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Interviewyoutube.com· 13 mai 2019 59 minContradictoireFond programmatiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieImmigration & asileSolidarités & famille

Invité : Raphaël Glucksmann, Aurore Lalucq & Ian Brossat - Audition publique (13/05/2019)

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 70 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • RelanceÉludée

    Votre campagne est-elle trop agressive, ce qui expliquerait des sondages décevants ?

  • RelanceÉludée

    Daniel Cohn-Bendit dit que les Verts sont une secte : vous sentez-vous l'âme d'un gourou ?

  • FerméeRéponse directe

    Annoncez un chiffre : la remontada, ce sera combien ?

  • RelanceRéponse directe

    N'avez-vous pas lu le rapport qui contredit la thèse d'un lien entre glyphosate et cancer ?

  • RelanceRéponse directe

    Le kérosène est-il un impôt déguisé pour dissuader les Français de prendre l'avion ?

  • RelanceRéponse partielle

    Vous êtes sous les 5% dans un sondage récent : votre campagne est-elle en perte de vitesse ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • Yannick JadotChiffre
    « 67000 morts prématurées par an à cause de la pollution. »
  • Yannick JadotChiffre
    « 700 millions d'euros dans des plans pseudo-volontaires de sortie des pesticides. »
  • Yannick JadotChiffre
    « On a eu 8 millions de véhicules diesel dans notre pays qui dépassent au moins trois fois la norme autorisée. »
  • Yannick JadotChiffre
    « Aujourd'hui, c'est 3%, mais c'est en forte augmentation »
  • Aurore LalucqChiffre
    « Il y a eu 17000 personnes qui se sont noyées dans la Méditerranée ces dernières années. »
  • Aurore LalucqChiffre
    « Nous, il est de 400 milliards par an. »
  • Aurore LalucqChiffre
    « Celui de La République En Marche est de 1000 milliards sur cinq ans. »
  • Ian BrossatChiffre
    « Nous sommes la sixième puissance économique du monde et nous avons 9 millions de pauvres. »
  • Ian BrossatChiffre
    « En 20 ans, nous avons perdu 40% de nos maternités »
  • Ian BrossatFait
    « Dans le Lot, l'an dernier, 15 femmes ont accouché sur le bord de la route. »
  • Ian BrossatChiffre
    « Elle a versé depuis 10 ans 3000 milliards d'euros aux banques privées sans aucune espèce de conditions ni de contrepartie. »
  • Ian BrossatChiffre
    « C'est 3600 milliards d'euros de valorisation boursière. »

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Générique. - Michel Grossiord: Trois candidats aux élections européennes en un rendez-vous d'"Audition publique". Bonsoir.

Trois invités ce soir, acteurs et témoins de la gauche fracturée. Yannick Jadot, tête de liste Europe Ecologie-Les Verts, merci d'être avec nous pour 20 minutes. Ensuite, ce sera Aurore Lalucq pour PS-Place Publique et Ian Brossat pour le Parti Communiste Français.

Yves Thréard est avec moi. Tout à l'heure, Stéphanie Lerouge et Brigitte Boucher me rejoindront pour ce rendez-vous de La Chaîne Parlementaire, de l'AFP et du Figaro. Les internautes peuvent réagir comme chaque semaine sur le tchat du journal.

Je me ferai l'interprète de vos interrogations, de vos questions, pour nos invités. Yannick Jadot, je constate qu'Europe Ecologie-Les Verts stagne. Je le constate.

C'est dans un journal de notre ami Yves Thréard. Vous stagnez. Est-ce que c'est la preuve que les autres listes ont réussi à vous déposséder du sujet de l'environnement? - Yannick Jadot: Pas du tout.

On entre en campagne, il y a beaucoup de confusion sur cette élection. Tout va se jouer lors de la dernière semaine. Je suis un amoureux de football.

Quand on regarde la Ligue des Champions ou la Coupe de France, ce sont les dernières minutes qui comptent. On fera un très bon score. Comme vous l'avez dit, l'environnement est au coeur de cette campagne.

Une fois la campagne terminée, les Françaises et les Français reconnaîtront que le seul vote utile, efficace, pour protéger l'environnement et pour sauver l'Europe, c'est le nôtre. - Michel Grossiord: La remontada, c'est combien, à l'arrivée? Annoncez un chiffre. - Yannick Jadot: On sera au-dessus de 12%. - Yves Thréard: Daniel Cohn-Bendit disait que vous ne faisiez peut-être pas la bonne campagne, qu'elle était peut-être trop agressive.

Il disait que c'était pour ça qu'il y avait des sondages qui n'étaient pas à la hauteur de ce que vous prétendiez. - Yannick Jadot: Il y a 10 ans, quand on faisait la campagne avec lui, une semaine avant, on était sur le même socle. C'est la dernière semaine que tout s'est fait.

Aujourd'hui, ça doit être compliqué pour lui de soutenir votre liste. - Oriane Mancini: Il est allé plus loin. Il a dit que les Verts sont une secte.

Vous vous sentez l'âme d'un gourou? - Yannick Jadot: Ce n'est pas très sérieux de sa part de dire ça. Qu'est-ce qu'il a obtenu, sur l'écologie, de la part d'Emmanuel Macron, en deux ans?

Rien. Ce sont des reculs, des renoncements, des reports de toute action concrète. - Yves Thréard: Est-ce que vous admettez que l'écologie est le patrimoine de tous les partis politiques? - Yannick Jadot: Je suis très heureux que tout le monde en parle.

C'est aussi notre victoire. C'est notre victoire culturelle que l'écologie soit au coeur du débat sur l'Europe. - Oriane Mancini: Est-ce que ça ne va pas entraîner une défaite dans les urnes?

Il n'y a plus aucune raison de voter pour vous. - Yannick Jadot: Le problème qu'on a avec l'écologie, ce n'est pas d'en parler et de faire des promesses. Depuis Chirac, tout le monde en a fait.

L'emballement climatique s'accélère. On a eu un rapport: sur notre territoire, on continue à artificialiser les sols. Nos émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas. 67000 morts prématurées par an à cause de la pollution. - Michel Grossiord: Les émissions régressent, grâce à l'Union Européenne, notamment. - Yannick Jadot: On est dans une situation climatique assez particulière.

Ce que je veux dire, c'est qu'à un moment donné, l'écologie, c'est agir. Le seul groupe politique qui obtient des avancées au Parlement européen sur l'environnement, la santé et les libertés, c'est les Verts. Je veux bien une candidate tête de liste En Marche qui nous met un pot de piment d'Espelette AOC, mais de l'autre main, elle signe tous les accords qui tuent notre terroir. - Yves Thréard: Si on regarde l'Union Européenne, on voit qu'en Allemagne, les Verts sont en deuxième position dans les sondages.

C'est peut-être parce que vous n'avez pas ajusté votre discours. Il est agressif. En Allemagne, ils arrivent à s'adapter. - Yannick Jadot: Non, je ne suis pas agressif.

Pendant toute ma campagne, je suis sur le terrain, avec les agriculteurs, tous les artisans. - Yves Thréard: Comment expliquez-vous qu'ils aient de bons sondages, en Allemagne? - Yannick Jadot: Il y a un an, ils étaient à la moitié.

Ca renforce la nécessité absolue qu'il y ait un vote écolo fort en France. Imaginez l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la France, avec un vote écolo puissant...

Ce ne serait pas simplement un groupe écolo fort au Parlement européen: ce serait le signal que l'écologie doit être au coeur des discours politiques au sein de l'Europe. Il faut que les gouvernements cessent leur inaction sur l'écologie. - Oriane Mancini: Si vous faites le score qu'on vous prédit, est-ce que les Verts français ne seront pas affaiblis au Parlement européen? - Yannick Jadot: Non, parce qu'on ne fera pas le score qu'on nous prétend aujourd'hui.

Regardez l'Europe d'il y a cinq ans. Personne n'imaginait le Brexit, personne n'imaginait Matteo Salvini, personne n'imaginait la montée des extrêmes droites. La crise écologique, depuis cinq ans, elle s'est accentuée, elle s'est aggravée.

Pourtant, on a les solutions. Ce que je veux pour notre pays, ce n'est pas simplement qu'on parle d'écologie, mais qu'on agisse et qu'on crée tous les emplois liés à la transition écologique. Il faut qu'il y ait des entreprises qui participent à cette transition. - Michel Grossiord: L'actualité s'accélère sur l'environnement.

On peut interroger notre invité sur le glyphosate. Il y a un rapport et une prise de position politique qui font débat. - Oriane Mancini: Un sénateur a dit, ce week-end, que le glyphosate était moins cancérigène que la viande rouge ou la charcuterie. - Yannick Jadot: Je regrette qu'au moment où il y a des révélations sur la façon dont Monsanto essaye d'amadouer les élus, un député reprenne mot pour mot les éléments de langage de Monsanto.

Ils essayent de protéger le glyphosate de cette façon. C'est terrible. Aux Etats-Unis, en France, on a des procès où la justice condamne Monsanto pour des personnes atteintes de maladies et de cancers.

On a le Centre international de recherche sur le cancer qui a dit que c'était un cancérogène probable. On a tellement de paysans qui sont sortis du Roundup et qui vivent mieux. Paul François, le céréalier de Charente, qui a gagné, après 12 années, contre Monsanto, ses 240 ha de céréales, il les a convertis en bio. - Yves Thréard: Vous n'avez pas lu le rapport qui vient de sortir?

Ce rapport parlementaire ne dit absolument pas ce que dit ce sénateur. Il y a 12 pages consacrées au glyphosate. Dans ces 12 pages, ce rapport met sur un pied d'égalité toutes les recherches qui ont été faites, en disant qu'on ne sait pas.

Le bilan est que la plupart des recherches européennes montrent que ça n'a pas un lien avec le cancer. Il n'y a pas de preuves scientifiques. - Yannick Jadot: Les journalistes français ont particulièrement bien travaillé sur ce qu'on a appelé les Monsanto Papers.

Toute cette communication interne à Monsanto a été révélée. A chaque fois qu'il y a une étude qui est sortie pour dire qu'il y avait un risque, Monsanto a soutenu, financé, organisé une science biaisée pour pouvoir contrarier l'action des responsables politiques. Sur le glyphosate, le numéro 4 d'En Marche est reconnu comme un soutien précieux au glyphosate et à Monsanto.

Quand on est sur les listes de Monsanto, c'est comme des opposants. Ceux qui veulent sortir du glyphosate, qui veulent offrir un avenir à nos paysans et à notre environnement, c'est nous et certainement pas En Marche. - Michel Grossiord: Les parlementaires que vous citez, l'agriculteur et le numéro 4 de LREM, vous estimez qu'ils sont fichés comme soutiens? - Yannick Jadot: Ca a été révélé dans toute la presse.

Ils sont indiqués comme fervents soutiens, soutiens importants pour le glyphosate et pour Monsanto. - Michel Grossiord: Par intérêt? - Yannick Jadot: Les coopératives, dans ce pays, elles vivent comment?

Vous le savez? Elles sont essentiellement dirigées par la FNSEA. Elles vivent de la vente des produits et des pesticides.

Ca ne vous gêne pas qu'à chaque rendez-vous médiatique où il est interrogé là-dessus, Emmanuel Macron dit "trois ans"? - Oriane Mancini: Il n'y aura pas de délai de trois ans, pour vous? - Yannick Jadot: Il ne tiendra pas ce délai.

Je vois comment les choses sont organisées. J'ai fait le Grenelle de l'environnement avec Nicolas Sarkozy. On avait dit qu'on allait réduire de moitié les pesticides de 2008 à 2018.

On est à plus de 20% d'augmentation. On n'a pas réduit de moitié, on a augmenté de 20%. On a dépensé de l'argent public. 700 millions d'euros dans des plans pseudo-volontaires de sortie des pesticides.

Il est temps, pour l'avenir de notre agriculture, de sortir au niveau européen des pesticides en 15 ans. Que l'argent de la Politique Agricole Commune, 9 milliards d'euros d'argent public par an en France, serve à aider tous les agriculteurs, à avoir un revenu décent, mais aussi à protéger notre biodiversité et notre alimentation. - Oriane Mancini: Pour finir sur Monsanto, vous avez annoncé votre intention de porter plainte au nom de votre parti.

Vous l'avez fait? - Yannick Jadot: Bien sûr. - Michel Grossiord: Les sujets sont multiples, sur l'environnement.

On apprend ce soir que Renault est mis en cause pour son système de dépollution, qui était apparemment inopérant à basse vitesse, à bord de ses véhicules, en dessous de 50 km/h, apparemment. - Yannick Jadot: Il y a eu des réunions autour d'une table où des dirigeants d'entreprise ont décidé de bloquer les systèmes de dépollution à moins de 50 km/h. Quand les diesels circulent en ville, ils polluent trois ou quatre fois au-dessus de la norme autorisée.

C'est là où nos enfants toussent. On ne peut plus courir, nos personnes âgées sont en difficulté. Ce sont des actes criminels.

Ce sont des morts prématurées à l'appel. Le patron d'Audi a fait quatre mois en prison. Les autorités allemandes ont exigé des constructeurs qu'ils reprennent les voitures et qu'ils les réparent.

Je demande à ce que Renault assume, comme PSA. PSA, c'est la même chose. On a eu 8 millions de véhicules diesel dans notre pays qui dépassent au moins trois fois la norme autorisée.

Je demande qu'on fasse comme en Allemagne et qu'on exige des constructeurs automobiles qu'ils reprennent les véhicules à leurs frais et qu'ils les rendent aux consommateurs. Ce n'est pas possible qu'on bousille à ce point la vie de nos enfants en fraudant ainsi, sciemment. Le gouvernement Hollande, comme celui-ci, va à l'Europe pour flinguer les normes que nous avions élaborées au Parlement européen. - Yves Thréard: Vous mettez une date limite auprès des constructeurs pour qu'ils arrêtent le diesel? - Yannick Jadot: Il faut en sortir d'ici 10 ans.

Il faut arrêter le diesel. Avec tous ces scandales, ça va aller beaucoup plus vite. En quoi une autre motorisation empêche de produire des voitures?

J'avais suivi un cas extrêmement passionnant... - Michel Grossiord: Mais il y aura des pertes d'emplois. - Yannick Jadot: Oui, mais on va faire autre chose.

Dans les transports collectifs, on crée plus d'emplois que dans les transports individuels. Nous voulons un plan d'investissement sur le transport collectif. J'ai suivi Bosch Vénissieux.

Ils faisaient des systèmes pour le diesel. Ils avaient proposé à Bosch un plan de reconversion industrielle, jusqu'à ce que ce pays décide de mettre des bâtons dans les roues à notre industrie du futur, celle des énergies renouvelables. Il y a plein de reconversions possibles. - Michel Grossiord: Autre secteur impacté par cette mobilisation nécessaire pour l'environnement: le secteur aérien. - Yannick Jadot: Le vote du 26 mai, c'est le vote du siècle. - Michel Grossiord: Je vais vous parler du kérosène.

Un rapport préconise une taxation du kérosène pour les vols intérieurs à l'Union Européenne. C'est une satisfaction pour vous, bien évidemment. Vous voulez dissuader les Français de prendre l'avion? - Yannick Jadot: Quand vous allez faire le plein en voiture, vous êtes taxé à 50% ou 60%.

Quand vous prenez l'avion, vous êtes taxé à 0%. Dans plein de pays, le kérosène est taxé. On est dans une sorte de paradis fiscal du kérosène en Europe, à part quelques pays, comme la Suisse.

Il est temps de taxer le kérosène. C'est une mesure de justice fiscale. - Yves Thréard: Il faut une taxation du prix des billets, des tickets d'avion? - Yannick Jadot: Bien sûr. - Yves Thréard: Comment vous l'organisez? - Yannick Jadot: Déjà, en taxant le kérosène.

On peut parfaitement le faire. - Yves Thréard: En Europe, oui, pas au Moyen-Orient ni aux Etats-Unis? - Yannick Jadot: Aux Etats-Unis, ils le font sur les vols intérieurs.

Nous, nous voulons le faire au niveau européen, sur les vols intérieurs. Ce serait des milliards qu'on pourrait investir dans les transports collectifs. Pour l'écologie, c'est simple: moins d'avion, plus de trains. - Michel Grossiord: Et moins de personnel dans les compagnies aériennes. - Yannick Jadot: Tout le monde se déplace.

Est-ce qu'on peut imaginer que l'aviation, un secteur qui est en train d'augmenter les émissions de gaz à effet de serre, donne sa juste part à la lutte pour protéger l'environnement? - Yves Thréard: Vous déroulez le tapis rouge à des compagnies qui viennent de secteurs du monde où on ne respecte pas le souci de l'écologie. - Yannick Jadot: On est favorables à un protectionnisme vert, une taxe carbone aux frontières de l'Europe, pour qu'il n'y ait pas de mise en concurrence de nos entreprises avec des entreprises issues de pays qui ne font pas d'efforts sur le climat.

Nous souhaitons que les produits qui sont issus de pays qui ne respectent pas les libertés syndicales soient interdits du marché européen à un horizon de cinq ans. - Michel Grossiord: C'est largement partagé, comme opinion. - Yannick Jadot: L'écologie, c'est open source.

Tant mieux. Qu'on reprenne nos propositions dans les discours et dans les campagnes, pourquoi pas, mais j'en ai marre que ces gens-là ne votent pas quand il le faut. - Michel Grossiord: Quel est le pourcentage imputable au secteur aérien dans les émissions de CO2? - Yannick Jadot: Aujourd'hui, c'est 3%, mais c'est en forte augmentation, comme le secteur des transports. - Michel Grossiord: Les portables, ça pollue plus.

Qu'est-ce qu'on fait? - Yannick Jadot: On s'est battus au Parlement européen, et on a gagné pour qu'il n'y ait plus des minerais de sang dans vos portables. Une bonne partie des minerais très rares qui sont utilisés dans les portables viennent d'exploitations qui sont opérées dans des conditions dramatiques.

Faisons de la traçabilité aussi sur les portables. - Oriane Mancini: Hier, une de vos phrases a provoqué des remous. Vous avez dit que vous étiez favorable à un grand débat national sur le statut de la fonction publique, pour voir comment on rapproche le statut de la fonction publique et celui de la fonction privée.

Vous pouvez nous expliquer? - Yannick Jadot: Il y a plein d'emplois, notamment dans la fonction publique, qui sont des emplois à vie. C'est normal, ça protège l'intérêt général.

Dans les secteurs régaliens, dans les hôpitaux, ce que je veux, c'est que toute une partie de notre population, notamment les plus jeunes qui n'ont accès à aucun statut, voie une harmonisation par le haut de tous les statuts. - Oriane Mancini: Vous trouvez ça bien que le gouvernement facilite le recours aux contractuels? - Yannick Jadot: Non, c'est la précarisation des statuts.

Dans un monde où tout le monde se sent particulièrement précarisé, il faut donner de nouvelles sécurités. Il faut donner aux salariés de nouvelles sécurités, y compris autour des questions de l'environnement. - Michel Grossiord: Répondez-moi par oui ou par non à cette question d'un internaute. - Yannick Jadot: Oui, votez pour le climat, pour l'écologie, pour l'Europe! - Michel Grossiord: La question, c'est: pour lutter contre la pollution, faut-il limiter les naissances? - Yannick Jadot: Non.

C'est pas comme ça qu'on fait. Ca s'appelle une dictature, ça. Il faut éduquer les petites filles, envoyer des activités économiques aux mères.

La transition écologique se fera toujours par la libération des femmes, par l'égalité femmes-hommes et par les enfants à l'école. - Michel Grossiord: "Non à la dictature verte", nous dit ce soir Yannick Jadot. - Yannick Jadot: Pourquoi il faut que les jeunes votent pour l'Europe? - Michel Grossiord: C'est terminé. - Yannick Jadot: Il faut que l'avenir ne soit pas dicté par d'autres. - Michel Grossiord: On ne peut plus l'arrêter.

Merci. Deuxième partie. Aurore Lalucq va faire son entrée.

Bonsoir. Ils se croisent, ils se saluent. Bonsoir.

Merci d'être avec nous. Vous êtes quatrième sur la liste conduite par Raphaël Glucksmann, qui devait être notre invité, mais qui s'est décommandé au dernier moment. Il avait une urgence? - Aurore Lalucq: Je l'ignore.

Vous n'êtes pas content de m'avoir? Je ne connais pas par coeur son agenda. Excusez-moi.

Nous sommes une équipe. C'est bien d'avoir des femmes, un peu. On se fait confiance les uns les autres. - Michel Grossiord: Brigitte Boucher nous a rejoints.

Bonsoir. Je le disais tout à l'heure, la gauche a du mal à exister. C'est l'un des autres enjeux du scrutin.

On a parlé des questions fondamentales de l'avenir de l'Union Européenne, dont l'environnement, puisque c'est quand même votre spécialité. Mais il y a quand même des partis qui jouent leur survie dans cette campagne, notamment celui qui vous soutient. - Aurore Lalucq: Le Parti Socialiste, vous voulez dire?

Ce n'est pas les partis qui jouent leur survie, c'est la gauche qui joue sa survie. Nous, comme Anne Hidalgo l'a dit, on essaye d'ouvrir une discussion pour pouvoir reconstruire avec les bonnes volontés sur des bases claires et saines. Ce n'est pas l'avenir des partis.

Ce n'est pas ça, le problème. Le Parti Socialiste est assez en danger pour pouvoir essayer de contribuer à renouveler la gauche. Ils n'étaient pas obligés de donner la tête de liste, pas obligés de donner la moitié des listes... - Yves Thréard: Le Parti Socialiste pourrait ne pas avoir de député européen? - Aurore Lalucq: Je n'y crois pas.

On voit ce qui se passe sur le terrain. Les salles sont pleines, on rajoute des chaises. Il y a des gens qui n'étaient pas là avant. - Brigitte Boucher: Dans un dernier sondage, vous êtes sous les 5%. - Aurore Lalucq: La campagne commence.

Elle a été étouffée par le grand débat. - Brigitte Boucher: Vous avez plutôt une campagne descendante qu'ascendante. - Aurore Lalucq: On commence la campagne.

Sur le terrain, ça se passe très bien. - Brigitte Boucher: Ailleurs, en Europe, la social-démocratie se porte bien, comme en Espagne, au Danemark, en Finlande...

Est-ce que ce n'est pas un problème français? - Aurore Lalucq: La gauche, elle fait ce sur quoi elle s'est engagée. Elle va bien.

Elle sera réélue. Il y a un besoin de montrer qu'il y a des alternatives. Il faut être progressiste. - Yves Thréard: Qu'avez-vous à dire dans cette campagne européenne? - Aurore Lalucq: On représente une alternative. - Yves Thréard: Une fois qu'on a dit ça, il n'y a pas de contenu. - Aurore Lalucq: Je fini ma phrase.

Il y aura peut-être du contenu. Je suis la gauche qui revient, la gauche qui veut porter la démocratie, lutter contre les lobbies. Nous sommes ceux qui allons allier la question sociale et la question environnementale.

Yannick Jadot fait des sorties assez étonnantes qu'il tente de contrecarrer, après, sur la question des fonctionnaires, par exemple. J'ai entendu votre question. Je pense qu'il est en train de rétropédaler.

Sur la question de la taxe sur les transactions financières, on voit bien que plein de partis étaient censés aider les pays du sud. C'est une petite taxe. La République En Marche, Europe Ecologie-Les Verts aussi, décident de ne pas la donner à la solidarité internationale, mais à la transition écologique. - Brigitte Boucher: La taxe carbone, tout le monde la reprend.

Un Erasmus pour tous, tout le monde est content. Qu'est-ce qui vous identifie, finalement? - Aurore Lalucq: C'est ce lien entre social et écologie.

Notre programme est sérieux et cohérent. Je viens de montrer qu'Europe Ecologie-Les Verts est en train de faire un recul sur ce sujet. Nous proposons un pack climat-biodiversité, qui est un plan d'investissement au niveau européen et qui est le plus ambitieux.

Celui de La République En Marche n'est pas ambitieux. Nous, il est de 400 milliards par an. Celui de La République En Marche est de 1000 milliards sur cinq ans.

A travers un impôt européen, nous pensons y arriver. L'Europe, on la finance... - Brigitte Boucher: Vous respectez quand même les 3% de déficit public de Maastricht? - Aurore Lalucq: On propose de sortir les dépenses environnementales des 3%.

Deuxième point: on propose d'ajouter d'autres critères. Ca a déjà été fait. Ces critères ont évolué.

Nous, on dit qu'il faudrait ajouter des critères environnementaux et des critères sociaux, qu'il y ait toujours les deux, toujours relier la question sociale à la question environnementale. - Michel Grossiord: Vous avez dit: "Nous sommes la gauche qui revient." Ce n'est donc pas la gauche qui a régné, avec François Hollande? - Aurore Lalucq: On peut être critique sans dire que ce n'est pas la gauche.

Olivier Faure a été assez clair sur le sujet, me semble-t-il. - Michel Grossiord: On vous sent un peu en rupture avec la politique qui a été menée sous François Hollande. Je ne suis pas démenti quand je dis ça.

Et pourtant, je vois votre tête de liste, Raphaël Glucksmann, au milieu des revenants de François Hollande: Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo, Najat Vallaud-Belkacem... - Aurore Lalucq: Vous n'avez pas vu que, ce matin, par exemple, on a reçu toute une jeune génération d'élus?

Je pense à la maire de Rennes, de Clermont-Ferrand, etc. On était une bonne quinzaine. Raphaël Glucksmann a reçu des élus.

J'étais avec lui à ce moment-là. - Brigitte Boucher: Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve, ça peut aider Raphaël Glucksmann ou ça peut plomber la liste? - Aurore Lalucq: Il y a toute une nouvelle génération qui fait ce lien entre écologie et social, qui est en train de le porter et qui a le soutien de grandes figures comme Christiane Taubira et bien d'autres.

Il y a 50 élus qui ont dit qu'ils soutenaient la liste Envie d'Europe. C'est un rassemblement qui commence plutôt bien. - Yves Thréard: N'avez-vous pas peur qu'il n'y ait pas de députés au Parlement européen, alors que justement, la social-démocratie arrive à se maintenir dans les autres pays et pas en France?

En France, est-ce que vous êtes victimes d'un discours qui a oublié de se renouveler et d'un discours qui est assez peu original par rapport aux mouvements que vous avez devant vous et à côté de vous? - Aurore Lalucq: Le discours que nous avons... - Yves Thréard: Le mouvement social et écologique, ça fait 30 ans qu'on l'entend. - Aurore Lalucq: Non.

Ca ne fait pas 30 ans. J'ai fondé une organisation sur ces questions il y a 10 ans. On opposait systématiquement, il y a 10 ans, la question sociale et la question environnementale.

C'était impossible de les lier. Ca a été tout notre travail à nous, ONG, de montrer que cette question environnementale était toujours une question sociale. C'est les plus pauvres, dans tous les pays du monde, qui pâtissent le plus des dérèglements climatiques.

C'est les plus riches, au sein de chaque pays et à travers le monde, qui polluent le plus. Jusqu'à présent, les fiscalités environnementales touchent les plus pauvres et pas les plus riches. - Yves Thréard: Est-ce que vous n'avez pas un peu oublié le peuple quand vous vous occupez des minorités?

Tout à l'heure, vous disiez: "On va vers des minorités qui n'ont pas le droit à la parole." Vous n'avez pas un peu oublié le peuple? - Aurore Lalucq: Le peuple, c'est tout le monde.

J'ai un peu du mal avec cette histoire de déconnexion. Le peuple, c'est nous tous. Nous, ce qu'on propose, c'est un plan de transition écologique sociale qui va permettre de créer des emplois.

On propose un bouclier pour pouvoir aider aux transitions. Je prends l'exemple de la fonderie du Poitou. Ils sont sous-traitants dans tout ce qui touche à l'automobile.

Une partie des fonderies s'occupent de tout ce qui est diesel et essence. Aujourd'hui, cette partie est en souffrance. Pour aider à faire cette transition, il faut protéger les salariés pour qu'ils puissent se former.

C'est l'idée du bouclier emploi que nous défendons. Il faut continuer à rémunérer à hauteur de 98% les personnes pour qu'elles puissent se former plutôt que de les mettre au chômage technique, ce qui est un traumatisme pour l'entreprise et les salariés. On a plein de solutions concrètes qui mêlent le pouvoir d'achat, l'emploi et la question environnementale. - Michel Grossiord: Je prolonge un peu la question d'Yves sur le peuple et les minorités.

Vous avez critiqué la position d'Emmanuel Macron sur les frontières. Il a dit récemment que personne ne peut venir en Europe sans y être invité. Vous vous êtes indignée.

Vous considérez que c'est un discours de la droite la plus dure. Quelle est votre position sur les frontières? - Aurore Lalucq: Il y a des règles qui doivent être respectées.

On ne peut pour autant pas laisser les gens se noyer dans la Méditerranée. Il y a eu 17000 personnes qui se sont noyées dans la Méditerranée ces dernières années. Ce n'est pas admissible, pour un continent qui défend des valeurs aussi importantes que les nôtres, de laisser des gens mourir. - Yves Thréard: Est-ce que vous êtes d'accord avec le président pour revoir les accords de Schengen? - Aurore Lalucq: Non. - Brigitte Boucher: Il faut revoir Dublin? - Aurore Lalucq: Evidemment.

Et il faut des voies légales. Ce ne sont pas les ONG qui font ça, ce sont les passeurs. Il nous faut des voies légales et des visas humanitaires.

Quand un pays est en guerre, quand un pays traverse des famines, on n'empêche pas les gens de fuir. C'est tout à fait logique. Moi, je suis maman.

Vous êtes peut-être parents. Quand il y a des fusils derrière vous, vous traversez la mer, qu'on vous dise que vous allez être arrêté ou pas. - Brigitte Boucher: Est-ce qu'il faut des quotas d'immigration pour accueillir ces immigrés dans différents pays?

S'il y en a qui refusent, est-ce qu'il faut leur enlever les subventions européennes pour qu'ils acceptent cette répartition? - Aurore Lalucq: Il va falloir créer un vrai dialogue, renforcer le statut d'asile au niveau européen et faire preuve de solidarité entre les pays. - Brigitte Boucher: Cette solidarité n'existe pas, quand on voit la Hongrie. - Aurore Lalucq: Et la France, quand l'Allemagne a été d'une générosité incroyable.

L'Italie, aussi, quand on voit ce qui se passe en Espagne. - Brigitte Boucher: Mais c'était le Parti Socialiste qui était au pouvoir en France, à ce moment-là. - Aurore Lalucq: Nous ne sommes pas d'accord sur tout.

Il y a un inventaire qui a été fait. On estime que ce qu'on fait, quand il y a des gens qui se noient dans la Méditerranée, c'est qu'on les sauve. - Yves Thréard: Est-ce que la politique d'aide doit être structurée par rapport à la politique conduite sur le plan national?

Dans des pays d'Europe centrale, il y a de grandes polémiques au niveau de l'Europe. On dit qu'il y a des pays qui tordent un peu les droits de l'homme, notamment la Pologne et la Hongrie. Est-ce qu'il faut revoir la politique d'attribution des fonds structurels quand des pays agissent ainsi? - Aurore Lalucq: Je ne sais pas si c'est qu'il faut faire.

Il faut un projet qui nous réunisse tous ensemble plutôt qu'un projet qui nous sépare. C'est ce qui est en train de se passer au niveau européen. La montée des populismes, ce sont des peuples qui se sentent méprisés et qui vont s'en prendre aux autres par effet de ricochet, mais qui sont peut-être en colère après nous, parce qu'on les a laissé tomber.

On n'a pas aidé les pays de l'est. - Yves Thréard: Les fonds structurels sont allés d'abord chez eux. Ce n'est pas vrai. - Aurore Lalucq: Comme on a aidé l'Italie, le Portugal, l'Espagne, au début de la construction européenne.

On ne les a pas aidés autant, quand on regarde la réalité des chiffres. Il va falloir trouver un projet qui nous réunisse tous, qui nous fasse du bien et qui nous permette de contrer ces populismes. Je suis économiste et l'un de mes économistes préférés s'appelle Keynes.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avec Churchill, ils parlaient de prospérité. C'est de la prospérité. Churchill a dit que la Seconde Guerre mondiale a eu lieu à cause de... - Brigitte Boucher: La social-démocratie européenne est keynésienne, aujourd'hui?

Je ne crois pas. - Aurore Lalucq: A cause d'absence de prospérité. Pour les peuples, il faut de la prospérité partagée.

C'est que nous défendons. - Michel Grossiord: Vous vous dressez contre les nationalismes, contre les populismes, mais c'est également la posture d'Emmanuel Macron. Est-ce que ce n'est pas paradoxal de souhaiter son affaiblissement? - Aurore Lalucq: Je trouve qu'Emmanuel Macron est dans une forme de populisme, fondamentalement.

Le macronisme est devenu un populisme. Il l'a peut-être toujours été. Son programme n'est pas sérieux, déjà.

Quand on aime l'Europe, on fait un programme sérieux. Il propose de faire tout ce qu'il n'a pas fait au niveau européen et tout ce qu'il n'a pas fait au niveau français. Il veut lutter contre les paradis fiscaux, par exemple, au niveau européen, mais il a proposé une liste d'au moins de 10 pays qui n'est absolument pas crédible.

Dans cette liste, on trouve des pays qui n'ont rien de paradis fiscaux, comme le Botswana. Il n'a jamais parlé de la Banque pour la biodiversité, que nous défendons. - Brigitte Boucher: Emmanuel Macron fait aussi un référendum pour ou contre lui, maintenant.

Est-ce que vous pensez qu'il doit quitter le gouvernement, comme le dit le Front National? S'il échoue, en tout cas? - Aurore Lalucq: Ce n'est pas un référendum.

C'est une élection européenne. Quand est-ce qu'on parle d'Europe et qu'on arrête de parler de la France? Je reviens sur la question de la Banque climat et biodiversité que nous défendons.

Il avait deux ans pour la proposer et il n'a rien fait. Il dit qu'il s'oppose aux extrêmes, mais il s'est allié à Viktor Orban pour torpiller la directive sur les lanceurs d'alerte. Il a torpillé la directive sur le congé parental.

Ca fait de lui un populiste, oui, je le pense. - Michel Grossiord: Chez qui irez-vous si vous êtes élue? - Aurore Lalucq: Chez les sociaux-démocrates. - Yves Thréard: Il n'y a pas d'étiquette d'eurodéputés sociaux-démocrates.

Les sondages donnent à 140, à peu près. - Aurore Lalucq: Ca a augmenté, ces derniers temps. Il n'y a pas de clivage entre les progressistes et les nationalistes.

Le vrai clivage, c'est entre la droite et la gauche. - Michel Grossiord: Vous voulez rompre avec la tradition européenne, à ce niveau-là? - Aurore Lalucq: C'est pour ça qu'il va falloir être fort pour pouvoir proposer une autre version...

Il n'y aura pas de compromis! Au Parlement européen, il n'y a pas forcément de groupes majoritaires. Il faut à chaque fois trouver des alliances.

Il y a toujours des alliances. Tous les groupes font des alliances, quelle qu'elle soit. - Yves Thréard: Est-ce que vous êtes pour la remise en question de la règle de l'unanimité, qui prévaut dans beaucoup de domaines? - Aurore Lalucq: Sur la question de la fiscalité, c'est très problématique.

Jean-Claude Juncker en parlait il y a quelques mois. Il a fait une sortie pour dire qu'il allait falloir revoir cette règle. Néanmoins, on oublie qu'il y a la coopération renforcée qui existe au niveau européen et qu'on peut avancer avec un petit groupe de pays. - Brigitte Boucher: Raphaël Glucksmann a dit qu'il était pour l'adhésion d'autres Etats à l'Union Européenne.

De qui veut-il parler? De la Turquie? - Aurore Lalucq: Je ne sais pas.

Je n'étais pas au courant. - Michel Grossiord: Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Bonne chance à Benoît Hamon, non?

Vous avez été proche de lui. Vous l'avez abandonné. - Aurore Lalucq: Je n'abandonné personne.

Je ne trahis pas mes idées et mes idéaux. - Michel Grossiord: C'est lui qui a trahi? - Brigitte Boucher: Vous étiez très proche d'Europe Ecologie-Les Verts, au départ. - Yves Thréard: Pourquoi vous avez quitté Benoît Hamon? - Aurore Lalucq: Je voulais le rassemblement. - Yves Thréard: C'est un facteur de division, lui, à gauche? - Michel Grossiord: Dites-le! - Aurore Lalucq: Il n'a pas voulu le rassemblement. - Michel Grossiord: Merci beaucoup.

Vous saluerez Raphaël Glucksmann de notre part. - Aurore Lalucq: J'ai compris qu'il vous avait manqué. Je suis désolée.

Une femme, c'est bien aussi. - Michel Grossiord: Ian Brossat fait son entrée. Ian Brossat, bonsoir.

Vous êtes la tête de liste du Parti Communiste Français dans ces élections européennes. Stéphanie Lerouge nous a rejoints. Vous allez être la surprise de cette élection.

Je l'ai lu dans L'Humanité. Surprise, car vous faites sensation. J'ai lu dans le Figaro que vous étiez la bonne surprise du Parti Communiste Français.

Vous pouvez être content de ce que je vous dis! - Ian Brossat: Je suis heureux de ce que vous dites. - Michel Grossiord: Mais pas dans les sondages! - Yves Thréard: Comment vous expliquez que vous puissiez être bien accueillis dans les médias, mais que les intentions de vote, ce ne soit pas tout à fait ça?

Le Parti Communiste est mort? - Ian Brossat: Cette campagne commence pour beaucoup de Français. Beaucoup de Français ne sont pas encore dans la campagne.

Ils ont autre chose à faire qu'à s'intéresser à cette élection. Il nous reste deux semaines et je suis convaincu que nous réaliserons un bon résultat. Ces élections marqueront le retour du Parti Communiste sur la scène politique. - Yves Thréard: La crise sociale en France depuis quelque cinq mois a pollué ces élections européennes? - Ian Brossat: Non.

Au contraire, cette crise sociale, la mobilisation des gilets jaunes et les autres mobilisations, ont permis de pointer du doigt les injustices sociales qui existent dans notre société. Nous sommes la sixième puissance économique du monde et nous avons 9 millions de pauvres. Ce sont des questions qui doivent être au coeur de l'élection européenne.

Ce qui se dit à travers ce mouvement, ce sont des choses que le Parti Communiste porte depuis longtemps: l'augmentation du SMIC, des salaires, le partage des richesses...

Ca renvoie à des revendications que nous portons. - Stéphanie Lerouge: Il y a beaucoup d'abstentionnistes chez les gilets jaunes. Comment vous comptez lutter contre ça? - Ian Brossat: Il y a peut-être des gilets jaunes qui nous écoutent.

J'ai envie de leur dire que ceux qui se portent bien, les banquiers, ceux qui ont plein d'argent, ils iront toujours voter. J'ai envie de leur dire: "Si vous avez des difficultés et si vous souffrez du chômage, vous n'aurez pas de représentant pour vous défendre si vous n'allez pas voter." Pour que ce soit équitable, il faut que tout le monde aille voter et il faut notamment que ceux qui sont les plus en difficulté aillent voter comme on se rend en manifestation. - Yves Thréard: Si vous avez des députés européens, ce qui n'est pas encore atteint, où siégeront les députés communistes? - Ian Brossat: Là où ils siègent depuis toujours.

Le Parti Communiste a déjà un groupe au Parlement européen. Il compte 52 membres. C'est un groupe minoritaire.

Il a, en tout, 751 eurodéputés. Mais c'est un groupe et ce sont des députés qui ont fait preuve de leur efficacité. Un exemple concret: l'aide alimentaire.

Le programme européen d'aide alimentaire devait être supprimé. Il profite à 3 millions de Français qui sont les plus en difficulté. Ce sont les députés européens communistes qui l'ont sauvé.

C'est un bel exemple de l'utilité d'avoir des députés communistes au parlement. - Michel Grossiord: Est-ce que vous souhaitez un échec de la liste macroniste, au cas où elle arriverait en seconde position derrière le Rassemblement National, pour affaiblir le chef de l'Etat? Marine Le Pen a tenu ce discours.

Elle a dit que le président de la République pourrait faire passer des réformes sur l'assurance chômage s'il arrivait en tête. - Ian Brossat: On essaie de nous faire croire que cette élection européenne est le remake de l'élection présidentielle. Le président de la République fait tout pour...

Ce n'est pas un duel, mais un duo. Ils ont l'un et l'autre intérêt à transformer cette élection européenne en un remake de l'élection présidentielle. C'est un référendum sur les politiques libérales appliquées à l'échelle de la France et à l'échelle de l'Europe.

Le Parti Communiste a ceci de cohérent qu'il a rejeté tous les traités européens ultralibéraux, y compris l'acte unique sur lequel le Rassemblement National s'était abstenu. Le Parti Communiste, lui, est constant et cohérent sur cette question. Nous sommes dans la dénonciation des traités européens. - Stéphanie Lerouge: Est-ce que ce n'est pas incohérent de vouloir siéger au Parlement et de ne pas être souverainiste? - Ian Brossat: Je suis très attaché à sortir des questions libérales.

Le rôle que nous avons toujours eu, ça a été de nous battre pour que les travailleurs de la route, par exemple, ne souffrent plus du dumping social. Nous ne voulons plus de cette espèce de concurrence sauvage qui fait que des routiers roumains sont payés 500 euros quand ils travaillent en France. On veut une harmonisation sociale par le haut. - Yves Thréard: On arrête les travailleurs détachés? - Ian Brossat: C'est un système absurde qui met en concurrence le travailleur français avec le travailleur polonais. - Michel Grossiord: Il y a aussi des travailleurs français qui sont détachés.

Il y a eu des abus. - Ian Brossat: Soyons sérieux. Lorsqu'un cadre français va travailler en Roumanie, vous croyez qu'on l'attire vers la Roumanie avec un salaire de 500 euros?

Le problème ne se pose pas, puisque les travailleurs détachés français qui vont travailler dans les pays de l'est ne sont pas des ouvriers, mais des cadres. Le problème ne se pose pas. Surtout, je ne veux pas en rester à l'idée que Marine Le Pen tient un discours social, parce que ce n'est pas la réalité.

Elle tient peut-être un discours social, mais la réalité de ses actes et des actes des députés du Rassemblement National au Parlement européen, ce n'est pas du social. - Yves Thréard: Elle dit qu'elle est prête à des majorités de projet, avec La France Insoumise, entre autres. - Ian Brossat: Est-ce que vous avez vu ce qu'ont fait ses alliés autrichiens?

Ils ont mis en place la semaine de 60 heures. Madame Marine Le Pen veut nous faire croire que c'est avec ces gens qu'elle va construire l'Europe sociale? Il n'y a pas une arnaque quelque part?

Par ailleurs, elle n'est pas favorable à l'augmentation du SMIC et au retour de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune. C'est sans doute parce qu'elle est concernée elle-même. C'est un scrutin à la proportionnelle.

On élit nos eurodéputés. On n'est pas là pour parler de classement. - Michel Grossiord: Le classement va avoir un impact politique majeur. - Yves Thréard: La gauche, en France, est plus émiettée que jamais.

Vous êtes conseiller de Paris. Vous faites alliance avec madame Anne Hidalgo, qui est socialiste. Pourquoi vous n'arrivez pas à faire une union de la gauche au moins avec le Parti Socialiste, avec Benoît Hamon?

Pourquoi vous n'y arrivez pas? - Ian Brossat: Parce que ce n'est pas le même sujet. A Paris, on peut se mettre d'accord sur le logement, sur la voirie, sur les transports, mais sur la question européenne, il y a toujours eu un débat qui a traversé la gauche.

Le Parti Communiste a toujours refusé ces traités européens ultralibéraux. Le Parti Socialiste, et ce n'est pas lui faire insulte, a voté tous ces traités européens. Ils ont voté l'acte unique, le traité de Maastricht et le traité constitutionnel européen.

Quand nous étions au gouvernement ensemble, la question européenne était une question sur laquelle nous n'étions pas d'accord. Il faut admettre que, sur un certain nombre de sujets, on n'est pas d'accord. Ca n'aurait pas été honnête de dire le contraire.

Ca n'aurait pas été honnête de se retrouver sur une même liste si nous ne pensons pas la même chose sur la question européenne. Le Parti Socialiste a été au Parlement européen avec la droite pendant des années. - Stéphanie Lerouge: Il y a eu des discussions tardives avec Benoît Hamon.

Il dit même qu'il était prêt à se ranger derrière votre numéro 2. Pourquoi ça ne s'est pas fait? Vous êtes autour de 3% et lui aussi.

Vous allez certainement ne pas avoir d'élus. - Ian Brossat: Je ne vous permets pas de dire que nous n'aurons pas d'élus. Je me bats tous les jours pour en avoir et je suis convaincu que nous en aurons.

C'est un objectif atteignable. C'est 800 000 voix. J'aurais souhaité que nous fassions alliance avec Benoît Hamon.

Nous en avions fait une. Ca n'a pas été possible, finalement. Je ne veux pas refaire l'histoire.

Je voudrais m'adresser à ceux qui nous écoutent et leur dire que dans cette période très confuse à gauche, il faut faire confiance à des gens constants et cohérents. Quand on élit des députés européens communistes, on sait dans quel groupe ils vont siéger au Parlement européen et pour quoi ils voteront. On sait qu'ils refuseront les privatisations, les politiques de libéralisation et qu'ils défendront les petits et l'intérêt du plus grand nombre. - Michel Grossiord: Vous dénoncez l'Europe libérale depuis le début de cet entretien et vous dénoncez l'Europe d'austérité.

Nous avons une dette qui s'approche des 100% de notre richesse et le déficit se creuse. Emmanuel Macron a refusé récemment d'essayer de resserrer les cordons de la bourse pour satisfaire les gilets jaunes. Où est ce que vous avez vu que l'Europe était austéritaire au point d'imposer sa vision à la France? - Ian Brossat: Partout où je me balade en France, je vois des fermetures de service public...

Est-ce que vous permettez qu'on interrompe vos questions par mes réponses? En France, je vois des mobilisations pour défendre des services publics qui ferment. En 20 ans, nous avons perdu 40% de nos maternités et le nombre de femmes... - Michel Grossiord: Les femmes votent aussi avec leurs pieds.

Elles choisissent parfois d'aller accoucher dans des cliniques sécurisées. - Ian Brossat: Dans le Lot, l'an dernier, 15 femmes ont accouché sur le bord de la route. Est-ce que vous trouvez que c'est normal?

Est-ce que vous trouvez que c'est digne de la sixième puissance économique du monde? Je ne considère pas que ce soit normal. De même que je considère absurde qu'on continue de fermer des petites lignes de chemin de fer "non-rentables" et qu'on oblige les gens à utiliser leur voiture et à polluer.

L'austérité, je la vois partout et je la vois dans la mobilisation de tas de gens qui refusent la fermeture des services publics. - Yves Thréard: Pour ou contre la révision des accords de Schengen? - Ian Brossat: Je ne suis pas pour.

Sur les accords de Dublin, oui, ce sont des accords absurdes qui sont pour beaucoup dans les campements qu'on trouve en Europe. - Yves Thréard: Pour ou contre l'interdiction du glyphosate? - Ian Brossat: Pour.

Les députés européens communistes avaient demandé l'interdiction immédiate du glyphosate. - Michel Grossiord: Stéphanie avait une question sur les enjeux environnementaux. C'est peut-être là que se niche la révolution du Parti Communiste Français. - Stéphanie Lerouge: Tout le monde se réclame de l'écologie dans cette campagne, de La République En Marche à La France Insoumise.

Vous avez plutôt l'image d'un parti productiviste. Comment vous intégrez cette problématique dans votre programme? - Ian Brossat: Nous sommes profondément attachés à l'écologie et à la défense de l'environnement.

Je considère pour ma part, j'espère ne pas être le seul, qu'on ne peut pas dire qu'on défend l'environnement et continuer à défendre un système ultra-libéral qui consiste précisément à n'avoir que la recherche du profit pour objectif. - Yves Thréard: Même sur le nucléaire? Le Parti Communiste a toujours été pour le nucléaire. - Ian Brossat: Nous disons deux choses.

D'abord, il faut réduire la part du nucléaire dans notre mix énergétique. Ensuite, la meilleure énergie est celle qu'on ne consomme pas. Par exemple, l'un des objectifs que l'Union Européenne devrait se fixer, c'est un plan massif visant une meilleure isolation de nos bâtiments.

C'est la question centrale. C'est 40% de nos dépenses énergétiques. Utilisons l'argent de la Banque Centrale Européenne, qui a versé 3000 milliards d'euros aux banques privées depuis 10 ans, pour aller vers une révolution énergétique de nos bâtiments.

C'est ce que j'ai fait à Paris. Nous avons rénové 40 000 logements sociaux. On y a mis 1,5 milliard.

Si on était capable de faire ça à l'échelle européenne, on rendrait un grand service à l'environnement. - Yves Thréard: Si la Banque Centrale Européenne n'injectait pas autant d'argent dans nos pays, vous auriez des taux d'intérêt très élevés. Cela pénaliserait les plus modestes. - Ian Brossat: Je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas le faire.

Elle a versé depuis 10 ans 3000 milliards d'euros aux banques privées sans aucune espèce de conditions ni de contrepartie. J'ai dit que si une petite partie de cette somme était allée vers la transition énergétique, ça aurait été pas mal. - Michel Grossiord: Vous menez différents combats, notamment contre les GAFA et leur puissance.

Comment avez-vous vécu l'entretien accordé par Emmanuel Macron à Mark Zuckerberg, le patron de Facebook? Il a été reçu comme un chef d'Etat. Est-ce que ça vous a choqué?

Vous avez dit que c'était la bonne méthode pour essayer de réduire l'influence du réseau social. - Ian Brossat: J'ai fait l'expérience. A Paris, il y a quelques années, le patron fondateur d'Airbnb avait été reçu en grande pompe par la mairie de Paris.

Nous lui avions fait un certain nombre de demandes et nous n'avons rien obtenu du tout. Le constat que nous avons fait, c'est que le seul moyen d'y arriver face à ces GAFA, c'est le rapport de force, notamment avec des procédures judiciaires. Je constate qu'on a aujourd'hui des GAFA qui sont plus puissantes que les Etats.

C'est 3600 milliards d'euros de valorisation boursière. C'est plus puissant que les Etats. Ils se fichent de nos législations locales et nationales.

Croire qu'on y arrivera en leur demandant gentiment de bien vouloir respecter la loi, je n'y crois pas une seule seconde. - Michel Grossiord: Le gouvernement a voté une taxation des GAFA. Ca va dans le bon sens. - Ian Brossat: 500 millions d'euros.

C'est un tout petit début. C'est une taxe-confettis. - Michel Grossiord: Le gouvernement est leader sur le sujet. - Ian Brossat: Cette taxe va peut-être rapporter 500 000 d'euros l'année prochaine, soit sept fois moins que l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, qu'on nous avait dit qu'il fallait supprimer parce qu'il ne rapportait rien.

J'ai du mal à comprendre cette argumentation. Il nous faut nous battre à l'échelle européenne pour une harmonisation fiscale. Il n'est pas normal que ces multinationales soient taxées à 9% alors que nos PME payent leurs impôts. - Yves Thréard: Les Allemands ont dit non parce qu'ils ne voulaient pas se mettre mal avec les Américains sur le marché automobile. - Ian Brossat: On ne peut pas accepter que ces multinationales fassent leur loi et que nos petites PME payent leurs impôts plein pot. - Yves Thréard: Vous utilisez Facebook.

Vous pourriez ne pas collaborer avec ces géants de l'Internet. - Ian Brossat: Beaucoup de personnes qui critiquent la Sécurité sociale l'utilisent. Si vous voulez jouer à ce petit jeu, ce sera contradiction pour contradiction. - Michel Grossiord: L'émission s'arrête là.

Merci à tous. Bonsoir à tous et à la semaine prochaine. Votre score, la remontada, c'est combien? - Ian Brossat: Nous dépasserons les 5%.

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