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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 3 août 2026 9 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsDéfenseJusticeSolidarités & famille

Iran : les mots de la guerre : La Révolution Islamique : de l'espoir de la liberté à la dérive autoritaire

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    « Ces mots ont surgi depuis la mort du dirigeant iranien Ali Khamenei, abattu par des frappes israéliennes et américaines le 28 février 2026. »
  • 0:48InvitéFait
    « c'est ce moment historique en 1979 qui a fait l'Iran une république islamique. »
  • 0:57PrésentateurFait
    « C'était la guerre froide. C'était les Pershings contre les 16-20. »
  • 1:55PrésentateurFait
    « A ce sujet, comment l'ayatollah Roménie prend-il le pouvoir ? »
  • 2:50PrésentateurFait
    « Comment se met en place cette révolution islamique qui impose la charia ? »
  • 4:33PrésentateurFait
    « Pourquoi se déclenche-t-elle ? »
  • 5:10InvitéFait
    « Comment passe-t-on d'un régime qui était en voie de modernisation accélérée à un régime qui impose, donc, une révolution islamique, comme le dit le terme ? »
  • 6:46InvitéFait
    « En conclusion, après la mort de Roménie en 1989 ? »
  • 7:25InvitéFait
    « Quels effets pourraient avoir ces pertes sur la République islamique d'Iran ? »

Temps de parole

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0:03
Invité

Ces mots ont surgi depuis la mort du dirigeant iranien Ali Khamenei, abattu par des frappes israéliennes et américaines le 28 février 2026. Mais qu'est-ce qu'un guide suprême ? Qui sont les Basidji, les miliciens chargés du contrôle social en Iran ? Et qu'appelle-t-on les proxys ? Pourquoi parle-t-on tant de missiles balistiques et de drones ? Autant de mots pour mieux comprendre le conflit en cours au Moyen-Orient, grâce à l'éclairage du spécialiste Bernard Ourcade, géographe, directeur de recherche émérite au CNRS. Épisode 1. La révolution islamique.

Et pour commencer, on revient sur le mot révolution islamique, car c'est ce moment historique en 1979 qui a fait l'Iran une république islamique. Dans quel contexte cette révolution s'est-elle déroulée ?

0:57
Présentateur

C'était la guerre froide. C'était les Pershings contre les 16-20. C'était deux ans après la chute de Saïgon. Et les libéraux, les démocrates, les anticolonialistes, les tiers-mondistes, les marxistes, en avaient un peu assez du système du chat et commençaient à se révolter, avec une révolution lente en 77-78 pour les droits de l'homme. Et donc une révolution très bien vue dans tout l'Occident, où on voyait enfin la liberté arriver en Iran, pays par ailleurs très prospère et en pleine révolution. Le régime du chat, c'était ?

C'était un régime très bien pour ceux qui étaient du bon côté, et pas très bien pour les autres, avec des inégalités sociales très fortes, et surtout une révolution qui avait été faite dans les années 60 par le chat, réforme agraire, droits de vaut les femmes, université, qui faisait que le pays était en pleine expansion. Mais il y avait des laissés-vous-comptes importants et une répression importante. Les Etats-Unis, en fait, dirigeaient l'Iran sur le plan militaire et politique, et ce qui bloquait c'était ça, un Iran très évolué, mais qui était bloqué sur le plan politique et des droits de l'homme. A ce sujet, comment l'ayatollah Roménie prend-il le pouvoir ?

Les intellectuels de gauche, pour faire bref, tenaient le haut du pavé et proposaient une révolution. Le clergé a toujours été contestataire, en particulier sur les réformes du chat, sur la famille, les femmes, etc. Le clergé n'aimait pas cela, mais était un peu marginal. Quand les gens du chat ont fait un article attaquant Roménie, qui était un ayatollah qui avait été important dans les années 60, qui était un exil en Irak, on l'a un peu ressorti du placard. Et donc, les attaques contre Roménie ont suscité la réaction du clergé, des répressions très fortes, plusieurs morts à comme, et cela a fait rentrer le clergé dans le team de la révolution.

Il y avait le droit de l'homme, les marxistes, les tiers-mondistes, et le clergé est rentré dans la danse. La différence, c'est que les intellectuels de gauche ou libéraux, les progressistes, étaient une petite minorité, et le clergé, lui, pouvait mobiliser des millions de personnes. Et c'est là que les choses ont changé. Comment se met en place cette révolution islamique qui impose la charia ? Oui, la charia est arrivée après. Ce qui était important, c'était dans ces années-là, le fait qu'un événement nouveau arrivait, un ayatollah, c'est quoi un ayatollah ? Avec un turban sur la tête, et puis il s'impose.

Tout le monde accepte finalement cela, parce qu'il apporte des millions de personnes dans les manifestations, et donc c'est un moyen pour renverser le chat. Il faut faire des concessions. Et c'était surtout une espèce de fascination de l'islam, pour reprendre les mots de Maxime Rodinçon. L'islam était, des gens comme Maurice Béjar, par exemple, s'est converti à l'islam, le soufisme était à la mode. L'islam était à la mode. Et donc, fascination de l'islam. Et l'islam, c'est aussi populaire. C'est le peuple iranien qui prend, basique, qui va prendre le pouvoir. Et donc, cette alliance des intellectuels et du peuple était bien vue dans le système.

Et pour renverser un régime aussi solide que celui du chat, avec les Etats-Unis comme parrains, il fallait effectivement une force importante. Ça pose la question de la démocratie. Les intellectuels, c'est très bien. La démocratie suppose du nombre, et de convaincre le nombre. Le nombre, c'était l'islam. Et effectivement, quand Romain y arrive au pouvoir, il partage le pouvoir avec tout le monde, mais il a ses propres idées. Et il dit, c'est quand même moi qui suis l'homme décisif, qui a apporté des millions de personnes à côté des 10 ou 20 000 de votre côté. et dont progressivement, la loi islamique s'impose, en commençant par les femmes, bien évidemment. Mais c'est un processus, cela.

Bon, et là, il n'y a pas de, disons, d'opposition à cette révolution ? Non, l'opposition, elle est là. Le débat est ouvert. Quand Romain y arrive, il a en face de lui des libéraux, des marxistes, des partisans du droit de l'homme, l'opposition impérialiste à l'Amérique. Ça existe, mais ce n'est pas structuré. Les choses vont changer avec la guerre irak-iran. Pourquoi se déclenche-t-elle ? Parce que l'Iran a une vision un peu expansionniste. L'Iran, comme toute révolution, je vais apporter la bonne parole à toute la région. Et donc, la révolution islamique va être exportée. C'est le discours de Roménie. Mais les autres disent, on va exporter la liberté aussi. Donc, compétition.

Mais la guerre a figé les choses. Quand il y a une guerre, tout le monde se réunit derrière le chef de l'État. Le chef de l'État, c'est Roménie. Roménie, c'est le chef. Et donc, quand il y a une guerre, on obéit au chef. Et là, Roménie en profite, avec le clergé, pour prendre le pouvoir. Et dans tous les domaines, en particulier culturel, et concernant les femmes, il va imposer sa loi à lui. Puisque la charia, effectivement, devient la base de la politique iranienne.

5:10
Invité

Comment passe-t-on d'un régime qui était en voie de modernisation accélérée à un régime qui impose, donc, une révolution islamique, comme le dit le terme ?

5:21
Présentateur

Tout à fait. Mais c'est là qu'il y a une contradiction. République islamique, c'est un oxymore. Mais pas complètement. Parce que les idées de liberté, d'indépendance, d'hémancipation des femmes, etc., ces idées de base, la société les avait. Elles n'ont jamais été abandonnées. Alors, les religieux les plus intégristes ont continué à être très bigots sur le voile des femmes, des choses comme cela, ou à l'alcool, des choses de vie quotidienne qui ennuient les gens copieusement. Mais ils n'ont pas gagné tout le temps. L'autre idée n'a jamais cessé. Il faut voir qu'en Iran, il y a trois dynamiques. La dynamique nationale de l'Iran éternel, culture persane, grand état.

La dynamique iranienne, islamique, de I de I, islam. L'Iran est un pays musulman depuis le 16e siècle. Ça compte. Et troisième I, le Iran international. L'Iran est un pays ouvert au reste du monde avec le pétrole, avec l'ouverture intellectuelle. Et ces trois I, de Iran, islam, international, sont en compétition permanente et ça n'a jamais arrêté. On le voit bien aujourd'hui. Donc, Roménie n'avait pas gagné tout seul. Il n'a pas imposé tout seul cela. Il avait le nombre. La démocratie, c'est le nombre. Il a gagné et la guerre lui a donné à sanctuariser en quelque sorte ce pouvoir qui est arrivé après.

Ce qui est intéressant, c'est que les idées de liberté, la république islamique a été obligée de les appliquer. On va le voir avec les femmes en particulier. Il a dégénéralisé l'instruction publique. Les femmes qui étaient illettrées en zone rurale sont maintenant alphabétisées totalement. Et l'expérience la plus frappante est celle de Massamini, une fille illettrée qui est devenue effectivement le symbole de la révolution.

6:46
Invité

En conclusion, après la mort de Roménie en 1989 ?

6:51
Présentateur

Tout tombe. Parce que Roménie, c'était vraiment un chef. Il avait un charisme extraordinaire. Il a mobilisé la révolution, fait tomber le chat. C'est quelque chose d'important. On arrive à ce moment-là à ce que les apparatchiks prennent le pouvoir. Non plus les révolutionnaires, mais les gens qui vont gérer une révolution à leur profit. La dictature commence.

7:06
Invité

Le 28 février 2026, le plus haut représentant de la République islamique, Ali Khamenei, est mort sous les frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël. Depuis, de nombreux hauts représentants du régime ont été éliminés par Israël, notamment le chef du Conseil suprême de la Sécurité nationale et le ministre du Renseignement. Quels effets pourraient avoir ces pertes sur la République islamique d'Iran ?

7:29
Présentateur

La première conséquence, c'est que ceux qui sont derrière vont être promus. On tue des leaders. L'Iran est une république qui fonctionne bien. On élimine des leaders et quelqu'un d'autre prend la place. Le système marche bien. De ce point de vue-là, c'est une assurance qui montre que la République est fiable. Deuxièmement, ça permet de favoriser les plus radicaux. Actuellement, il y a en Iran des tendances différentes. On dit réformateurs, conservateurs, une alternance, un peu de tango, un peu stérile. Mais aujourd'hui, après les massacres de janvier en particulier, il y a des divisions, des fractures à l'intérieur du système.

Certains disant qu'il faut absolument négocier avec les Etats-Unis, mettre un terme à cette guerre qui date depuis la prise en otage des diplomates en 1979. Il faut arrêter cela. Sinon, l'Iran sera pourri. Et après la victoire des femmes, c'est la victoire d'autres catégories sociales. Il faut donc trouver des moyens de s'en sortir. Et de tuer des leaders expérimentés n'est peut-être pas la meilleure façon de pouvoir avoir autour de la table des négociations des négociateurs efficaces capables de contrer la situation. Et donc, de tuer un Ramény, par exemple, le guide de la République islamique a été tué. C'est quelqu'un qui avait été capable d'accepter l'accord sur le nucléaire en 2015.

Il était contre cet accord, mais obligé de l'accepter. Et il avait imposé à tout le monde, vous devez accepter cet accord. Dans le cas de négociation, il était capable de dire aux gens, nous ne sommes pas d'accord, mais vous devez, dans l'intérêt de la République islamique, de faire ça. Si vous tuez les leaders un peu expérimentés, vous mettez en place de jeunes militants beaucoup plus radicaux qui disent, on n'a pas le droit de tuer des gens comme ça, c'est nous les chefs maintenant.

Et la guerre en particulier, et l'assassinat de leaders, fait que les gens sont encore plus conscients du fait qu'eux seront peut-être les prochains, et dont la radicalité et la guerre est la seule réponse à ce genre d'attaque. Sous-titrage ST' 501