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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 12 avril 2023 7 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleInstitutions & électionsTravail & emploi

Réforme des retraites : "Nous vivons une crise démocratique et la décision du conseil constitutionnel n'y changera rien", selon Pierre Ferracci, président du groupe Alpha

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Pensez-vous, comme le leader de la CFDT, Laurent Berger, que le pays vit aujourd'hui une crise démocratique ?

  • 1:28RelanceRéponse partielle

    Et donc selon vous, quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel, l'exécutif a intérêt à mettre la réforme des retraites sur pause, sinon quoi ?

  • 2:46ComplaisanteRéponse directe

    Donc vous pensez, comme la première ministre Elisabeth Borne, qu'aujourd'hui le pays est en convalescence, qu'il faut retrouver le chemin du dialogue avec les partenaires sociaux ?

  • 4:14OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous avez ça comme un premier signe d'une volonté d'apaisement ?

  • 5:32OuverteRéponse directe

    Et donc quelle serait, selon vous, la bonne question à poser dans le cadre d'un référendum ?

  • 6:15OuverteRéponse partielle

    Et le président de la République, Emmanuel Macron, que vous connaissez bien, vous pensez qu'il est prêt à faire ce référendum ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26InvitéFait
    « Oui. Une crise démocratique et je pense que la décision du Conseil constitutionnel de vendredi ne changera rien, quelle qu'elle soit. »
  • 3:22InvitéFait
    « Depuis 2005, il n'y a plus le moindre référendum en France, depuis 18 ans. »
  • 3:26InvitéFait
    « Sur les dix premières années du général de Gaulle, il y en avait eu cinq, un tous les deux ans. »
  • 3:43InvitéFait
    « celle des retraites, qui ne va pas là où d'ailleurs le président de la République voulait aller. »
  • 4:43InvitéFait
    « mais en sachant que l'immigration est nécessaire pour la croissance économique, mais qu'il faut en même temps la réguler »

Temps de parole

  • Invité79 %
  • Présentateur21 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Une nouvelle journée de mobilisation. La douzième est donc prévue demain contre la réforme des retraites à la veille de la décision du Conseil constitutionnel. Bonsoir Pierre Piracci.

0:15
Invité

Bonsoir.

0:16
Présentateur

Vous êtes expert en dialogue social, fondateur et président du groupe Alpha. Pensez-vous, comme le leader de la CFDT, Laurent Berger, que le pays vit aujourd'hui une crise démocratique ?

0:26
Invité

Oui. Une crise démocratique et je pense que la décision du Conseil constitutionnel de vendredi ne changera rien, quelle qu'elle soit. Le Conseil va dire le droit à sa façon. On voit dans les propos des différents constitutionnalistes que les différentes thèses s'affrontent. Est-ce qu'il va censurer totalement ? Est-ce qu'il va censurer partiellement ? Est-ce qu'il va accepter le référendum d'initiative partagée ? Quelle que soit la réponse, je pense que le président de la République a intérêt à reprendre les choses en main, à mettre cette réforme de côté pour l'instant. On a des défis extrêmement importants, réindustrialiser le pays.

Plusieurs dizaines de milliers d'emplois dans l'industrie sont aujourd'hui directement menacés par la crise énergétique, la hausse du prix de l'énergie. On a les enjeux de la transition environnementale. On a les enjeux de partage de la valeur, même s'il y a eu un accord entre partenaires sociaux, il y a encore beaucoup de questions à traiter. Il y a la question du travail qui est au cœur des préoccupations. Et puis les enjeux d'éducation, de santé, de services publics qui doivent être traités avec beaucoup de vigueur.

1:28
Présentateur

Et donc selon vous, quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel, l'exécutif a intérêt à mettre la réforme des retraites sur pause, sinon quoi ?

1:37
Invité

Oui, et à traiter les sujets que je viens d'évoquer avec beaucoup de dynamisme en rassemblant le pays. Et aujourd'hui, le pays est fracturé, divisé. Et donc je pense qu'Emmanuel Macron...

1:47
Présentateur

Que se passe-t-il s'il ne met pas cette réforme sur pause ?

1:49
Invité

D'abord, je crois que ce sera un désordre social pendant quelques temps. Et puis sans doute des échéances politiques en 2027 que tout le monde voit venir. Donc reprendre la situation en main, ça veut dire quoi ? Ça veut dire traiter ces défis avec tous les moyens possibles, rassembler d'abord le pays. Moi je pense qu'il faut refonder un pacte social aujourd'hui. Le Président de la République a eu une bonne idée en parlant de Conseil national de la refondation. Mais qu'est-ce qu'il en a fait depuis des mois ? Pas grand-chose. Il y a des assises du travail qui ont démarré, qui ont fait un travail intéressant, mais qui pour l'instant sont inaudibles.

Mais refonder un pacte social, c'est poser toutes les questions que je viens d'évoquer, remettre les partenaires sociaux, patronat et syndicat autour de la table. Ils travaillent ensemble en ce moment, d'ailleurs, ils se mettent d'accord, ils ne se mettent pas d'accord. Remettre l'ensemble des partis politiques sur les enjeux de cette refondation, et refonder ce pacte social, et peut-être à l'arrivée faire un référendum. Pas seulement sur les 64 ans ou sur les 62 ans, mais sur la nature de ce pacte social pour affronter les défis de demain.

2:46
Présentateur

Donc vous pensez, comme la première ministre Elisabeth Borne, qu'aujourd'hui le pays est en convalescence, qu'il faut retrouver justement le chemin du dialogue avec les partenaires sociaux, à commencer par la CFDT. On voit un face-à-face qui se durcit depuis plusieurs mois, entre d'un côté le président de la République et de l'autre le leader de la CFDT, Laurent Berger, qui en quelque sorte a pris la tête de cet interne syndical.

3:06
Invité

Oui, alors moi je dirais qu'il n'est pas seulement en convalescence le pays, il est très meurtri, il est malade, et il faut lui redonner du sang neuf. Et je pense que le rôle du président de la République, c'est ça. Alors pourquoi je dis qu'au final, peut-être qu'il faut qu'il y ait un référendum ? Et je reviens à la crise démocratique évoquée par Laurent Berger. Depuis 2005, il n'y a plus le moindre référendum en France, depuis 18 ans. Sur les dix premières années du général de Gaulle, il y en avait eu cinq, un tous les deux ans. Le référendum faisait partie des institutions, pas comme chez les Suisses à n'importe quelle occasion, c'est pas notre culture.

Mais sur des grands défis, et le grand défi, c'est pas une réforme qui est aujourd'hui une réformette, celle des retraites, qui ne va pas là où d'ailleurs le président de la République voulait aller. Et en tout cas pas là où l'opinion publique, les salariés, les actifs, les organisations syndicales veulent aller. Donc il faut un chantier beaucoup plus profond, beaucoup plus lourd, beaucoup plus large. Et à partir de là, après un débat approfondi avec les organisations syndicales, les organisations patronales, et l'ensemble des partis politiques, peut-être mettre ce pacte social comme un enjeu de référendum.

Là oui, ça serait une façon d'aller de l'avant, et de ne pas mobiliser le pays sur des choses qui n'ont pas l'importance qu'on veut bien leur donner.

4:14
Présentateur

Vous avez vu que le gouvernement a renoncé cette semaine à présenter les grandes lignes de son projet de loi France Travail. Est-ce que vous avez ça comme un premier signe d'une volonté d'apaisement ?

4:23
Invité

Peut-être, mais vous savez, dans tous les défis qu'on a à relever, la question du travail est essentielle, et il faudra la traiter. Mais dans toutes ses dimensions, pas simplement en termes de plein emploi, en termes de rapport au travail, en termes de valeur du travail, de la même façon qu'il faudra aussi traiter la question de l'immigration.

Pas pour aller au-devant de certaines thèses extrémistes qui désignent l'immigré comme le responsable de tout, mais en sachant que l'immigration est nécessaire pour la croissance économique, mais qu'il faut en même temps la réguler, qu'il faut en même temps éviter qu'elle s'accompagne de développements de valeurs qui ne sont pas les valeurs de la République. Donc tous ces sujets-là, ça nécessite une pause, plus qu'une pause, et surtout tourner la société vers les enjeux qui sont les siens.

Et aujourd'hui, depuis des mois, on a mobilisé la société, il y aura demain une manifestation encore importante, il ne faudra pas s'attacher aux chiffres, vous savez, avec l'inflation et le pouvoir d'achat qui est aujourd'hui très amenuisé par la hausse des prix, qu'il y ait un peu moins de monde demain, ça n'étonnera personne, mais c'est la douzième manifestation importante. Donc au-delà de cette mobilisation de la société sur les questions de retraite, il faut mobiliser la société sur tous ces enjeux qui sont extrêmement lourds, qui vont nécessiter des choix extrêmement délicats pour l'exécutif et aussi pour le Parlement.

5:32
Présentateur

Et donc quelle serait, selon vous, la bonne question à poser dans le cadre d'un référendum, Pierre Ferratu ?

5:37
Invité

Refonder un pacte social dans toutes ses dimensions, puisqu'on fait référence à la résistance et à l'après-guerre, regarder un petit peu ce qu'il faut bouger dans notre modèle social, le faire bouger, ça ne veut pas dire revenir sur ses acquis, mais l'adapter à la transition environnementale, à la nécessité de réindustrialiser le pays, de développer aussi des énergies alternatives à côté de l'énergie nucléaire, et à partir de là, il y a peut-être un ensemble de mesures qui peuvent faire l'objet d'une demande de quitus de la part du gouvernement.

Ça sera autre chose que solliciter le pays, ou plutôt ne pas le solliciter, ne pas l'écouter, ne pas écouter le Parlement, ne pas écouter les syndicats sur la réforme des retraites.

6:15
Présentateur

Et le président de la République, Emmanuel Macron, que vous connaissez bien, vous pensez qu'il est prêt à faire ce référendum ?

6:20
Invité

Jean-Louis Debré, qui est l'ancien président du Conseil constitutionnel, a dit « Le Conseil va juger en droit, mais après, ce qui est important, c'est l'utilisation qui en sera fait. » Et là, je crois que le président de la République, comme l'incite Jean-Louis Debré, peut reprendre la main, remettre tout le monde autour de la table, et rediscuter de toutes ces questions importantes, et pas seulement de cette histoire d'âge légal pour le départ à la retraite.

6:41
Présentateur

Merci beaucoup Pierre Ferracci, expert en dialogue social, fondateur et président du groupe Alpha, invité éco de France Info ce soir.