Tirs au gala de la presse avec Trump : "Un pic de violence en politique", selon la spécialiste des États-Unis Amy Greene
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 45 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:26OuverteRéponse directe
Racontez-nous à quel moment précis avez-vous compris que ça n'était pas un simple accident ?
- 7:19OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a frappé en découvrant cette scène, Amy Green ?
- 17:24OuverteRéponse partielle
Combien de présidents américains assassinés au cours de l'histoire de ce jeune pays ?
- 11:12OuverteRéponse directe
Comment est-ce possible qu'un homme armé s'approche aussi près d'un dîner présidentiel ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 22:52Locuteur 1Chiffre
« c'est vrai que sa popularité, elle était en baisse à 33-34%, »
- 23:21InvitéChiffre
« avec à peu près 20% de la population des électeurs Maga »
- 20:55Locuteur 1Fait
« Alors tout de suite, Trump, il a dit « je ne renoncerai pas à la guerre en Iran après ce coup de feu ». »
- 13:04Locuteur 1Fait
« auquel tous les présidents américains ont assisté depuis 1920, sauf Donald Trump qui est très en tension avec la presse »
Temps de parole
- Invité29 %
- Présentateur26 %
- Invité 223 %
- Invité 314 %
- Locuteur 18 %
≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Et un grand entretien ce matin pour réagir à cette soirée de chaos à Washington D.C. Un homme armé a fait irruption, vous le savez, dans la nuit au Washington Hotel Hilton, l'hôtel où se tenait le dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche. Donald Trump a été évacué, indemne. Et pour en parler ce matin, Amy Green, politiste et spécialiste des Etats-Unis, experte associée à l'Institut Montaigne. Bonjour, Amy Green. Bonjour. Bonjour. Avec nous en studio, Pierre Aski. Bonjour, Pierre. Bonjour. Chroniqueur international d'Inter, président du Conseil d'administration de Reporters sans frontières et auteur de La fin d'un monde chez Stock.
Et nous venons à l'instant de raccrocher avec Sonia Dridi, qui est la correspondante d'LCI et de TF1 à Washington, qui était à ce dîner des correspondants, puis à la Maison Blanche pour la conférence de presse du président américain. Question réaction, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Pierre Aski et Amy Green, je vais vous demander de réagir dans un instant. Mais d'abord, Sonia Dridi à Washington. Bonjour, Sonia Dridi. Bonjour. Merci infiniment d'être avec nous sur France Inter ce matin. Vous êtes journaliste et correspondante à Washington DC pour LCI et TF1. Vous étiez dans la salle de balle du Washington Hilton cette nuit.
Racontez-nous à quel moment précis avez-vous compris que ça n'était pas un simple accident, mais qu'il se passait quelque chose de grave ?
Eh bien, assez vite, en fait, parce que j'étais assise à une table qui était très proche des portes de cette salle de balle. Et à l'extérieur de ces portes, en fait, il y a un escalier et c'est là où se trouvaient les portiques de sécurité. Donc, on était assez proches et donc on a entendu ces coups de feu. Et très vite, on a entendu des gens dire qu'il fallait se mettre à l'abri. Là où je me trouvais, on est presque tous mis sous les tables. Il y avait une certaine panique chez des personnes qui étaient autour de moi. On est aussi beaucoup à avoir pris nos téléphones pour prévenir nos proches, pour prévenir nos rédactions, parce que sur le coup, on ne savait pas ce qui se passait.
Moi, quand j'ai vu ces agents de sécurité dans ce silence assez impressionnant marcher dans la salle, j'ai au départ pensé qu'il y avait une intrusion, qu'il y avait peut-être que le suspect était dans la salle. Et ensuite, on a vu au bout de plusieurs minutes, qu'en fait, ils étaient en train d'évacuer des membres de l'administration.
Parce qu'on a lu des récits saisissants des centaines de personnes en tenue de gala qui ont plongé sous les tables, et des journalistes comme vous qui passent instantanément en mode couverture en direct depuis le sol de cette salle de bal. Comment est-ce que vous, personnellement, vous avez vécu ces minutes entre la confusion et l'évacuation de Trump ? Quelle était l'atmosphère autour de vous ?
Alors, c'était quand même assez terrifiant, parce qu'on ne savait vraiment pas ce qui se passait. Moi, j'avais des gens autour de moi qui étaient en train de pleurer. On est beaucoup, encore une fois, qui avons pris nos téléphones pour essayer de comprendre, pour essayer d'appeler nos proches. Moi, je n'ai pas tout de suite eu le réflexe de filmer. J'ai filmé un petit peu après, en sortant de la table. Mais au départ, il y avait quand même beaucoup d'interrogations et on est beaucoup à avoir tenté de se protéger avec des chaises parce qu'on ne savait pas, en fait, s'il y avait quelqu'un dans la salle ou pas.
Bien sûr, on a vu Donald Trump évacuer. Les images étaient saisissantes, ainsi que le vice-président. Deux heures plus tard, il était devant les caméras, à la Maison Blanche, en conférence de presse. Vous étiez aussi. Il diffuse lui-même des images du tireur plaqué au sol. Il vante la réponse du secret de service. Comment est-ce que vous expliquez ce passage aussi rapide du chaos à la mise en scène ou au retour au calme ?
Oui, je dois vous dire que la soirée était de plus en plus surréaliste parce qu'en effet, au départ, on était tous dans cette salle un peu dans l'attente. Si on sortait de la salle, on ne pouvait plus rentrer. Il y a eu ensuite cette annonce que le programme allait reprendre parce qu'il y a eu une hésitation. On a senti que Donald Trump voulait revenir. Puis finalement, il a été, pour des raisons de sécurité, poussé à retourner à la Maison Blanche. Et c'est là où, lorsqu'il fait cette annonce d'une conférence de presse dans les 30 minutes, du coup, on s'est précipité vers la Maison pour ceux qui le pouvaient.
Et on s'est retrouvés dans cette petite salle de briefing de la Maison Blanche face à Donald Trump. Il y avait aussi sa femme, la porte-parole de la Maison Blanche.
Il avait l'air ému, le président américain ?
Oui, j'ai trouvé, oui, qu'il avait en tout cas un peu apaisé face à la presse. Lui qui a souvent des mots durs, qui parfois aime humilier la presse, la critiquer. Là, il a tout de suite eu des mots pour la présidente, notre présidente de l'Association des correspondants de la Maison Blanche, qui est la journaliste de CBS. Il a eu, à deux reprises au moins, des mots à son attention pour lui dire qu'elle avait fait un formidable travail. Et il a précisé qu'il voulait que cette soirée qu'il a boycottée pendant tant d'années ait lieu sous 30 jours.
C'est le même hôtel, Sonia Dridi, où Ronald Reagan avait été victime d'une tentative d'assassinat en 1981. C'est le troisième incident grave autour de Trump en moins de deux ans. Vous connaissez parfaitement la politique et la vie à Washington. Est-ce que vous avez l'impression que cette nuit, on a franchi un cap dans la violence politique ?
Alors, j'ai l'impression qu'on a déjà franchi un cap dans la violence politique depuis plusieurs années. Il y a aussi eu des assassinats de démocrates. Il y a eu ces tentatives d'assassinat contre le président Donald Trump à deux reprises déjà. Donc, c'est vrai qu'on sent une société de plus en plus polarisée. On sait déjà depuis plusieurs années, depuis même la première fois que Donald Trump s'est présenté à une élection présidentielle en 2015. Et c'est vrai qu'il y a de plus en plus, on sent dans ce type d'événement cette peur de la violence.
Parce que je dois vous dire, quand j'étais tous sous l'étape, j'ai entendu une femme à côté de moi dire « Voilà, j'étais sûre que ça allait arriver ». Donc, il y a quand même ce sentiment chez beaucoup de personnes qu'on est dans une société de plus en plus violente avec des deux côtés très polarisés. Et puis, Donald Trump a parlé d'un loup solitaire. Mais on a l'impression de plus en plus de fébrilité.
Merci Sonia Dridi, correspondante, je le rappelle, d'LCI et TF1 à Washington. Merci d'avoir été avec nous sur France Inter depuis la Maison Blanche. Émy Green, Pierre Aski, il faut remonter le fil de cette soirée de samedi pour ceux qui nous rejoignent. Parce qu'il est édifiant, le fil de cette soirée. 20h36, heure de la capitale américaine. Un homme armé d'un fusil de chasse, d'un pistolet, de plusieurs couteaux, franchi en courant un point de contrôle du Secret Service au Washington Hilton. On en a vu les images. Échange de tir avec les agents. Un agent touché, sauvé par son gilet pare-balles.
Le tireur est neutralisé avant d'atteindre la salle de balle où se trouvait le président américain et la première dame. Le suspect s'appelle Cole Thomas Allen. Il a 31 ans, il vient de Californie, diplômé de Caltech, enseignant à temps partiel, développeur de jeux vidéo, client de l'hôtel. On ne connaît pas le motif à cette heure. Même question à tous les deux, Émy et Pierre. Qu'est-ce qui vous a frappé en découvrant cette scène, Émy Green ?
Oui, mais en fait, on a vraiment l'impression qu'on l'a déjà vu, effectivement. La première chose qui m'a frappée, c'est que ça représente encore une étape dans un climat, effectivement, de violence qui existe depuis longtemps et avec un pic de violence en politique qui ne cesse de s'aggraver depuis notamment 2017, avec des faits empiriques à l'appui.
Et donc, en effet, quand on voit ce genre de situation se produire, à la fois, j'ai effectivement le sentiment de l'avoir déjà vu et d'assister, comme toute la société américaine, à une augmentation dans le nombre de menaces, de passages à l'acte et de choses très graves qui se passent autour du débat politique qui devient de plus en plus cristallisant et violent. Et puis, de l'autre côté, effectivement, on voit qu'il y a effectivement une forme de très grande fracture au sein de la société américaine avec le sentiment chez un certain nombre d'Américaines qu'il n'y a plus du tout de solutions possibles et donc, ils se laissent pousser dans ces dérives-là.
Dans une société où une majorité, et pardon, j'en termine là, où la majorité d'Américains considèrent que son opposant politique est une menace existentielle, ce type, malheureusement, de résultats n'est plus très très loin.
Même question, Pierre. Qu'est-ce qui vous a frappé en découvrant cette scène ?
Ce qui est frappant, c'est la réaction de Donald Trump lui-même. C'est comme à l'été 2024, lorsqu'il avait eu ce réflexe de lever le poing après avoir été blessé à l'oreille.
C'est un butler en Pennsylvanie pendant sa campagne.
Voilà. Là encore, il reprend le dessus très vite. C'est-à-dire qu'il... L'image du poing levé, on s'en souvient, le sang sur le visage. Et là, il fait cette conférence de presse dans la briefing room de la Maison Blanche 30 minutes après l'incident. Et de quoi il parle ? De la nécessité de construire sa salle de balle à la Maison Blanche. Ce qui est quand même surréaliste.
Et de la réorganisation du dîner qui va être reporté.
Voilà, le dîner qui va être reporté, etc. Et il tweet lui-même des photos de l'assaillant à terre, mis à terre et torse nu. C'est cette capacité qu'il a de surmonter un événement qui pourrait être traumatisant. Et qu'il gère d'une manière assez incroyable. Donc c'est cette normalité très rapide où le politique reprend le dessus. Que ce soit en août 2024 ou aujourd'hui, c'est le même homme qui a cette capacité à surmonter un moment incroyable.
Mais d'ailleurs, les images montrent qu'il reste très flegmatique, en tout cas au moment des coups de feu, au moment où éclatent les coups de feu. Mais Pierre, c'est vrai qu'il y a eu quand même un certain nombre de tentatives d'assassinat contre Donald Trump. Alors, celle-là n'est pas encore totalement avérée, mais ça ressemble quand même à ça. Il y en a eu au moins trois. On parlait notamment à la plus marquante de celle de Butler quand il est en campagne présidentielle. Est-ce qu'il va finir son mandat en vie ? C'est assez inédit qu'il y ait autant d'attaques contre un personnage politique, président ou non.
Oui, il a dit lui-même ce soir, enfin cette nuit, qu'il ne savait pas que ce métier était aussi dangereux. Oui, le sien. C'est le sien, oui. Donc c'est assez surprenant. Alors, il faut bien prendre conscience. Le premier a été une vraie menace puisqu'il a été blessé à l'oreille par le tireur. Oui, là c'était une autre salle. Voilà, c'était en public, c'était en plein air, pardon, quand ça s'est passé pendant un meeting électoral. Les deux autres, c'est-à-dire l'homme qui a été découvert dans le golf de Maralago. Et ce soir, il n'a pas été directement menacé de près, puisque là le tireur n'est même pas entré dans la salle, il a été intercepté avant.
Malgré tout, comment est-ce que c'est possible qu'un homme armé s'approche aussi près d'un dîner où se trouvait le président, le vice-président et la moitié du gouvernement américain ?
C'est ahurissant parce que l'homme était client de l'hôtel, donc il était à l'intérieur de l'hôtel. Il n'y avait pas de portique de sécurité à l'entrée de l'hôtel, il y en avait un à l'entrée de la salle. Et donc, on voit bien que malgré les deux tentatives précédentes, la sécurité n'est pas au top autour de Donald Trump. Et Migrine ? Oui, effectivement, je pense que dans cette réaction de Donald Trump, on voit une sorte d'instinct de communication politique. Et puis, cette réaction n'est pas complètement incohérente avec l'exercice du pouvoir de Donald Trump, c'est-à-dire reprendre tout de suite le récit.
On le voit sujet après sujet, que ce soit à Minneapolis avec l'IS ou sur la guerre en Iran. Il y a une forme d'hyper-centralisation de la communication politique autour de la personne du président. Donc, c'est vrai que ça peut paraître assez spectaculaire, qu'il tient tout de suite une conférence de presse, mais on voit que c'est dans une forme d'hyper-maîtrise du récit politique, de pouvoir raconter les faits. Absolument, le récit qu'on avait vu depuis maintenant des mois, voire des années, d'un Donald Trump qui s'assimile au Jésus, qui évoque un langage religieux, effectivement pour augmenter la notion de puissance, de pouvoir autour de lui.
Mais effectivement, je trouve que cette réponse est assez cohérente finalement avec la manière dont la Maison Blanche communique et qu'en soit même l'exercice du pouvoir.
Alors, ce qu'il faut dire aussi, Pierre, et là je m'adresse au président de Reporters sans frontières, c'est que c'est un cadre tout à fait particulier dans lequel se produit cet événement. C'est celui des dîners des correspondants de la Maison Blanche qui célèbrent la liberté de la presse, auquel tous les présidents américains ont assisté depuis 1920, sauf Donald Trump qui est très en tension avec la presse et qui n'arrête pas de contester ce que la presse rapporte. Et là, c'était la première fois qu'il y assistait.
Oui, c'est d'ailleurs troublant que cette soirée soit perturbée, parce que c'était un moment de réconciliation puisque Donald Trump avait accepté de venir. Il avait même annoncé qu'il allait faire un discours très dérangeant, très peu politiquement correct. Mais le fait qu'il aille dans cette soirée qui est destinée à célébrer la liberté de la presse quand même.
Le premier amendement est célébré, consacré, mis en valeur, juste derrière le président américain dans la salle.
Alors qu'il passe la moitié de son temps à dénoncer les médias fake news. Chaque journaliste a été couvert d'insultes à un moment ou à un autre dans une conférence de presse. Donc, il y avait ce moment de réconciliation ambiguë puisqu'ils venaient pour dire leur cas de vérité aux médias. En général, c'est l'exercice d'autodérision, d'humour. Exactement. Toutes les punchlines sont écrites à l'avance par des speechwriters, etc. Même d'Hollywood. Voilà. Et donc, ça devait être un grand moment de célébration, à la fois d'auto-célébration par Donald Trump, mais quand même de célébration de la liberté de la presse. Et il n'a pas eu lieu.
Émigrine, c'est vrai que ça fait dire à certains de nos auditeurs, alors je rapporte leurs propos, mais Xavier qui dit qu'on peut s'étonner d'un événement qui survient alors que, comme par hasard, c'est lui qui le dit, le président a accepté d'assister au dîner. Monsieur Trump aime jouer les martyrs. Là, je rapporte vraiment les propos de notre auditeur qui a l'air d'y voir une forme de complot.
Oui, effectivement, la question de la figure de martyr, c'est quelque chose qui suit Donald Trump, même qui cultive depuis le début de sa carrière politique, pendant une campagne électorale à la présidentielle. Effectivement, il a dit à ceux qui se sentent malmenés dans la vie, je suis votre vengeance, je suis votre rétribution. Et donc, finalement, en fait, ce qu'il va vendre à ses soutiens, ce qu'il va leur proposer, c'est le sentiment de les incarner ou d'être incarné par quelqu'un qui, du coup, a enfin le pouvoir dans une société où un certain nombre de ses soutiens ressentent une absence de puissance.
Donc, en effet, la figure du martyr est quelque chose qui fait partie intégrante de la marque de fabrique de Donald Trump.
Mais le complot aussi, le complot aussi, émigrine, parce que ce qui est frappant, c'est qu'il y a de nombreux auditeurs. Nicolas qui se demande si l'attaque n'a pas servi le récit de Trump. Chantal qui se demande que ce n'est pas un montage, une mise en scène. Bref, en tout cas, de nombreuses personnes s'interrogent sur la réalité de l'événement. Oui, absolument.
Ce qui n'est pas étonnant. Oh, pardon. Oui, ce n'est pas étonnant, parce qu'effectivement, sur les réseaux, entre autres, on va voir ce genre de questionnement. Mais d'ailleurs, il y a des questionnements sur les autres tentatives, notamment celle de Butler. C'est assez intéressant parce que finalement, c'est symptomatique de l'écosystème. Donald Trump lui-même bénéficie, c'est-à-dire la question des faits alternatifs, comme on le rappelle la formule de la première présidence de Trump. La notion d'une vérité alternative, aujourd'hui, clairement, au cœur de la société américaine.
Encore une fois, et j'insiste vraiment sur la division entre Américains, la plupart d'Américains considèrent qu'il n'y a plus du tout de repères en commun partagés largement dans la société. Donc, à partir de là, c'est vrai que la désinformation, la mésinformation et cet écosystème du complotisme des réseaux sociaux, etc. C'est vrai qu'aussi, Donald Trump, il participe à ce type d'informations, de circuits. Et en effet, comme l'effet de violence, on voit qu'il est à la fois un symptôme, mais aussi une cible.
Alors, Piraski, c'est le Washington Hotel, vous connaissez l'histoire, c'est le même hôtel devant lequel John Hinckley Jr. avait tiré sur Ronald Reagan le 30 mars 1981 et il avait failli tuer le président américain. Reagan avait été touché à la poitrine par une balle qui avait ricoché sur sa limousine. C'est aussi l'hôtel où se tient chaque année, depuis des décennies, le dîner des correspondants. C'est une tradition quasi centenaire et c'est quand même assez frappant de voir l'importance de la figure de POTUS du président américain comme cible. Combien de présidents américains assassinés au cours de l'histoire de ce jeune pays ?
Oui, c'est complètement fou, mais c'est vrai que cette histoire est jalonnée d'assassinats, de tentatives d'assassinats à intervalles réguliers. Sans même penser à Lincoln, à JFK. Mais dans le cas de Reagan par exemple, son porte-parole avait trouvé la mort, le patron des services de sécurité avait été blessé. C'est un événement, on n'est pas dans quelqu'un qui approche et qui est arrêté. On est dans une vraie tentative, le président a une balle dans le poumon, mais l'homme a été acquitté pour troubles mentaux. Troubles mentaux, John Hinckley. Voilà, et pareil, à chaque fois, on est dans cette zone grise entre l'intention politique et le trouble mental.
Là de nouveau, Trump ce soir a parlé d'un loup solitaire.
Oui, il y a des informations qu'on n'a pas.
Voilà, donc on... Col Thomas Allen qui a 31 ans va comparaître devant la justice dès demain. Dès demain, absolument. Et si c'est un loup solitaire, on est dans quelque chose qui ne relève pas, dans ce cas-là, du complot élaboré, d'opposants, etc. Cette histoire du complot est intéressante parce qu'évidemment, on est à l'heure des réseaux sociaux, à l'heure du complotisme qui vient très vite à l'esprit. Et il faut savoir que ces dernières semaines, dans la base MAGA qui est très troublée par la politique de Donald Trump, notamment par sa guerre en Iran, il y a tout d'un coup la théorie du complot sur l'attentat de Butler, donc le premier en août 2004, celui où il avait été blessé à l'oreille.
Et tout d'un coup, c'est dans les rangs MAGA qu'on suggère que ça aurait été un coup monté, que c'était organisé... Et dans quel but est-ce qu'on suggère ça ? Pour cultiver le martyr, cultiver cet homme providentiel qui est au service de l'Amérique. Il a dit lui-même d'ailleurs ce soir, on essaye d'abattre ceux qui font le plus pour l'Amérique, donc c'est son cas.
I studied assassinations, traduction Amy Green. I studied assassinations, c'est ce que disait Donald Trump dans sa conférence de presse, j'ai étudié les assassinats. Et c'est lui-même qui a publié les images du tireur plaqué au sol sur son réseau trousse social. Et il a dit, et c'est assez incroyable, il a dit que c'était d'une certaine manière très beau, très beau, vraiment très beau de voir le service secret, le secret de service neutraliser le suspect. C'est assez incroyable comme expression ?
Oui, c'est assez incroyable. Et puis même la façon de partager, de communiquer des éléments avant le début, enfin même le début d'une enquête, d'une traduction en justice. Donc effectivement, on peut imaginer que les tentatives d'assassinat dans la politique américaine, notamment au niveau présidentiel, ne sont pas si importantes que ça. Et donc normalement, il y a des canaux, des circuits pour communiquer, pour diffuser, et puis pour ne pas forcément communiquer tout, tout de suite. Donc le fait que le président lui-même prend le devant avant son FBI, avant son ministre de la Justice par intérim, et lui-même centralise cette communication, c'est vrai que c'est assez inhabituel.
Mais ce n'est pas inhabituel pour la présidence Trump qui communique de cette façon.
Alors Pierre Aski, on peut s'interroger sur les conséquences que va avoir cette possible tentative d'assassinat. Alors tout de suite, Trump, il a dit « je ne renoncerai pas à la guerre en Iran après ce coup de feu ». Il faut dire que quelques heures plus tôt, il avait rappelé les émissaires qui étaient envoyés pour négocier avec les Iraniens au Pakistan. En tout cas, ça ne va pas bouleverser, changer la face de sa politique extérieure.
Non, ça ne changera pas sa politique, ça peut changer sa psychologie. Et la psychologie est une part importante de la façon de gouverner de Donald Trump. Souvenez-vous, ces derniers jours, beaucoup de gens s'interrogeaient sur son état mental, sur certains des tweets qu'il avait fait. Y compris dans son camp, vous le disiez. Oui, tout à fait. Le fameux tweet sur l'effacement de la civilisation perse avait soulevé pas mal de questions, etc.
On l'a vu s'endormir hier ou avant-hier en plein bureau, entouré de ses ministres, etc.
Mais ce qui est frappant, c'est qu'en 2024, lorsqu'il y avait eu l'attentat de Butler, on avait pensé qu'au début, il avait semblé essayer de jouer les rassembleurs. Et puis en fait, très vite, le naturel a repris le dessus. Et c'est le polarisateur qui a repris le dessus. Et je pense que là, surtout avec la perspective des élections de mid-term qui approchent, qui sont en novembre prochain, Trump va continuer à polariser pour essayer de rassembler autour de lui son camp qui est ébranlé à la fois par l'affaire Epstein.
Il faut savoir que pendant que tout ça se déroulait, la photo de Trump avec Epstein était projetée sur les murs du Washington Hilton Hotel par des opposants, des activistes qui avaient organisé cette mise en scène. Donc on est dans un contexte où il y a l'affaire Epstein, il y a la guerre en Iran qui n'est pas approuvée par l'intégralité du camp Maga. Et Trump va essayer de profiter, il faut bien le dire, parce que ça fait partie de son personnage, de cet événement.
Justement, Amy Green, c'est vrai que sa popularité, elle était en baisse à 33-34%, que ses troupes sont divisées, on le disait, y compris sa base Maga. Donc ça, finalement, ça peut, dans un sens, l'aider. Ça peut avoir des conséquences en termes de politique intérieure, de resserrer les ronds. C'est peut-être l'espoir.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les taux de favorabilité de Donald Trump frôlent les taux de Nixon juste avant sa démission de la présidence avec à peu près 20% de la population des électeurs Maga qui s'opposent de plus en plus fortement à Donald Trump. Et ça, c'est dans la base électorat, mais c'est aussi un certain nombre de figures politiques très associées avec l'ascension politique de Donald Trump comme un Tucker Carlson qui font des mea culpa publics pour regretter, justement, ce soutien.
Donc, il peut y avoir, effectivement, un espoir d'une traduction politique qui permettrait à Donald Trump, non pas d'aller chercher les indépendants et les démocrates qui sont largement en défection de la cause républicaine, mais plutôt, effectivement, de rassembler sa base pour ressusciter cette image, effectivement, de martyr, d'homme fort qui survit à tout. À l'image de ce qu'il veut penser.
Mais c'est passionnant. Merci, en tout cas, infiniment pour votre analyse, Amy Green. On va vous libérer. Une dernière question, Pierre Aski. Dans La fin d'un monde, vous disiez que c'est la loi du plus fort qui prime. Qu'est-ce que cette scène, un président américain évacué d'un dîner de gala sous les tirs, dit de l'état de la première puissance mondiale, vu de l'extérieur ?
Une fragilité terrible de cette société, à la fois à cause de la prolifération des armes et de cette culture de l'assassinat politique ? Souvenez-vous de Charlie Kerr qui a été assassiné il y a seulement quelques mois et qui a été un choc énorme dans le camp républicain et cette multiplication des tentatives.
Le mari de Nancy Pelosi attaqué au marteau des tirs contre un bureau de Kamala Harris. Et c'est la troisième tentative contre Donald Trump. Merci infiniment, Pierre Aski, d'avoir été avec nous ce matin. On vous a réveillé dans la nuit et vous êtes arrivé aussitôt. On vous retrouvera en tout cas demain à l'antenne d'Inter. Absolument. Merci infiniment. À suivre la revue de presse. Merci.
Merci.