moyen-Orient ?

1:15
Invité

Alors oui, nous on le sait, je ne peux pas, comme je vous l'ai dit, en parler plus en détail.

1:20
Présentateur

Quel type de drone d'ailleurs, quelle famille de drone vous avez exporté chez ces pays du Moyen-Orient ?

1:26
Invité

De manière générale, déjà c'est un élément important, les exports de matériel militaire sont soumis à un contrôle d'export très strict qui nécessite de la part des autorités françaises de connaître précisément l'utilisateur final. Donc les utilisateurs finaux sont très bien connus. Donc vous n'êtes pas le seul à savoir où ils se trouvent ? Non, bien sûr, tout est contrôlé au niveau étatique et donc évidemment on n'envoie des drones que là où c'est contrôlé, validé par l'État. Ensuite de l'air, on a une gamme complète de drones qui va de 1 kg à 100 kg, donc c'est des drones qu'on fabrique à Toulouse.

On a aussi des drones sous-marins puisqu'on a aussi un site à Grenoble et un site à Marseille, donc vous voyez on est implanté sur les territoires. On a une usine à Toulouse de 2500 m² et on est en train d'investir pour construire une nouvelle usine qui sera beaucoup plus grande pour nous permettre d'augmenter les cadences puisque depuis quelques années nos cadences ne font qu'augmenter.

2:18
Présentateur

Et parce que les drones sont aujourd'hui omniprésents, en tous les cas je reviens à ce conflit qui a démarré autour de l'Iran. On apprend d'ailleurs que l'Ukraine envoie au Moyen-Orient des experts en drones. Bref, les drones sont partout. Qu'est-ce qu'ils ont de plus ces drones dans ces conflits tels que l'Ukraine ou l'Iran ?

2:41
Invité

Alors les drones, ces technologies qui existent quand même depuis des années, les exégètes vous diront que depuis la première guerre mondiale, il y avait déjà des drones ou en tout cas des avions télécommandés. Revenons au XXIe siècle. Mais ça s'est beaucoup démocratisé ces dernières années par la démocratisation des technologies de navigation autonome qui sont arrivées par les semi-conducteurs, dans l'automobile, des accéléromètres pour déclencher les airbags, des centrales inertielles à bas coût. Et industriellement, j'aurais tendance à dire qu'il y a 100 ans, on installait des moteurs dans tous les véhicules. Ça fait les voitures, les avions, les bateaux à moteur.

Aujourd'hui, la tendance est d'installer des systèmes de navigation autonome dans tous les véhicules. C'est l'avènement de la robotique et avec des coûts qui ont été fortement baissés. Et donc ça, ça change radicalement la manière de faire les affrontements. L'Ukraine a pu s'en sortir parce qu'ils ont utilisé des drones, ils n'avaient rien d'autre. Et ça, je pense que c'est un élément important. L'innovation, la rupture technologique arrive en fonction de la gestion du risque. Et quand on est dans un environnement confortable, on a tendance à prendre peu de risques. L'Ukraine, qui s'est retrouvée dans une situation vitale, a pris le risque d'essayer des drones.

Tout le monde s'est rendu compte que ça marchait. Et depuis, il y a eu d'autres conflits aussi, ça s'est énormément développé.

3:59
Présentateur

Mais vous évoquez l'Ukraine, vous avez été sélectionné par le ministère français des armées pour exporter, fournir aux Ukrainiens des drones. Alors cette fois, équipé de munitions pour détruire quel type de cible ?

4:13
Invité

Alors on équipe des drones, enfin on équipe l'Ukraine avec des drones depuis 10 ans. Depuis 2016, puisque en fait le conflit a démarré en 2014. Et dans le cadre des accords de Minsk, il fallait surveiller les frontières. A partir de 2016, nos drones ont été sélectionnés.

4:27
Présentateur

Mais là, vous êtes passé à autre chose.

4:28
Invité

Pour surveiller les frontières. Mais ça reste un élément important dans ce domaine-là. Il y avait déjà des brouillages, etc. En 2023, les Ukrainiens ont émis le souhait d'avoir nos drones. D'abord des drones d'observation. Donc on a livré en 2023 150 drones d'observation. Puis en 2024, la France a offert à l'Ukraine des munitions téléopérées. Donc des drones équipés effectivement d'armement. Qui ont été livrés et qui sont utilisés en Ukraine. Pour ? Pour aller sur des cibles. Alors dans notre cas, on ne rentre pas dans les détails. Mais c'est...

5:03
Présentateur

Ce que je veux dire, c'est quel type de cible ? Quelle est la masse possible de destruction ? Est-ce que ce sont des bâtiments ? Est-ce que ce sont des cibles plus petites ?

5:12
Invité

C'est plutôt des infrastructures télécom. Voilà, pour s'en rentrer trop dans les détails. Mais il y a quelque chose qui me paraît important. C'est que quand on parle de drone, on ne sait jamais très bien de quoi on parle. On utilise le mot drone pour désigner à la fois un jouet de 30 grammes et un bombardier de 10 tonnes.

5:27
Présentateur

Ne vous éloignez pas trop de l'Ukraine avant. On va y revenir à ce problème de vocabulaire. Mais d'abord, quel est le prix d'un drone que vous livrez à l'Ukraine ? Parce que c'est important maintenant que ces drones sont missionnés pour être des kamikazes. Donc détruire, se détruire, il ne faut pas qu'ils coûtent trop cher, c'est ce qu'on dit. Qu'est-ce que c'est le prix d'un drone ?

5:49
Invité

Alors, il n'y a pas de prix public sur ce genre d'engin. Oui, j'imagine. Si vous voulez, les drones dits kamikazes les moins chers qui sont utilisés en Ukraine sont des drones dits FPV qui valent entre 500 et 1000 euros. Les drones Shahed sont estimés entre 40 000 et 100 000 euros. Et tout ça, comparé au coût des missiles qui peuvent valoir des centaines de milliers d'euros. Mais encore une fois, c'est ce que je disais, ce n'est pas comparable à un drone. C'est le même mot, mais un drone à 500 euros et un drone à 100 000 euros.

6:19
Présentateur

Oui, il y a même des drones qu'on offre aux enfants à Noël. Donc ce problème de vocabulaire, vous pensez qu'il faut le résoudre, que c'est important ?

6:26
Invité

Je pense que c'est important, mais je pense que l'usage viendra pour solutionner ça. Mais comme les Eskimos ont 30 mots pour désigner la neige, j'aimerais qu'il y ait des mots différents pour désigner ça. Un écrivain connu écrit « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Et dans ce cas précis, on ne sait plus bien de quoi on parle. Tout le monde est un peu perdu. Et je pense qu'il y a vraiment une nécessité de préciser les choses dans ce domaine.

6:49
Présentateur

Alors Bastien Mancini, je rappelle que vous dirigez le fabricant de drones de l'air. Vous avez, on le disait au début de cette interview, quasiment abandonné les drones civils. Parce que répondre à ces marchés de guerre, vous pensez que c'est de cette manière-là que vous deviendrez le numéro 1 européen du drone ? Parce que c'est bien votre ambition pour votre entreprise.

7:10
Invité

Oui, alors pas du tout. Et on n'a pas du tout abandonné les marchés civils.

7:14
Présentateur

Pas du tout, si. Pour l'ambition, oui.

7:16
Invité

Notre ambition, c'est effectivement de devenir un leader. Et je vous dirais pourquoi. Mais on n'abandonne pas du tout les marchés civils. Au contraire, on gère l'entreprise sur le long terme. C'est l'entreprise qu'on veut développer dans la durée. Effectivement, en ce moment, le marché de la défense se développe beaucoup. Mais je pense que sur le long terme, le marché civil va aussi se développer. C'est notre identité, c'est notre culture à de l'air. Et c'est quelque chose sur lequel on travaille. On livre des drones et on fait du service pour la SNCF. On fait des drones qui servent à l'entretien des lignes électriques.

Et donc ça, c'est quelque chose qui est encore beaucoup amené à se développer. Et qui est très important pour nous. Et c'est un peu le contre-pied. Alors, il y a des stratégies qui peuvent être variées. Certains disent en ce moment, il ne faut faire que des drones pour l'armée, pour le militaire. Nous, on choisit sciemment de faire des drones à la fois pour le civil et pour le militaire.

8:04
Présentateur

Oui, certains, parce qu'il y a beaucoup de concurrents en France. Il y a quoi ? Il y a 30, 50 fabricants de drones ? Ça ne fait pas trop ?

8:10
Invité

Alors, vous savez, dans l'histoire industrielle, il y avait une centaine de constructeurs automobiles il y a 100 ans. C'est normal.

8:17
Présentateur

Ça s'est bien réduit.

8:18
Invité

Après, ça se consolide. Moi, j'ai participé avec d'autres à la création de l'ADIF, l'Association des Drones de l'Industrie Française. Et déjà, ces constructeurs se structurent et échangent entre eux. Mais en fait, le vrai sujet, c'est au niveau mondial. Les leaders mondiaux du drone sont américains, israéliens, chinois.

8:32
Présentateur

Et ils ont un autre chiffre d'affaires que le vôtre. Parce que je voudrais préciser, votre chiffre d'affaires, c'est quoi ? C'est 50 millions d'euros ? Et les grands que vous évoquez, les géants américains ou chinois, j'ai pu lire que ça va de 300 millions à 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires ou de dollars. Mais de toute façon, les proportions sont totalement différentes.

8:50
Invité

Exactement. Ils sont dans ces échelles-là. En fait, en France, on est de nombreux acteurs. On doit être un des plus gros. Il y a un tas d'autres acteurs, certains plus petits. Mais en Europe, les plus gros doivent faire autour de 150 millions de chiffres d'affaires. Et donc, moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire autour de faire émerger un acteur, un ou deux acteurs européens de dimension internationale. Parce que si on veut imposer notre vision, notre éthique sur la robotique, il faut être puissant économiquement.

9:17
Présentateur

Et un leader, et pourquoi pas vous, finalement.

9:19
Invité

Et en faire partie.

9:21
Présentateur

Alors, vos drones sont français. Ils sont construits à côté de Toulouse, à Labège, précisément. Mais pour les composants, est-ce que vous avez la maîtrise de vos approvisionnements ?

9:30
Invité

Oui. D'ailleurs, on fait auditer toute notre usine et nos approvisionnements. Et on a le label pour tous nos drones du fabriqué en France, qui signifie que, en gros, de manière vérifiée, de manière externe, on a un certain pourcentage de composants qui sont français. Donc, effectivement, tout est majoritairement français ou européen dans ce qu'on fait. On n'a pas des produits qui sont soumis, enfin, des appro qui sont soumis à des contrôles d'export américains, par exemple, ou ce genre de choses. Et ça, c'est quelque chose sur lequel on veille. Et pour ce qui reste, qui n'est pas français, on travaille à le développer.

10:02
Présentateur

Je voudrais finir sur un mot de philosophie. Parce que vous avez commencé par du civil. Aujourd'hui, vous faites du militaire. Votre sentiment, et puis celui de vos salariés aussi, qui ont changé de métier, hélas, en quelques mots, parce que c'est la fin de cette interview.

10:19
Invité

Comme je vous le dis, les salariés, et le mien propre, c'est que notre identité chez De L'Air, c'est vraiment de faire des drones, des robots, au service de l'humanité. Et comme je vous le disais, il faut être, à mon sens, puissant économiquement pour pouvoir imposer cette éthique. Et c'est de se développer à la fois sur les marchés civils et militaires, et dans le monde entier. Bastien Mancini, président, cofondateur de la société De L'Air, invité éco de France Info.