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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 14 avril 2024 15 minComplaisantActualité / polémiqueDéfense

Attaque de l'Iran contre Israël : "Israël a les moyens de contrôler une escalade, ce que l'Iran n'a pas", souligne Bertrand Badie, spécialiste du Moyen-Orient

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez été surpris par la forme de cette attaque de l'Iran ?

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça veut dire qu'on est dans une forme de paradoxe, à la fois une escalade manifeste mais une retenue généralisée ?

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Est-ce que la riposte israélienne est inévitable ce matin ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Certains experts parlent de possibilité pour Israël de viser des sites militaires ou nucléaires. Ça pourrait être ça, la riposte ?

  • 3:56OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce ne serait déjà pas allé trop loin de la part d'Israël ?

  • 5:52OuverteRéponse directe

    Est-ce que si Israël répond de façon militaire à l'Iran, on pourra dire que c'est le début d'un conflit régional ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:13InvitéChiffre
    « Près de 300 drones et missiles, quasiment tous interceptés. »
  • 0:16InvitéChiffre
    « 99% des engins interceptés fait savoir l'armée israélienne. »
  • 4:37InvitéFait
    « Israël est le seul détenteur de l'arme atomique dans la région du Grand Moyen-Orient. »
  • 5:13InvitéFait
    « Israël a les moyens militaires et diplomatiques dont ne dispose pas l'Iran. »
  • 7:35InvitéFait
    « La France a joué un rôle, a aidé Israël à se défendre contre l'attaque iranienne. »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Invité 216 %
  • Présentateur10 %

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0:01
Invité

Bonjour Bertrand Badie. Bonjour. Cette attaque iranienne sur Israël la nuit passée, c'est la première fois que l'Iran lance une attaque depuis son sol sur l'état d'Israël. Près de 300 drones et missiles, quasiment tous interceptés. 99% des engins interceptés fait savoir l'armée israélienne. Est-ce que vous avez été surpris, vous, par la forme de cette attaque de l'Iran ? L'Iran qui avait prévenu qu'il y aurait des représailles à la frappe de son consulat en Syrie il y a deux semaines. Surpris, non.

D'ailleurs, personne ne pouvait l'être puisque ça fait trois jours qu'on nous annonce une attaque de ce genre et que de toute manière, face à une attaque du style de celle menée par Israël contre le consulat iranien à Damas, l'Iran ne pouvait pas ne pas réagir. Alors, à partir de cela, il s'est créé un jeu triangulaire que l'on est en train d'observer en direct. L'Iran qui a tout fait pour qu'il ne se passe pas grand-chose dans la riposte mais qui déclare que ce qui s'est passé est important et décisif, ce qui nous permet éventuellement de quitter la scène.

Israël qui a tout fait pour qu'il ne se passe rien mais qui crie très fort qu'il s'est passé de très grandes choses pour éventuellement continuer dans l'escalade. Et enfin, le troisième acteur, les Etats-Unis qui disent qu'il se passe beaucoup de choses et que cette constatation ouvre une nouvelle séquence dans les relations internationales. Est-ce que ça veut dire, pour être sûr de vous avoir bien concret, qu'on est dans une forme de paradoxe, à la fois une escalade manifeste, mais une retenue généralisée ? Généralisée, je ne sais pas. Il y a une retenue évidente du côté de l'Iran. Le type d'attaque tel qu'on l'a vu se dérouler cette nuit Le fait de prévenir...

était attendu et un type d'attaque dont l'Iran savait très bien qu'Israël avait tous les moyens de la parer. Donc, effectivement, il n'y avait pas de volonté d'escalade du côté de l'Iran qui n'y a aucun intérêt. Si l'Iran s'intègre dans une guerre généralisée dans la région du Grand Moyen-Orient, elle n'en tirera que des effets négatifs. Côté Israël, c'est différent. Et c'est ça qu'il faut bien remarquer. Parce que, côté Israël, on sait depuis fort longtemps, fort longtemps et pas seulement depuis le 7 octobre, qui a une volonté délibérée de saisir une occasion pour mettre fin au programme iranien, au programme nucléaire iranien.

Et là, la grande question qu'on doit se poser ce matin, est-ce que c'est l'aubaine attendue ? Est-ce que c'est le prétexte désiré pour lancer une attaque de plus grande ampleur ? Ça, c'est les jours à venir qui nous le disent.

2:54
Présentateur

Alors, justement, est-ce que la riposte israélienne est inévitable ce matin ? Israël répondra et attaquera l'Iran. C'est ce qu'avait dit, avant même l'attaque, le chef de la diplomatie israélienne.

3:04
Invité

Oui, alors, pour prolonger le jeu triangulaire que je décrivais tout à l'heure, on constate que l'Iran a plus ou moins explicitement déclaré que, voilà, c'est fini, l'affaire est réglée. Alors qu'Israël, au contraire, déclare, nous saurons répliquer à une attaque contre notre sol. Donc, la porte est à moitié fermée d'un côté à un risque d'escalade. La porte est à trois quarts ouverte de l'autre pour, effectivement, prolonger cette attaque telle qu'elle s'est produite cette nuit.

3:39
Présentateur

Et quand on évoque la prolongation de cette attaque dont vous venez de parler, certains experts parlent de possibilité pour Israël de viser des sites militaires, des sites nucléaires. Ça pourrait être ça, la riposte ? Mais est-ce que déjà, d'ailleurs, autre question en parallèle, est-ce que ce ne serait déjà pas allé trop loin de la part d'Israël ?

4:00
Invité

Alors, l'élément important et que Israël est en train d'exploiter actuellement, c'est que l'Iran a frappé le sol israélien. Ce qui permettra à Israël de dire, nous sommes autorisés à frapper le sol iranien. C'est la raison pour laquelle on peut craindre une riposte forte de la part d'Israël qui permettrait de réaliser cette stratégie décrite, énoncée depuis longtemps, et pas seulement par le gouvernement Netanyahou, la volonté de détruire ce programme nucléaire iranien. Pourquoi ? Parce que Israël est le seul détenteur de l'arme atomique dans la région du Grand Moyen-Orient. Cet État ne veut pas qu'il y en ait un autre, et surtout pas l'Iran, qui soit co-détenteur de la puissance nucléaire.

4:49
Présentateur

Alors effectivement, comme vous l'avez dit, Israël peut répondre, y compris sur ces sujets-là. Et l'Iran prévient déjà qu'en cas de réponse à la réplique, on va dire, il y aurait encore une nouvelle réponse. Est-ce que là, l'Iran a les moyens de répondre à nouveau ?

5:07
Invité

Justement, le problème, c'est que s'il y a escalade, on est dans une escalade asymétrique. Israël a les moyens militaires et diplomatiques dont ne dispose pas l'Iran. Il suffit de voir avec quelle discrétion la communauté internationale a réagi à l'attaque israélienne sur le consulat iranien de Damas, et avec quelle visibilité cette même communauté internationale a immédiatement réagi à l'attaque iranienne sur le sol d'Israël. Donc, tant du point de vue militaire, là l'évidence est connue, que du point de vue diplomatique, Israël a les moyens de contrôler une escalade, ce que l'Iran n'a pas. Et l'Iran, les dirigeants iraniens le savent très bien.

5:52
Présentateur

Mais pour bien vous comprendre, Bertrand Baddy, est-ce que si, dans les jours qui viennent, Israël répond de façon militaire à l'Iran, est-ce que là, on pourra dire que c'est le début d'un conflit régional ?

6:06
Invité

Alors, vous savez, le conflit régional, il existe potentiellement depuis déjà fort longtemps. Maintenant, le prême est de savoir jusqu'où chacun des États entend aller dans la concrétisation de cette conflictualité déjà installée depuis fort longtemps. Il est certain que l'Iran continuera, continuera à faire tout ce qu'elle peut pour que sa riposte soit en même temps spectaculaire, sans être porteur de destruction qui lui coûterait extrêmement cher. Mais vous savez, plus on va haut dans l'escalade, plus le risque est élevé.

Et qu'effectivement, s'il y a un nouveau cran atteint à l'occasion de la riposte à l'attaque iranienne de cette nuit, là, effectivement, on entre dans une situation extraordinairement dangereuse. Le 830 France Info, Adrien Beck, Jules Dequisse. Bertrand Baddy, professeur des universités, spécialiste des relations internationales et l'invité du 830 de France Info, après cette attaque iranienne sur Israël, lancée depuis le sol iranien, et ça, c'est une première en direction d'Israël dans la nuit, plus de 300 drones et missiles, presque tous interceptés. C'est ce qu'on dit, les États-Unis et Israël. Et donc, pas de gros dégâts majeurs. Quelles conséquences ? Quelles réponses ?

C'est la question. Justement, Bertrand Baddy, on apprend, là, il y a quelques minutes, que la France a joué un rôle, a aidé Israël à se défendre contre l'attaque iranienne. C'est ce que dit le porte-parole militaire en chef de l'armée israélienne. Les États-Unis, on le savait, la Grande-Bretagne aussi, la Jordanie qui s'était positionnée. Mais est-ce que la France ait participé dans cette œuvre-là ? Est-ce que ça vous étonne ? Ça ne m'étonne pas vraiment. Ce qui m'étonne, c'est la précipitation avec laquelle on l'explicite. Ce n'est pas une information de nature à aider le retour de la diplomatie française au Moyen-Orient.

Il y a eu un contentieux, une sorte de malentendu qui s'est installé depuis le 7 octobre. Et ce type de déclaration risque de ne pas faciliter les choses. Bien entendu, en direction de l'Iran, mais ça, les relations bilatérales franco-iraliennes ne sont pas véritablement au beau fixe. Mais je dirais auprès de l'opinion publique dans le monde arabe. Et ça, ça sera un autre chapitre de réflexion à mener. Vous savez, il n'y a pas que les gouvernements qui comptent dans ce genre d'événements. Il y a aussi la réaction des opinions publiques.

Entendre dire que la France a pris fait et cause pour Israël dans cette affaire risque de créer une sorte de malaise au sein de l'opinion publique arabe déjà mal disposée. Autre chose intéressante à regarder, c'est ce qu'il a pu en être dans l'aide face à cette attaque iranienne des voisins d'Israël et notamment des pays arabes comme la Jordanie, comme l'Arabie saoudite qui sont des pays sunnites, des rivaux de l'Iran chiite.

Est-ce qu'on peut dire qu'il y a peut-être, c'est ce que nous disait le correspondant de France Info à Jérusalem, Thibault Lefebvre, qu'il y a peut-être un axe qui se dessine justement de soutien à Israël avec les Etats-Unis, les pays occidentaux et les pays arabes sunnites ? Non, ça pardonnez-moi, mais c'est un vocabulaire qu'il faut mettre de côté, qui est beaucoup trop simplificateur et donc faux. Même si la Jordanie a par exemple aidé Israël à interpréter des missiles ? D'abord, la Jordanie et l'Arabie saoudite n'ont pas eu la même position. La Jordanie a effectivement aidé Israël à se protéger et à faire parade à cette attaque.

L'Arabie saoudite n'est restée, à ma connaissance, sur le registre rhétorique. C'est déjà différent. Arrêtons, je vous en supplie, d'opposer... C'est pour ça qu'on pose ces questions. Non, mais c'est une formule rhétorique de ma part aussi. D'opposer toujours sunnites et chiites, ça ne veut strictement rien dire. Si vous regardez la complexité de la question Moyen-Orientale, vous vous apercevez que c'est l'Ign kissi, parce qu'on a besoin dans la culture occidentale de trouver des amis, des ennemis, des axes, des alliances. Mais dans le cas du conflit Moyen-Oriental, le Hamas est sunnite, l'Iran est chiite, alors dans ce cas-là, il devrait se taper dessus. Ce n'est pas le cas.

On a fait des gorges chaudes sur l'opposition entre Riyad et Téhéran, parce que l'un est sunnite et l'autre chiite. On s'est aperçu qu'en l'espace de quelques heures, les deux se sont réconciliés. Donc, il n'y a aucune indication à tirer de ce côté-là. Ce qui est intéressant, effectivement, vous avez raison de le souligner, c'est cette position de la Jordanie, qui est d'autant plus surprenante que la Jordanie, le gouvernement jordanien, est l'otage d'une opinion publique, qui majoritairement est palestinienne et qui, dans cette affaire, sans forcément soutenir l'idée d'une destruction d'Israël, n'est pas forcément du côté de ce réflexe de défense solidaire avec Israël.

11:18
Présentateur

Si l'on en vient, Bertrand Baddy, au rôle des États-Unis, Joe Biden a échangé cette nuit avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et il lui a dit deux choses qu'il faut bien noter. Il lui a demandé, déjà, de ne pas lancer d'offensive majeure sur l'Iran, et il a affirmé que les États-Unis ne participeraient à aucune attaque contre l'Iran. Qu'est-ce qu'il faut comprendre de ce message américain qui semble plutôt prudent ?

11:42
Invité

Alors, c'est le cauchemar diplomatique des États-Unis qui continue. Ce cauchemar a commencé le 7 octobre, lorsque Biden, se précipitant au Proche-Orient, explique à Israël qu'il ne doit surtout pas commettre l'erreur que les États-Unis avaient commise, et en Irak, et en Afghanistan, et qu'il ne fallait surtout pas répliquer, les États-Unis n'ont pas été entendus. Deuxième séquence forte, l'attaque du 1er avril d'Israël sur l'ambassade iranienne à Damas n'avait manifestement pas été connue de l'administration américaine et de la Maison-Blanche.

Troisième étape, suite à cette attaque iranienne de la nuit dernière, les États-Unis sont amenés à nouveau à effacer leur prudence rhétorique et à s'aligner totalement sur... C'est le soutien inébranlable évoqué par Joe Biden. Exactement. Ce qui, d'un certain point de vue, affaiblit ce que les États-Unis avaient dit et continuent de dire concernant Gaza, et qui, d'autre part, risquent de créer une quatrième séquence encore plus douloureuse pour les États-Unis, c'est-à-dire Israël n'écoutant pas les nouveaux conseils américains, attaquant ou ripostant à cette attaque iranienne, et là, ce sera une nouvelle humiliation pour la diplomatie des États-Unis.

Mais justement, n'est-ce pas peut-être un peu tôt pour imaginer ce scénario-là ? Est-ce qu'on ne peut pas aussi imaginer que, cette fois-ci, puisqu'il est question d'implication internationale plus importante que ce qu'il en est entre Israël et la bande de Gaza, cette fois-ci, Israël pourrait suivre le conseil, l'avertissement des États-Unis ? Alors, il faut voir, voir ce qui va se passer. Je n'ai jamais écrit de ma vie d'horoscope, et ce n'est pas aujourd'hui que je commencerai, surtout dans cette situation telle que nous la connaissons. Mais deux choses, quand même.

Moi, ce que j'observe, c'est que depuis un certain temps, mais qui ne date pas non plus du 7 octobre, déjà bien avant, Israël semble prendre comme un besoin de montrer que ce sont les dirigeants israéliens seuls qui prennent leurs décisions à l'abri, et je dirais presque à l'indifférence des conseils qui leur sont donnés. C'est un changement radical par rapport au temps de la guerre froide, ou de la bipolarité, ou Israël, rappelez-vous la guerre de 1967, la guerre de 1973, il y avait une autonomie, là aussi, d'Israël, mais finalement, les États-Unis avaient la main.

Aujourd'hui, ils ne l'ont plus du tout, et Israël se plaît à le montrer, c'est-à-dire que ce n'est pas une dissidence implicite, c'est une dissidence qu'on rend la plus explicite possible. Et compte tenu de ce désir israélien de frapper les installations nucléaires iraniennes, ça m'étonnerait personnellement beaucoup. Mais vous pensez qu'on en est vraiment là, que c'est possible qu'Israël se saisisse de ce prétexte ? C'est le risque, en tout cas, selon vous ? Comme vous dites, c'est possible, c'est le risque. Je ne dis pas que c'est ce qui se produira, mais si tel est le jeu israélien, premièrement, si tel est le jeu israélien, ce n'est pas les États-Unis qui l'en empêcheront.

Deuxièmement, n'oubliez jamais une chose... Ils pourront l'en empêcher, ils essaieront tout de même, si on l'a compris, non ? Ils essayent en ce moment, mais avec le risque d'être humiliés une nouvelle fois, ce qui pour une superpuissance est désastreux. Et puis, il y a un deuxième élément, n'oubliez pas que le dogme d'Israël, c'est tout réglé par les rapports de puissance. C'est les vieilles méthodes des relations internationales, donc la subjectivité là-dedans, liée à la pression des États-Unis, ne joue pas un grand rôle. Bertrand Baddy, professeur des universités, spécialiste des relations internationales.

Votre éclairage ce matin dans le 8.30 de France Info, après cette attaque iranienne en direction d'Israël la nuit dernière.