Brice Teinturier sur les vœux présidentiels : "On n'a aucune annonce d'un changement de ligne"
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Brice Tinturier, vous qui auscultez le pouls des Français, qu'avez-vous pensé de ces vœux ? Est-ce qu'ils étaient au diapason de l'opinion ?
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La macro-politique, la macrovision et donc, vous l'avez dit, ce vocabulaire quand même guerrier, ce mot de réarmement, le chef de l'État qui veut un réarmement civique après le réarmement économique, c'est un mot nouveau non, réarmement, dans son vocabulaire ?
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Alors, on a donc la réaffirmation de ce cap. En revanche, on n'en a pas appris plus sur l'agenda, Bristin Turiani, sur un éventuel remaniement.
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Mais quand même, les Français, ils ont déjà expérimenté le grand débat, les conventions citoyennes, le Conseil national de la refondation, les rencontres de Saint-Denis. Est-ce que vous pensez, vous, politologue, qu'un nouvel objet politique, ça existe ? Ça pourrait débloquer la situation et relancer le quinquennat ?
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Le seul élément concret, finalement, c'est peut-être le fait qu'Emmanuel Macron s'est lancé dans la campagne des Européennes avec ce choix un peu binaire qu'il a proposé aux Français. Continuer l'Europe ou la bloquer, six mois avant le scrutin, on peut appeler ça, en êtes-vous d'accord, de la dramatisation ? Est-ce que ça vous a surpris ?
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Les Français, ça fait longtemps qu'ils sont déclinistes. Est-ce qu'ils le sont plus particulièrement aujourd'hui ? Et est-ce qu'on sait si une succession d'événements, même à portée internationale, ça fait un projet collectif suffisant pour amener le bonheur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« « 2027 nous verra avoir dix ans d'avance, là où en 2017 on avait dix ans de retard ». »
- 7:43InvitéChiffre
« Les Français sont profondément déclinistes. Ils le sont à plus de 80%. »
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Votre invité ce matin, Alexandra ?
Il est politologue, directeur général délégué d'Ipsos. Bonjour, Brice Tinturier. Bonjour. Une bonne année à vous et un grand merci d'être avec nous ce 1er janvier.
Merci, très bonne année.
L'année 2023, ça a quand même été une dizaine de 49-3. Deux lois controversées sur les retraites et l'immigration. Dix jours d'émeute, des mois d'inflation, des attentats, deux guerres aussi. C'était bel et bien une année difficile, conclue hier soir donc par Emmanuel Macron. Brice Tinturier, vous qui auscultez le pouls des Français, qu'avez-vous pensé de ces voeux ? Est-ce qu'ils étaient au diapason de l'opinion ?
Je crois qu'il y avait une idée centrale que voulait développer Emmanuel Macron qui était de lutter contre l'idée d'impuissance tout simplement et d'un quinquennat qui serait en panne, faute de majorité et en dépit de tensions internes au sein de sa propre majorité relative. Tout cela dans le contexte que vous venez de rappeler, contexte extrêmement difficile. Donc on a eu le rappel de tout ce qui a été fait. Un peu un catalogue des lois votées.
La réaffirmation très forte du volontarisme, de la détermination, l'usage répété du mot « réarmement » comme si véritablement on était un tournant et qui culminait, moi j'ai trouvé avec cette phrase qu'a prononcée le chef de l'État, « 2027 nous verra avoir dix ans d'avance, là où en 2017 on avait dix ans de retard ». Alors est-ce que ça peut toucher les Français ?
Vous savez, l'exercice des vœux, il est toujours compliqué parce que soit vous êtes dans la macrovision et les Français décrochent et se disent « ils ne nous comprennent pas, nous nous sommes dans les problèmes du quotidien », soit vous êtes dans le quotidien et souvenez-vous, c'était un peu le reproche fait à François Hollande de la boîte à outils. Là, il me semble qu'on était quand même beaucoup dans la macrovision, dans un exercice obligé pour Emmanuel Macron, c'est à lui à rappeler ses éléments et à essayer d'insuffler un peu d'optimisme. Mais quand on sait à quel point pour nos concitoyens, la question centrale c'est celle du pouvoir d'achat, c'est quelque chose qui a été effleuré hier.
On a eu quelques mots sur l'inflation, mais très vite on est parti sur ce que j'appelle la macro-politique ou la macrovision.
La macro-politique, la macrovision et donc, vous l'avez dit, ce vocabulaire quand même guerrier, ce mot de réarmement, le chef de l'État qui veut un réarmement civique après le réarmement économique, c'est un mot nouveau non, réarmement, dans son vocabulaire ?
C'est un mot qu'il a commencé à utiliser déjà à plusieurs reprises, mais là il l'a martelé effectivement, il l'a décliné, le réarmement de la nation, le réarmement de l'État, le réarmement civique, industriel, économique, technologique. Donc je crois que c'est toujours l'idée d'un monde dangereux, d'une France qui aurait été, et qui serait encore vulnérable, faute de grandes décisions prises, et puis dans cette logique un peu guerrière, il y a un président qui est capable d'affronter les crises et qui fait ce qu'il faut pour protéger les Français.
Il a réaffirmé son triptyque aussi, libérer, protéger, unir, en balayant le reproche d'absence de cap, en disant tel est le cap, et c'est le cas depuis 7 ans. Donc dans cette idée de protection...
L'idée qu'il n'aurait pas varié.
Voilà, qu'il n'aurait pas varié, et dans cette idée de protection, vous avez l'usage de ce terme un peu guerrier, de réarmement, de protection, etc.
Alors, on a donc la réaffirmation de ce cap. En revanche, on n'en a pas appris plus sur l'agenda, Bristin Turiani, sur un éventuel remaniement. Emmanuel Macron a remercié la Première Ministre et le gouvernement. Dans la foulée, on a appris que le Conseil des ministres était reporté. On ne sait pas pourquoi. Vous dites quoi ce matin ? Tout est ouvert ? Ou alors tout est flou ?
Je dis d'abord que le chef de l'État gagne du temps, qu'il protège l'agenda, qu'il essaye de montrer qu'il a du comment, puisqu'il a renvoyé cette question du comment, je vais parvenir à ses objectifs, effectivement, à plus tard, et à cette initiative politique, mais qu'on tourne toujours, et depuis maintenant plus d'un an, autour des mêmes difficultés. Comment est-ce que, véritablement, il va se donner les moyens d'exécuter ce qu'il nous dit qu'il va réaliser en 2024 ? Donc oui, il y a, de manière assez imprécise, comme un teasing, l'idée qu'il va reparler à la nation, remaniement ou pas, on ne sait pas et dans quelle ampleur.
Il y a eu des mots, vous l'avez souligné, plutôt élogieux pour la Première ministre, mais ça ne suffit pas à garantir, malgré tout, sa survie politique. Donc là, on reste dans quelque chose de très flou, qui est renvoyé à plus tard, comme très souvent l'a fait Emmanuel Macron au cours de cette année, en renvoyant à une initiative politique majeure, en renvoyant à des 100 jours pour apaiser, etc. Et là, on ne sait pas sur le comment, ce qui va se passer. Ce n'est pas le rôle non plus des voeux, ce n'est pas à ce moment-là que vous partez dans l'explication du comment.
Il va donc falloir attendre ce mystérieux rendez-vous avec la nation de janvier. Mais quand même, les Français, ils ont déjà expérimenté le grand débat, les conventions citoyennes, le Conseil national de la refondation, les rencontres de Saint-Denis. Est-ce que vous pensez, vous, politologue, qu'un nouvel objet politique, ça existe ? Ça pourrait débloquer la situation et relancer le quinquennat ?
Non, je ne crois pas. Et vous avez raison de souligner qu'il y a eu déjà beaucoup de tentatives de la part du chef de l'État. Alors, on peut les considérer soit comme des gadgets de communication, soit comme des tentatives d'atténuer l'importance de la crise démocratique, qu'a fortiori quand vous avez une majorité relative. Mais on voit mal en quoi un énième objet politique changerait profondément la donne. Alors, s'il y a un remaniement d'ampleur avec un changement de Premier ministre, c'est une chose. Généralement, ça ne change pas, justement, les perceptions dans l'opinion publique française, sauf si vous avez un changement de ligne.
Et là, on n'a aucune annonce, bien au contraire, d'un changement de ligne. On a la réaffirmation du triptyque, censé être le triptyque initial et qui donne le cap. Et on n'a pas d'éléments concrets pour savoir ce qui pourrait se passer. Donc, on peut penser qu'on aura à nouveau, derrière les mots, quelque chose qui ne devrait pas impacter fortement les Français.
Le seul élément concret, finalement, c'est peut-être le fait qu'Emmanuel Macron s'est lancé dans la campagne des Européennes avec ce choix un peu binaire qu'il a proposé aux Français. Continuer l'Europe ou la bloquer, six mois avant le scrutin, on peut appeler ça, en êtes-vous d'accord, de la dramatisation ? Est-ce que ça vous a surpris ?
Moi, je ne m'attendais pas à ce qu'effectivement, au cours des voeux, qu'il y ait déjà un engagement aussi clair sur la confrontation européenne et la confrontation avec le Rassemblement national. Il a, et vous l'avez très bien rappelé tout à l'heure, il a effectivement, dès maintenant, commencé à structurer ce que devaient être ces élections européennes à ses yeux, un combat entre les pro-européens et les anti-européens, entre ceux qui l'incarnent et le Rassemblement national. Il m'a semblé que c'était un peu décalé par rapport à l'ensemble des voeux. Tout à coup, on avait véritablement la période électorale et un premier acte de campagne électorale.
Ça a été assez court, mais il a cranté les choses et on voit bien que dès le mois de janvier, on va être dans cette séquence tout entière tournée vers le 9 juin, date des élections européennes.
Brice Tinturier, hier soir, il y a quand même eu aussi le vocabulaire d'espoir. 2024 sera l'année de nos fiertés françaises, un millésime français, a affirmé le chef de l'État, avec les Jeux olympiques, la réouverture de Notre-Dame. Les Français, ça fait longtemps qu'ils sont déclinistes. Est-ce qu'ils le sont plus particulièrement aujourd'hui ? Et est-ce qu'on sait si une succession d'événements, même à portée internationale, ça fait un projet collectif suffisant pour amener le bonheur ?
Alors, les Français sont profondément déclinistes. Ils le sont à plus de 80%. Ce déclinisme avait régressé en 2017 avec l'élection d'Emmanuel Macron, qui avait suscité véritablement de l'espoir. Et puis, on a vu remonter progressivement cette idée que notre pays serait en déclin, voire en déclin irréversible. Donc ça, c'est le premier point. Et l'année 2023, bien entendu, n'a fait qu'ajouter à ce pessimisme et à ce déclinisme ambiant dans le contexte international et national difficile que nous avons vécu.
Donc, la difficulté pour le chef de l'État, c'est que certes, il s'appuie sur des événements extérieurs, le débarquement, les JO, la cathédrale, la reconstruction de Notre-Dame pour le 8 décembre, que tout cela peut créer une petite atmosphère, mais que fondamentalement, et je reviens vraiment là-dessus, le problème des Français, le problème aigu des Français aujourd'hui, c'est le pouvoir d'achat.
C'est la question du pouvoir d'achat, c'est la question de la quotidienneté, de la difficulté à boucler les fins de mois, d'une inflation qui a été et qui reste encore importante, extrêmement importante à leurs yeux, et le sentiment que le gouvernement agit au jour le jour et n'est pas sur ce problème central. Et c'est là où les événements extérieurs trouvent leurs limites.
Brice Teinturier, le directeur général délégué d'Ipsos, merci à vous, une excellente journée.