Laurence Nardon : "Pendant sa campagne de 2024, Trump était le premier à parler sans arrêt de l'affaire Epstein"
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Questions et réponses
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Pourquoi l'affaire Epstein colle-t-elle à Donald Trump comme le sparadrap du capitaine Haddock ?
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Est-ce que Donald Trump peut s'y opposer ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Mais est-ce qu'il pourra caviarder, comme on dit, une partie de ces dossiers ?
- 2:02OuverteRéponse directe
Rappelons quand même les faits.
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Qu'est-ce qui est reproché à Donald Trump, à parmi ceux qui lui reprochent quelque chose ?
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Est-ce que Donald Trump est vraiment gêné, embêté par cette histoire ou il s'en fiche ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:49InvitéFait
« Trump doit le savoir lui-même. »
- 4:13InvitéPromesse
« Pendant tout le mandat de Biden, entre 2020 et 2024, et pendant sa campagne de 2024, Trump n'a cessé de parler lui-même. »
- 6:38InvitéPromesse
« Mais ça peut abîmer son soutien par sa base dans les sondages et dans les élections de l'année prochaine, de l'année 26. »
Temps de parole
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Il est 6h21, l'affaire Epstein colle à Donald Trump comme le sparadrap du capitaine Haddock. Pourquoi ? Quel soupçon pèse sur lui dans cette affaire de trafic sexuel ? Et que risque-t-il ? Alors que le Congrès américain a donné son feu vert hier soir à la publication de la totalité des archives de ce dossier. Bonjour Laurence Nardon. Bonjour. Vous êtes chercheuse, responsable du programme Amérique à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. Alors le résultat est vraiment sans appel. Un vote quasi unanime de la Chambre des représentants et du Sénat pour forcer les autorités à rendre public les documents d'enquête. C'est un vrai tournant dans ce dossier ?
Oui, c'est vraiment une évolution très importante et potentiellement un signe de... Enfin, pas potentiellement, c'est une défaite pour Donald Trump.
Qui s'est longtemps battu contre la publication des archives avant de faire volte-face il y a deux jours.
Oui, absolument. Et ce qui est absolument remarquable, parce que je crois que c'est la première fois depuis 2016, tous les élus républicains, sauf un, ont voté pour la publication de ces dossiers à la Chambre des représentants.
Est-ce que Donald Trump peut s'y opposer ?
Non, maintenant, ça a été... Enfin oui, il aurait pu mettre son veto, mais il a déjà dit qu'il ne le ferait pas. Ça fait partie, effectivement, de sa volte-face de ces deux derniers jours.
Mais est-ce qu'il pourra caviarder, comme on dit, une partie de ces dossiers ? Parce que j'ai vu quand même que le texte voté autorise le département de la justice à garder secret certains éléments d'enquête s'il le souhaite.
Eh bien ça, on va voir. Mais en réalité, personne ne sait ce qu'il y a dans le dossier. Trump doit le savoir lui-même. Mais l'une des raisons possibles pour lesquelles il a accepté la publication, c'est que peut-être qu'à ce stade, il n'y a plus grand-chose d'incriminant pour lui dans le dossier.
Alors rappelons quand même les faits. Jeffrey Epstein, financier américain, mort en prison en 2019, un criminel sexuel accusé d'avoir abusé de dizaines de mineurs. Il avait monté un réseau international de trafic sexuel de jeunes filles, réseau à destination de ses amis de la Jet Set au début des années 2000. Qu'est-ce qui est reproché à Donald Trump, à parmi ceux qui lui reprochent quelque chose ?
Eh bien, en réalité, comme vous le dites, Jeffrey Epstein avait ce réseau criminel absolument épouvantable. Il y a beaucoup de plaignantes aujourd'hui qui racontent ce qu'elles ont vécu. Il y en a une qui s'est suicidée. Donc c'est vraiment une affaire horrible. Et dans la Jet Set que Epstein servait à l'époque, il y avait Donald Trump. Ils se sont croisés à de nombreuses reprises. Il y a des photos parce qu'à l'époque, Donald Trump était l'une des grandes figures de cette Jet Set. Et donc, ce qu'on reproche à Donald Trump, c'est possiblement d'avoir participé à des orgies organisées par Epstein dans ses îles des Caraïbes, dans ses nombreuses maisons.
Ou à minima, s'il n'a pas participé, d'avoir été au courant et d'avoir étouffé l'affaire, de n'en avoir jamais parlé.
Exactement. Alors, l'affaire, en réalité, ça a commencé dans les années 90. Epstein n'a été condamné qu'en 2008 une première fois et ensuite en 2019. C'est le moment où il s'est suicidé en prison. On sait que cette affaire a avancé vraiment très très lentement à cette époque-là. Alors, ce n'était pas à cause de Trump qui était juste un homme d'affaires à l'époque. Mais il y a de nombreux manquements dans le déroulement de l'affaire à l'époque. Ce qui contribue à l'idée d'un complot et d'une protection de Epstein par les élites à l'époque.
Est-ce que Donald Trump est vraiment gêné, embêté par cette histoire ou il s'en fiche ? Non, non, il est vraiment très gêné.
C'est ce qui explique sa volte-face de ces deux derniers jours. En réalité, Trump est un arroseur arrosé ici. Parce que pendant tout le mandat de Biden, entre 2020 et 2024, et pendant sa campagne de 2024, Trump n'a cessé de parler lui-même. C'était le premier à parler sans arrêt de l'affaire Epstein en expliquant à l'époque que toutes les élites démocrates avaient participé à ce réseau pédophile mené par Epstein. Et c'est quelque chose qui a très bien fonctionné pour lui auprès de sa base MAGA.
Parce que dans la base MAGA, il y avait beaucoup de complotistes qui, depuis longtemps, s'intéressaient à l'idée d'un complot pédophile international qui, dans les complots dénoncés par les MAGA en 2016, était, alors c'était faux en réalité, un complot mené à un réseau dirigé par les démocrates et notamment par Hillary Clinton. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette histoire du Pizzagate ? Non, allez-y. C'était une affaire, un scandale dénoncé par les MAGA en 2016 pendant la première campagne de Trump et qui donc racontait que Hillary Clinton dirigeait un complot pédophile depuis une pizzeria de Washington, d'où le nom Pizzagate.
Ce complot, en fait, était complètement faux, mais il revient comme un sparadrap pour Trump par l'incarnation dans le complot de Epstein qui, pour le coup, est vrai. Donc, il a dénoncé un complot parce que ça marchait bien auprès de sa base et maintenant, cette même base MAGA se retourne contre lui en disant qu'il aurait peut-être participé. Et c'est la première fois, d'ailleurs,
que ces soutiens se fissurent ?
Oui, c'est la première fois qu'une affaire dénoncée par Trump en fait lui revient en boomerang et que sa base, qui est très, comment dirais-je, concern, qui est très préoccupée par ce genre d'affaires de pédophilie, lui reproche quelque chose.
Laurence Nardon, juste, il nous reste quelques secondes. Qu'est-ce qui peut lui arriver ? Alors, on ne va pas aller trop vite en besogne, évidemment, mais est-ce qu'il est totalement protégé en étant à la Maison-Blanche ?
Ah, est-ce qu'on pourrait imaginer un nouveau procès contre lui ? Je crois qu'il a été tellement attaqué pendant son premier mandat par des procès que personne ne s'y risquera cette fois-ci. Mais ça peut abîmer son soutien par sa base dans les sondages et dans les élections de l'année prochaine, de l'année 26.
Merci beaucoup, Laurence Nardon, responsable du programme Amérique à l'Institut français des relations internationales. Sous-titrage Société Radio-Canada