Sébastien Pla : « La filière du vin n’a pas su anticiper les changements de mode de consommation »
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Questions et réponses
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- 1:12OuverteRéponse directe
De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
- 2:01OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez qu'il est possible d'arriver au bout de l'examen dans le temps imparti avant que le texte arrive au Sénat ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Quand vous dites les partis politiques, c'est qui ?
- 3:25RelanceRéponse directe
Est-ce que les socialistes font de la surenchère fiscale ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Comment vous, socialistes, ici au Sénat, vous allez empêcher le détricotage ?
- 4:27OuverteRéponse partielle
Vous pensez qu'elles survivront à l'examen ici au Sénat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:40InvitéChiffre
« Regardez les chiffres des dix dernières années. La progression des grandes fortunes a augmenté énormément par rapport au salaire moyen de la plupart des Français. »
- 3:50InvitéFait
« Donc, à un moment donné, un rééquilibrage est nécessaire. »
- 7:02PrésentateurChiffre
« En 1960, un Français buvait en moyenne 135 litres de vin par an contre 41 litres à peu près aujourd'hui. »
- 7:30PrésentateurChiffre
« En Chine, pour commencer, ou en un an, la valeur des exportations françaises a plongé de 20%. »
- 7:43PrésentateurChiffre
« Et puis, bien sûr, les droits de douane américains de 15% décidés il y a quelques mois par le président américain et qui touchent de plein fouet nos viticulteurs français. »
- 11:57InvitéChiffre
« C'est le troisième contributeur à la balance commerciale. Je crois qu'on fait 14 milliards d'euros. »
- 14:24InvitéFait
« Il l'a fait en 2019. »
- 14:27InvitéChiffre
« Aujourd'hui, elle est à l'ordre de 15%. »
- 14:42InvitéChiffre
« Donc, à 25 à 30% de taxes, ça va être compliqué. »
- 18:00InvitéFait
« Moi je partage l'avis des éleveurs, je les ai rencontrés il y a 15 jours à la plus grosse foire agricole de l'Aude à Espezel. »
- 18:18InvitéFait
« Je trouve la lenteur de réaction quant à la mise en œuvre de la vaccination assez préjudiciable. »
- 18:33InvitéFait
« Il aurait été, à mon avis, important au regard des transferts puisqu'on est en fin d'estive de Cheptel. »
- 19:20InvitéFait
« La réponse a été oui. Il y a assez de doses de vaccination. »
- 19:23InvitéFait
« Par contre, il n'y a pas assez de vétérinaires. »
- 21:28InvitéChiffre
« Donc ça, c'est une aide d'urgence, 7 millions d'euros plus 1 million pour le social. »
Temps de parole
- Invité56 %
- Présentateur18 %
- Présentateur 211 %
- Invité 28 %
- Invité 35 %
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Sébastien Plas, merci beaucoup d'être notre invité, vous êtes sénateur socialiste de l'autre. Vous avez remis hier un rapport sur l'avenir de la viticulture, on va longuement en parler dans quelques instants. Mais d'abord, on commence comme tous les jours par trois unes de la presse régionale qu'on a sélectionnée. On va les regarder ensemble. D'abord la une du Dauphiné libéré. Hôpital, faut-il rendre les parkings gratuits ? La grogne monte face à la généralisation des parkings payants. Les tarifs pratiqués suscitent l'indignation jusqu'au banc de l'Assemblée nationale.
Trois propositions de loi seront examinées par les députés pour permettre aux patients et aux visiteurs de se garer gratuitement. La deuxième une, c'est celle de la dépêche. Fake news, ingérence, peut-on résister ? Ciblée par une intensification des campagnes de désinformation, la France durcit sa stratégie de défense numérique. Emmanuel Macron a réuni hier 200 experts à l'Elysée. Et puis la dernière une, c'est celle du Télégramme. Armement, un défi pour la France. Dans un contexte budgétaire très serré, le pays parviendra-t-il à augmenter sa production pour faire face aux enjeux géopolitiques du moment ? De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
De quelle une ? On regarde l'ambiance anxiogène et la géopolitique, évidemment, c'est la question de l'armement. Vu les discussions budgétaires relativement tendues actuellement à l'Assemblée nationale et puis dans quelques jours au Sénat, il est vrai que la situation financière du pays inquiète, évidemment, tout le monde. Au moment où l'instabilité des différents blocs, des différents empires de l'Est et de l'Ouest font peser des menaces sur l'Europe et en particulier, quelque part, remettre en question notre modèle.
Il est important de se doter des moyens de dissuasion pour pouvoir éloigner cette menace qui, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, s'était relativement éloignée de notre pays. On n'y pensait pas, heureusement.
Et justement, vous parliez des discussions budgétaires tendues à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous pensez qu'il est possible d'arriver au bout de l'examen dans le temps imparti avant que le texte arrive au Sénat ?
J'ai la faiblesse de penser que oui. Je l'espère, même. Je fais partie de celles et ceux qui considèrent que le temps politique, aujourd'hui, doit aller jusqu'à l'élection présidentielle. Et donc, pendant deux ans, il faut absolument que la France soit dotée d'un budget et fonctionne correctement. Ce que je déplore, c'est que les partis politiques, aujourd'hui, pensent beaucoup plus à cette échéance qu'à la problématique que rencontre le pays et au problème des gens au quotidien.
Quand vous dites les partis politiques, c'est qui ?
En particulier les partis extrêmes qui ne veulent pas faire d'efforts de compromis. Je veux dire, ici, dans cette noble Assemblée qu'est le Sénat, notre ADN, c'est la recherche permanente du compromis dans l'intérêt général. Quand je l'explique aux gens que je reçois au Sénat, on ne me croit pas. Pourquoi ? Parce que, aujourd'hui, l'image de l'élu et du Parlement se résume au comportement de l'Assemblée nationale. Non, ce n'est pas ça. Et lorsque vous êtes parlementaire, l'objectif, justement, de trouver des compromis. On ne s'entend pas. Chacun défend ses valeurs. Chacun défend sa couleur politique. Mais à un moment donné, il y a un temps. Il y a le temps.
Un président est élu pendant cinq ans. Bon, mais pendant cinq ans, le Parlement doit travailler pour faire fonctionner le pays, même si on n'est pas d'accord avec nos gouvernements et les différents gouvernements. Moi, je suis allé, je suis dans l'opposition.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, dit que la justice fiscale a laissé place à la surenchère fiscale. Est-ce que les socialistes font de la surenchère ?
Non, on ne fait pas de la surenchère fiscale. On recherche la justice fiscale d'abord et avant tout. Ce n'est pas le cas. Enfin, je veux dire, on ne va pas se leurrer. Regardez les chiffres des dix dernières années. La progression des grandes fortunes a augmenté énormément par rapport au salaire moyen de la plupart des Français. Donc, à un moment donné, un rééquilibrage est nécessaire. Et si ce rééquilibrage n'est pas fait, je comprends très bien la défiance que le peuple peut avoir en direction du Parlement et en direction du gouvernement qui n'assure pas, en tout cas, cet équilibre et cette justice.
Vous voyez les débats à l'Assemblée nationale. Le texte va arriver au Sénat le 24 novembre. Et vous entendez les Républicains dire que c'est de plus en plus invotable. On va retravailler le texte ici au Sénat. Comment vous, socialistes, ici au Sénat, vous allez empêcher le détricotage ?
On va continuer à faire des propositions. On va soutenir les propositions que nos collègues députés socialistes ont proposées à l'Assemblée nationale. Et on va essayer de chercher le compromis.
Vous pensez qu'elles survivront à l'examen ici au Sénat ?
Écoutez, je ne lis pas dans la marque de café.
Mais quel message vous avez envie de faire passer au LR ?
J'ai envie de faire passer un message au LR, un message de responsabilité et d'esprit d'ouverture et de compromis. Voilà, on est capable de faire des compromis. La preuve, nous défendions la taxe Zuckman. Aujourd'hui, on travaille sur une taxe Zuckman allégée. On est en capacité, nous aussi, d'ajuster les choses pour tenter de trouver un compromis. Je veux dire, demain, une motion de censure à voter, une dissolution, ce serait catastrophique. Je veux dire, même en termes de délai, on va se retrouver, on est en fin d'année, on a des élections municipales très importantes au mois de mars pour déterminer la suite du fonctionnement localement. Ce n'est pas le moment de déstabiliser.
Et pourquoi Olivier Faure, il continue à l'abrondir, cette menace de censure ?
Oui.
Vous le regrettez ?
Ça fait partie du jeu. Je pense que ça fait partie du jeu politique de faire monter les enchères, de montrer ses muscles quand vous êtes à possibilité de le faire. Et c'est le cas aujourd'hui. Le Parti Socialiste est revenu un parti central dans les discussions.
On va écouter Marine Le Pen. Elle était l'invité hier de la presse parlementaire. Écoutez ce qu'elle dit du Parti Socialiste.
On ne va pas susciter, si vous voulez, une motion de censure, sachant que le Parti Socialiste est en plein voyage de noces. Vous voyez, on va attendre qu'ils reviennent de la croisière, qu'ils soient bien engueulés pendant 15 jours. Et puis à ce moment-là, on verra s'ils sont revenus à la sagesse.
Vous êtes en voyage de noces avec les macronistes ?
Non, mais c'est la caricature, c'est ridicule. Écoutez, le Front National aujourd'hui, ce n'est qu'une caricature de la politique. C'est très bien les petites phrases, mais il faut être sérieux à un moment donné. Pensons d'abord aux gens, au peuple. Notre boulot, c'est ça. D'abord avant tout, et pas faire du cinéma à la télévision. Moi, je suis désespéré.
Allez, on passe à l'actualité du Sénat. Quel avenir pour la viticulture française ? Surproduction, baisse de la consommation, taxes Trump, dérèglements climatiques. Le secteur est frappé par de multiples crises. Le Sénat a rendu un rapport hier. On va en parler avec vous, Clémentine, puisque c'est une fierté française, un pilier de notre gastronomie, la viticulture, voie rouge en ce moment. Et il y a donc une mission d'information qui s'est penchée sur ce secteur en difficulté. Qu'en est-il ressorti ? Eh bien, la France arrache ses vignes.
C'est ce qu'on peut lire dans ce rapport d'information, à tel point que la taille du vignoble français devrait passer en dessous des 750 000 hectares cette année. Alors, pourquoi certains viticulteurs se débarrassent de leur vie ? Eh bien, tout d'abord, si la bouteille de vin régnait en mètres sur la table de nos parents ou de nos grands-parents, eh bien aujourd'hui, on la sort un petit peu plus rarement de la cave à vin. En 1960, un Français buvait en moyenne 135 litres de vin par an contre 41 litres à peu près aujourd'hui. Les Français optent davantage pour un cocktail, une bière ou une boisson sans alcool.
Les producteurs ont donc tendance à surproduire et on se retrouve avec trop de vin et pas assez de consommateurs. Et il n'y a pas que notre consommation qui impacte la filière, il y a aussi des causes extérieures. Oui, d'abord avec une avalanche de droits de douane dont les conséquences sont douloureuses. En Chine, pour commencer, ou en un an, la valeur des exportations françaises a plongé de 20%. Et puis, bien sûr, les droits de douane américains de 15% décidés il y a quelques mois par le président américain et qui touchent de plein fouet nos viticulteurs français. Enfin, les aléas climatiques sont de plus en plus marqués et plongent la filière dans de grandes difficultés.
Le manque d'eau, par exemple, conduit à un effondrement des rendements dans certains vignobles. Et du coup, quelles sont les préconisations de ce rapport ? Eh bien, il y a beaucoup de recommandations dans ce rapport, mais on peut citer, par exemple, le fait de privilégier des cépages plus résistants aux aléas climatiques et aux maladies. Et puis, les rapporteurs insistent pour faire appliquer le cadre législatif, car il y a des lois qui encadrent, par exemple, la transparence des coûts de production ou bien la négociation des prix, par exemple. Et ces lois ne sont pas toujours appliquées et cela complique, en fait, la façon dont on fixe les prix.
Et puis, j'en parlais il y a quelques minutes, il y a un désintérêt des Français pour le vin. Sébastien Plas, pardon, je vous pose la question. Vous êtes l'un des rapporteurs de ce texte et vous êtes aussi vigneron. Comment on fait aujourd'hui pour, finalement, réattirer les Français vers le vin, tout en, bien sûr, respectant des mesures de santé publique ?
Oui, c'est l'exercice qui est difficile et périlleux. On peut consommer du vin deux fois par jour, mais pas tous les jours, deux verres de vin. Non, la question centrale, en fait, c'est qu'aujourd'hui, il y a une déculturation au vin. Il est vrai que par le passé, il y a 40 ans en arrière, c'était un produit de consommation courante. Il y avait une culture aussi autour de la table, on passait beaucoup plus de temps à table.
Vous parlez d'une coupure générationnelle dans la culture ?
Oui, il y a une coupure générationnelle claire, puisqu'on a des données et des chiffres qui prouvent que la consommation de vin a nettement baissé auprès des jeunes, des moins de 30 ans, avec par contre une augmentation de la consommation des alcools type cocktail, type bière. Alors que le vin reste, dans les enquêtes d'opinion, une boisson prisée des jeunes. Alors, ils apprécient visiblement le vin, c'est notre histoire, notre culture, c'est un marqueur culturel fort pour la France. D'ailleurs, c'est une identité très forte à l'international et une image de marque très forte, mais ils ne consomment pas, ou en tout cas moins que nos anciens.
Cela dit, lorsqu'on regarde les chiffres de la consommation française, il y a effectivement une baisse, légère mais régulière, de 3% par an à peu près, en particulier sur des segments de vin rouge. En revanche, on a une augmentation très légère de la consommation des vins blancs, et une stagnation sur les rosés. Donc tout cela fait que la baisse est régulière, légère mais régulière. Donc, parce qu'on est en train d'atteindre un plancher, du coup, aujourd'hui, l'intérêt est d'essayer.
La filière doit s'adresser aux consommateurs occasionnels pour laisser des acculturer à nouveau à la gastronomie, à la culture, à l'art de la table, parce que c'est d'abord ça et avant tout, le vin, c'est un terroir, c'est l'art de vivre, c'est de l'échange, c'est le partage.
Mais est-ce que du coup, la viticulture, elle a su suffisamment s'adapter aux mutations de notre société, à l'évolution, ou est-ce qu'elle a eu un côté un peu conservateur qui explique en partie la crise ?
C'est un élément, au cours des six mois d'enquête, de ce rapport et des auditions, on a eu à peu près 200 contributions, on a fait une soixantaine, une soixante et dix auditions directes, effectivement, forcés de constater que la filière n'a pas su, en tout cas, anticiper ces changements de mode de consommation, alors que d'autres secteurs, notamment les spiritueux, eux, ont réussi ce pari-là. L'utilisation des nouvelles technologies, de la communication numérique, n'a pas été assez travaillée, en fait, par la filière. C'est dommage.
Alors, d'un autre côté, le vin français à l'export se portait très, très bien, jusqu'en 2019-2020, ce qui permettait de se reposer un peu sur nos lauriers par rapport au marché endogène. Donc, on a aujourd'hui un pays qui produit, qui est devenu le deuxième producteur, nous étions le premier, en revanche, à l'export, nous sommes le premier en valeur. Donc, on est capable de produire des vins de qualité, de les vendre au bon prix et de les valoriser.
Avec une balance excédentaire, ce qui est loin d'être le cas.
Totalement, ce qui est rare, même globalement, à l'économie française. C'est le troisième contributeur à la balance commerciale. Je crois qu'on fait 14 milliards d'euros. Donc, c'est un élément fort de l'économie française. Et d'ailleurs, c'est aussi un élément de géopolitique et de guerre économique. À chaque fois que les grands empires, la Chine, les États-Unis, décident de s'attaquer à l'Europe, on voit le conflit Airbus-Boeing en 2019, de suite, c'est le vin qui a été ciblé par la taxation. Aujourd'hui, c'est la même chose. Donc, c'est pour ça, moi, ça me fait dire que le vin a un avenir, clairement.
Clairement. Oui, vous nommez ce rapport, avenir de la filière agricole, l'urgence de l'union. Est-ce que ça veut dire que les acteurs du vin ne travaillent pas suffisamment ensemble ?
Le problème de la filière, très complexe. Je n'aurai pas assez de temps pour vous expliquer comment fonctionne la filière viticole. Mais pour vous faire simple, globalement, vous avez 236 organismes de protection et de gestion de vignobles qui gèrent plus de 400 appellations. Donc, chaque fois que c'est une identité propre, à part. Puis, tous les organismes qui gravitent autour de ça font qu'on a une multitude d'acteurs qui a tendance à se disperser.
Et nous, ce qu'on promet dans ce rapport, notamment à l'export, notamment en matière de promotion, c'est de partir autour de la bannière France, de vendre le vin français à l'exportation, puisque partout dans le monde, croyez-moi, l'image de Marx, il n'y a que les Français qui pensent que tout va mal en France. Ailleurs, on nous envie partout.
Je veux dire, on ne raisonne plus local. Je crois qu'il y a 400, ce que vous dites dans le rapport, il y a 442 AOP, IGP. Donc, il ne faut plus raisonner trop en termes de local, il faut raisonner en termes de France.
C'est une richesse. Le fait d'avoir autant d'appellations d'origine, c'est la richesse, c'est ce qui fait la qualité et la valeur ajoutée des produits français. C'est le terroir, c'est 400 AOP. Mais maintenant, ce terroir, comment on le promeut ? Comment on le vend ? Comment on le commercialise ? Et le commercialiser, en particulier à l'export, c'est autour de la bannière France. Le vin doit être, au même titre que l'industrie aéronautique, que le luxe, un outil de diplomatie économique.
Quand on part à l'export, quand on va en Chine, quand on va dans les nouveaux marchés émergents, demain, s'il y a la signature du Mercosur, le marché sud-américain qui va s'ouvrir, il faut absolument que les pouvoirs publics partent avec le vin, l'image de marque du vin, pour commercialiser ces produits.
Puisqu'on parle de l'export, la viticulture paye aussi les taxes Trump. Comment on fait, du coup, pour lutter face à ces mesures prises par le président américain ?
Alors, les taxes Trump, on s'en doutait. Quand le président Trump a été élu, ce n'est pas la première fois qu'il nous fait le coup. Il l'a fait en 2019. Donc, on ne savait pas à quelle hauteur allait être la taxe. Aujourd'hui, elle est à l'ordre de 15%. On avait plus ou moins anticipé une taxe de l'ordre de 10%. Avec des accords entre les importateurs américains et la France, chacun prend en charge une partie de l'augmentation. Ça pouvait passer. Sauf qu'aujourd'hui, elle est à 15%, plus 10 à 15% de taux de change qui nous est négatif, qui nous est défavorable pour l'Europe. Donc, à 25 à 30% de taxes, ça va être compliqué.
C'est-à-dire qu'aux États-Unis, à part les catégories et les élites, on pourrait se payer du vin. Donc, on va avoir effectivement un problème de fermeture de ce marché-là. D'où l'intérêt d'être agile dans notre manière d'aller conquérir de nouveaux marchés pour compenser l'un des principaux marchés d'exportation français, qui est le marché des États-Unis.
Et Clémentine, vous avez aussi une question sur les emplois. Oui, puisque la filière représente environ 450 000 emplois directs et indirects. Ça veut dire que, quand même, si c'est un secteur en difficulté, ça risque de poser quand même de sérieux problèmes. Et dans ce rapport, vous préconisez d'organiser des assises de la viticulture, justement, pour essayer de sauver un petit peu le secteur. En quoi ça consiste exactement ?
Alors, si vous voulez, le rapport est très complet. Il fait plus de 200 pages, 220 pages. On n'avait jamais eu de rapport aussi complet sur ce secteur d'activité. Dans cette affaire, si vous voulez, on a des chiffres très précis de la situation. On voulait avoir une photographie de l'existant et prendre un peu de hauteur pour regarder ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Parce qu'il y a des choses qui fonctionnent au niveau viticole. Et donc, l'enjeu était de regarder secteur par secteur quelles étaient les préconisations que nous pouvions faire.
Et nous nous sommes aperçus que l'enjeu, c'est d'essayer de réunir tout ce monde, à la fois l'amont, la production, les vignerons, les viticulteurs, les caves coopératives, et le négoce et le commerce qui commercialisent ces produits. Et travailler autour de ça pour pouvoir relancer, développer. Mais pour ça, il fallait le chapeauter. Et pour le chapeauter, rien de mieux que le ministère de l'Agriculture. Pourquoi ? Pour bonne et simple raison que c'est une filière qui est consommatrice de fonds publics. Énormément, surtout ces dernières années, au regard des allées climatiques, nous devons régulièrement mettre de l'argent, des fonds d'urgence pour sauver l'outil productif.
Donc aujourd'hui, il est important que les pouvoirs publics réunissent tout ce monde autour des assises, que l'on se dise les choses, et que l'on parte ensemble avec une stratégie propre à la filière, comme l'ont fait d'autres pays. L'Italie l'a fait, l'Espagne, et ça semble fonctionner.
Merci Clémentine. On continue, on regarde l'actualité du côté de chez vous. On va à Narbonne, on retrouve Arnaud Gauthier. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous, journalistes, à l'écho du Languedoc. Arnaud, avec vous, on va parler d'hermatose nodulaire contagieuse des bovins. C'est un sujet d'inquiétude pour de nombreux élevards.
Oui, oui, bonjour à toutes et à tous, et bonjour au sénateur Plat. Vous venez effectivement d'échanger, et à juste titre, sur les difficultés que traverse la viticulture, mais cet automne, malheureusement, l'agriculture odoise est aussi touchée par l'apparition de cette DNC à ses portes, dans le département voisin des Pyrénées-Orientales, où des foyers de la dermatose contagieuse ont été repérés sur des bovins. Un nouvel obstacle, un obstacle sanitaire qui a contraint la préfecture de l'Aude a placé plus d'une centaine de communes du département sous surveillance avec des cheptels bloqués et une vaccination obligatoire.
Une question commence à se poser sérieusement chez les éleveurs, et je suppose qu'elle a dû vous revenir aux oreilles, monsieur le sénateur Plat, c'est de savoir s'il ne faudrait pas étendre cette vaccination à un rayon plus large qu'il ne l'est aujourd'hui, voire à l'élargir carrément à tout le département. J'aurais aimé savoir quel était votre avis sur cette question. – Moi je partage l'avis des éleveurs, je les ai rencontrés il y a 15 jours à la plus grosse foire agricole de l'Aude à Espezel où malheureusement il n'y avait pas d'animaux puisqu'on venait d'apprendre les foyers de contagion dans les Pyrénées-Orientales.
Aujourd'hui, ce n'est pas nouveau le phénomène à commencer au mois de juin. Je trouve la lenteur de réaction quant à la mise en œuvre de la vaccination assez préjudiciable et je comprends les craintes c'est les peurs de l'ensemble des éleveurs. Et effectivement, la zone aujourd'hui fait 30 kilomètres à peu près. Il aurait été, à mon avis, important au regard des transferts puisqu'on est en fin d'estive de Cheptel puisqu'on a des vaches qui sont dans les Pyrénées et qui aujourd'hui sont revenues, par exemple, dans l'Aude, dans la montagne noire et la montagne noire est en dehors de la zone que l'ensemble du périmètre et des massifs soit soumis à l'obligation vaccinale.
Et vous qui êtes peut-être un peu plus proche du pouvoir, en tout cas des portes du pouvoir que ne peuvent l'être les éleveurs, est-ce que vous savez si l'État a suffisamment de doses pour vacciner à grande échelle ? Alors la question, j'ai eu l'occasion de la poser hier à madame la ministre de l'Agriculture lors des questions au gouvernement à laquelle d'avoir remis le rapport sur la viticulture et j'ai effectivement posé la question. La réponse a été oui. Il y a assez de doses de vaccination. Par contre, il n'y a pas assez de vétérinaires.
Ça pose aussi ce problème-là central que l'on soulève depuis quelques années, c'est la désertification au niveau des vétérinaires sur nos zones et ça pose un gros problème. Et l'autre inquiétude la plus importante et que je partage absolument pour avoir été dans une famille d'éleveurs, c'est cette obligation systématique d'abattage de l'intégralité du troupeau. Là, je comprends très bien l'angoisse des éleveurs et derrière, j'alerte sur le fait que dans l'Aude notamment, mais pas que, en montagne, nous avons des races rustiques très rares. Lorsque vous abattez des troupeaux, pour remonter un troupeau, ça devient très compliqué.
Donc, il faut faire attention de ne pas faire disparaître ou en tout cas, aller vers la disparition de races rustiques adaptées à nos massifs.
Merci, Arnaud Gauthier. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, journaliste à l'écho du Languedoc. Merci, Arnaud. On reste dans votre département. On va à Coustouge où on retrouve Paul Berthier. Bonjour, Paul Berthier. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le maire de Coustouge. Vous étiez avec nous il y a quelques semaines pour parler des terribles incendies qui ont frappé votre département cet été. Est-ce que, quelques semaines, voire quelques mois, maintenant plus tard, il y a encore des séquelles de cet incendie ?
Oui, bonjour à tous. Bonjour Sébastien. En effet, oui, les stigmates, on les voit tous les matins en se levant. On a toujours cette zone calcinée. C'est encore ancré en nous et ça le restera de nombreuses années encore. Ce qu'on a vécu, vous savez, il faut quand même rappeler les choses. Il y a quand même eu une habitante décédée sur le territoire. Les dizaines de vies brisées, des maisons brûlées et puis surtout plus de faune, plus de flore. Tout a disparu.
Et la question qui se posait, c'est aussi la question des indemnisations, des assurances. Est-ce que là, les choses ont avancé ?
Alors, il y a eu une aide d'urgence sur la viticulture proposée par madame Annie Gennevar quelques jours après l'incendie. Donc ça, c'est une aide d'urgence, 7 millions d'euros plus 1 million pour le social. Donc ça, c'est une aide pour la viticulture. On était en veille de vendange. Donc c'est une aide qui va aider de manière urgente les viticulteurs. je crois que c'est une aide qui est couplée aux assurances. C'est une aide assez juste et bénéfique. En revanche, ensuite, pour le territoire, c'est la région, le département, l'État. Voilà, la région a débloqué un plan de 10 millions d'euros, le département également. L'État est en train de faire une étude avec des délégués interministériels.
qui nous associe énormément pour la future reconstruction de ce territoire.
Sébastien Plain, sur ce que vient de dire…
C'est un traumatisme pour nous. Vous savez, les Corbières, c'est mon pays où je suis né. J'ai eu la chance de vivre dans un village qui n'a pas été touché. Je suis très proche des communes qui ont été touchées. C'est une blessure qui ne se refermera jamais. quand vous avez vécu cet événement et que vous voyez aujourd'hui ces paysages, ça fait mal. Ça fait vraiment mal au cœur. Mais moi, je voulais saluer le courage des élus parce qu'on n'est personne et formé à gérer ce genre d'événement. Et bon, ils ont été d'un courage extraordinaire durant ces deux jours. Et je ne le dis vraiment pas pour… C'est vraiment la réalité. Cela dit, ça pose un problème central.
C'est le problème de la desertification agricole, notamment sur le pourtour méditerranéen. Et moi, vous savez, ça fait 4 ans que je porte au Sénat l'idée de l'exception méditerranéenne sur nos règles, sur nos réglementations, sur nos législations, sur l'accompagnement. Parce que ce qui se joue aujourd'hui sur le pourtour de la Méditerranée, au regard de l'amplification du changement climatique et la sécheresse, c'est ce qui préfigure ce qui se passera ailleurs en France demain. Donc, notre territoire doit devenir un territoire test, un véritable laboratoire dans la reconquête de ces espaces-là pour éviter que ça se passe demain ailleurs.
– Paul Berthier, qu'est-ce que vous pensez de ça ? Puisque vous nous parliez de la reconstruction et du travail qui est fait autour de la reconstruction de votre territoire, est-ce qu'il faut une exception méditerranéenne ? Est-ce que les conséquences du dérèglement climatique sont suffisamment prises en compte ? Est-ce que la prévention, les moyens de lutte sont suffisants ?
– Bien entendu, le sénateur Sébastien Plas a tout à fait raison. Il faut qu'on porte cette spécificité méditerranéenne. On ne traite pas l'agriculture, la défense de forêt, etc. dans nos corbières comme on le traite dans le Loiret ou en Bretagne. Mais moi, j'irais même un petit peu plus loin. J'aimerais qu'on retrouve la confiance de nos organismes comme l'ADREAL, la DDTM et tous ces acronymes qui sont parfois accusateurs et trop souvent suspicieux et punitifs envers nos actions. Si vous voulez, nous sommes a priori coupables de toute action que l'on mène. Et ça, je vous avoue que les élus et les habitants commencent à en avoir un petit peu mal.
Nous, c'est l'intérêt général qui est notre bloussole. Il faut remettre un petit peu de bon sens. On ne demande pas une libéralisation à outrance mais qu'on nous écoute et qu'on revienne à une décentralisation qui ne s'est jamais faite. Vaste sujet.
Un dernier mot, Sébastien.
Je partage totalement. Après, les organismes d'État appliquent la loi, la responsabilité, c'est législateur. Donc moi, j'apprends ma part. J'essaie, chaque fois que nous avons des textes de loi, d'adapter à la spécificité de notre territoire. Mais effectivement, il faut avoir le droit à la différenciation si on veut vraiment régler les problèmes.
Merci beaucoup. Merci Paul Berthier pour votre témoignage. Mère de Coustouche dans l'Aude, merci d'avoir été à nouveau avec nous et merci Sébastien Plas.