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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 9 août 2025 21 minAutoproduitMixte

Quelles sont les habitudes des Français en vacances ? Avec Jean Viard et Linda Lainé

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0:00
Présentateur

L'île de Ré, Ajaccio, Saint-Malo, La Rochelle, Annecy, Biarritz ou Noirmoutier, il y a de fortes chances pour que vous reconnaissiez dans cette liste votre destination des vacances puisqu'elle figure dans le top 10 des endroits où les Français avaient l'intention de se rendre cet été. Encore un sondage paru il y a quelques semaines dans le journal La Tribune. Alors à quoi ressemblent les vacances version 2025 ? Est-ce que le contexte économique, géopolitique, écologique fait évoluer le tourisme ? Et pourrait-on réfléchir à une meilleure répartition du tourisme dans le temps, dans l'espace ?

Pour éviter le sentiment de trop plein, voilà les questions qui seront posées à nos invités dans le grand entretien de la matinale. Bonjour Linda Léné.

0:42
Invité

Bonjour Céline.

0:43
Présentateur

Vous êtes la rédactrice en chef de l'éco-touristique. Merci d'avoir répondu à notre invitation ce matin. Et bonjour à vous Jean Viar. Bonjour. Vous êtes sociologue, directeur de recherche associée CNRS au Cevipof. Et vous avez écrit tous les deux un ouvrage récemment paru aux éditions de l'Aube qui s'intitule quand le tourisme s'éveillera. Alors d'abord peut-être pour rebondir sur la liste que je donnais tout à l'heure, on va peut-être rappeler Linda Léné que la France reste la première destination des Français pour les vacances. On a tendance parfois à l'oublier.

1:11
Invité

Exactement. En fait, il y a 60% environ des Français qui partent en vacances chaque année. Et parmi eux, 70% environ plébiscitent la France parce que nous avons un pays assez formidable entre le littoral, la campagne, la montagne. Nous n'avons que l'embarras du choix. Et ensuite, quand l'été arrive, les Français plébiscitent, quand ils partent à l'étranger, plutôt des destinations soleil comme l'Espagne, la Grèce, l'Italie, la Tunisie, le Maroc.

1:38
Présentateur

Mais quand j'ai fait la liste, on ne voyait que des îles quasiment, que des plages. L'île de Réjaccio-Noirmoutier, le tourisme ne se focalise pas que dans ces zones-là en France.

1:49
Invité

Non, non, tout à fait. Le littoral arrive en tête des choix des Français, donc à environ 40%. Mais ensuite, arrive en deuxième position la campagne et puis les villes. Mais c'est vrai qu'il y a quand même une concentration assez forte sur le littoral, tout simplement parce que l'été, on voyage, on part en vacances en famille, avec sa tribu. Et donc, on apprécie aussi d'être sur la plage.

2:15
Présentateur

J'en viens, le littoral, le soleil, c'est vraiment les incontournables. C'est les piliers des vacances.

2:20
Invité

Oui, ça c'est depuis le début, on va dire. C'est effectivement le pilier. Mais en n'oubliant jamais qu'une grande partie des gens vont dans leur famille, en fait. Et ce qui explique aussi qu'ils se diffusent dans le territoire. Parce que vous n'avez pas forcément des parents qui habitent au bord de la mer, etc. Ça fait d'ailleurs l'effet campagne, l'effet montagne. Parce que les vacances, si vous voulez, c'est en grande partie de l'intrafamilial. Soit on part en famille, soit on va dans la famille. Et en France, il y a 3,5 millions de résidences secondaires. On va souvent dans les résidences secondaires. C'est pour ça qu'il faut voir ça.

Après ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre, c'est sûr qu'il y a d'ailleurs le camping de bord de plage. On en connaît tous ces immenses campings au bord de mer qui sont complètement pleins en ce moment. Donc voilà, ça reste là. Si vous voulez, le rêve, c'est l'hôtel au bord de mer. La pratique sociale, c'est plus complexe.

3:00
Présentateur

On n'a pas toujours les moyens d'être à l'hôtel en bord de mer. Linda Lenné en parlait du camping. J'en viens de le citer. Ça fait toujours partie de l'imaginaire, certes, oui. Mais vraiment des choix que font les Français. Le camping, ça reste un indétrônable ?

3:15
Invité

Cela fait partie de l'imaginaire et les incontournables. Déjà parce que la France est vraiment la championne du camping. Il y a 7400 campings partout sur le territoire. Donc absolument dans toutes les régions, dans tous les départements. Après, comme j'en viens de le rappeler, c'est vrai que l'intrafamilial compte beaucoup. Et donc quand les Français partent en vacances l'été en France, le premier hébergement, c'est le locatif. Le locatif type Airbnb, Gilles de France. En deuxième lieu, c'est l'hébergement justement chez ses proches, dans la famille, chez les amis. Et le camping, lui, arrive seulement en troisième position. Donc avec 14% des choix des Français environ.

Donc ça reste un mode d'hébergement plébiscité. Notamment parce qu'il y a, bien sûr, des terrains très haut de gamme. Où finalement, on va choisir un mobilhome, un chalet avec un parc aquatique. Et là, on se rapproche du club de vacances. Mais il y a aussi, pour moitié de la capacité des campings en France, des terrains nus sur lesquels on installe sa toile de tente ou sa caravane. Et là, on est dans un mode d'hébergement, au rapport qu'elle était prise, quand même assez intéressant.

4:26
Présentateur

C'est quoi l'idée, Jean-Zart, du camping ? C'est la déconnexion, c'est renouer avec la nature. En tout cas, avoir le sentiment de renouer avec la nature. Parce qu'on n'est pas non plus au milieu de la forêt sans aucun confort.

4:36
Invité

Non mais, je dirais, c'est mettre les pieds par terre. Le plaisir, le matin, vous ouvrez votre tente, vous êtes dans l'herbe. Il faut être un peu pratique. Alors après, il faut dire une chose. Aujourd'hui, le camping, c'est généralement dans des campings. Moi, je suis d'une génération où on campait un peu partout. Donc, si vous voulez, il y avait beaucoup de campings sauvages, etc. Honnêtement, ça a quasiment disparu. Donc, les campings, ça a énormément changé, si vous voulez. Linda le disait, c'est vrai qu'il y en a, c'est des cabanes en bois magnifiques, etc. Il y a des campings pour tous les genres. Il y a des campings pour les familles, il y a des campings avec de l'eau, des restaurants.

Il y a des campings très silences. Il n'y a pas un camping, en fait. Donc, c'est ça qu'il faut dire aussi. Mais moi, je crois que le fait d'être à l'horizontale, d'être près du sol, d'avoir le sentiment qu'on n'est pas dans son immeuble, on n'est pas dans sa ville, c'est essentiel. Souvent, vous avez des plantes verts. Quand c'est généralement bien fait, il y a des arbres, etc. C'est un bain de nature au bord de mer, on va dire.

5:27
Présentateur

Un dépaysement, finalement. Il n'y a pas besoin de faire beaucoup de kilomètres. Vous parliez, Linda Léné, tout à l'heure, des destinations soleil, l'Espagne, la Grèce, la Tunisie, le Maroc. Ça veut dire qu'on ne s'ouvre pas non plus beaucoup à d'autres destinations touristiques lorsqu'on décide de quitter la France. Il n'y a pas des destinations qui ont un succès inédit. Par exemple, cet été, on reste sur les classiques ?

5:49
Invité

Alors, sur les grands chiffres, sur les grands noms, on reste sur les classiques. Maintenant, vous avez raison, il y a chaque année une destination qui va un petit peu émerger. Et typiquement, cette année, c'est plutôt l'Albanie. D'accord. Donc, c'est un tout petit pays qui est grand comme la Bretagne et qui est vraiment émergent. Notamment parce que c'est une destination assez récente. Il ne faut pas oublier que pendant 40 ans, il y a eu une dictature qui finalement rapproche le pays un peu de la Corée du Nord, dans l'imaginaire. Et puis ensuite, le pays s'est ouvert au commerce international et au tourisme. Et la destination veut aujourd'hui devenir une championne du tourisme.

Cette année, il y a plusieurs vols au départ de la France qui facilitent effectivement l'accès au pays. Et donc, c'est un pays qui est quand même reconnu pour ses plages, ses montagnes, ses paysages. Avec, qui plus est, sur place, un hébergement qui, aujourd'hui, reste encore très attractif. Parce que, justement, c'est un pays qui est relativement jeune en tant que destination touristique. Bon, ben, tous à Tirana. Alors, du coup, cet été ou l'été prochain ?

7:07
Présentateur

J'en viens, est-ce que les secousses géopolitiques influencent aussi le choix des destinations ? Je pense évidemment au Proche-Orient, mais je pense aux Etats-Unis, par exemple. Est-ce que, depuis l'accession au pouvoir de Donald Trump, les Français boudent un peu la destination américaine ?

7:23
Invité

Oui, très honnêtement, très, très honnêtement. Alors, ce qu'il faut dire, si vous voulez, c'est que les vacances, moi, j'appelle ça une transhumance. La plupart des gens vont à peu près toujours au même endroit. Parce que, des fois, ils se sont même à les petits, la même plage, etc. Donc, c'est d'abord une transhumance de masse. Et puis, après, il y a le voyage, à l'intérieur des vacances. Mais c'est qu'une petite partie, en réalité. Et c'est vrai que c'est la partie voyage, découverte, aller aux Etats-Unis, aller en Italie. En ce moment, il n'y a personne qui... L'Israël ne doit pas être tricoté non plus. Toute la zone là-bas, effectivement, la Palestine, le Jérôme, etc. Jordanie.

C'est-à-dire qu'il est clair qu'effectivement, en vacances, on a envie de sécurité, de tranquillité. Donc, aller en zone de guerre, après, ça se passe très vite. Regardez quand il y a eu les attentats en Égypte ou les attentats en Tunisie. Un an ou deux ans après, les gens revenaient. C'est-à-dire, en fait, on a une mémoire très courte, quoi. Une fois que c'est calmé, on va dire, ça redémarre. Mais bien sûr, les géopolitiques jouent. Les Américains, ils voient du monde entier qui sont critiqués. Je pense, je ne sais pas ce qu'ils en pensent, honnêtement. Les Canadiens non plus, ils ne le font presque pas.

Donc, si vous voulez, il y a un déni de Donald Trump, un rejet de Donald Trump dans le monde entier. Je trouve que c'est bien, c'est un geste politique dans un moment de plaisir.

8:31
Présentateur

Je voudrais qu'on parle du budget aussi, parce qu'évidemment, c'est une donnée essentielle. Et certains Français, on va quand même le rappeler, même si on parle du tourisme, certains Français ne partent pas en vacances pour des raisons financières. Cette année, Linda Léné, est-ce qu'on a déjà une idée du budget consacré aux vacances ? Quelle est la tendance ?

8:47
Invité

Oui. Parmi les Français, 40% ne partent pas en vacances. Et la moitié de ces 40% invoquent des raisons financières. Donc, clairement, le pouvoir d'achat a un impact fort, bien sûr, sur les décisions de départ. En termes de budget, une récente étude, juste avant l'été, évoquait un montant de 1 600 euros pour les vacances d'été, en recul de 6%. Donc, clairement, il y a un contexte économique et géopolitique qui est compliqué, ce qui amène les Français à des arbitrages. Alors, ils font tout pour sacraliser les vacances et le départ en vacances, parce que c'est vraiment très important de reconnexion avec les siens, de reconnexion avec la nature. Mais néanmoins, tous ne pourront pas partir.

C'est absolument évident, comme chaque année. Et puis, parmi ceux qui partent, il y a aussi, quand on arrive sur place, des restrictions qu'on va s'imposer.

9:45
Présentateur

Ça va être quoi, par exemple ?

9:46
Invité

Par exemple, on va peut-être moins aller au restaurant, davantage pique-niquer, ce qui d'ailleurs peut avoir son charme. On va moins dépenser dans le shopping, dans les achats sur place. Et puis, au niveau des activités, on va privilégier, parfois, des activités, justement, gratuites, comme la randonnée, le vélo qu'on emmène avec nous en vacances. Donc, sur place, on va se faire plaisir, mais en faisant très attention à son budget. Mais ça veut dire qu'on se limite, mais on ne renonce pas aux vacances.

10:18
Présentateur

C'est ça que je comprends.

10:18
Invité

Voilà, autant que possible. On va, effectivement, se limiter, mais ne pas renoncer, parce que c'est un moment très important qui rythme l'année. On le voit bien, quand on travaille, on prépare déjà, encore une fois, pour ceux qui ont la chance de partir, les vacances. On se projette, on fait plein de plans. Donc, c'est vraiment un moment très important pour aussi oublier le quotidien, oublier la routine, et puis tous ces ennuis.

10:44
Présentateur

Comment vous comprenez ça, Jean Vzard, vous qui êtes justement sociologue, spécialiste du temps libre, ce côté sacralisé que peuvent avoir les vacances ?

10:55
Invité

Mais il y a toujours eu des départs sacralisés. Avant, il y avait des processions religieuses, des pèlerinages, pour presque mettre les guerres dans cette catégorie. C'est-à-dire qu'en fait, souvent, les processions, c'était pas loin. Vous savez, autour des villages, il y a les petits lieux où on fait, il y a les petits saints sur des poteaux en bois, enfin non, plutôt en pierre. Donc, il y a toujours eu un double espace, en fait. Et effectivement, nous, le deuxième espace, on va dire, ce sont les vacances. C'est pour ça qu'il ne faut pas mélanger les grands voyages du lointain, les découvertes. On peut ne pas aller très loin. Beaucoup de gens ne vont pas très loin.

Parce que les Marseillais vont rarement en Bretagne, et les Bordelais vont rarement sur la Côte d'Azur. C'est-à-dire qu'on a une vision, toujours à partir de Paris, les Parisiens sont des malheureux. Ils n'ont ni la mer, ni la montagne. Ils sont obligés d'aller un peu loin, ça c'est sûr. Mais vous êtes les seuls, nous, on a tous ou la mer ou la montagne. Et donc, si vous voulez, voilà, ça, il faut dire ça. Je crois qu'il faut dire une chose aussi, c'est que les Français habitent de plus en plus dans les régions de vacances. Et que donc, il y a de plus en plus de gens. Peut-être, par exemple, les Marseillais, on a fait des plages partout, on se baigne.

Moi, quand j'étais enfant, on ne se baignait quasiment pas. Et donc, c'est parce que l'eau, c'est trop dégueulasse, on dirait les choses comme elles sont. Et donc, il y a plein de gens qui vont à la mer tous les jours, qui mangent une pide, etc. Et il faut faire très attention aux chiffres. Il y a 20% des gens qui n'ont pas envie de partir cette année. Ils ont s'en cassé la jambe, ils ont acheté une maison. Madame est enceinte, il y a des tas de raisons de ne pas avoir envie de... Mais ce n'est pas forcément... Vous voyez, si quelqu'un, mettons, devient chômeur, perd son emploi, très souvent, il va changer de pratique de vacances.

Peut-être qu'il va aller dans la famille, un copain va l'inviter en disant « Écoute, c'est année, tu n'as pas de sous, je t'invite. » Mais partir, ça fait partie de son rythme fondamental, quoi. Et je crois que ça, c'est resté. C'est pour ça que je disais dans toutes les civilisations, il faut le voir comme ça. Et nous, on l'a généralisé actuellement, 60% de la population. On a 20% qu'on ne fait pas, notamment dans les milieux. Et 42% des ouvriers. Et je voudrais faire juste une remarque. Le problème, c'est le départ de la jeunesse. Si vous voulez, les vacances, ça s'apprend. Or, les colonies de vacances, par exemple, il y en avait 4 millions il y a 30 ans, il n'y en a plus qu'un million.

Donc, le problème du départ des jeunes, le départ des jeunes des quartiers, ce qu'on appelle les pieds d'immeuble, là, il faut se dire qu'il faut qu'on se remette à s'en occuper. Parce que partir, ça intègre. Tout le monde parle de vacances. Ceux qui ne partent pas, ils se sentent exclus. Là, ils écoutent l'émission. Non, ils sont restés tout l'été dans leur immeuble à avoir des bagarres de bandes. Forcément, ils ne font pas société avec nous. Je crois que la question du départ de la jeunesse, et puis parlons de business, départ de la jeunesse et des clients de demain. Ceux qui ne sont jamais partis ne consombreront pas non plus.

13:13
Présentateur

Est-ce qu'on est plus conscient aussi, Linda Léné, de l'impact écologique du tourisme ? Parce qu'au-delà de dire, c'est pas bien de prendre l'avion, est-ce que les gens vraiment changent leur pratique ?

13:22
Invité

Changent leur pratique à destination, vous voulez dire ?

13:25
Présentateur

Oui, des destinations différentes ou un mode de transport différent.

13:28
Invité

Alors, si on regarde sur une échelle de quelques années, nous commençons à voir quelques changements de comportement. Par exemple, au niveau du transport aérien, le trafic en France a baissé de 14% entre 2017 et 2023. Donc, on voit que les mobilités douces, bien sûr pour les distances assez courtes, quand on va en Polynésie ou au Maroc, c'est difficile de faire autrement que de prendre l'avion. Mais pour les distances courtes, oui, effectivement, on va un peu plus opter pour des mobilités douces. On voit également que le train, le train en fait progresse année après année. Les chiffres de la SNCF le montrent.

Et d'ailleurs, la compagnie ferroviaire dit que, par le passé, on avait un seuil, une barrière, un plafond de verre à environ 3-4 heures de train. Donc, pour des raisons de loisirs. Maintenant, on accepte au volontiers de faire un trajet de 7 heures.

14:34
Présentateur

7 heures, c'est possible.

14:36
Invité

On ne se dit pas, c'est beaucoup trop long. 7 heures, c'est possible.

14:38
Présentateur

Psychologiquement, on l'a accepté.

14:39
Invité

On l'accepte, en tout cas, une partie des Français l'acceptent. C'est ce qui explique d'ailleurs le succès croissant de lignes comme Paris-Barcelone, Paris-Milan, Paris-Berlin. Donc, on se dit que finalement, on touche à ce qu'on appelle le slow travel. On va prendre le temps de voyager. On monte à bord, on va prendre un livre, on va discuter avec son voisin. Donc, petit à petit, le train devient plus sexué. J'ai l'impression qu'il ne l'a jamais été, même si parfois, les grèves nous rappellent que ce n'est pas toujours facile de prendre le train. Et les prix aussi nous montrent que ce n'est pas forcément à la portée de tout le monde. Donc, voilà. Donc, la mobilité douce progresse.

Le vélo aussi, le vélo se démocratise. Le vélo électrique y a participé pour beaucoup parce que finalement, ça permet à toute la tribu de partager un moment agréable, même s'il y a des côtes, en fait, personne de peine. Donc, petit à petit, les mobilités douces s'installent. Et puis, il y a des agences spécialisées qui facilitent le transport des bagages, par exemple, d'un point A à un point B. Donc, vous êtes libérés de cette contrainte-là. Éventuellement, l'hébergement va aussi être réservé par l'agence. Donc, finalement, c'est de la mobilité douce, de l'aventure douce. Et puis, en profitant, bien sûr, des paysages, de la nature, etc.

16:00
Présentateur

Alors, ça, c'est pour la partie, j'allais dire, positive du tourisme. Il y a quand même une face sombre. Vous avez raison. Et j'aimerais qu'on l'évoque aussi, parce qu'on la sent de plus en plus souvent évoquée. Alors, ces manifestations contre le sur-tourisme, par exemple. Parfaitement. À Barcelone, dans les Dolomites, en Italie. Dans les Dolomites, c'est un très bon exemple.

16:17
Invité

Voilà, dans les Dolomites, il y a eu récemment une actualité autour de la randonnée.

16:23
Présentateur

Les habitants qui sont excédés par ces randonneurs, qui sont trop nombreux, qui piétinent des propriétés privées, par exemple.

16:30
Invité

Les habitants sont excédés. Alors, effectivement, il y a un impact sur la biodiversité. Il y a également des déchets qui sont laissés sur place, malheureusement, par les personnes qui ne sont pas suffisamment responsables. Et donc, les locaux ont décidé d'installer, à titre provocateur, des tourniquets pour facturer 5 euros à chaque randonneur. Là, ce qui est intéressant, c'est de voir que, finalement, la population locale se rebelle pour défendre la nature. Parce que les responsables politiques n'ont pas agi. Donc, quelque part, c'est un appel à l'aide. Et ce qui est aussi très intéressant, c'est de voir que, finalement, dans ce cas précis, Instagram montre les méfaits du tourisme.

Il ne faut pas les oublier. Il y a des impacts positifs, on les connaît. C'est l'emploi, 10% des emplois dans le monde. Le PIB, 10% du PIB dans le monde. L'ouverture sur les autres, pardonnez-moi, comme disait Jean-Pierre. Néanmoins, il y a aussi des impacts négatifs, notamment sur l'environnement. Puisque le passage répété, le piétinement va finalement... Sur la qualité de vie aussi des gens, sur les prix immobiliers. Sur la population locale, notamment dans les villes où il y a, justement, crise de logement.

Et là, effectivement, il peut y avoir, bien sûr, des conséquences sur les immobiliers qui deviennent trop chers, sur également les commerces qui sont beaucoup trop tournés vers les touristes.

17:56
Présentateur

Qu'est-ce qu'on peut faire face à ça, Jean-Pierre, finalement ? Comment est-ce qu'on trouve un bon équilibre ? Sans dire aux gens, ne partez pas visiter des endroits sympas. Parce que, bon, on a forcément envie d'y aller dans ces endroits qui ont l'air super.

18:08
Invité

Oui, alors, d'abord, il ne faut pas exagérer. Parce que je veux dire que la plupart des gens partent en vacances. La plupart des endroits, on les accueille. Les gens sont contents qu'ils arrivent, etc. Vous voyez, moi, j'habite dans des villages de Provence depuis que je suis petit. Quand j'étais petit, la moitié des maisons étaient en ruines. Aujourd'hui, elles sont toutes restaurées. Donc, il faut faire très attention à cette image qu'on a. Parce que le discours sur le sur-tourisme nous envahit. Il y a aussi des discours sur l'immigration qui peuvent nous envahir. C'est un peu le même discours, en fait. Donc, il faut être très prudent et ne pas dire aux gens...

Vous voyez, la majorité des gens partent en voiture avec leurs enfants, etc. Et effectivement, il faut essayer d'une part qu'ils ne prennent plus la voiture quand ils sont arrivés. Mais en plus, de toute façon, il n'y a pas de train. En plus, les trains sont complets. Donc, c'est la même chose. Ne rejetons pas la majorité des Français qui partent en vacances, en voiture, etc. Je crois que ce ne serait pas une bonne idée. Ça leur donne le sentiment que les élites parisiennes sont tout le temps en train de les critiquer. Mais sans rejeter.

18:55
Présentateur

Est-ce qu'on peut justement réguler davantage ?

18:58
Invité

Mais on peut réguler beaucoup plus. Et c'est là où il y a un déficit de politique. Prenons le tout petit exemple de la calanque de Sugiton, près de Marseille. C'est une très très belle calanque. Dans les calanques de Marseille, c'est un endroit magnifique. Entre cas, si c'est Marseille, c'est une calanque. Il y avait 2000 personnes par jour. Donc, ça a écrasé toutes les plantes. Et puis, ce n'était pas agréable. Si vous êtes serré comme des harangs dans une calanque, ce n'est plus le charme de la nature. On a régulé à 400. Il suffit de s'inscrire sur Internet. C'est totalement gratuit.

Et si vous êtes au bout de 400, on vous dit, écoutez, monsieur ou madame, désolé, je vous lisais jeudi, c'est plus possible. Mais par contre, lundi prochain, il y a de la place. Vous voulez que je vous inscrive ? On propose une autre solution. Ça marche très bien. Parce qu'on propose un produit de qualité. On sait qu'on ne sera que 400, etc. Barcelone a fait aussi du boulot de la même manière en séparant les flux. En disant, attendez, les gens des campings, ils veulent aller manger sur les remblasses. Donc, dans les campings, on distribue des publicités pour les restaurants des remblasses. Ils vont manger à midi au soleil.

Mais les gens qui visitent Barcelone une semaine, on ne va pas dans les hôtels, les restaurants, les campings, on ne va pas les mettre sur les remblasses. On va leur proposer d'autres situations. C'est-à-dire qu'il faut séparer les flux. C'est là où, si vous voulez, c'est le sujet du livre, d'ailleurs, qu'on a fait avec Linda, c'est qu'il faut qu'on gère par le numérique. Il y a deux façons de gérer. Vous augmentez les prix, il y a moins de monde. En gros, c'est la technique du ski, on va dire. C'est-à-dire, effectivement, 9% des Français qui font du ski, c'est cher. Donc, forcément, la sélection, elle se fait. Ou alors, vous acceptez une gestion numérique.

Mais ce qui se fait pour le Louvre, ce qui se fait pour la Tour Eiffel, vous vous inscrivez, on vous dit qu'il n'y a plus de place, etc. On est, quand on veut qu'il y ait en France, on veut qu'il y ait 100 millions de touristes étrangers. Et encore, il pourrait rester plus longtemps, parce qu'il ne suffit pas qu'ils rentrent. On aimerait bien qu'ils séjournent. Pour l'instant, ils ont tendance à passer. Et donc, si vous voulez, il faut vraiment qu'on ait une politique de régulation, mais que cette régulation ne soit pas uniquement financière. Et pour ça, il faut qu'on ait une espèce de double du tourisme numérique.

C'est-à-dire, vous tapez telle station, vous allez tel jour manger, je ne sais pas, à Cassis. On va vous répondre, ah non, mais c'est franchement, le 10 août, Cassis, c'est complètement déconseillé. Vous voyez, il y a tout ça, et puis on arrête les publicités pour des lieux qui sont très attractifs. Il ne faut pas vendre des publicités pour Venise, ce n'est pas la peine. Ils vont me vendre pour une autre ville. Et dernier mot, il y a 20% du territoire qui est touristique. Il y a énormément de lieux magnifiques qui ne sont pas touristiques. Donc, il y a un énorme travail à faire pour diffuser le tourisme dans l'espace.

21:03
Présentateur

On ne les oublie pas, effectivement, ces lieux qui mériteraient d'être mieux connus. Merci à tous les deux de nous avoir présenté le tourisme aujourd'hui. Et puis, dessinez aussi le tourisme demain. Linda Lenné, vous êtes rédactrice en chef de l'éco-touristique. Jean Viard, sociologue spécialiste des vacances. Votre ouvrage, je le rappelle, quand le tourisme s'éveillera aux éditions de l'Aube.