François Bayrou, Anne Sinclair, Gabriel Le Bomin - C à vous - 23/03/2022
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 39 %Attaque 31 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 6:49OuverteRéponse directe
Les entreprises françaises doivent-elles quitter la Russie ?
- 7:34OuverteRéponse directe
Est-ce que les entreprises de grande distribution présentes en Russie doivent rester ?
- 10:30OuverteRéponse directe
Comment accueillir au mieux les réfugiés ukrainiens en France ?
- 11:30OuverteRéponse directe
Pourquoi maintenir le dialogue avec Poutine ?
- 16:07RelanceRéponse partielle
Le quinquennat Macron a-t-il été à la hauteur de vos attentes ?
- 18:10RelanceRéponse partielle
Pouvez-vous admettre que ce quinquennat n'a pas été à la hauteur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:42Invité politiqueFait
« Quitte à financer le parti des Fordegorps de Poutine. »
- 14:20Invité politiqueFait
« « Comment peut-on m'expliquer que mon fils est mort pour ça ? » »
- 18:53PrésentateurFait
« Il y a 5 ans, c'est moi qui étais d'une clarté absolue. »
- 19:51Invité politiqueFait
« Je suis pour un président fort, un gouvernement fort, un parlement fort. »
- 20:23Invité politiqueFait
« Le Parlement est en réalité le maître du jeu. »
- 48:43Invité politiqueFait
« Je ne suis pas de ceux qui disent, je connais beaucoup de gens qui disent, mais on ne pourra rien faire. Ce n'est pas vrai. »
- 50:55PrésentateurFait
« On le rappelait hier, Patrick. Et qui est une décision, à mon sens, légère, on va dire ça comme ça. »
- 51:19PrésentateurFait
« Parce que c'était évidemment le moyen à léguer pour sortir du nucléaire. »
- 51:38PrésentateurFait
« Les écologistes allemands ont échangé la fin du nucléaire contre la création de centrales électriques pilotables. »
Temps de parole
- Présentateur84 %
- Invité5 %
- François Bayrou4 %
- Locuteur 42 %
≈ 1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bienvenue dans C'est à vous, très heureuse de vous retrouver. On est en direct jusqu'à 20h55 avec toute l'équipe. Bonsoir à tous les cinq. Bonsoir à la lettre. Émilie, votre choix de l'actu du jour. Un documentaire ce soir sur France 2 sur le seul camp nazi de France. C'était à Compiègne. 743 juifs détenus, dont le grand-père de la journaliste Anne Sinclair. Anne Sinclair qui sera dans un instant sur notre plateau, accompagnée du réalisateur de ce documentaire, Gabriel Lebeaumain. Mohamed, votre story, votre story du jour.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, certains commerçants qui vivent en France, des Russes, sont menacés. Et donc, la Russie a décidé de réagir sur les réseaux sociaux. Ils ont publié une vidéo qui frôle vraiment l'indécence. Vous la découvrez ce soir.
Patrick, votre édito. Je vais confronter François Bayrou à sa décision de rallier Emmanuel Macron il y a cinq ans. Son alliance. François Bayrou qui est toujours soutien du président candidat Emmanuel Macron au commissaire au plan président du Bonhomme et qui est notre invité ce soir. Bonsoir François Bayrou. Et maire de Pau. Et maire de Pau. J'ai oublié maire de Pau. Merci, merci.
Maire de Pau, bien sûr, qui est ce soir notre invité. Merci de votre présence. Pierre, dans votre oeil ce soir.
Le dernier témoignage, c'est le titre d'un film qui est sorti aujourd'hui à Paris. Ce sont les témoignages d'Allemands et d'Autrichiens qui vivaient soit près des nazis, soit avec les nazis. C'est vraiment leur dernier témoignage à l'orage. Mathilde Saigné, Gérard Lanvin et le quintuple médaillé olympique Quentin Fillon-Maillet seront nos invités après 20 heures. Mais d'abord, Mathieu, au 28e jour du conflit, les Russes sont face à la résistance ukrainienne. Oui, et pour bien comprendre, nous allons commencer dans une ville au sud de l'Ukraine, Vosnesansk, 34 000 habitants, un de ces symboles du peuple ukrainien qui résiste à l'assaillant.
L'armée russe a d'abord pris la ville, les habitants ont ensuite chassé l'envahisseur.
Partout dans le pays, des Ukrainiens font face à l'armée de Vladimir Poutine et parfois
parviennent même à lui faire mal. Et Vosnesansk n'est qu'un exemple d'un déploiement russe contrarié pour le chancelier allemand Poutine-Sembourb.
D'autant que les Ukrainiens peuvent compter sur quelques renforts, comme ces tchétchènes
dissidents venus jusqu'à Kiev, ou des soldats biélorusses dissidents aussi déterminés à défendre leurs voisins.
J'aimerais que ma nation belorussienne soit aussi forte et puissante que les Ukrainiens en ce moment. Parce que si on envoie quelqu'un au sud de l'Ukraine, on les va détruire sur le territoire ukrainien
de Biélorussie, cette petite fille aussi, qui envoie son drone préféré et un dessin aux Ukrainiens, s'il vous plaît, quand vous chasserez tous les fascistes d'Ukraine, alors libérez mon Bélarus aussi, écrit-elle. Il ne faut pas exagérer non plus cette résistance, pour beaucoup c'est de la résilience. Ici, la vie en sous-sol, dans les couloirs du métro de Kharkiv ou de Kiev, comme ici, scène de la vie quotidienne. Les enfants restent des enfants, parce que si les Russes ont du mal à progresser au sol, ils bombardent toujours fort, très fort, à la surface. La nuit dernière, la pression s'est accentuée sur la capitale et sans prendre le pays, l'envahisseur le détruit jour après jour.
Depuis près d'un mois désormais, les mêmes scènes de ruines fumantes au réveil, les Ukrainiens diffusent toujours des images de succès, de Russes frappés, ralentis, défaits. A l'écran, des soldats en fuite récupérés par hélicoptère, des images qui renforcent le sentiment national qui soude la population. Le matériel russe est volé, récupéré quand il n'est pas détruit. Là aussi, des images de réussite qui galvanisent les Ukrainiens. Mais la réalité, c'est aussi l'impact des frappes russes. Le pont de Tchernif détruit la nuit dernière et des civils qui restent à la merci des bombardements, comme cette femme, surprise, blessée, alors qu'elle allaitait son enfant.
Sur le front sud, ces images aériennes de Mariupol, où plus de 100 000 personnes seraient toujours bloquées, ou encore cet hôpital psychiatrique de Mykolaïv détruit par un avion, la chance et bombe en plein centre-ville. Dans la région, il ne faut pas oublier la Crimée, déjà sous contrôle russe depuis 2014. Au large de Sébastopol, ces missiles lancés hier soir vers l'Ukraine, les mêmes missiles filmés depuis le départ. Ce sont des images russes, bien sûr. Moscou qui filme et diffuse aussi les images de cette guerre. Le front sud, c'est une invasion de Mariupol-Nikolaïv avec Odessa pour objectif. Vous voyez là la Crimée, mais aussi les pays voisins autour de la mer Noire.
Les Russes accusent l'Ukraine de disséminer des mines en mer et ainsi de faire courir un risque à la Roumanie, la Turquie et à la Bulgarie.
Je veux dissiper les craintes. Les mines ne vont pas rouler sur la plage et les touristes tomber dessus. Il est hautement improbable qu'il y ait de telles mines. Cependant, il s'agit d'un conflit militaire dans lequel des armes telles que les mines marines sont utilisées et la menace ne peut être totalement écartée.
Le soutien des Bulgares à l'Ukraine, le soutien des Français aujourd'hui, alors que Volodymyr Zelensky s'adressait aux députés et sénateurs en visio. Après avoir fait respecter une minute de silence comme aux Américains, Allemands, Japonais, Israéliens, il a trouvé des références historiques françaises pour témoigner de cette guerre.
Vous savez ce que c'est la liberté, l'égalité et la fraternité. Chaque parole est importante pour vous. Je le sens et les Ukrainiens le ressentent. Mariupol et d'autres villes ukrainiennes frappées par l'occupant rappellent les ruines de Verdun. Merci à la France et gloire à l'Ukraine.
François Bayron vient d'entendre une partie du discours de Volodymyr Zelensky face au parlementaire français, un discours dans lequel il a solennement demandé aux entreprises françaises de quitter la Russie au nom des valeurs qui valent mieux que les bénéfices. Les entreprises françaises doivent-elles plier bagage ? Les sanctions doivent être appliquées par les entreprises françaises. Mais vous savez qu'il y a une très grande question qui se pose. C'est que l'Europe toute entière est dépendante du gaz russe. Et l'Allemagne, en particulier, 60% de dépendance. Nous, nous avons 20% de dépendance. Ces pays-là peuvent se trouver devant une crise de la vie quotidienne tous les jours.
Donc je pense que les sanctions financières sont plus importantes et que, en tout cas, je ne vois pas pour l'instant de moyens de couper le robinet du gaz russe. On parlait des entreprises de grande distribution qui sont présentes en Russie et qui peuvent être montrées du doigt, accusées de complicité avec Vladimir Poutine. Est-ce qu'elles doivent rester en Russie et continuer là-bas et y faire affaire ? Je ne crois pas qu'elles soient complices. Je pense que la présence d'entreprises françaises en Russie... Bien sûr, ce serait plus facile de dire qu'il n'y a qu'à rapatrier toutes ces entreprises. Je pense qu'il faut en discuter avec ceux qui sont les responsables de ces entreprises.
Le gaz, encore, vous savez que Total... A annoncé qu'il n'achètera plus de pétrole russe. A dit qu'il n'achèterait plus de pétrole parce que le pétrole, comme l'a très bien dit le président de Total, le pétrole, c'est remplaçable. Vous pouvez en trouver ailleurs sur le marché. Mais le gaz qui joue un tel rôle... Vous savez que les Allemands ont demandé que le gaz soit classé comme énergie verte. Énergie qui permette la transition énergétique. Nous, nous avons fait la même démarche pour le nucléaire. Et à juste titre, à mon avis...
Quitte à financer le parti des Fordegorps de Poutine.
Indépendant. Oui, je ne dirais pas ça. Je dirais que je ne vois pas qu'on puisse mettre l'Allemagne dans une situation où elle ne pourrait pas se chauffer. Alors c'est vrai, c'est absolument vrai que de ce point de vue-là, il y a une place de ces marchés, de ces marchés de gaz. Mais si nous intervenons pour que des banques qui font la transition soient exclues du système d'échange bancaire qu'on appelle SWIFT, alors je pense que c'est aussi efficace et que ça peut se faire sans avoir la crise que provoquerait dans toute l'Europe la cessation du gaz russe.
Peut-être qu'on devra y arriver, mais on a oublié depuis tellement longtemps que la guerre, ça faisait naître des sacrifices dans les populations civiles. Est-ce que ce ne serait pas le moment de s'en rappeler, quitte à ce que ce soit un effort de guerre qui soit demandé à toute l'Europe et à tous les Européens ? Si le gaz était remplaçable, je vous dirais oui, mais je ne suis pas sûr qu'il le soit, sauf si nous sommes dans un affrontement majeur, et dans l'affrontement majeur qu'on n'a pas décidé encore. Oui, je pense que pour l'instant, le gaz est une alimentation de la vie quotidienne, notamment en Allemagne, et je ne vois pas bien comment on peut le remplacer.
Jean Castax a annoncé hier au moins 100 000 places d'hébergement pour les réfugiés ukrainiens encore en France. Ils sont actuellement 26 000 à être arrivés sur le sol français. Vous êtes maire de Pau. Dans votre ville, la préfecture des Pérennées-Atlantiques vient d'ouvrir des guichets spéciaux pour accueillir les réfugiés ukrainiens qui viennent chercher une autorisation provisoire de séjour. Comment les accueillir au mieux et plus nombreux ? Plusieurs centaines de familles ont dit, nous ont dit, plusieurs dizaines et centaines de familles nous ont dit, nous on est prêts à accueillir.
Je connais des tas d'amis qui ont dit, nous on a dégagé une chambre, deux chambres pour accueillir des réfugiés ukrainiens. Le problème de ces accueils, le seul problème de ces accueils, ça n'est pas aujourd'hui. C'est dans plusieurs mois ou années quand ça dure. Il faut organiser des relais dans la population. Hier Emmanuel Macron s'est de nouveau entretenu avec le président russe. C'est le huitième coup de fil avec Vladimir Plotin depuis le début du conflit. C'est le seul moyen d'espérer encore un cessez-le-feu, même si de conversation en conversation, le président russe ne bouge pas. Vous voyez bien ce qui se passe.
Lorsque vous avez un preneur d'otages dans un fait divers, que fait le GIGN ? La première chose que le GIGN fait, c'est qu'il envoie quelqu'un pour parler avec le preneur d'otages. Parce qu'on a remarqué depuis longtemps que si on coupe toutes les issues des auteurs de ces désastres, de ces crimes, alors ça les pousse à aller encore un peu plus loin. Et donc ce que le président de la République fait, fait courageusement et fait de manière presque obstinée, c'est maintenir le dialogue avec Poutine pour essayer de laisser toujours une porte ouverte.
Ça avait été absolument sensible dès la première rencontre, la première conférence de presse, où il avait opposé à Poutine des arguments et une position extrêmement ferme, tout en prenant soin de toujours laisser une toute petite ouverture pour qu'il ne soit pas totalement dans une impasse, totalement enfermé.
Je pense, je peux me tromper, je ne suis pas assez spécialiste de l'armée russe, je suis persuadé que Poutine croyait qu'il allait conquérir sans coup férir l'Ukraine, qu'en tout cas il allait conquérir Kiev, que peut-être il serait accueilli avec des bouquets et des embrassades, que la population ukrainienne ou une partie de la population ukrainienne et la population russophone, ukrainienne en particulier, n'attendait que ça. Et on s'est aperçu, les témoignages que vous avez projetés sont incroyables. Il a solidarisé contre lui l'ensemble de la société ukrainienne, y compris les russophones.
– Et si on retient votre métaphore, le kidnappeur ou le terroriste continue d'exécuter ses otages les uns après les autres et il le fait de plus en plus cruellement et en de plus en plus grand nombre. – Je ne veux pas vous dire le contraire, mais il y perd beaucoup. Il a perdu beaucoup depuis le début du conflit. Il a perdu, les experts disent, plus de 10 000 hommes. Plus de 10 000 hommes tués au combat, ça veut dire probablement 30 000 ou 40 000 blessés. Vous avez vu les mères de ces soldats. Les mères de ces soldats, elles disent, « Comment peut-on m'expliquer que mon fils est mort pour ça ? » Et je crois que ça diffuse dans la société russe.
Il a perdu deuxièmement l'idée d'invincibilité, de l'armée russe, l'idée de sa puissance rétablie, reconstruite. Il y a toute une légende que Poutine avait bâti autour du fait qu'il avait reconstruit la puissance de l'armée russe. Il a perdu ça et il a perdu quelque chose d'incroyable. C'est le lien de la Russie avec l'Ukraine. Je crois que c'est pour des décennies que le peuple ukrainien va considérer les Russes comme agresseurs, envahisseurs, devenus ennemis, alors que c'était des peuples frères. Frères de langue pour beaucoup, frères de religion. On ne se rend pas compte, mais toujours dans la saga de Poutine, il avait reconstruit le lien avec l'église orthodoxe russe.
L'église orthodoxe ukrainienne, qui dépendait pour partie du même patriarcat, se révolte contre le patriarcat russe. C'est des choses qui nous échappent, parce que nous ne savons pas quelle est la place dans le mythe national de ce lien avec la religion. Mais c'est... À mon sens, Poutine a perdu beaucoup aussi. Beaucoup. Je ne suis pas sûr... Je me risque. Je ne suis pas sûr qu'il puisse rétablir sa situation après ce conflit. Le conflit ukrainien qui est au cœur de la campagne présidentielle dans laquelle vous soutenez Emmanuel Macron, comme en 2017, lorsque vous aviez apporté un soutien de poids à sa candidature. C'est l'objet de l'édito de Patrick Cohen.
Patrick, vous souhaitez confronter François Bayrou à sa décision de se rallier à Emmanuel Macron il y a 5 ans. Non, de s'allier. Oui. Le bilan de ce quinquennat, François Bayrou, est aussi celui de votre alliance avec ce président si différent de vous il y a 5 ans, en renonçant à une quatrième candidature. Vous avez abandonné vos ambitions présidentielles au profit d'un quasi-jeune homme. 26 ans vous séparent. En faisant le pari, je vous cite, d'une véritable alternance et d'un vrai changement des pratiques.
Alors, pour tirer ce bilan, je me suis replongé dans le livre que vous aviez fait paraître quelques semaines avant votre alliance, Résolution française, qui rappelait à une lettre près la révolution d'Emmanuel Macron. C'est un vrai livre présidentiel avec une vision de la France et une hauteur de vue qui le distingue franchement du tout venant des bouquins politiques ou des programmes électoraux. Vous n'avez pas de taux de TVA ou de nombre exact de places de prison. Là-dedans, ça le rend d'autant plus intéressant à la lumière d'aujourd'hui. Et alors, contrat rempli ? Alors, pas complètement.
On retrouve ce qui vous a séduit chez Macron, le souhait d'un homme libéré de la dépendance des appareils. Gauche et droite, écriviez-vous, sont des ensembles sinon vides, du moins largement épuisés. Très bien. Mais il y a un certain nombre d'autres pages qui sonnent aujourd'hui comme un réquisitoire. Ainsi, ce chapitre sur le peuple partenaire du pouvoir. On ne gouverne pas seul. On gouverne à deux. Dirigeant et peuple, le peuple citoyen n'est pas, n'est plus un soliveau. Il n'est plus là pour assister passif au balai des puissants qui décident en son nom. Un peu plus loin, un chapitre sur la fonction présidentielle assez éloigné de l'image d'Emmanuel Macron aujourd'hui chez les Français.
Le mode de scrutin législatif, majoritaire, qui ne rend toujours pas compte de la diversité politique. « Tant qu'on ne résoudra pas cette question, on n'aura pas de parlement », écriviez-vous, on n'a rien résolu. Enfin, comme toujours chez vous, des pages inquiètes sur la liberté de l'information, le pluralisme dans les médias, leur concentration entre quelques mains. Ça ne s'est pas arrangé, vous le savez, mais rien n'a été fait. Alors ma question, comme vous avez signé juste avant de la vérité en politique, pouvez-vous admettre, François Bayrou, que ce quinquennat n'a pas été, voire est loin d'avoir été à la hauteur de vos attentes ? Il n'a pas résolu les questions que nous avions posées.
Évidemment, vous avez vu la succession des crises, et je ne vais pas dire que ces crises étaient inventées, mais si vous avez suivi attentivement les deux dernières conférences de presse pour l'une et Réunion à Pau pour l'autre, sur la proportionnelle, par exemple, il a été d'une clarté absolue. Comme il y a 5 ans ? Non. Bah si. Non. Il y a 5 ans, c'est moi qui étais d'une clarté absolue. Mais oui, mais ça faisait partie de vos exigences. Oui. Il avait dit que c'était une question et qu'une dose pourrait... C'était son expression. Là, il s'est prononcé pour la proportionnelle vraie, a-t-il dit. Alors, je ne doute pas qu'on arrivera à ce but-là. Sur l'exercice du pouvoir. Pour moi, il est...
Alors, sur l'exercice du pouvoir. Sur l'exercice du pouvoir, solitaire et éloigné. Non, je n'ai jamais plaidé contre le pouvoir solitaire, entre guillemets, parce que je ne connais pas de pouvoir qui ne soit solitaire. Oui. Oui, d'une certaine manière. Et on le voit bien dans cette crise-là. Et simplement, je pense qu'il a essayé, y compris les conventions citoyennes sur lesquelles je suis un peu plus sceptique, moi. Je pense qu'une vie institutionnelle dans laquelle... Moi, je suis pour un président fort, un gouvernement fort, un parlement fort. Je pense que c'est les trois que c'est dans ce débat entre ces trois approches que les citoyens trouveront de l'intérêt à la vie politique.
C'est là qu'ils reconnaîtront s'il y a des... Des contre-pouvoirs. Des chocs. Mais il y a contre-pouvoirs. Le Parlement... Vous savez bien, tous les constitutionnalistes disent ça. Le Parlement est en réalité le maître du jeu. S'il y a blocage, le président de la République intervient par un référendum, par exemple, ou par une dissolution. Autrement, le Parlement a tous les pouvoirs. Simplement, il ne s'en sert pas. Il ne s'en sert pas parce qu'on a perdu depuis très longtemps l'idée que le Parlement représentait le peuple dans sa diversité. Moi, je suis défenseur du pluralisme. J'ai essayé de montrer ça de toutes les manières.
Banque de la démocratie, proportionnelle, signature pour des candidats qui menaçaient... qui ne me plaisaient pas, qui menaçaient de ne pas les avoir. Je pense que le pluralisme est la clé de l'adhésion. Et je pense que ce que nous vivons aujourd'hui est extraordinairement frappant. C'est que les gens pensent que c'est truqué. Enfin, une partie, on parle de l'abstention. Oui, oui. Qu'on redoute très élevé. 30% des Français qui pensent que les pouvoirs sont truqués. Méfiez-vous. Pas que les pouvoirs politiques. Les pouvoirs médiatiques aussi. Vous êtes ciblés de la même manière. Et maintenant, les scientifiques sont ciblés, les médecins sont ciblés.
Parce que les Français ont vu sous leurs yeux les médecins se faire la guerre pour essayer d'avoir raison contre l'autre. Tout ceci entraîne un immense mouvement de... J'allais dire de scepticisme. Je pense que c'est plus fort que ça. De retrait.
Et tout ceci n'est-il pas encouragé par le fait qu'il ne veuille pas débattre avec ses adversaires ? Ça lui voit en tout cas...
Écoutez, franchement, si quelqu'un est insulté tous les jours, sur tous les plateaux, par tous les candidats, par tous ses adversaires...
Insulté ou critiqué ?
Ça s'appelle de l'opposition. Oui, mais... Donc, il y a débat. Il y a... Encore une fois, à Pau, il a fait 3h30 de débat avec des citoyens choisis...
On y était.
...choisis par la presse locale. On y était.
Il y a eu quand même deux déplacements jusqu'à présent d'Emmanuel Macron. Le premier, c'était à Poissy. Ça a été légèrement critiqué,
justement, parce que les 250 participants
étaient pour le moins complaisants et les questions prévues à l'avance. Ce n'était pas le cas à Pau. Mauvais départ que vous avez voulu manifestement corriger puisque vous vous êtes justifié sur la méthode dès le départ.
Ainsi débute notre face au lecteur. Il n'y a eu aucun échange sur l'identité de ceux qui étaient là. L'équipe de campagne n'est entré en rien dans leur choix. Ils vont s'exprimer en toute liberté. Et c'est à eux qu'on va laisser la parole.
Emmanuel Macron, donc, face au lecteur du journal Sud-Ouest, un journaliste du quotidien...
Et la République et l'éclair des Pérénées.
...et la République des Pérénées. Un journaliste du quotidien a même pu poser une question. Alors, on a fait une petite sélection des questions les plus incisives.
Je suis un électeur qui a voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Vous avez fait des mesurettes pour augmenter le pouvoir d'achat des Français qui sont aujourd'hui, je pense, pour ma part, insuffisantes. Et je pense qu'il faut mieux rémunérer le travail. Voilà. Monsieur le Président, êtes-vous favorable à une augmentation du SMIC ? Pendant votre mandat, les accords de Paris n'ont pas été respectés, entre autres folies et désastres écologiques. Et vous avez malheureusement cédé au grand capital qui n'en a que faire d'une justice sociale et environnementale. Qu'avez-vous à leur dire, à nous dire par le rapport à la tempête climatique et sociale qui va s'abattre sur nous ?
Alors voilà, la sortie des Français pas forcément convaincus par le candidat Emmanuel Macron, mais ils étaient convaincus par l'exercice.
C'est un exercice utile parce que parfois c'est un petit peu facile de contester sur son canapé.
Cet aspect direct, c'est vraiment très important, je pense, pour prendre des décisions et comprendre l'avis de chaque Français.
Il y avait quand même une courtoisie, un respect dans l'échange qui redonne beaucoup de goût, en tout cas à l'exercice démocratique. Et on en a besoin.
Il n'y avait aucune barrière, pas de censure, pas de tabou, donc c'était parfait.
On ne vous a pas demandé avant de venir pour qui vous votiez ? Non. Alors je vais le faire moi-même. Est-ce que vous êtes des électrices d'Emmanuel Macron ? Pas du tout, non plus. Vous êtes un électeur d'Emmanuel Macron ? Non. Emmanuel Macron n'a pas emporté votre vote aujourd'hui ?
Je ne sais pas. En tout cas, sa réponse, elle était assez pertinente, mais je ne suis pas sûre à 100% de mes choix.
En revanche, il y en a un qui était archi-convaincu, le plus grand fan d'Emmanuel Macron. C'est vous, François Bayrou.
Nous avons vu un homme. Et la première chose qui frappe, un homme travailleur comme il y en a peu. Nous avons vu un homme courageux. Nous avons vu un homme de réconciliation, proche des faibles et ému par les plus fragiles. C'est cet homme-là qui, pour moi, donne tout son sens à l'aventure que nous vivons ensemble.
Alors, même si ça a été fait en toute transparence, ce n'est pas là qu'Emmanuel Macron est le plus mis en difficulté. Est-ce qu'il ne choisit pas quand même la solution de facilité dans cette manière de faire campagne ?
Vous avez vu que ce n'est pas la solution de facilité. Peut-être que vous n'avez pas été attentif parce que vous ne l'avez pas filmé. À un moment que j'ai trouvé, moi, extrêmement émouvant. Émouvant est venu interpeller, il n'était pas prévu, est venu interpeller le président de la République, un garçon tétraplégique qui demandait de l'aide pour faire ses études pour qu'on, il est étudiant, pour qu'on écrive avec lui et pour lui. D'habitude, les candidats à une élection, ils se débarrassent de ce genre de questions avec trois phrases ou cinq phrases. Le président de la République a passé dix minutes avec lui ou douze minutes avec lui.
Vous savez bien à quel point tout le monde s'impatientait autour, si vous y étiez, pour que ça aille vite parce qu'il avait un rendez-vous important. Alors, on ne peut dire que ce qu'on voit. Je sais très bien qu'un grand nombre de gens ne partagent pas le sentiment qui est le mien. Mais chaque fois que je l'ai vu avec des gens en difficulté ou des gens fragiles ou des faibles ou des enfants handicapés, chaque fois, j'ai trouvé qu'il y avait là le plus juste de ce qu'il était dans son regard et sa manière d'être. Et je ne fais pas ça. Je ne suis pas courtisan, comme vous savez. Je n'ai pas toujours dans ma vie du bien des présidents de la République.
On peut même prétendre ou affirmer que c'était plutôt le contraire. J'essaie d'être complètement franc quand je parle. Et quand je vois quelque chose qui, dans les gouvernants, les rend proches ou amis ou attentifs à ceux dont ils ont la charge, je trouve que c'est bien aussi qu'on puisse le dire sans précaution excessive. François Béroud, un certain nombre de ceux qui s'opposent, qui sont candidats contre Emmanuel Macron, ont laissé entendre qu'ils avaient dans l'idée qu'Emmanuel Macron, en cas de réélection, dissoudrait rapidement l'Assemblée nationale pour avancer la date des élections. Ce matin, Richard Ferrand, le président de l'Assemblée, a repoussé cette idée sur France Inter.
Vous êtes partisan, vous, de maintenir le calendrier, de ne surtout pas le raconter. Depuis le début, je ne sais pas d'où est sortie cette idée. Mais moi, je suis partisan de respecter les échéances, pour respecter les institutions. Pourquoi ? Et les électeurs. Parce qu'il est inévitable, si vous prenez une décision de cet ordre, que les Français pensent que vous le faites parce que ça vous arrange.
Oui, que c'est une manœuvre.
C'est une manœuvre pour un bénéfice personnel. Et toute manipulation des institutions affaiblit encore le lien. Vous savez bien que tout épisode inédit est sujet à soupçons. Et c'est ce soupçon-là qui ronge la démocratie. À Patrick Cohen, un petit mot. Résolution française, ça n'était pas pour répondre au livre Révolution. Non. Pas du tout. Pas du tout, parce que j'avais déposé le titre trois mois avant. Voilà, cette chronologie-là est raflée. Vous restez avec nous, on a beaucoup de sujets à vous soumettre. C'est juste esthétique. Oui, c'est une coquetterie presque. C'est une coquetterie. Vous restez avec nous, notamment pour rappeler ce chapitre de l'histoire de France.
Lorsque le 12 décembre 1941, 743 notables juifs français sont arrêtés chez eux à l'aube. Des avocats, des polytechniciens, des professeurs, des commerçants, des responsables politiques. Et parmi ces hommes, le grand-père d'Anne Sinclair. C'est la police militaire allemande, à l'aube du 12 décembre 1941, qui débarque au domicile de mes grands-parents dans le 17e arrondissement. Léonce et Marguerite, son épouse, n'ont aucune idée de l'endroit où les soldats allemands l'emmènent.
Allez, montez dans la voiture !
Pas plus que de la raison de cette arrestation. Mais pourquoi il lui vit ? Simple négociant en dentelle. Ancien combattant de la guerre de 1914. Français de naissance. Français, tout simplement. Il doit y avoir une erreur, c'est certain. Léonce Schwartz et les autres sont d'abord conduits au manège de l'école militaire à Paris, puis emmenés en train au camp de Compiègne. C'est le seul camp dirigé par l'armée allemande en France, le camp de la mort lente, comme l'a appelé Jean-Jacques Bernard, fils de l'homme de l'aide Tristan Bernard. Mes pieds sont pleins de pansements, compresses et taffetas collants.
J'ai des pansements en main aussi. Mes engelures sont crevassées et l'organisme n'a plus la force de réparer ses plaies. Quand on prend ma température, le thermomètre marque 34,1. Les autres oscillent entre 34 et 35. Nous sommes arrivés à un palier au-dessous duquel il ne faut pas descendre. Tous ces corps vidés d'énergie vitale ne savent plus se défendre. Les muscles défaillent devant les besoins les plus essentiels. Je regarde ces hommes, mes compagnons, que j'avais vu pour la plupart bien portants et dont j'ai aujourd'hui bien de la peine à reconstituer les traits véritables. Voilà ce qu'on a fait d'eux. Voilà ce qu'on a fait de nous.
Bonsoir Anne Sinclair. Bonsoir. Merci de votre présence à l'occasion de l'adaptation de votre livre La rafle des notables, un film documentaire qui sera diffusé ce soir sur France 2, réalisé par Gabriel Lebaumin à vos côtés ce soir. Merci à tous les deux de votre présence. Racontez l'histoire de votre grand-père et de ses compagnons de misère. Retracer leur calvaire, c'est devenu pour vous une obsession, mais aussi une urgence. Il faut raconter, alors que les derniers témoins disparaissent, que les bribes de mémoire s'évanouissent. Il fallait faire revivre ces témoignages, ces lettres de prisonniers du seul camp nazi en France.
Oui, c'est ce qui avait présidé à l'écriture du livre, qui est paru il y a deux ans et dont on avait déjà parlé, et qui me semblait très important de redire cette histoire sur une rafle qui n'est pas très connue du grand public, qui est connue des spécialistes, mais que le grand public ne connaissait pas, parce que la rafle du Veldiv a mangé un peu toutes les autres rafles, et que celle-là est la première qui a donné lieu à la déportation des premiers juifs, non seulement des juifs de France, mais des juifs français. Toute allusion mise à part.
Et quand le producteur, la société de production 10.7 m'a proposé que Gabriel Lebaumin l'adapte, je ne connaissais pas Gabriel, et pour moi ça a été une rencontre extrêmement importante, parce qu'il a su, il a su, enfin je vais lui laisser la parole, c'est son film, mais il a su traduire extrêmement bien ce que j'avais voulu mettre là-dedans. C'est-à-dire que ce n'était pas seulement une histoire familiale, mais c'était aussi une histoire collective, et c'était une façon de rendre hommage à ceux qui se sont trouvés dans cette situation.
Et puis surtout parce que, voilà, c'est en effet cette semaine qui est le 80e anniversaire du départ du premier convoi de France comportant des juifs français, et pour l'essentiel, des juifs de Compiègne. Gabriel Lebaumin, cette mise en image était extrêmement délicate. Vous vous êtes notamment appuyé sur des dessins d'un des prisonniers, Marcel Lerman.
C'était le défi de ce film, il y avait deux défis, un premier défi narratif qui était celui de tresser le fil intime et subjectif de la recherche d'Anne Sinclair vis-à-vis de Léon, son grand-père, un fil plus large qui était de mettre l'histoire en perspective, en pédagogie, et puis il y avait un vrai défi de style, parce que sur Compiègne, à cette époque, on ne possède que 4 ou 5 photos qui sont dans le film, des photos clandestines, c'est pas grand-chose pour raconter en 60 minutes. Et la question c'était, voilà, est-ce que l'absence d'image signifie que ces personnes disparaissent à jamais et deviennent des fantômes ?
On a cherché une idée, et l'idée elle est venue du seul dessin de Léonce qui a été fait dans le camp par un co-détenu qui était un dessinateur.
C'est la seule chose que j'avais en ma possession, c'est ce trait de crayon que, voilà, le dessin, et à partir de ce trait de crayon, l'animation, très intelligemment faite et dirigée par Gabriel, a pu retracer les portraits.
Moi c'est le premier contact que j'ai eu avec le livre, c'est le dessin. J'étais dans une librairie, je l'ai ouvert sur le cahier photo, automatiquement, et je suis tombé sur le dessin, il m'a parlé. Et c'est à partir de là qu'on a commencé à dérouler l'histoire.
Et puis il y a les lettres des prisonniers du camp qui sont lus à voix haute par Bruno Solo, le comédien, et qui racontent le quotidien, le calvaire de ces hommes dans ce camp où on n'extermine pas encore, mais on va laisser mourir de faim, mourir de froid. – Oui, ce n'était pas un camp immédiatement d'extermination, c'était un camp de transit pour préparer à la déportation, qui a eu lieu trois mois plus tard. Et pendant ces trois mois, il faisait moins 20 cet hiver-là, à Compiègne, il n'y avait pas de chauffage, bien sûr, il n'y avait pas de nourriture. Et petit à petit, ces hommes se sont quasiment éteints. Petit à petit, il y en a une centaine qui sont morts avant d'être déportés.
Et c'était, au fond, c'était, comme le dit Annette Vievorka, parce qu'il y a des témoignages d'historiens remarquables là-dedans qui sont des spécialistes de la période et qui sont incontestables, comme Annette Vievorka, comme Laurent Joly, etc. Et comme ils le disent, ce n'était pas un camp de solution finale au départ, mais c'est devenu un élément de la solution finale qui est intervenu à partir du mois de janvier 1942. – Parmi les prix, oui, pardon.
– Non, ce qui est vrai, ce qui est particulier, c'est que dans ce camp, ce ne sont quasiment que des intellectuels, c'est-à-dire des gens qui cherchent à comprendre et à conceptualiser.
– Pas qu'il y avait aussi des petits commerçants, dont son grand-père n'était pas un intellectuel. – Bien sûr, mais les gens qui ont écrit, en tout cas,
il y a des auteurs, il y a des gens qui réfléchissent. Et on voit bien, quand on lit leurs carnets, qui sont finalement très nombreux, qu'ils ne comprennent pas ce qui leur arrive dans un premier temps. Ils mettent quand même un certain temps à comprendre que, effectivement, les mesures antisémites qui sont votées se traduisent, en tout cas pour eux, pas par une exclusion sociale ou une brutalisation, mais carrément par une arrestation et bientôt une déportation. Et quand on lit les carnets, ce cheminement, il est bouleversant.
– Parmi les prisonniers, il y a le frère de Léon Blum ou encore Pierre Masse, sous-secrétaire d'État de Clémenceau pendant la Première Guerre mondiale, sénateur depuis 1939. Et c'est à ce titre, le 10 juillet 1940, qu'il a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, auquel il adresse une lettre admirable depuis le camp de concentration dans lequel il était enfermé.
– Absolument, cette lettre, évidemment, on ne pouvait pas tout mettre dans le film, mais je l'avais reproduite dans le livre, c'est une lettre extraordinaire, où après les ordonnances d'octobre 1940 qui mettent les Juifs au banc de la société, il écrit une lettre au maréchal Pétain en lui disant « Est-ce que je dois aller retirer la décoration de mon frère qui est mort à Verdun ? Est-ce que je dois aller retirer la décoration de mon gendre qui vient de mourir dans la bataille des Ardennes ? » Qu'est-ce que ça veut dire d'être français, d'être ainsi, vraiment stigmatisé à ce point ?
Et cet homme qui était un grand juriste, qui était sénateur de la République, il était parlementaire, il a été arrêté, il a été maltraité avec son frère Roger Masse qui était colonel de l'armée française, ils ont été déportés à Auschwitz et ils y sont morts. – Ce calvaire pour votre grand-père, il s'est arrêté le 23 février 1942, le jour où il est admis à l'hôpital du Val-de-Grâce et grâce à son épouse, votre grand-mère, il va s'évader, échapper à quelques jours près à la déportation vers Auschwitz.
Ceux qui n'ont pas eu la chance de votre grand-père sont déportés le 27 mars 1942 vers Auschwitz et alors qu'ils sont dans le train, ils ont encore la force, pour un certain nombre d'entre eux, d'écrire des lettres qu'ils jettent à l'extérieur du wagon par les fentes, des lettres qui seront ramassées, comme le prouve cette unique photographie qu'on va voir, des lettres où tous rassurent leurs proches et c'est voyant. – Mes chers enfants, nous partons aujourd'hui. Destination inconnue. Bonne santé, bon moral. Ne vous inquiétez pas sur tout, je serai là bientôt parmi vous. – Je suis en route, probablement pour l'Allemagne. Ne vous inquiétez pas. Bonne santé, bon moral, bon courage.
Espérons à bientôt. Bon baiser à toi, à Pierrot, ainsi qu'à tous ceux que tu préviendras, celui qui t'aime. – C'est là qu'on voit la force de votre illustration à minima, mais extrêmement forte, évidemment. – Oui, il a fait un film extrêmement pudique, sans effet, avec beaucoup de retenue, avec beaucoup de délicatesse. Et c'est vraiment… Voilà, je suis très heureuse de ça. – Ils partent de ce camp en France,
politique de collaboration menée par le maréchal Pétain, au point que les Allemands seront surpris par autant de zèle.
– La politique de collaboration vise à donner des gages aux Allemands, à faire une sorte de grande négociation. On vous donne des choses, et vous, en échange, vous essayez d'atténuer la pression en termes de restrictions, de ravitaillement. Très vite, il est apparu auprès des dirigeants de Vichy que les Juifs, c'était un bon élément d'échange, parce que l'occupant est obsédé par le danger, ce qu'ils appellent le danger juif. Vichy va basculer dans une politique antisémite systématique avec l'aval constant du maréchal Pétain.
– D'ailleurs, cette rafle, elle n'aurait pas été possible sans le fichier juif qui était à la préfecture de Pauly. – Qui a été voulu par le gouvernement de Vichy, qui a demandé aux Juifs de se faire recenser. Et ce fichier juif de 150 000 noms a servi de trame à cette rafle et aussi aux autres. Et c'est pour ça que les mensonges qu'on entend actuellement, la falsification de l'histoire, comme le dit très bien Laurent Jolie dans un très beau livre, la falsification de l'histoire qui consiste à dire que Vichy a protégé les Juifs français, est une ignominie. D'ailleurs, ça n'a même aucun sens, parce que cette rafle, en effet, dont nous parlons, est une rafle allemande dans un camp nazi.
Mais Vichy n'a rien fait. Vichy n'a pas protesté. La seule démarche, on le raconte dans le film, c'est Xavier Valla qui va trouver les autorités allemandes en disant, quand même, psychologiquement, vous faites une erreur, vous nous empêchez de faire une politique vraiment antisémite. Donc, voilà, c'était le piège de la collaboration et il n'y a rien à ajouter. C'est un mensonge qui existait du temps de la défense du maréchal Pétain par Jacques Izzorni, la fameuse théorie du glaive et du bouclier de Gaulle Pétain, et qui est complètement mensongère et qui est démentie par tous les historiens.
Ce film documentaire qui est adapté de votre livre, il résonne, Anne Sinclair, dans une actualité dramatique sur notre volonté de paix, à tout prix, à quel prix ? Ça vous évoque une devise de votre grand-mère, on serre les dents, on ne se plaint pas ? Oui, c'est... Et ça questionne justement notre... Ça questionne évidemment, et la coïncidence entre la diffusion de ce film et les événements dont on parle tous les jours, dont vous avez commencé à parler tout à l'heure, ne peut que résonner, c'est-à-dire, qu'est-ce qu'on accepte ? Qu'est-ce qui est pour nous la ligne rouge ? Qu'est-ce qui est inacceptable ?
Moi, je suis taraudée par une question, en permanence, qui est de me dire, imaginons que... Parce que finalement, Poutine s'arrêtera quand il voudra s'arrêter. Imaginons que Poutine utilise une arme chimique. On sait très bien la réticence de l'Occident, on l'a vu en Syrie, quand Obama n'a pas voulu intervenir, ce qu'il en est de l'acceptation de ça. Imaginons que Poutine utilise une arme nucléaire tactique, parce que la doctrine nucléaire des Russes n'est pas la même que notre doctrine à nous de dissuasion. C'est une doctrine d'arme de combat, d'arme de champ de bataille.
Imaginons que les Russes, par erreur ou volontairement, bombardent un aéroport en Pologne où il y ait des armes qui sont destinées aux Ukrainiens. Qu'est-ce qu'on fera ? Qu'est-ce qu'on dira ? C'est pour ça qu'aujourd'hui, je ne suis pas complètement d'accord avec ce que disait François Bayrou, je pense qu'aujourd'hui, si nous ne mettons pas un coup d'arrêt que du moins les Russes comprennent que nous sommes prêts à des sacrifices, que nous sommes prêts à payer, que finalement on est presque prêts peut-être à avoir froid l'hiver prochain.
En effet, les Allemands risquent d'avoir plus froid que nous, mais regardez, les Finlandais, les Pays-Baltes, les Polonais sont prêts à cet embargo complètement sur le pétrole qui donnent 800 millions d'euros par jour, 18 milliards depuis le début, à Poutine pour l'effort de guerre. Donc, qu'est-ce qu'on accepte et qu'est-ce qu'on n'accepte pas ? Où est-ce qu'on met la barrière ? Vous restez avec nous Anne Sinclair, on va continuer à évoquer l'actualité. Je rappelle que ce documentaire est diffusé à 22h45 ce soir sur France 2. Merci à tous les deux, vous restez avec nous. C'est l'heure de la story de Mohamed Bouhavsi. Vous pourrez répondre dans un instant François Bayrou.
Après les appels au boycott des produits russes et de la culture russe, le Kremlin contre-attaque sur les réseaux sociaux. Oui, c'est une autre conséquence malheureuse de l'invasion russe en Ukraine depuis le début de la guerre. Plusieurs commerces et notamment des restaurants russes installés en France sont désertés, parfois ils sont même menacés.
Vous n'avez plus que quitter la France dans les meilleurs délais, car votre présence n'est absolument plus souhaitée en France.
Au téléphone, elle a même été menacée de mort. Là, aujourd'hui, c'est tout frais, tout chaud. Oui, je n'ai pas honte de tuer le papa. Voilà.
Le 25, deux appels. Le 24 aussi.
Il est à la tête de l'un des plus vieux établissements russes de la capitale. Pourtant, il craint de devoir mettre la clé sous la porte si ce conflit s'éternise.
Certains commerces ont même décidé de changer de nom. L'un des plus beaux restaurants russes à Paris, la maison russe a troqué son nom en maison R pendant plusieurs jours. Un restaurateur près de Gap avait pour spécialité la poutine. Vous le savez, ce fameux plat québécois, homonyme du président russe.
Face à l'avalanche de haine, il a décidé de retirer ce plat de la carte. Plusieurs anonymes et centres culturels en France ont subi des menaces ces derniers jours.
J'étais chez un médecin français et je lui ai donné la carte vitale. Et vu que je suis russe, il m'a demandé, « T'es content ? Qu'est-ce que ton président a fait ? »
Il est impossible de ne pas remarquer. C'est donc une vraie, si vous voulez, une vraie hystérie anti-russe. En ce moment, c'est la chasse aux sourcières, vraiment. On a trouvé un ennemi. C'est la Russie. Et donc tous les Russes, maintenant, vous êtes russe. Ça veut dire que vous êtes un ennemi.
Dans le monde sportif, les clubs et la sélection russe ont été suspendus de toutes les compétitions par la FIFA et l'UFA.
Ils ne participeront donc pas à la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Cette semaine, les championnats du monde de patinage à Montpellier ont lieu sans les athlètes russes. Le milieu culturel russe a été impacté aussi. Le maire de Munich, en Allemagne, a congélié le chef d'orchestre de l'Opéra Philharmonic en raison de sa prétendue proximité avec Vladimir Poutine.
Valery Gergiev est seit vielen Jahren un freund Poutins. Beim blutigen Konflikt um Georgien hatte Gergiev ebenfalls Partei für Putin ergriffen. Oberbürgermeister Reiter und die Münchner Philharmoniker verlangen jetzt, dass sich Gergiev vom Krieg Russlands gegen die Ukraine distanziert. Öffentlich.
Wenn er sich nicht äußert oder wenn er sich nicht entsprechend klar und unmissverständlich articuliert, das heißt wirklich klar diesen Angriffskrieg verurteilt und auch noch mal zur Person Putin anders sich äußert als er es bisher getan hat, dann werden wir diesen Vertrag einfach beenden.
Face à toutes ces décisions, l'ambassade de Russie en France a décidé de contre-attaquer. Une vidéo de deux minutes a été diffusée lundi soir. La Russie utilise l'image d'un husky sibérien refoulé d'une fête pour chiens à cause de son origine pour illustrer la haine anti-russe. Une vidéo de propagande frôlant le ridicule et surtout très hypocrite au vu de ce qui se passe actuellement en Ukraine.
Anne Sinclair, cette vidéo indécente a été diffusée dans plusieurs pays européens.
L'idée c'est de faire fléchir l'Europe, de l'influencer. Cette guerre en Ukraine, c'est le plus grand défi de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ? Oui certainement. Je voudrais juste dire que c'est grotesque et qu'on a bien compris que la communication des Russes et de Poutine était nettement en dessous de celle des Ukrainiens et du président Zelensky. En revanche, sur le boycott, il y a des gens qui boycottent Dostoyevsky, il y a des gens qui boycottent Tchekov. Ça n'a aucun sens. En revanche, les soutiens de Poutine, ils doivent être en effet boycottés. Oui, c'est le plus grand défi depuis la dernière guerre mondiale.
D'abord par le nombre de réfugiés en Europe et puis surtout par la question qui nous est posée. Et c'est ça, c'est l'Europe est en première ligne. Parce que Poutine, il prétend que c'est l'OTAN, c'est une blague. Il prétend qu'il est encerclé, c'est un mensonge. Qu'est-ce qu'il ne supporte pas ? Il ne supporte pas les démocraties qui sont à sa porte et qui peuvent entraîner une contamination intellectuelle des Russes. Vous vouliez réagir, François Bayrou, à ce que disait sur l'effort de guerre auquel devait consentir l'Europe ? Oui. La question est, est-ce que Poutine va s'arrêter là ? Et il est probable qu'il ne s'arrêtera pas là.
Et moi, je ne suis pas de ceux qui disent, je connais beaucoup de gens qui disent, mais on ne pourra rien faire. Ce n'est pas vrai. Je pense que des décisions, et peut-être des décisions très importantes et très engageantes et très dangereuses, devront être prises. Pour l'instant, ce que l'Ukraine cherche, c'est qu'il y ait un cessez-le-feu. C'est un cessez-le-feu qui n'est pas facile à trouver, comme vous savez. Et c'est un cessez-le-feu dont les conditions ne peuvent pas être à l'encant. Parce qu'ils ne peuvent pas payer de leur vie la cessation des hostilités. Aragon dit ça quelque part dans un très beau texte.
Il dit « Car la lumière m'est précieuse, mais pas si je dois la payer du prix de mes deux yeux crevés ». Si l'Ukraine ne peut pas accepter sa disparition, est-ce que des décisions très engageantes, très dangereuses, devront être prises ? C'est tout à fait pensable et envisageable. Et c'est peut-être notre devoir le jour venu. Mais je ne crois pas que ce doit être fait sans essayer d'extirper la guerre au point où elle en est. La thèse d'Anne Sinclair, c'est… – Je n'ai pas de thèse. – Non, non, non, mais vous… – Je n'ai pas de thèse, je suis citoyenne, européenne. – Comme chacun d'entre nous. – Et donc, la thèse qui consiste à aller directement aux décisions les plus irréversibles.
– Ce serait irréversible de se priver de gaz russe l'hiver prochain ?
– Je ne sais pas si vous connaissez les sociétés dans lesquelles nous vivons, les économies dans lesquelles nous vivons la vie de tous les jours. Le gaz russe, en raison de la décision qu'ont prise les gouvernants allemands. – On le rappelait hier, Patrick. – Et qui est une décision, à mon sens, légère, on va dire ça comme ça. – De se mettre entre les mains. – Pour plaire à l'opinion, de se mettre totalement entre les mains de la Russie par l'intermédiaire de l'alimentation en gaz. C'est une décision qui a quelque chose de très léger. Elle a été prise dans l'enthousiasme général, avec le soutien d'un certain nombre de courants, écologistes en particulier.
Parce que c'était évidemment le moyen à léguer pour sortir du nucléaire. Ce conflit… – Les écologistes étaient défavorables au projet de gazoducs Nord Stream. – Pas ceux qui… – Les écologistes allemands ont échangé la fin du nucléaire contre la création de centrales électriques pilotables. – C'est vrai.
– Voilà. – Il nous reste une minute. – Voilà. Non, mais je veux dire simplement
que nous avons une responsabilité que nous devrons exercer, mais pas l'exercer sans avoir essayé, j'allais dire une dernière fois, de sauver de la guerre les sociétés dans lesquelles nous sommes. – Bien sûr, tout dépend de savoir justement à partir de quel moment Poutine sait que nous dirons non. C'est ce que Zelensky demande, c'est ce que Glucksmann en France dit, ce qu'un certain nombre de gens disent, c'est que si on ne dit pas aujourd'hui à Poutine, on n'ira pas plus loin, ne comptez pas sur nous pour nous suicider ou nous soumettre, Poutine continuera. C'est tout le débat.
– Ce que Zelensky a dit, c'est la dernière phrase, ce que Zelensky a dit dans son intervention à l'Assemblée nationale et dans plusieurs interventions, c'était que la France et le président de la République française servaient l'intérêt de l'Ukraine, les aidaient. – Merci beaucoup, merci François Bayreau d'être venus ce soir, merci Anne Sinclair. La rafle des notables, c'est ce soir à 22h45, excellent film documentaire réalisé par Gabriel Lebaumin. Merci beaucoup à tous les deux d'être venus ce soir.
On se retrouve dans un instant avec nos invités, Mathilde Seigné, Gérard Lanvin, le quintuple médaillé olympique, Quentin Fillon-Maillet, je cherche son prénom, et puis Delphine Bateau, aussi soutien de Yannick Jadot. A tout de suite pour le dîner de 7 avos. – Sous-titrage ST' 501
François Bayrou