[PODCAST] Nos folles années 1980 [3/5] : Pierre Lescure raconte Canal+
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:57OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ces images vous évoquent, ce premier jour ?
- 3:15OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous avez l'impression de participer à un moment qui va changer la télévision française ?
- 4:50OuverteÉludée
Qu'est-ce que ça veut dire, cette modernité à l'époque ?
- 5:50OuverteRéponse directe
Canal+ était donc mal reçu, on peut dire ça ?
- 7:32OuverteRéponse directe
Quelques mots sur André Rousselet et son rôle dans la création de Canal+ ?
- 9:30OuverteRéponse directe
Pourquoi Canal+ se veut être une chaîne de cinéma dès le départ ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Invité politiqueChiffre
« Il y en avait 180 000 le premier jour. »
- 6:10Invité politiqueFait
« Personne n'y croit. »
- 10:56Invité politiqueChiffre
« On a négocié six mois. »
- 11:11Invité politiqueChiffre
« On se retrouve à la fin des négociations, quand on top, avec 50% de cinéma. »
- 22:56Invité politiqueChiffre
« Le premier jour, il y a 180 000 personnes, c'est-à-dire 180 000 foyers qui se sont abonnés. »
- 23:12Invité politiqueChiffre
« Il y avait des abonnements de six mois à l'époque. »
- 23:18Invité politiqueFait
« On n'annonçait pas les films. On annonçait qu'il y aurait des films. »
- 23:28Invité politiqueChiffre
« On a progressé doucement jusqu'à environ 340 000, 350 000 abonnés début janvier. »
- 24:32Invité politiqueChiffre
« 88,8% de réabonnement. »
- 26:16Invité politiqueChiffre
« En septembre de 85, on a atteint le million. »
Temps de parole
- Roland Lescure69 %
- Présentateur25 %
- Invité2 %
≈ 1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour, c'est Clémentine Spiller pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
Les restaurants du cœur de Coluche, ça marche.
Cet été, Codesource vous propose de vous plonger dans les années 80.
Les radios libres ont désormais existence légale. On se bouscule sur les ondes, les radios libres entendent ainsi délimiter fermement leur territoire.
Une décennie devenue culte qui a bouleversé la culture populaire et nos modes de vie.
Le palace du cœur de Paris, c'est l'endroit à la porte.
Musique, humour, médias et même de nouvelles façons de faire la fête, les années 80 ont imposé de nouveaux codes et révolutionné le paysage culturel français.
Il est 8h, ouverture de l'antenne de Canal+. Ça y est, bienvenue au club Dorothée. C'est un mec qui rencontre un autre dans la rue. Vous pouvez le connaissez, là.
Aujourd'hui, épisode 4, la création de Canal+, avec Pierre Lescure. Recruté en 1983 pour diriger les programmes de ce qui était la toute première chaîne de télévision payante en France, Pierre Lescure raconte ses souvenirs des débuts difficiles, de la confiance des premiers abonnés, des amitiés qui ont fait la chaîne et de l'impact de Canal+, sur la culture populaire des années 80, et bien au-delà.
Il est 8h, 4 novembre, ouverture de l'antenne de Canal+. Le président de Canal+, souhaite la bienvenue à ceux qui sont devant leur poste de télévision.
Ce président de Canal+, qui parle de lui à la troisième personne, c'est André Rousselet. Ce qu'on entend là, ce sont les toutes premières minutes de diffusion de Canal+, le 4 novembre 1984. Pierre Lescure, vous êtes là ce jour-là, vous êtes directeur des programmes. C'est André Rousselet, dont on va reparler, qui vous a recruté pour imaginer la première chaîne payante de France. D'abord, qu'est-ce qu'elle vous évoque, ces images ? Comment vous vous souvenez de ce premier jour ?
On est le 4 novembre 1984, et d'un seul coup, André Rousselet, ému, comme je ne l'avais jamais vu ému. Il est presque gauche, si j'ose m'exprimer ainsi. Et il appuie sur le bouton, et ça y est, on y est. D'un seul coup, ce projet, qui est tellement contre-nature à l'époque, voit le jour.
Après André Rousselet qui appuie sur le bouton, on arrive sur le plateau tout neuf de Canal+. Il y a là, assis sur un canapé, ou plus précisément sur l'accoudoir de droite, dans une pause nonchalante, Michel Denisot, dont les téléspectateurs de Canal+, toutes générations confondues, reconnaîtront la voix.
Bonjour à toutes et à tous, donc pour la première télévision du matin, sur la première chaîne...
Il y a aussi Gérard Depardieu, à coudoir de gauche, même nonchalance.
Moi, je trouve que c'est magnifique. D'abord, j'aime les naissances. En plus, c'est vrai, je suis aussi ému.
Et puis André Rousselet, pas du tout nonchalant et même assez nerveux.
Mes parents, il y en a quelques-uns là, mais il y a bien d'autres parents qui sont là, et puis qui vont nous rejoindre dans la journée.
Pierre Lescursa, c'est les débuts de Canal pour le grand public, mais vous et l'équipe que vous avez été chargée d'assembler, y travaillez déjà depuis un an, et cette première diffusion, c'est l'aboutissement de cette année de préparation. Beaucoup de négociations. Pour autant, est-ce que vous avez l'impression de participer à un moment qui va changer la télévision française ?
Que ce soit absolument neuf, et qu'on n'ait jamais vu ça en France, Clémentine, oui. Mais que ça va changer, je ne peux pas le penser ce jour-là. D'abord, parce que c'est le premier jour. Je suis sur le projet depuis un an, engagé par André Rousselet. Ce jour-là, il va y avoir une grande fiesta dans le grand immeuble qui est à la porte de Versailles, dans le même immeuble que le ministère des Sports. On a les trois premiers étages. Il va y avoir une grande fête. Puis à un moment, en fin d'après-midi, à 20h, il y a Claude Sérillon qui présente le 20h et qui va avoir André Rousselet en duplex. Et puis, il lui pose deux, trois questions sur les débuts, le nombre d'abonnés déjà.
Il y en avait 180 000 le premier jour. Et puis, à un moment, Sérillon s'arrête et dit « Enfin, André Rousselet, vous savez bien que ça ne peut pas fonctionner. » Il pose la question parce que ça lui sort du cœur. Donc, évidemment que je ne pense pas encore qu'on va changer la télévision.
On va revenir sur les débuts de Canal+, mais d'abord, retour en arrière, un peu de contexte. Le paysage audiovisuel avant Canal, ce sont trois chaînes publiques. TF1, Antenne 2 et France 3. Elles sont nées du démantèlement de l'ORTF et donc du contrôle de l'État. Au début des années 80, François Mitterrand met fin au monopole d'État sur les ondes. Mais la télé reste quand même largement publique. François Mitterrand, lui, souhaite la création d'une quatrième chaîne qu'il va confier à l'agence de publicité Avas. Il y a une volonté politique d'amener de la modernité. Qu'est-ce que ça veut dire à l'époque, cette modernité ? Qu'est-ce qu'on entend par là ?
Eh bien, je ne sais pas vous répondre parce que je pense qu'à l'époque, personne ne vous aurait répondu. Il y a effectivement, vous avez raison, trois chaînes qui sont nouvellement en couleur pour les trois. Mais il y a trois chaînes et j'ai presque envie de dire deux et demi parce que ce n'est pas toute la journée, France 3. Et puis, il y a TF1 qui vient de changer de réseau. Donc, il y a un réseau herdien de couverture nationale qui n'est plus utilisé.
Et il y a au ministère des Postes et Communications et au ministère de la Culture des technos, pour une fois, on va les remercier, des technos qui gambergent et qui se disent mais qu'est-ce qu'on va faire de ce réseau herdien qui ne sert à rien, qui est de propriété publique puisque ça appartient à TDF ? Il y en a qui disent, et si on utilisait ce réseau pour faire une chaîne culturelle ? Oh oui, une chaîne à pH culturelle parce qu'on n'a pas les moyens. Et ça commence à gamberger comme ça.
Et l'idée de payer pour regarder la télévision, c'est inédit à l'époque. Ça déclenche beaucoup de critiques. Avant même la naissance de Canal+, on parle dans les débats politiques de télévision des riches. Un député à l'Assemblée nationale dira, télévision de privilégiés pour les privilégiés. Canal+, est donc assez mal reçu, on peut dire ça ?
Ah ben vous avez mille fois raison et vous êtes en dessous même du qualificatif. Personne n'y croit. Il y a un côté, les plus méchants s'emprènent aux socialistes en disant tiens, les socialos arrivent au pouvoir, il va falloir payer maintenant en plus de la redevance pour avoir une chaîne supplémentaire, ils ne sont même pas capables d'en faire une gratuite. Bref, c'est brocardé. Personne n'y croit, on paye déjà la redevance. Mais qui peut penser que ça peut un jour marcher ? Alors, quand même, va se monter un dossier.
Il y a deux grands hommes de télévision, Harris et Sedwi, et notamment Alain Sedwi, qui va être chargé par l'agence Avas, qui est une énorme agence qui appartient pour une grande part à l'État, qui fait à la fois de la publicité, des journaux régionaux, beaucoup de communication, qui va s'emparer du dossier, qui se voit confier le dossier. Et puis, ça traînasse un peu. Ce n'est même pas que ça fait scandale, ça paraît un non-sens. N'oubliez pas qu'à l'époque, les socialistes ne vont pas si bien. Il y a eu des élections municipales qui ont été une lourde défaite. Il n'y a pas encore le changement de modèle économique. On est encore avec Pierre Moroy.
Donc, on se dit, ils ne savent pas gérer l'économie. Les voilà qui veulent lancer une chaîne à péage. Autant on les suit sur la modernisation des radios et des radios libres. Bravo. Mais sur la télé, on n'y croit pas.
Canal Plus a donc été fondé par André Rousselet, proche du président François Mitterrand, issu du monde politique à l'origine. Il est alors président de l'agence Avas, dont vous parliez. Pierre Lescure, quelques mots sur André Rousselet, que vous avez bien connu. Et puis, quel a été son rôle dans la création de Canal Plus ?
André Rousselet, c'est un monsieur qui a une belle gueule de cinéma. Une espèce de gueule à la Gary Cooper. Un beau regard bleu. Un beau visage. Il a 65 ans. Il a fait une carrière d'abord comme sous-préfet. notamment en Guyane et en Guadeloupe. Puis, il est revenu en France. Il a travaillé avec François Mitterrand et est devenu ami avec lui. Il sera secrétaire général de l'Élysée dans les deux premières années du premier septennat de François Mitterrand. Et il se voit confier l'agence Avas. C'est lui qui proposera de prendre en charge le dossier de Canal Plus. C'est aussi un industriel qui a très bien réussi. Il avait pas mal de sociétés dans les assurances.
Il avait la société qui avait le monopole, ou en tout cas la plus grande part de marché, dans les remorqueurs, dans les ports. Et puis, il a créé une société de taxi, la G7, qui a été la première grande société de taxi. Son rôle a été double. D'abord, cet homme est à la fois très politique. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a ses entrées politiques et sa relation très personnelle, très amicale avec François Mitterrand. Et André Rousselet est un homme extrêmement vertébré, qui a aussi donc l'expérience que je vous ai dite de l'entreprise privée et du manageriat.
Quand il prend le dossier, il le confie d'abord, et c'est très intelligent, à un homme qui a magnifiquement réussi à la télévision, qui est Alain Sedoui. Et puis, ils sont plus en accord. C'est là qu'il va engager une nouvelle équipe, à commencer par moi. Mais il a eu cette force, et je lui en serai reconnaissant, et avec moi tous les gens de Canal qui sont passés par Canal à cette époque. Il a été d'un vertébré, d'un volontarisme, d'un engagement extraordinaire, responsable en même temps. Mais il nous a laissé sur les contenus une liberté presque inimaginable. J'espère qu'on lui a rendu.
C'est très politique, la création de Canal+, pour de nombreuses raisons, mais parmi elles, pour la question du cinéma. Canal+, dès le départ, se veut être une chaîne de cinéma, passer des films récents et en multidiffusion, c'est-à-dire plusieurs fois, pour donner plusieurs chances aux téléspectateurs et téléspectatrices de les voir.
18 heures, le transfuge, Bruno Crémer pour un film d'espionnage à la française. Rideau de fer, secret d'état, c'est le transfuge à 18 heures.
Il faut savoir qu'à l'époque, les films passent à la télévision des années après leur sortie. Canal+, veut changer ça, mais les négociations sont assez compliquées.
Vous mettez le point, Clémentine, sur un élément clé qui a en plus une sacrée résonance aujourd'hui. C'est que lorsque le projet est lancé, c'est avant tout une chaîne cinéma qui s'inspire d'HBO, la chaîne américaine HBO, qui est la seule pratiquement chaîne à péage existant alors au monde, qui à l'époque est à 85-90% cinéma et qui passe les films au moins 15-20 fois par mois. C'est un kiosque à films. Nous, on va être une chaîne à péage cinéma et une chaîne payante donc. Il faut donc qu'on ait vraiment beaucoup de cinéma. L'engagement est pris.
Il faut maintenant négocier avec toutes les sociétés de cinéma, c'est-à-dire les représentants des exploitants, des producteurs, des distributeurs, toute la profession, hélas, qu'on appelait le BLEC, le Bureau de Liaison des Industries Cinématographiques. On a négocié six mois. Eux protégeaient, par exemple, le mercredi, parce que c'est le jour de sortie des films. Pas de films sur Canal. Ils protégeaient le vendredi soir, le samedi et le dimanche jusqu'à 23h, parce que c'est le moment où les familles vont beaucoup au cinéma le week-end. Donc, nous, chaîne à péage, quel sacrilège, dédié au cinéma, on se retrouve à la fin des négociations, quand on top, avec 50% de cinéma.
Et là, les industries du cinéma sont très soutenues par Jack Lang, le ministre de la Culture, qui dit qu'il faut protéger les salles et le cinéma. Et ça donnera de la valeur à ce que vous diffuserez. Sauf que nous, on va vendre une chaîne qui n'a plus que 50% de cinéma dans son programme. Il faut donc trouver 50% d'autres choses. Et c'est quoi ? Eh bien, ça va nous amener le foot et ça va être encore plus fort. Merci les politiques de l'époque d'avoir défendu le cinéma. Nous, ça nous a permis d'avoir deux pieds, le foot et le cinéma.
Pierre Lescure, en 1983, André Rousselet vous choisira pour l'aider à monter l'équipe de Canal+. C'est vous qui allez recruter toute une bande qu'on connaît bien, de Michel Denisot à Alain Chabat. Mais pour bien comprendre, il faut dire quelques mots sur votre parcours. D'abord, où est-ce que vous avez grandi et comment vous êtes arrivé au journalisme ?
Je suis né dans une famille très impliquée à la fois dans la politique et dans la culture. Mon père était rédacteur en chef de l'UMA. Et puis, il a été rédacteur en chef de l'UMA dimanche. Mais c'était un communiste pas sectaire. Il était un peu comme les premiers ministres communistes des gouvernements mitterrands. Un peu comme Fitterman, Jacques Rallit. Un homme de culture extraordinaire. Donc, il était engagé. Et en même temps, toute la famille allait sans arrêt au cinéma, au théâtre, écouter de la musique. C'est avec mon oncle, quand j'avais 10-12 ans, que je suis allé voir tous les concerts de rock, tous les concerts de jazz.
Et donc, ces gens m'ont baigné dans ce creuset extrêmement ouvert sur tout ce qu'était la culture. Mais j'avais envie de faire du journalisme parce que vous savez, à l'époque, au-delà des idées politiques de mon père, quand j'allais à l'UMA, le PC, à l'époque, le Parti communiste, faisait 25%. L'UMA tirait à 600 000. Donc, quand j'allais à l'UMA, pour moi, c'était un extraordinaire journal. Où il y avait des rotatives, où il y avait 250 ouvriers du livre. Donc, c'était une grande usine, comme il y avait l'usine du Parisien, l'usine de France Soir, à l'époque, qui était encore un journal, etc. Donc, j'étais fasciné par ça. Je voulais le faire. J'ai fait un peu de presse écrite au Provençal.
J'en garde un sacré bon souvenir. Et puis, finalement, un pote avec qui j'étais à l'école de journalisme m'a appelé à Paris en me disant « Il y a peut-être une place à Radio-Télé Luxembourg qui va devenir RTL. » J'ai dit oui. Et j'ai fait beaucoup de radio.
On vous entend sur RTL, sur RMC. Vous êtes un homme de radio, surtout. Mais vous faites un peu de télévision. Vous avez notamment présenté des journaux.
Pompidou, Maot-Sétoum, deux heures ensemble. L'IP, un obstacle, les licenciements.
Et puis, vous avez fait un peu de production. Ce qu'on appelle la production, c'est créer, penser des émissions, définir leur ligne éditoriale, leur apparence, leur contenu. Et puis, chapeauter leur fabrication. Et là, au début des années 80, alors que vous êtes principalement un homme de radio, Antenne 2, donc l'ancêtre de France 2, vient vous chercher pour produire une émission pour les jeunes. Vous y allez et vous créez Les Enfants du Rock. Pierre Lescure, c'est quoi Les Enfants du Rock ? Qu'est-ce que ça a de nouveau ? Et puis, à titre personnel, qu'est-ce que ça vous apprend de la télévision ?
Ça m'apprend la production, ça m'apporte le travail éditorial. Parce que quand on dit des émissions pour les jeunes, il y a déjà quelques retransmissions de concerts, comme Chorus avec De Cône et Blanc-Francard. Mais il n'y a pas d'émission. Toute la planète du rock et la planète des jeunes n'est pas représentée. Donc, on crée cette émission qui s'appelle Les Enfants du Rock, où il va y avoir à la fois des reportages, des concerts, des interviews, de l'humour, un truc assez composite, presque une planète en soi.
Bonsoir. Comme toujours, vieux Bob a raison. Ce qui est devenu le rock en ce début 86 n'est pas beau à voir. Il suffit pour s'en persuader de jeter un coup d'œil sur les charts. À quelques exceptions près, c'est Désolation Row.
Et très vite, je me trouve confronté au problème d'avoir fait un peu de production, mais là, on est dans une production plus complexe. Et l'un des bras droits de Pierre Desgroupe, le président d'Antenne 2, le président célèbre d'Antenne 2, qui a fait qu'à l'époque, la 2 est devant la 1 pour la seule fois de son histoire. Son bras droit me dit, j'ai un jeune qui, en production, m'apparaît comme le plus prometteur de sa génération. Il s'appelle Alain de Greffe. Il me l'a présenté et on ne s'est pas quitté.
Vous ne vous quittez plus à tel point qu'il fait partie des gens que vous emmenez à Canal+. Avec vous, Alain de Greffe sera votre directeur de production. Comment vous décrivez ce lien, cette connexion que vous avez pu avoir avec lui ?
Je pense que c'est un lien fraternel qui a duré 25 ans, et plus encore après Canal, 35 ans jusqu'à sa mort il y a 7 ans maintenant. Mais Alain venait du montage, du montage qu'on faisait de la pellicule. Il avait fait l'IDEC, qui était la grande école de cinéma, l'ancêtre de la FEMIS aujourd'hui. Et Alain était monteur, puis il est passé monteur vidéo, puis il a commencé à apprendre tout ce qu'il fallait savoir de la production, et surtout de la production éditoriale. Donc il arrivait avec une boîte à outils extrêmement complémentaire. On était de la même planète avec des nuances. Moi j'étais plus rock américain, lui il était plus rock anglais.
Et surtout on s'aimait je pense, et on aimait les mêmes choses, et on avait envie de donner leur chance à plein de gens.
En 83, vous êtes donc directeur de la rédaction à Antenne 2, quand on vous propose de rejoindre la future rédaction de Canal+. Non seulement vous acceptez, mais vous embarquez aussi avec vous une ribambelle de talent que vous avez rencontré au cours de votre carrière. Dans quelle mesure est-ce que Canal+, c'était aussi pour vous une histoire d'amitié ?
Ça a été une histoire d'amitié pour la raison que je viens de dire. Quand André Rousselet m'engage à la fin 83, la première personne que je lui dis qu'il faut engager, c'est Alain de Greffe. Je fais venir aussi Michel Denisot, qui pour moi est l'un des hommes à la télévision, aussi bien dans des interviews radio que je lui avais fait faire à Radio Monte Carlo, qu'en tant que présentateur et créateur de téléfoot, c'était un garçon qui me semblait d'une modernité dans son expression, dans sa manière d'être à la télé, et sa qualité journalistique. Ça me semblait un jeune homme d'une modernité et d'un potentiel extraordinaire.
Et puis on a fait venir des petits jeunes qu'on avait fait travailler aux Enfants du Rock. On a fait venir Alain Chabat, qui faisait des petits programmes courts dans les émissions entre chacune des composantes des Enfants du Rock. On a fait venir un garçon qui ne vous dit pas grand-chose, mais qui s'appelle Alain Buros, qui faisait également des petits programmes en vidéo et dans les Enfants du Rock. On l'a fait venir pour tous les programmes courts de Canal, qui ont été si importants dans l'image générale et dans le fait qu'on ait touché énormément de populations différentes. Donc on vivait tous ensemble, et donc c'est une vraie histoire d'amitié. On avait envie de vivre ensemble.
Alors vous parliez d'image, l'une des caractéristiques de Canal+, qui a beaucoup marqué son époque, c'est cette identité visuelle très brute, très design. On la doit à Étienne Robial, que vous avez aussi rencontré aux Enfants du Rock. C'est qui Étienne Robial, Pierre Lescure ?
Qu'est-ce que vous avez raison d'enchaîner là-dessus ? Parce qu'Aux Enfants du Rock, on avait marié Étienne Robial, qui était à nos yeux, Alain de Greff et moi, comme sans doute l'éditeur le plus intéressant. C'est un graphiste qui est reconnu aujourd'hui dans le monde entier, un des plus grands graphistes mondiaux, ceux qui font à la fois la calligraphie, mais aussi l'identité de l'écriture et d'un titre. Il avait déjà fait des tas de choses dans des tas de domaines. Il avait créé les éditions Futuropolis, qui était sans doute la maison d'édition de BD la plus phénoménale.
Et on lui a confié à lui, homme de print, d'imprimerie, et à Mathias Ledoux, qui était le réalisateur des Enfants du Rock, qui était un des plus aboutis technologiquement. On leur a demandé tous les deux de travailler sur l'habillage des Enfants du Rock. Tout ce que vos parents, Clémentine, ou vos grands-parents ont aimé dans l'habillage des Enfants du Rock, ça vient de ces deux hommes-là, Ledoux et Robial. Et quand on a créé Canal, il y avait eu à l'agence Avas un logo qui avait été fait, qui n'était pas très joli. On a fait travailler la même équipe pour à la fois le logo de Canal, qui n'a pas changé, ce logo simple, blanc sur fond noir, et il n'a pas bougé.
Et tout le reste de l'habillage de Canal, toutes ces fameuses choses à plat, mais qui étaient tellement marquantes, sans spikrine, et sans spikrin, entre tous les programmes, c'était Étienne Robial.
De quelle manière est-ce que cette identité visuelle est issue des années 80 ? Pour vous, esthétiquement, qu'est-ce qu'il allie à son époque ? Ou même comment est-ce qu'elle a marqué son époque ?
C'est les deux, vous avez raison. C'est à la fois 80, lorsque la télé explose, lorsque la radio devient quelque chose d'extrêmement populaire, parce qu'il y a à la fois les radios, les grandes stations, mais il y a la multitude des radios libres partout, et d'un seul coup, toutes les cultures se mêlent. On commence à parler de beaucoup de choses à la radio ou à la télé, et à les illustrer, aussi bien les bouquins, il y avait déjà apostrophe, d'une autre manière de parler du cinéma, de la musique, tous les arts créatifs, ou toutes les activités créatrices, s'unissent dans un même courant, un même Gulf Stream, sur toutes les ondes.
Et c'est en cela que je pense qu'on a été l'illustration de cela à Canal, parce que moi j'étais le plus âgé à Canal, en dehors d'André Rousselet, j'avais 38 ans, et je n'ai engagé quasiment que des gens plus jeunes que moi. Donc il y a toute une génération qui a entre 23, 24 et 35 ans, et qui exprime toute cette ouverture et ce rassemblement des goûts et des cultures.
Et comment vous le vivez, vous, de chapeauter cette espèce de bouillonnement créatif ?
Écoutez, je le vis d'autant mieux, je ne voudrais pas paraître un peu simpliste, mais j'étais fils unique, après j'ai eu deux demi-frères, mais j'ai longtemps été fils unique et ma mère m'avait inscrit aux Éclaireurs de France laïcs pour que j'apprenne à vivre avec les autres. Et c'est là que j'ai commencé à aimer passionnément d'être non pas chef d'équipe, mais animateur d'équipe. Je ne sais pas si j'ai moi-même une créativité suffisante pour être tout seul à la tête de quelque chose, mais d'être à la tête d'une équipe à qui je vais donner envie de donner 101%, et les moyens de donner 101%, ça, je crois que j'ai su assez bien le faire, et faire que 1 plus 1 fasse toujours plus que 2.
C'est un truc que je ne faisais pas trop mal. Donc, ça a été ça, mon rôle, et avec De Greff, on n'avait qu'une envie, c'était tout le temps de... Vous savez, on avait une obsession. On nous avait tellement dit qu'on n'y arriverait pas que lorsque l'on cherchait des talents, il fallait trouver quelque chose que vous n'aviez pas vu. Sinon, pourquoi payer ? Puisque vous l'aviez gratuitement ou avec la redevance ailleurs. Donc, on était obsédés par trouver un truc que tu n'as pas encore vu.
On en revient au début de cet épisode, le 4 novembre 1984, Denisot, Rousselet, Depardieu, un canapé, et Canal+, est lancé. Les abonnés qui se sont laissés convaincre par la promesse Canal+, ont acheté un décodeur qui leur permet de regarder la chaîne dont le signal est brouillé pour les non-abonnés. Ça crée d'ailleurs quelques problèmes techniques au départ dont s'excuse André Rousselet sur le canapé.
Ils sont tous là. Je pense que la plupart ont leur décodeur puisqu'on entre tout de suite dans la technique. Peut-être que quelques-uns ont eu quelques petits soucis que nous soyons excusés auprès d'eux.
Pierre Lescure, les débuts de Canal sont souvent décrits comme difficiles. Vous en pensez quoi, vous ?
Alors, les débuts vont être à la fois heureux comme des débuts, mais très vite difficiles. Je rappelle quand même, je l'ai dit d'un mot tout à l'heure, que le premier jour, il y a 180 000 personnes, c'est-à-dire 180 000 foyers qui se sont abonnés. C'est énorme. Ils n'ont rien vu. On leur a dit qu'il y aurait des films. Ils savaient qu'il y aurait L'As des As le premier jour. Ils se sont engagés pour un abonnement. Il y avait des abonnements de six mois à l'époque. Donc, ils se sont abonnés au minimum pour six mois à 120 francs par mois. On n'annonçait pas les films. On annonçait qu'il y aurait des films.
Ça a pas mal démarré puisqu'il y a eu deux, trois incidents techniques, mais globalement, ça a pas mal démarré. Et on a progressé doucement jusqu'à environ 340 000, 350 000 abonnés début janvier. Sauf que début janvier 1985, pour les voeux de Nouvel An, François Mitterrand annonce qu'il va y avoir la création de nouvelles chaînes. Le lendemain à 13h, il est interviewé par Christine O'Krent qui lui demande « Vous avez annoncé des nouvelles chaînes, combien y en aura-t-il ? » Et François Mitterrand, pour une fois, confond à la fois les chaînes et les relais et il annonce une bonne dizaine. D'un seul coup, les gens sont intelligents et normaux.
Donc, les gens se sont dit « Je vois pas pourquoi je m'abonnerai alors que je vais d'abord regarder ce que vont me proposer les gratuites. » Et donc, du jour au lendemain quasiment, la courbe des abonnements s'est retrouvée en encéphalogramme plat. Et jusqu'en avril 1985, c'était en encéphalo plat. Et en avril 1985, il s'est produit un miracle. Six mois de réabonnement.
C'est-à-dire que vos premiers abonnés dont l'abonnement a duré six mois se réabonnent.
Et il y a, je m'en souviens comme si c'était hier, 88,8% de réabonnement. On est sur le derrière. D'autant que, parallèlement, François Mitterrand est sous la pression de Laurent Fabius, Premier ministre, qui n'arrête pas de lui dire, ça va se planter, il faut remettre cette chaîne en clair, la vendre à Jean Riboud, qui était un grand industriel, ami aussi de Mitterrand, et il faut arrêter, Rousselet va se planter. Et Mitterrand disait, laissons encore un petit peu de temps à Rousselet. Quand on a les 88,8% de réabonnement, on fait tout de suite une enquête. Pourquoi les gens se sont-ils réabonnés ? Prennent-ils ce risque ?
Et là, on se rend compte que ce qui a frappé les gens, c'est par exemple, en 1, la multidiffusion. Vous avez des tas de gens qui bossent dans les services, dans la poste, dans la restauration, dans les transports, qui disent, mais moi, je ne vois jamais le prime time, je suis toujours en train de bosser. Tandis que là, quand il y a l'as des as, je peux le voir le matin, je peux le voir le lundi, le lundi après-midi, jamais on m'a rendu ce service. Ça paraît antédiluvien, ce que je vous raconte aujourd'hui, ça n'a pas de sens. Mais en avril 84, ça a un sacré sens.
L'enquête était tellement positive, plus la fraîcheur des films, les débuts de la qualité de couverture du foot, on s'est dit, elle est trop belle l'enquête. On en a refait une deuxième, même résultat. Là, Rousselet a montré l'enquête en haut lieu, on nous a laissé tranquille et comme par hasard, en fait, c'est le bouche-à-oreille des gens qui se réabonnaient et qui disaient à leurs voisins « T'as pas vu le match d'hier ? » « Ben non, t'es pas abonné. » « T'as pas vu le film ? » « Ah non, tu le verras dans six mois. » C'est ce réabonnement, cette satisfaction des abonnés qui a fait qu'on a décollé et en septembre de 85, on a atteint le million. Puis après, ça ne s'est pas arrêté.
Quelques années après sa création, Canal+, va se voir imposer des heures en clair, donc accessibles à toutes et tous et pas seulement les abonnés. Pour quelles raisons et comment ça se passe ?
Je vous ai raconté les négociations avec le cinéma, mais ce n'était pas fini parce que normalement, cette chaîne, elle devait être comme HBO, la chaîne américaine, toute cryptée. Et puis, il y a un sénateur ou un député socialiste qui s'appelait, je crois, Jean-Marie Dominac et Jean-Marie Dominac dit que c'est un scandale. Alors que la redevance paye l'ensemble des réseaux, les payeurs de la redevance qui ne sont pas abonnés à Canal n'auront pas droit au programme. Il n'y a que les riches qui vont pouvoir se le payer. Il faut donc contraindre Canal à des heures faciles d'accès, c'est-à-dire au déjeuner et au dîner, il y ait des programmes en clair. C'était une contrainte.
Ça a été pour nous une vitrine extraordinaire. Merci les politiques.
Pour vous, Pierre Lescure, quels sont les programmes emblématiques de Canal Plus dans les années 80 ?
Les programmes les plus emblématiques, c'est ceux qui sont passés à la postérité parce qu'ils étaient vécus au quotidien par les abonnés de Canal qui très vite ont atteint 3 millions, 3 millions et demi. Ça fait 3 millions et demi de familles. Donc dès lors que Alain De Greff et l'ensemble des équipes de programme réussissent leur coup avec les guignols en prenant leur temps, les guignols, ça a mis du temps à s'installer. Ça a d'abord été les arènes de l'info. C'était pas très drôle. Puis les marionnettes ont commencé à être d'une qualité de physionomie, de grimace, d'expression extraordinaire et puis de manipulation.
Ensuite, il y a eu les imitateurs très vite, le coq en tête, mais toute une équipe d'animateurs et on est arrivé enfin à des équipes majeures d'auteurs, les plus grands ayant été évidemment Benoît Delépine qui est un peu le conceptuel. Il y a le scénariste Jean-François Alain qui depuis a fait les scénarios de SS117 avec Asana Vicius et le dialoguiste Bruno Gaccio et les trois ont donné ce souffle, cette puissance avec les guignols. Bonsoir au menu ce soir, guerre, fleurs, bananes et rebonsoir. Et puis il y a les nuls. Les nuls, c'est la rencontre de quatre talents dingues entre Bruno, Chantal, Dominique et Alain.
Donc Bruno Carrette, Chantal Lobby, Dominique Faruja et Alain Chabot.
Bonne nouvelle pour commencer. On nous signale à l'instant que les troupeaux d'igouanes verts à poil longs qui s'ébattent dans la Seine aux abords de la centrale de Nojan sont inoffensifs. Alors, Nojan sur Seine égale Tchernobyl ? Sûrement pas, déclare l'EDF. C'est pas demain que Nojan votera communiste.
Faut se souvenir de M. Manhattan avec Benoît Poulvort. Faut aller regarder sur YouTube ce que Poulvort faisait alors qu'il était très peu connu en France.
Alors, mon premier est une trempette de chasse. Mon deuxième est une partie de l'anatomie d'une femme. Et mon tout se trouve dans un bocal et grédou. Un cornichon ! Le corps, les nichons, les nibards.
Très, très drôle, excellent. Et tout ça vivait à Canal autour de nulle part ailleurs avec Gildas, avec Decaune, avec Garcia et tous les autres. C'est vraiment nul.
Je vous ai bien eu.
Oh, bah tu parles.
C'est que les 1er avril sont rares et je ne voulais pas être en reste avec mes confrères des autres chaînes qui depuis ce matin n'ont pas manqué à la tradition en abusant de la crédulité des téléspectateurs.
Donc je pense que ces programmes en clair ont installé et ont dit quelque chose de ce qui se passait à l'intérieur et les gens se sont reconnus à la fois ont aimé ces talents nouveaux et se sont reconnus avec ceux qui étaient à l'intérieur de la chaîne. Ils se sont dit qu'on devait sans doute être capable de partir en vacances ensemble.
Et l'humour fait partie intégrante comme le cinéma de l'ADN de Canal+. Qu'est-ce qu'il dit de son époque selon vous cet humour canal des années 80 ?
Ça dit de cette époque qu'on pouvait se permettre parce qu'on n'était peut-être pas encore conscient que les problèmes seraient difficiles à résoudre mais qu'il y avait un appétit une gourmandise une libération à la fois des ondes et des esprits il y avait aussi l'alternance les plus opposés à l'alternance s'étaient rendu compte que c'était plutôt une ouverture et une dynamique qu'un danger il y avait un mélange de liberté collective et de liberté individuelle qui s'exprimait et je pense que ces années 80 on en a été le symbole alors il y a eu un moment où on a sans doute touché ou presque frôlé le risque de l'ironie à tout prix et on a pu nous le reprocher et on avait raison mais après tout on était en avance donc on avait le droit de se tromper on en a pris conscience je crois assez vite avec Alain le greffe vous savez on avait un principe avec les guignols par exemple c'est à dire qu'Alain avait les textes on me les est passés au début mais j'avais pas le temps il lisait les textes mais il n'est jamais intervenu a priori il savait ce qui allait être diffusé on en discutait quitte à s'engueuler après je pense que c'est une bonne manière de laisser libre les créateurs surtout quand ils sont dans l'humour avec tous les bons risques que ça représente on ne peut pas multiplier l'ironie il y a un moment où si tu veux vraiment être totalement accompagner la vie des gens en leur réflexion il faut aussi prendre en compte les soucis
finalement le fait de faire une chaîne payante c'était aussi devoir être à l'écoute des téléspectateurs et téléspectatrices qu'est-ce qu'on trouvait dans Canal Plus ces premières générations d'abonnés selon vous
pourquoi les gens payaient 120 francs avant l'euro parce qu'ils faisaient la règle de 3 ils savaient que pour 120 francs ils allaient amener chez eux quel que soit l'âge de leurs enfants ils allaient amener au moins 15 films par mois ils ne pourraient pas aller 15 fois au cinéma et ils pourraient emmener tout le monde au foot alors qu'ils ne pourraient pas payer le foot pour tout le monde donc c'était ça la règle de 3 c'est pour ça qu'on était populaires mais on ne couvrait pas tout on avait même à un moment avec Martine Molléon qui a fait un boulot absolument remarquable on avait créé la chaîne Demain qui était une chaîne de l'emploi où il y avait énormément d'échanges et de services derrière je ne dis pas qu'on a été parfait loin de là mais il y a eu un moment où on a essayé de compléter notre palette au fur et à mesure des créations de chaînes pour essayer de répondre à toutes les attentes de tous ceux qui jouaient le jeu avec nous
aujourd'hui pour se souvenir de cette époque on parle de l'esprit canal pour décrire une époque de la télévision un impact sur la manière de faire de l'information de faire de l'humour de présenter la culture et la politique c'était quoi pour vous cet esprit canal Pierre Lescure et puis qu'est-ce qu'il en reste ?
je ne sais pas ce que c'est que l'esprit canal ça reste dans l'esprit de ceux qui l'ont vécu ou ceux qui s'en souviennent ça reste un certain esprit qu'on n'a pas forcément retrouvé ailleurs ou au contraire qui a essaimé c'est ce que j'espère c'était des gens qui étaient ensemble à peu près de la même génération et qui avaient envie de voir à la télé des choses qu'ils aimaient et qu'ils avaient l'habitude de partager entre eux donc pourquoi ne pas le partager à la télé et puis il y a eu la naissance des talents qu'on a cité tout à l'heure c'est tout ça qui a fait un sens de la liberté
un grand merci à Pierre Lescure d'être passé dans les studios de Codesources cet épisode a été produit par Clara Garnier-Amourou Thibaut Lambert Barbara Gouy et Marin Guillon-Verne la réalisation est de Pierre Chafanjon n'hésitez pas à vous abonner à Codesources sur les plateformes d'écoute et sur Youtube si ce n'est pas déjà fait jetez aussi une oreille à Crime Story notre podcast dédié aux affaires criminelles avec Claudia Prolongeau et Damien Delseny Crime Story qui consacre cet été une série à l'affaire Jeffrey Epstein elle sera disponible début août sur toutes les plateformes découpes
Roland Lescure