Pouvoir d'achat : au secours, la crise revient ! - C dans l’air - 15.05.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 20 %Défensif 70 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on est à la veille d'une crise économique ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on vit une crise économique ?
- 3:00RelanceRéponse directe
Vous dites que ça va s'empirer et qu'on n'a pas encore vu le pire.
- 3:30OuverteRéponse directe
Avec toujours la peur d'une récession ?
- 5:00OuverteRéponse directe
30 % de consommation de carburant les 10 premiers jours de mai. Que veut dire ce chiffre ?
- 7:00OuverteRéponse directe
Quelles pourraient être les nouvelles aides ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00G.MackeFait
« On vit un début de crise. Etrangement, l'économie s'est montrée assez résiliente jusqu'ici. »
- 2:30G.MackeChiffre
« Croissance zéro. Cette année, on pense que ce sera zéro, au mieux. »
- 5:30C.Michel-AguirreChiffre
« S.Lecornu a annoncé que sur les 10 premiers jours de mai, la baisse de consommation de 30 % a entraîné une chute des recettes fiscales de 300 millions d'euros. »
- 6:30C.Michel-AguirreFait
« Pas de consommation, pas de TVA, pas d'activité économique, une hausse des défaillances d'entreprises de 5 %... »
- 8:30C.Michel-AguirreChiffre
« Le gouvernement a annoncé 3 millions d'euros débloqués ces dernières semaines. »
- 11:30P.GeoffronFait
« La Banque de France nous dit qu'on pourrait aller de 0 à 0,9. Je ne vois pas comment on pourrait aller flirter avec les 1 % sur la base desquels le budget était construit. »
- 14:30G.MackeFait
« Il reste des réserves stratégiques dans lesquelles on ne peut pas taper entièrement non plus. »
- 19:00P.GeoffronChiffre
« La Cour des comptes dit que tout ça a coûté 70 milliards. »
- 27:00G.MackeChiffre
« Il y a 13 millions de personnes en France dont on pense qu'elles sont dépendantes de leur voiture. »
- 31:00G.MackeFait
« On a globalement fait augmenter les obèses et les alcooliques. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
à la maison. ... - A.Casse: Bonsoir.
Bienvenue. Est-ce qu'on est à la veille d'une crise économique? Pouvons-nous encore éviter le mur qui se dresse devant nous avec une inflation qui s'installe, un prix du carburant qui reste élevé et un chômage qui atteint son plus haut niveau depuis 5 ans, une dette qui explose?
Les Français mesurent dans leur vie de tous les jours les conséquences de la fermeture du détroit d'Ormuz. Bonsoir, G.Macke.
Vous êtes la directrice déléguée de la rédaction de "Challenges". C.Michel-Aguirre, bonsoir.
Vous êtes grand reporter au "Nouvel Obs". Vous avez coécrit "Le Grand détournement". P.Geoffron, bonsoir.
Vous êtes professeur d'économie à Paris-Dauphine, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie. G.Sliman, bonsoir.
Vous êtes président et cofondateur de l'institut de sondage Odoxa. Votre dernier sondage montre que les Français n'ont pas le moral. Quand on regarde les chiffres, l'inflation s'accélère encore.
Le chômage repasse la barre des 8 %. Les achats de carburant baissent de 30 % les 10 premiers jours de mai tellement les prix sont élevés. Est-ce qu'on vit une crise économique? - G.Macke: On vit un début de crise.
Etrangement, l'économie s'est montrée assez résiliente jusqu'ici. On a vécu une succession de crises en gros depuis le covid et après, la guerre en Ukraine, la guerre douanière de D.Trump, maintenant la guerre en Iran...
En France, il y a aussi eu la dissolution de l'Assemblée nationale, l'absence de majorité qui a créé un contexte morose. Jusqu'ici, l'économie, malgré tout, a été assez résiliente. Mollement résiliente, autour de 1 % de croissance, mais quand même...
Là, on sent que c'est fini. On est arrivés au bout de la résilience qui était possible. Croissance zéro.
Cette année, on pense que ce sera zéro, au mieux. Inflation...
Forcément, elle ne va faire qu'empirer. Dès qu'on a une crise énergétique, après, il y a un effet de diffusion dans le reste de l'économie. - A.Casse: Vous dites que ça va s'empirer et qu'on n'a pas encore vu le pire. - G.Macke: Voilà.
Et le chômage, on y arrive...
L'emploi avait bien résisté. Le chômage repasse la barre des 8 %. Là, je trouve que oui, on peut se dire qu'on est dans un début de crise économique en France. - A.Casse: Avec toujours la peur d'une récession? - P.Geoffron: Oui.
La Banque de France nous dit qu'on pourrait aller de 0 à 0,9. Je ne vois pas comment on pourrait aller flirter avec les 1 % sur la base desquels le budget était construit. 2 phénomènes se combinent.
Il faut les distinguer. Lorsque le prix de la pompe passe au-delà des 2 euros, les gens se déplacent moins. C'était spectaculaire début mai. - 30 % sur les 10 premiers jours.
Il y a aussi des comportements de précaution qui consistent à dire que dans un environnement aussi incertain, l'Etat a moins les moyens de faire jouer la solidarité. On a enchaîné les chocs. A chaque fois, le "quoi qu'il en coûte" a été dégainé.
Aujourd'hui, ça n'est plus possible. - A.Casse: Pour les Français, c'est déjà la crise. - 30 % de consommation de carburant les 10 premiers jours de mai.
Que veut dire ce chiffre? Il vous surprend? C'est quand même important. - G.Sliman: Il ne me surprend pas.
On était déjà dans une situation de pessimisme majeur depuis la dissolution. On a, avec G.Macke, un baromètre mensuel sur l'économie.
Sur ce baromètre, on est sur des indices extraordinairement bas depuis la dissolution. On avait le sentiment qu'on pouvait difficilement faire pire. Eh bien si!
La guerre au Moyen-Orient est arrivée. Sur le dernier baromètre, 83 % des Français se disent plus défiants sur l'avenir de la situation économique du pays. Pour illustrer ce que vous venez de dire sur les Français et les prix à la pompe, dans un précédent sondage il y a quelques semaines pour "Le Figaro", 58 % des Français disaient qu'ils étaient en train de s'adapter à cause de la hausse des prix à la pompe.
Ils renoncent à des déplacements pour 42 % d'entre eux. Ils font du covoiturage. Certains nous disent qu'ils renoncent à aller à la pompe et diffèrent leur achat d'essence.
La situation était déjà très grave et ne fait que s'empirer, au point de vue de l'opinion. - A.Casse: Une retraitée du Pays basque dit ceci dans "Le Monde".
Cette baisse de consommation de carburant fait aussi plonger les recettes fiscales de l'Etat, qui sont censées ensuite nourrir des aides. - C.Michel-Aguirre: Oui.
C'est une règle économique de base. On a eu un petit effet rebond. La hausse des prix du carburant a gonflé les recettes via la TVA.
La conséquence ne s'est pas fait attendre. La consommation a chuté. Cette fois, ce sont les taxes qui sont sur les volumes de ventes de carburants qui sont à la baisse.
S.Lecornu a annoncé que sur les 10 premiers jours de mai, la baisse de consommation de 30 % a entraîné une chute des recettes fiscales de 300 millions d'euros. Si on soustraie la petite hausse dont je parlais tout à l'heure qu'il y avait eue en mars et avril, aujourd'hui, c'est un manque à gagner de 105 millions d'euros sur les recettes fiscales sur le carburant.
Mais après, tout va à l'avenant. Pas de consommation, pas de TVA, pas d'activité économique, une hausse des défaillances d'entreprises de 5 %...
Ca veut dire aussi une baisse de l'impôt sur les sociétés. Le pouvoir d'achat en berne, ça veut dire une stagnation de l'impôt sur les revenus. Tout s'enchaîne.
Quand l'activité n'est pas là, les recettes ne sont pas là. - A.Casse: Quelles pourraient être les nouvelles aides?
Le gouvernement prend son temps pour les annoncer. A quoi pourraient ressembler ces mesures? - C.Michel-Aguirre: Pour l'instant, le gouvernement a annoncé, contrairement à ce que fait Trump...
D.Trump, aux Etats-Unis, a annoncé un gel des taxes. La France l'avait fait en 2022.
Cette fois, ce n'est pas possible. La marge budgétaire est nulle. S.Lecornu a annoncé des aides ciblées sous plusieurs formes.
Des remises sur le prix au litre pour un certain nombre de catégories socioprofessionnelles, les agriculteurs, les pêcheurs, les PME du bâtiment...
Il a annoncé également des prêts flash carburant. Les entreprises de ces mêmes secteurs, y compris les transporteurs qui pourraient se trouver en situation de tension de trésorerie, peuvent avoir accès à un prêt flash. Le gouvernement a annoncé 3 millions d'euros débloqués ces dernières semaines.
Il y a aussi une disposition pour les grands rouleurs modestes, c'est-à-dire les personnes qui utilisent leur voiture pour des raisons professionnelles et qui peuvent démontrer qu'elles ont un revenu modeste. Je ne vois pas arriver un grand plan d'aide tel qu'on l'a connu par le passé. Comme vous le savez, la dette a explosé.
Nous nous sommes engagés, en tout cas le gouvernement, à maintenir le déficit budgétaire à 5 %. Pour faire le lien avec ce que disait Gaëlle, cette confiance en berne s'explique aussi par le fait que le gouvernement n'a pas de marge de manoeuvre et que la situation politique est complètement bloquée, paralysée en vue des élections présidentielles de 2027. - A.Casse: On verra tout à l'heure s'il y a des raisons d'espérer.
On se demande d'abord si tout ça pourrait nourrir une colère. Tous les signaux économiques semblent clignoter rouge pour la France. Il y a aussi les gagnants de la crise qui sont pointés du doigt, comme le groupe Total. - L'inflation à la pompe n'a pas encore réduit les bouchons pour ce week-end de l'Ascension, mais les Français partis pour l'occasion ont déjà dû faire des choix. - On a décidé de partir un seul week-end.
Sur place, on limite les déplacements. - Partir moins loin et rouler moins au quotidien. La consommation de carburant en France a baissé de 30 % depuis le début du mois.
Face à la flambée des prix, ceux qui le peuvent laissent leur voiture au garage et optent pour les transports en commun, comme ici à Dunkerque, où le bus est gratuit. - C'est un plus pour mon porte-monnaie. - La voiture, je l'utilise moins.
Je prends plus le bus. - Les hausses de tarifs ne se limitent déjà plus au carburant. En avril, l'inflation tous biens confondus est remontée en France à 2,2 %. - On fait moins de sorties payantes.
Le budget est parti dans la nourriture ou les choses à acheter pour le quotidien. Une sortie cinéma, je vais y aller moins souvent. C'est cher.
Bonne journée! - Lassitude et inquiétude auxquelles tente de faire face le gouvernement. Le Premier ministre a prévenu au début du mois... - S.Lecornu: Cela va durer.
C'est systémique. - Mais les aides ciblées annoncées jusqu'ici pour les grands rouleurs, les agriculteurs, les pêcheurs ou le transport routier n'ont pas satisfait les oppositions qui accusent même l'exécutif de faire diversion. - J.-P.Tanguy: Ils se moquent des Français. - F.Roussel: Bloquer les prix de l'essence, c'est faisable.
Taxez l'industrie pétrolière qui se gave! C'est insupportable! - Réponse du ministre de l'Economie cette semaine: les aides vont être ajustées mais la baisse de la consommation a déjà fait chuter les recettes fiscales pour l'Etat, qui ne compte pas refaire du "quoi qu'il en coûte". - R.Lescure: La stratégie, qui est la nôtre depuis le début, sera toujours la même: focaliser sur ceux qui en ont le plus besoin, qui travaillent, qui ne doivent pas faire les frais de cette crise qui nous concerne tous. - Les défaillances ont augmenté de plus de 6 % au premier trimestre. 19 000 dossiers déposés.
Ces derniers jours, Minelli, ou Bouchara ont annoncé leur mise en redressement judiciaire. Plusieurs milliers d'emplois pourraient disparaître. - On est tous très anxieux. - La Plastics Vallée abrite plus de 300 usines qui sont confrontées à une flambée des matières premières. - Voilà le produit final. - Cette entreprise fabrique ces produits du quotidien depuis bientôt 80 ans. - Ce sont des billes de matières plastique que nous transformons.
Aujourd'hui, elles valent bientôt le prix de l'or. Ca augmenté en 3 semaines. La projection, c'est 50 % dans quelques semaines. - Une marchandise également bloquée en grande partie dans le détroit d'Ormuz.
L'amenuisement des stocks menace aussi l'activité. - Derrière, on ne fournira pas nos clients... - Des conséquences potentielles en cascade qui ont conduit la Banque de France à revoir à la baisse sa prévision de croissance pour le pays cette année.
Elle devrait repasser en dessous de 1 %. - A.Casse: Le climat se tend.
Il y a plusieurs exemples, notamment cette station-service à Albi qui a été aspergée de faux pétrole. "Total profite, le peuple subit". - G.Macke: Il y a des questions autour de TotalEnergies.
La Commission européenne... 6 pays européens avaient demandé depuis mars à la Commission européenne de taxer les superprofits pétroliers, comme ça avait été fait en 2022.
Il y avait eu une taxation sur l'ensemble des énergéticiens à l'époque, qui avait rapporté plusieurs milliards. La France ne s'est pas jointe à cette demande. - A.Casse: Pourquoi? - G.Macke: Parce que dans les pays européens, il y a un pays qui a une grande major pétrolière, c'est la France. - A.Casse: Il y a un double discours.
Quand la porte-parole du gouvernement est interrogée sur le fait de taxer ou non les superprofits, elle ne répond pas non. - G.Macke: S.Lecornu a dit qu'il serait possible de taxer les marges.
Pas de plafonner les prix, mais de plafonner les marges du pétrolier. En l'occurrence, TotalEnergies avait, de manière assez maligne, comme il l'avait déjà fait en 2022, devancé l'appel en mettant en place des ristournes en mars et en avril. Elles sont terminées.
La question va se poser. Déjà, au premier trimestre, ils ont affiché des profits plantureux. Ca va continuer.
C'est mécanique, pour une compagnie pétrolière. C'est peut-être une petite marge que se garde le gouvernement qui veut, à mon avis, utiliser le plus tardivement possible... - A.Casse: Peut-être que le gouvernement... - G.Macke: S.Lecornu l'a dit et la porte-parole du gouvernement aussi.
Ils cherchent à étaler car ils savent que cette crise va durer dans le temps. Ils n'ont pas beaucoup de marge de manoeuvre. - A.Casse: Le patron de Total sera interrogé le 17 juin par les députés.
Est-ce que le gouvernement n'aura plus le choix, à un moment? Les leviers sont peu nombreux. Il faudra demander davantage à Total? - C.Michel-Aguirre: Je suis assez dubitative sur l'efficacité d'un tel dispositif.
Pourquoi? A chaque fois que le gouvernement a fini au pied du mur ces dernières années, par mettre une taxe sur les énergéticiens, sur les superprofits...
Le dispositif, a été, comment dire, créé de telle sorte que ça a rapporté beaucoup moins que ce qui était prévu. - A.Casse: Mais ça a rapporté quand même. - C.Michel-Aguirre: C'est toujours mieux que rien, en effet, mais ça a rapporté moins.
L'espèce de passes d'armes...
Il y a un espèce de chantage qui ne dit pas son nom entre le gouvernement et monsieur Pouyanné. Il a fait un plafonnement des prix qui, je crois, se poursuit au mois de mai. S.Lecornu, il y a quelques jours, a quasiment tendu ses billes en demandant à continuer ce plafonnement encore quelques semaines.
Pouyanné a tapé sur les doigts de S.Lecornu en disant: "S'il y a une taxe sur les superprofits, il n'y aura plus de plafonnement et on réfléchira à comment répartir nos bénéfices et notre activité." Tout ça, ce sont des pis-aller.
Monsieur Lecornu a dit à l'Assemblée: "Cette évolution est systémique. La crise au Moyen-Orient n'est pas prête de s'arrêter. Les tarifs douaniers explosent.
On a un contexte géopolitique qui est en train d'être bouleversé. Même si on arrive à grappiller..." Il faut réfléchir à la répartition de la valeur entre les ménages qui ne peuvent plus boucler leurs fins de mois et TotalEnergies qui a augmenté ses bénéfices de 51 % au 2e trimestre.
Mais tout ça, pour l'instant, ce sont des rustines sur un pneu qui fuit. - A.Casse: Question. - P.Geoffron: Si vous posez la question à P.Pouyanné, oui, de toute évidence.
On a un débat filandreux dont on ne se tirera jamais. La taxe en 2022, c'était sur les prix de l'électricité qui montaient très haut, entraînés vers le haut par les prix du gaz. Il était possible à ce moment-là de récupérer ces profits qui tombaient du ciel, comme disent les anglo-saxons.
Il était possible de les récupérer parce que ça se passait chez nous, pour l'essentiel. Pour l'essentiel, les profits dont on parle sont réalisés ailleurs. Tout ce que j'entends sur la taxation des profits, sur le blocage des prix...
Lorsqu'on est sur un marché en récession, si on veut avoir la garantie de ne plus avoir d'essence à la pompe, bloquons les prix. Il me semble que ça fait partie de ces sujets qui nous suroccupent et nous détournent de l'essentiel. - A.Casse: Quel est l'essentiel? - P.Geoffron: Les efforts demandés à Total, dans l'état actuel des choses, mettent le bazar sur la distribution de carburant.
Il y a des endroits où c'est moins cher du fait du plafonnement. Dans d'autres, ce n'est pas possible. Dans les petites stations en milieu rural, parfois des stations d'économie mixte...
Si on voulait être cohérents et essayer de trouver des moyens de ne plus rester exposés, il faudra demander à Total de trouver des moyens pour un plan de financement du leasing social pour acheter des véhicules électriques. Ou alors, pour renforcer ses efforts d'investissement dans le réseau de recharge électrique. Tout le reste, c'est du paracétamol. - A.Casse: Vous dites qu'il faut penser à long terme. - P.Geoffron: En 2022, l'argent public mis en oeuvre pour les ristournes à la pompe qui avait été protectrices pendant 9 mois, c'est 8 milliards.
On avait fait bien plus...
Les prix du gaz et de l'électricité avaient été gelés. La Cour des comptes dit que tout ça a coûté 70 milliards. - A.Casse: J'ai envie de vous soumettre cette question. - G.Macke: C'est toujours un peu difficile... - A.Casse: G.Sliman d'abord. - G.Sliman: C'est ce que pensent les Français.
Dans notre sondage réalisé il y a une quinzaine de jours, plusieurs Français nous disaient avoir dû adapter leur comportement. Il y avait 3 résultats-clés. 83 % des Français disaient qu'ils étaient touchés par cette hausse des prix.
La moitié disait être touchée gravement. En réponse à ce que vous indiquiez tout à l'heure, les 3/4 des Français disaient que le gouvernement devait faire quelque chose. Il y avait un ange ou un démon dans leur tête qui disait "on sait qu'il ne le fera pas".
On leur a posé la question de "gilets jaunes". 79 % des Français disent le craindre. Est-ce que ça veut dire que les Français sont de bons pronostiqueurs de crise sociale?
Pas nécessairement. L'étincelle qui avait mis le feu aux poudres au moment des "gilets jaunes", ce n'était pas le prix du carburant. C'était l'idée que le gouvernement allait vous punir, vous qui étiez un pauvre automobiliste qui aviez besoin de votre voiture pour aller travailler.
Là, la situation est différente. Certes, les Français souffrent et espèrent du gouvernement une action positive, mais ils ne peuvent pas lui reprocher de faire quoi que ce soit pour les enfoncer davantage. Ca limite le risque d'un mouvement type "gilets jaunes".
En revanche, les réponses de S.Lecornu sur les mesures ciblées ne parviendront pas à satisfaire les Français. Les gens nous disent, dans les enquêtes, qu'ils veulent que l'on fasse comme en Espagne, que le gouvernement baisse les taxes pour ne pas "se gaver" sur leur dos.
Tant qu'il ne le fera pas, il y aura le risque d'accentuer les colères sociales. C'est un risque plus faible. Par rapport à Total et à la taxation des superprofits, c'est quelque chose qui revient régulièrement et qui n'est pas très efficace.
C'est un enjeu politique. C'est pour ça que les forces d'opposition le réclament toutes quasiment. - A.Casse: On se demande quel sera le moment le plus dur pour les Français.
P.Pouyanné disait que si le blocus du détroit d'Ormuz perdurait, la France se retrouverait dans un blocus énergétique. - G.Macke: Il s'est fait taper sur les doigts par le ministre de l'Industrie. "C'est trop tôt pour parler de pénurie".
C'est vrai qu'on n'a pas encore complètement tapé dans nos réserves stratégiques. Il reste des réserves stratégiques dans lesquelles on ne peut pas taper entièrement non plus. Il en reste.
Mais cette perspective de pénurie n'est plus, je pense, totalement exclue. La situation dans le détroit d'Ormuz reste bloquée. - A.Casse: Même si elle se débloquait demain, on ne s'en sortirait pas pour autant? - G.Macke: On aurait 2 ou 3 mois pour retourner à la normale.
En l'occurrence, elle ne se débloque pas. On arrive dans ce scénario qu'évoquait P.Pouyanné de dire que si le détroit restait bloqué encore plusieurs mois...
Pour l'instant, il n'y a pas tellement de perspective de déblocage. On reste sur un plan géopolitique...
La situation reste au point mort. - A.Casse: En juillet, ce sont les départs en vacances.
On a l'impression que les Français font attention à ne pas trop prendre la voiture parce qu'ils espèrent partir en vacances. Ce sera peut-être le pire de la crise. - P.Geoffron: On ne peut pas l'exclure.
Le problème, ce n'est pas la pénurie. On a eu la préfiguration début mai de ce qui pourrait advenir. On a eu une baisse de 30 % de la consommation de carburant.
C'est parce que le carburant était devenu trop cher. Il y a une adaptation de la demande. On commence à l'observer au niveau mondial et encore plus en Asie.
L'essentiel du brut et des produits transformés allait vers l'Asie. Les difficultés sur lesquelles on pourrait buter durant l'été, c'est d'avoir des contraintes sur la mobilité ou des contraintes sur le pouvoir d'achat, qui réduiraient la détermination, l'anticipation d'aller en vacances. - A.Casse: Vous nous dites Que la pénurie de kérosène, peut-être? - P.Geoffron: Ca pourrait déboucher sur un autre problème pour nous, qui sommes la première destination mondiale, avec des visiteurs qui ne viennent pas tous d'à côté.
Le tourisme lointain en provenance à la fois d'Asie et des Etats-Unis...
Cette question du pouvoir d'achat pèse également au niveau américain. Evidemment, ça va peser sur nous. C'est un vrai sujet sur la croissance au regard du poids du tourisme dans l'économie française. - A.Casse: On a encore du mal à imaginer ce qui nous attend.
On sait qu'il y a un mur, mais on ne sait pas à combien de mètres on est du mur. - C.Michel-Aguirre: Aucune anticipation n'est faite, malheureusement, pour les raisons qu'on connaît.
Un gouvernement très faible, qui est surtout occupé à ne rien faire, un budget qui va être un casse-tête à négocier et une situation politique complètement bloquée jusqu'à 2027. Sur votre question des "gilets jaunes", je n'imagine pas une explosion sociale avant les élections, parce que tout le monde attend de savoir ce qui va se passer. En revanche, le prochain ou la prochaine présidente et le prochain gouvernement seront attendus au tournant.
On voit bien l'angoisse, les difficultés de pouvoir d'achat s'accumuler et la situation sociale post-élections sera certainement explosive. Par ailleurs, je dirais qu'on a aussi un voile qui est tombé sur la situation économique qui était la nôtre ces dernières années. On a pu croire que ça n'allait pas si mal, mais dans le fond, il y avait un certain nombre d'indicateurs, le creusement des inégalités, la disparité des situations, le pouvoir d'achat...
Pour un certain nombre de catégories sociales, ça allait de plus en plus mal. Tout ça peut donner un contexte assez explosif dans un an. - A.Casse: On a vu tout à l'heure la citation de R.Cayrol.
Est-ce qu'il ne va rien se passer jusqu'à la prochaine présidentielle? On peut aussi ajouter cette déclaration ce matin de Jean-Philippe Tanguy, du RN, qui se demande si la gestion de crise de l'hantavirus n'est pas une diversion. - G.Sliman: Pour répondre à J.-P.Tanguy, dans notre dernier sondage paru ce matin, pour une fois, les Français sont contents sur un sujet d'action du gouvernement qui est son attitude à l'égard de l'hantavirus, en estimant qu'on prend les mesures suffisantes, même trop.
Sur le fait que le gouvernement ne fasse rien...
C'est la situation politique, depuis la dissolution, qui contraint les gouvernements, à ne pas pouvoir faire grand-chose. C'est le péché originel d'E.Macron, d'avoir procédé à cette dissolution et de ne pas en avoir tiré toutes les conséquences. 2 de ses derniers Premiers ministres lui ont donné de précieux conseils, dont E.Philippe, qui disait qu'il ferait mieux de démissionner.
Les Français ne lui mettent pas une pression là-dessus, mais c'est ce qu'une majorité d'entre eux aurait souhaité et souhaite encore. Ils estiment que, quelque soit le prochain chef de l'Etat, il aura plus de moyens d'action que le gouvernement actuel. Vous avez une assemblée divisée en 3.
On ne peut pas demander au RN, aux insoumis et aux autres partis de se mettre d'accord sur des sujets fondamentaux du quotidien aujourd'hui. On est bloqués. Les Français en ont parfaitement conscience. - A.Casse: Question. - G.Macke: Oui...
Ca commence à se voir. Quelques personnes commencent à démissionner ou envisagent de changer de poste pour se rapprocher de leur domicile. Il y a des personnes, par exemple des aides à domicile, qui ont des salaires très bas, qui se retrouvent à devoir faire beaucoup de kilomètres pour aller visiter les personnes auxquelles elles viennent en aide.
Il y en a qui abandonnent le métier. Pour l'instant, c'est pas des exemples en masse, mais ça commence à venir. Au-delà de ça...
Il y a 13 millions de personnes en France dont on pense qu'elles sont dépendantes de leur voiture. Elles sont en périphérie ou en campagne. Elles n'ont pas d'autres moyens de transport que la voiture ou elles sont en horaires décalés... 30 % de baisse nationale de consommation de carburant en 10 jours, c'est vraiment considérable, rapporté au nombre de gens qui ont vraiment besoin de la voiture.
Ces gens utilisent toutes les ficelles possibles: covoiturage, télétravail, vélo...
Les réservations de Transiliens ont augmenté. - A.Casse: C'est bon pour la planète. - G.Macke: Sans aucun doute.
On ne va pas pouvoir aller bien au-delà sans avoir un effet sur le marché de l'emploi. - A.Casse: A quel point on a changé nos comportements?
C'est aussi ce qui est scruté par les banques centrales. Qu'est-ce qu'on arrête d'acheter? Qu'est-ce qu'on achète différemment?
Qu'est-ce qu'on a changé en quelques semaines? - G.Macke: En 2022, quand l'inflation a commencé à arriver, les Français ont réagi avec retard.
Ca faisait 10 ans qu'on n'avait pas eu de grosse inflation. Les gens ne savaient pas ce qu'était un mouvement inflationniste. Il y a eu une inflation massive de 20 % pour les produits alimentaires.
Il y a eu un peu de retard à l'allumage et des comportements tardifs de réajustement. Là, la consommation a déjà baissé. Le niveau d'épargne est à un taux record.
Les gens s'ajustent tout de suite. Pour les ménages moyens, 1/3 des dépenses sont des dépenses contraintes. Le loyer, les factures d'électricité, de chauffage...
En gros, pour des ménages aux moyens modestes, ça peut monter jusqu'à 2/3. Tout ce qui n'est pas complètement contraint, on change. La nourriture, on descend en gamme.
On n'est pas obligés de manger bio...
Tout ce qui est sorties, prévisions de vacances, même le café qu'on prend le soir avec les amis, on va acheter un pack de bière et on va le prendre à la maison avec les amis au lieu d'aller au bistro. - A.Casse: On a encore des moments de plaisir, mais chez soi? - G.Macke: Plus chez soi.
Et l'habillement est souvent un baromètre. Tout de suite, les dépenses d'habillement baissent. Des enseignes ferment.
Ce n'est pas étonnant, dans ce secteur. Tout ce qui n'appartient pas à ces dépenses strictement contraintes, on fait des arrangements. - A.Casse: On voit les prix qui ont commencé à augmenter.
Quels sont les prix qui vont nous faire le plus mal? On voit notre dépendance...
On parlait du prix des médicaments qui va augmenter. Quels sont les prix qui vont bouger? - P.Geoffron: Ca va dépendre de la durée du choc.
On fait comme si on était en 73 et qu'on allait enchaîner les chocs. En 73, l'affaire a duré 10 ans. Là, on est à un trimestre.
Ni les Iraniens ni les Américains n'ont la capacité à faire perdurer ce conflit cette année et au-delà. On peut imaginer un scénario plausible dans lequel les flux pourraient reprendre d'ici la mi-année. - A.Casse: Ca veut dire que vous pensez qu'en juin...
Ca va s'arranger? J'essaie de traduire cette formule! - P.Geoffron: Je précise...
Du côté iranien, il y a un engorgement qui est en train de se produire. Ils produisent du pétrole dont ils ne savent plus quoi faire. Tout ça endommage leur système au niveau industriel.
Il y a une espèce de montre qui tourne et qui n'est pas à l'avantage des Iraniens. Du côté américain, la problématique est différente. On s'avance doucement mais sûrement vers les midterms.
La proposition de baisser les taxes, ça va à peine les écorner. Il me semble qu'il est raisonnable d'imaginer que les choses vont se détendre à la mi-année. Si les choses se détendent à la mi-année, avec un prix du baril qui pourrait redescendre progressivement aux alentours de 80.
Les prix, normalement, auraient dû être aux alentours de 60. Notre vie va s'améliorer parce que les prix à la pompe vont repasser sous les 2 euros et on va sortir du brouillard. Le taux d'épargne est stratosphérique, à 18 %.
Dès qu'on sera sortis du brouillard, on peut espérer aller mieux. Ce n'est pas revenir aux prévisions de 1 % de croissance, mais on peut espérer éviter la récession. - A.Casse: C.Michel-Aguirre, je vous sentais frémir. - C.Michel-Aguirre: Je voulais poursuivre sur ce que disait Gaëlle... - A.Casse: Lequel? - C.Michel-Aguirre: "La", Gaëlle.
On voit les comportements se modifier. On l'a vu sur l'habillement avec l'explosion des commandes sur les plateformes chinoises, Shein et Temu. Vous n'avez pas pu échapper à la polémique Master Poulet, cette chaîne de fast-food alimentaire à base de poulet... - A.Casse: Du poulet qui n'est pas frit mais grillé. - C.Michel-Aguirre: Je ne vais pas rentrer dans les détails...
En revanche, j'ai retenu... - A.Casse: Pas forcément de la malbouffe. - C.Michel-Aguirre: Sans doute. - G.Macke: Il ne faut pas regarder de près la qualité du poulet, quand même... - C.Michel-Aguirre: Les consommateurs y vont parce qu'ils peuvent manger à satiété pour 6 à 9 euros.
Les mêmes disent que pour eux, McDonald ou Burger King... - A.Casse: Il faut qu'on en dise 4... - C.Michel-Aguirre: Ils sont devenus trop chers.
Vous imaginez la modification des chaînes pour que ces chaînes de fast-food qui ont cassé les prix il y a 20 ans soient devenues trop chères. Ce qui va se passer, c'est une modification et une offre, parce que l'économie s'adapte, vers le low cost... - A.Casse: Est-ce que les petits restos style bistros sont voués à disparaître pour être remplacés par ces enseignes de fast-food qui ont les mêmes moyens d'acheter... - G.Macke: McDonald vient de ressortir un menu à 5 euros.
Ils ont vu qu'ils étaient trop montés en gamme et qu'il fallait, pour concurrencer ces nouvelles chaînes qui arrivent, revenir à la base et au low cost. Dans les défaillances d'entreprises, il y a les restaurants. - C.Michel-Aguirre: Je voulais juste repréciser une chose.
Ce qui est en train de se passer se fait en même temps sur un fond d'enrichissement des plus riches complètement fou. La Bourse de New York va bien, la Bourse de Paris va bien...
Les marges des multinationales vont très bien. Le classement des 500 plus grandes fortunes que G.Macke publiera mi-juillet montrera très certainement une nouvelle augmentation des plus riches.
Encore une fois, on est dans un approfondissement, un durcissement de tendance qui remonte à bien avant et qui montre une augmentation des inégalités et une concentration des richesses. Le monde n'est pas devenu moins riche. C'est la concentration des richesses qui s'est déplacée.
Elles sont passées des classes moyennes vers les classes très supérieures. - A.Casse: Je continue à faire la liste des mauvaises nouvelles.
Il y en aura une bonne à la fin. Pourquoi les seniors n'intéressent-ils plus les recruteurs? Ils sont sans emploi alors qu'ils n'ont pas encore l'âge de partir à la retraite. - 7h30, l'heure du départ pour le fils de Valérie.
Un moment difficile car si Kevin part au lycée, Valérie reste chez elle. A 52 ans, elle ne trouve pas d'emploi. - J'ai un décalage par rapport à sa journée.
J'ai plus ce cadre où je suis obligée de me préparer...
Je ne suis pas forcément le modèle à suivre. C'est lourd. - Ancienne gestionnaire comptable, Valérie passe ses journées à candidater.
Mais à chaque fois, c'est la même réponse. - "Sans nouvelle de notre part dans un délai de 3 semaines à compter d'aujourd'hui, veuillez considérer que votre candidature n'est pas retenue". C'est une réponse négative.
Ca fait déjà largement plus de 3 semaines et je n'ai aucune nouvelle. Je ne sais pas quelle est la problématique sur ma candidature. Je ne saurai rien. - Selon elle, il y a bien une raison à ces refus: à 52 ans, Valérie est considérée comme senior par les employeurs, avec l'idée qu'elle serait moins à l'aise avec les outils numériques. - On a suivi les évolutions informatiques, les évolutions managériales.
J'ai du mal à comprendre ce type d'arguments. C'est pas écrit. C'est dit.
C'est subtilement suggéré, plutôt. Il y a une espèce de pression. C'est pas voulu négativement, mais des collègues pouvaient me dire "à ton âge, ça va être plus difficile"...
On est nourris, quelque part, de tout ça. Pourquoi? Parce qu'on a plus de 50 ans. - En France, 21 % des 55-61 ans se retrouvent sans emploi ni retraite.
En Haute-Marne, Jean-Noël, 58 ans, part en promenade dès qu'il le peut. - Prendre l'air et surtout avoir une activité créative pour me sortir d'une recherche d'emploi assez astreignante. - Sans emploi depuis 2020, il a développé une activité de photographe pour compléter ses 1500 euros de chômage. - C'est rester actif.
Si on se démotive en restant devant la télé, ce n'est pas la télé qui va prendre le crayon pour rédiger des lettres ou pour aller au-devant des contrats. - Bonjour! Ca va? - Oui. - Le cinquantenaire peut compter sur le soutien de ses parents. - Tu n'as pas eu de nouvelles des 3-4 entreprises que tu avais contactées? - Non.
C'est resté lettre morte. - Je suis arrivé dans mon entreprise, je connaissais rien. C'était comme ça, à l'époque.
Les gens n'avaient pas à chercher beaucoup. - La contradiction est assez forte. On oblige les gens à aller jusqu'à 64 ou 67 ans, mais on ne les embauche pas.
Comment on va faire? J'aimerais que le ministre du Travail commence à se poser la question. C'est bien beau de dire qu'on diminue les aides, qu'il n'y a qu'à traverser la rue...
J'ai traversé la France entière pour trouver des emplois. On n'a rien. - Un sujet sensible dans un contexte de vieillissement démographique.
D'ici 10 ans, la majorité de la population active aura plus de 45 ans. - A.Casse: Des témoignages qui vous font réagir, notamment quand on entend cet homme ne pas trouver sa place, et trouver une contradiction dans le discours fait par les politiques. - G.Sliman: C'est l'effet ciseau que l'on note dans beaucoup d'enquêtes pour cette tranche d'âge.
C'est cette idée qu'on demande, avec la réforme des retraites, aux Français de travailler plus longtemps, et, en même temps, les gens ont conscience que les entreprises sont réticentes à embaucher des salariés qui ont plus de 50 ans. Quand vous avez entre 50 ans et 64 ans, comment faites-vous? Une des raisons est évoquée dans votre sujet.
Il y a 2 raisons majeures. On interroge aussi les chefs d'entreprise et les recruteurs. Ca coûte cher.
Plus on est âgés dans l'emploi et plus le salaire augmente au fil du temps. Il y a une 2e raison. L'aspect technique peut entrer en compte, mais sachant que le salarié qu'on a recruté à 52 ans risque de partir assez rapidement, ou essayer de quitter l'emploi, parce que vous avez 3 ans au chômage...
Derrière, une jonction se fait chômage-emploi...
En tant qu'employeur, vous vous dites que si vous embauchez un salarié à cet âge, combien de temps va-t-il rester? Il y a cet aspect des choses qui limite les potentialités d'emploi. Mais le chômage n'est pas encore redevenu une priorité majeure pour les Français.
Il a tellement baissé par rapport à la période antérieure, que ce que l'on voit dans votre sujet, ça préfigure des problèmes que l'on verra dans les 6 mois ou l'année qui vient. Le chômage retrouvera des niveaux beaucoup plus élevés que ce qu'il était auparavant. - A.Casse: Aux Etats-Unis, le chômage des jeunes repart à la hausse.
Le coupable désigné, c'est l'IA. On écoute un prix Nobel, et aussi l'un des inventeurs de l'IA. - Si vous avez perdu votre emploi parce que vous travaillez dans le creusement d'un fossé, vous devez maintenant faire quelque chose.
Vous pourriez trouver un emploi dans un centre d'appel. Maintenant, même ces emplois sont sur le point de disparaître. On ne sait pas où ces personnes vont aller.
Certains économistes disent que ces gros changements créent toujours des emplois. Je ne suis pas sûr que ce sera le cas. Je pense que les grandes entreprises sont d'accord sur le fait que ça entraînera un remplacement massif des emplois par l'IA. - A.Casse: Question. - P.Geoffron: Aux Etats-Unis, c'est un très grand sujet de préoccupation.
Les déploiements de l'IA sont plus rapides qu'en Europe. J'étais aux Etats-Unis il y a peu de temps, notamment à Stanford. A l'université de Stanford, vous avez un centre de recherche qui a un programme dédié au revenu universel.
C'est financé par les Gafa. Ca fait écho à ce qu'on vient d'entendre. On va se retrouver dans une société qui produira, avec l'IA, beaucoup de richesses mais moins d'emplois.
Ca va nous rappeler des choses qu'on a connues dans les années 30 au moment du développement du fordisme. On produisait des voitures qui ne trouvaient pas de débouchés. C'est un des scénarios qui va demander des mécanismes de répartition de cette richesse, que l'on ne voit pas poindre au Etats-Unis et en Europe.
Pour ce qui nous concerne très directement, quelle place cela pourra prendre? Je n'ai pas l'impression que ce soit le cas dans le débat sur la présidentielle. - G.Macke: Il a financé pendant 3 ans ce programme de revenu universel au Texas.
Les résultats sont terribles. On a globalement fait augmenter les obèses et les alcooliques. Quand on a regardé les résultats de l'attribution de revenus universels aux personnes, on a constaté que le travail est très structurant pour les gens.
Si on leur donne un revenu en contrepartie de rien, le résultat est plutôt inquiétant. - A.Casse: En 2023, E.Musk disait qu'il viendrait un moment où plus aucun emploi ne serait nécessaire.
On est proche de ce moment? - G.Macke: Il y a cette société construite par les 3 ou 4 par Moebius de la Silicon Valley.
Qui faut-il croire? Dans cette société, on vit mille ans parce que l'IA va résoudre toutes les maladies. On se dit qu'il va y avoir 14 milliards d'individus sur Terre...
Mais on va pouvoir peupler plusieurs planètes. Ca ne sera pas un problème. On aura clairement pas besoin de travailler car l'IA y pourvoira.
On aura pas besoin de s'éduquer car on aura une petite puce dans le cerveau. Quand on voudra piloter un hélicoptère, on téléchargera le programme "pilotage d'hélicoptère". C'est le monde "dystopique", diront certains de ces messieurs.
Cette question d'adoption de l'IA donne lieu à des vastes débats. Débat entre les gens optimistes, qui ont l'impression que ça va très vite, que ça va tout remplacer, qui sont dans une destruction créatrice... "Ne vous inquiétez pas, ça va créer des emplois." Et ceux qui disent: "J'utilise de l'IA au quotidien...
Quand je fais des recherches sur ma boîte mail, je ne trouve pas tous mes mails." - A.Casse: Cette révolution est déjà en train de nous changer. - C.Michel-Aguirre: Oui.
Il y a des évolutions majeures qui se produisent sur les professions intellectuelles, qui étaient censées devenir notre spécialisation. On souffre aujourd'hui par là où on a péché. Dans les années 70-80, on a délocalisé tous nos emplois industriels vers la Chine.
On a fait partir nos plus de 50-55 ans parce qu'on n'en avait plus besoin. On ne voulait que des chercheurs, des professions intellectuelles. Aujourd'hui, un certain nombre de professions, que ce soit consultants, juristes, ont complètement arrêté, ralenti leurs embauches de jeunes.
Toutes les tâches qu'on fait en début de carrière, de synthèse, d'agrégation de données...
Aujourd'hui, elles peuvent être faites par l'IA. - A.Casse: Le métier de secrétaire de rédaction est en danger dans le journalisme... - C.Michel-Aguirre: Comment vous aurez des intellos seniors si vous n'en avez pas des juniors?
On va vite se retrouver avec un problème existentiel. J'ai l'espoir que ça va nous permettre de réaliser à quel point nous avons dévalorisé le métier d'un certain nombre de personnes qui est essentiel aux autres. Je pense aux aidants.
Les gens les plus mal payés aujourd'hui en France sont les gens les plus nécessaires, comme l'a montrée la crise du covid. - A.Casse: Nécessaires et qu'on ne peut pas remplacer par l'IA... - C.Michel-Aguirre: Ces gens-là, ne pouvant pas être remplacés, à court terme, on finira peut-être par revaloriser leurs conditions de travail.
J'entends parler auprès d'industriels aujourd'hui, d'une revalorisation du travail dans les usines parce qu'ils ont peur, ceux qui sont dans les bureaux d'études, d'être dans une situation de précarisation qui ne les concernait pas auparavant. - A.Casse: Le made in France résiste.
Le patron du plus gros vendeur de vêtements fabriqués en France croit au rebond de notre industrie textile. - Dans les bois du Lot, Une usine d'irréductibles. Derrière ces murs, des vêtements 100 % français. - On est dans l'un de nos ateliers de fabrication textile.
C'est un atelier de confection. On fabrique une partie de nos t-shirts, actuellement. Vous avez une dizaine de personnes à temps plein, ici.
C'est un atelier capable de produire jusqu'à 1000 t-shirts par jour. - Cet homme a créé cette marque avec le pari de concurrencer les enseignes qui produisent au Bangladesh et en Asie. L'atelier est en partie automatisé.
Démonstration avec cette machine capable de faire des ourlets. - C'est un geste qui, pour prendre, prend entre 8 et 18 mois. C'est difficile de trouver des couturières formées.
On a préféré automatiser pour rendre productifs des gens qui n'ont pas forcément une formation dans la couture. - Comme le rappelle un vieil adage: le temps, c'est de l'argent. - En temps normal, avant de poser cette étiquette, on pose une bande de propreté.
C'est un morceau de tissu qui cache la couture. Ca n'a même pas un intérêt de confort. On l'a enlevé et on a gagné plus d'une minute par produit sur les chaînes.
C'est une économie de plusieurs centaines de milliers d'euros sur l'intégralité des t-shirts que l'on fait chaque année. - La marque tricolore produit en très grand volume grâce à des usines partout en France. Plus d'un million de vêtements ont été vendus l'an dernier.
De quoi réaliser des économies d'échelle. - Un t-shirt comme ça, qui serait autour de 19 euros...
Tout nos t-shirts sont entre 19 et 25 euros. On est dans un pays où on a un salaire médian de 1800 euros. C'est compliqué d'acheter un boxer 40 euros.
La volonté de tout le monde de consommer français est bien là. - Le made in France, une manière aussi d'échapper au blocage du détroit d'Ormuz qui bouleverse le commerce mondial depuis 2 mois. - La seule réponse que l'on trouve dans un monde de plus en plus incertain, c'est de produire proche, d'être indépendants des fluctuations mondiales.
Cocorico, quand vous avez des conteneurs qui font des crise d'hystérie parce que il y a un détroit bloqué, ça ne nous touche pas. Quand vous avez une crise d'approvisionnement sur certains cotons asiatiques, ça ne nous touche pas. - Dans les ateliers, au total, 50 salariés.
Sandrine a 44 ans, elle a signé un CDI ici après une reconversion professionnelle. - Je fais le dernier contrôle pour vérifier qu'il ne manque pas un produit et j'expédie. Sur cet atelier, 5 personnes auront touché le produit envoyé.
On arrive tous avec beaucoup d'espoir. - Alors que le secteur de l'habillement en France souffre de la concurrence déloyale des géants chinois, les politiques cherchent...
Arthur a été reçu à l'Assemblée nationale. - La taxe sur les petits colis, c'est une bonne première étape. C'est plutôt un message envoyé à ces grandes plateformes.
C'est mieux que rien. Le message qu'on porte auprès des pouvoirs publics c'est que c'est à nous d'être plutôt compétitifs plutôt que de les empêcher de venir. - Depuis 2010, 20 % des boutiques de vêtements en France ont baissé le rideau, entraînant dans leur chute des milliers d'emplois locaux. - A.Casse: Que vous inspire cette histoire? - G.Macke: La filière textile s'est effondrée en France.
A un moment, toutes les marques ont fait fabriquer ailleurs: au Maghreb, en Chine, au Bangladesh...
Finalement, les marques françaises qui ont défendu le "fabriqué en France"se sont concentrées sur le premium. Le Slip Français, c'était le petit boxer à 40 euros. "On vous vend du fabriqué en France, il faut le payer." Les Français soutenaient massivement, mais n'achetaient pas.
Dernièrement, en 2024, Le Slip Français a changé de stratégie et a décidé d'augmenter les volumes, de diviser le prix par 2, d'être vendu chez Carrefour, fermer ses points de distribution très bobos...
Il y a cette nouvelle idée de faire du made in France low cost. Tout le monde n'y croit pas. Il y a un débat dans les fabricants du made in France.
Il y en a qui disent qu'ils n'y arriveront jamais sur ce terrain. Il faudrait diviser les prix par 10. "On ne se battra jamais sur le prix.
Il faut continuer de se battre sur la qualité, le premium." D'autres disent: "Non. En robotisant les usines, on peut." La brosserie française est une vieille manufacture qui est ressortie de ses centres par son dirigeant.
Elle fabrique une brosse à dents à 99 centimes. "Parti Prix". Elle est distribuée chez Leclerc, Auchan...
L'idée est de dire: "Ce n'est pas parce qu'on porte un drapeau tricolore qu'on doit forcément se dire qu'on va être 3 fois plus cher que la moyenne." Dans l'électroménager, SEB arrive à le faire, Cristel dans les casseroles de cuisine. Dans le textile, c'est très compliqué.
On a les Shein, les Temu qui ont des prix tellement cassés... - A.Casse: On passe à vos questions.
Question. - P.Geoffron: Oui...
Après, ça met le bazar. On demande à Total de se substituer à un Etat désargenté. Ca ne me semble pas être une bonne mesure.
Ca crée une distorsion de concurrence. J'ai traversé la France à vélo avec mon camarade. Il y avait des embouteillages.
On doublait la file avec nos vélos. On imaginait qu'il y avait un feu rouge...
Mais non, c'était des queues à n'en plus finir liées à ces ristournes. Je pense que cet argent pourrait être bien mieux utilisé. La bonne manière de l'utiliser, c'est de concourir à la décarbonation.
Ca, c'est l'effet paracétamol. - A.Casse: Ca ne soigne pas le problème. - P.Geoffron: Et ça crée des distorsions.
Je suis préoccupé par ce qui peut arriver aux petites stations rurales. L'essence reste au fond des cuves parce qu'il y a ce coup de pouce mis en oeuvre par Total. - G.Macke: A un moment, TotalEnergies réservait ce plafonnement des prix à ses abonnés de l'offre électrique.
Si on peut profiter d'une position particulière sur un marché pour gagner des parts de marché sur un autre marché, il y a un problème de concurrence. - A.Casse: Question. - G.Sliman: Je ne sais pas si c'est possible.
Que nos concitoyens y soient favorables, il n'y a pas de doute. Sur l'IA, chez les Français, on a un mouvement d'un usage massif. On a un baromètre où on voit que l'on a plus que doublé la part de salariés en France qui utilise l'IA à des fins professionnelles en l'espace d'un an.
On est passés de 12 à 26 %. Les gens nous disent que ça les aide beaucoup, malgré les erreurs récurrentes de l'IA. - A.Casse: Il y a des professions qui l'utilisent plus que d'autres? - G.Sliman: Dans le service.
Ces mêmes professions qui les utilisent beaucoup nous disent aussi qu'elles ont très peur et anticipent de perdre leur emploi à cause de l'IA. Le paradoxe, c'est que ce sont les cadres qui nous disent: "L'IA va me prendre mon boulot". - A.Casse: Et le vôtre? - G.Sliman: Non.
Ce n'est pas possible. Mais évidemment, tous les métiers d'analyse, de conseil, la médecine, le journalisme, les avocats sont des métiers visés. 60 % des cadres en France nous disent, alors qu'ils utilisaient l'IA, "ça risque de me prendre mon boulot".
Quand on regarde ce que nous disent les gens qui utilisent le plus l'IA, ils sont presque encore plus nombreux à le dire. - A.Casse: Question. - C.Michel-Aguirre: Pas très bien.
Le bâtiment souffre souvent en premier. Pas mieux que les autres, sachant que la problématique du carburant est aussi un problème pour le bâtiment. Il y a des machines, les gens se déplacent pour venir sur les chantiers... - A.Casse: Merci.
Tout de suite, "C à vous" avec vous, M.Bouhafsi. - M.Bouhafsi: Hier, un adolescent de 15 ans a été tué à Nantes.
Selon le procureur, ce drame serait sans doute lié au trafic de drogue. 5 innocents ont perdu la vie alors qu'ils n'avaient aucun lien avec le narcotrafic. L.Nunez a choisi "C à vous" pour réagir.
On va passer de la neige à des températures estivales.