Marilyse Léon et Christophe Robert : "L'immobilisme en France est un problème pour ceux qui souffrent"
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Questions et réponses
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Dans quel état est-on lorsqu'on est à la tête du premier syndicat de France et qu'on attend le nom du prochain Premier ministre ?
- 1:18OuverteRéponse partielle
Impatients. Et vous avez une idée, une préférence ?
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Christophe Robert, même question. Est-ce que vous vivez ce moment suspendu avec impatience ?
- 2:45OuverteRéponse directe
Marie-Lise Léon, dans le débat éco, la France n'a pas de budget pour 2025, c'est une loi spéciale qui est en place.
- 3:26OuverteRéponse directe
Les chefs d'entreprise s'inquiètent, le patron des patrons dit qu'il va y avoir un recul de l'investissement avec des conséquences possibles pour les salariés.
- 4:18OuverteRéponse directe
Christophe Robert, vous la ressentez cette rupture entre les politiques d'un côté et de l'autre côté des citoyens qui vont avoir des difficultés de vie quotidienne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Impatiente, c'est sûr. Et notamment parce qu'il y a énormément d'attentes. Vous l'avez évoqué, des attentes sociales, des attentes sur la question des transitions écologiques, numériques. »
- 1:40InvitéFait
« Oui. Parce que l'immobilisme dans lequel s'installe la France pose un énorme problème à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui ne savent pas où on va, à tous ceux qui ont des inquiétudes, parfois sont en colère, franchement, sur les questions écologiques dont parlait Marie-Élise, tous ceux qui souffrent de difficultés dans le logement, pour se soigner, pour se déplacer. »
- 2:03InvitéFait
« Tout cela, tout cela que nous, nous voyons avec les organisations du pacte, plus 60 organisations, c'est les centaines de milliers de personnes, de bénévoles, de salariés, d'organisations aussi économiques, de dire mais écoutez, pendant ce temps-là, on ne bouge pas. »
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« Des personnes à la rue, par exemple, pour lesquelles, vous savez, le nombre de personnes sans domicile a doublé en 10 ans, tous ceux qui interviennent auprès de ces personnes, ils le font pour aider ces personnes. »
- 4:56InvitéChiffre
« Écoutez, chaque soir, des personnes appellent le 115, ce numéro d'urgence, et c'est à peu près 6-7000 personnes à qui on ne propose pas de solution, dont 2000 enfants. »
- 5:17InvitéFait
« Pourquoi ? Parce qu'elle redonnerait du pouvoir d'achat aux ménages en baissant les consommations d'énergie, mais en même temps, elle créerait du développement économique et elle limiterait les effets de gaz à effet de serre. »
- 5:25InvitéFait
« On a eu des stop-and-go pas possibles, on va rajouter un milliard, on va enlever un milliard. »
- 11:30InvitéFait
« Les propositions, du coup, étaient passionnantes pour relancer. Vous savez que la question du logement, aujourd'hui, elle est à l'arrêt. On n'a jamais aussi peu construit. »
- 11:32InvitéChiffre
« La baisse de logement social, des coupes budgétaires colossales depuis 2018, et bien sûr, derrière des souffrances très importantes et des territoires en difficulté. »
- 16:10InvitéFait
« Nous avons vu deux semaines avant la décision de M. Barnier, ses conseillers pour proposer au nom du Pacte du Pouvoir de Vivre, un budget beaucoup plus équilibré, mais beaucoup plus équitable aussi. »
- 16:22InvitéChiffre
« Il a été décidé de supprimer la taxe d'habitation. Alors pour 80 des ménages, on peut dire que c'est une mesure de pouvoir d'achat. Mais après, on l'a supprimé pour les 20% les plus riches. Ça a rajouté 10 milliards d'euros en moins qui rentrent dans les caisses de l'État. »
- 20:19InvitéChiffre
« on a doublé le nombre d'enfants à la rue en 10 ans »
- 20:54InvitéChiffre
« il avait dit mais effectivement c'est trop grave, on va débloquer 120 millions. »
- 21:16InvitéFait
« Cette promesse de l'Etat aujourd'hui elle n'est plus là. »
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« C'est aussi une forte attente sociale. On a connu un mouvement historique de mobilisation contre cette réforme de report de l'âge légal. »
- 22:42InvitéFait
« Ben oui pour les petites retraites ce serait vraiment important »
Temps de parole
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- Présentateur 29 %
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Et dans le grand entretien ce vendredi, il y a d'un côté l'attente, le temps long de la politique et l'urgence sociale. Avec Marion Lourdes, nous avons voulu croiser les regards, celui de la secrétaire générale de la CFDT et celui du délégué général de la fondation Abbé Pierre. Ils sont tous les deux membres du pacte du pouvoir de vivre, une plateforme qui défend des mesures d'urgence pour changer, améliorer la vie des Français. Et beaucoup de questions en découlent. Si vous voulez intervenir, chers auditeurs, le 0145 24 7000 ou l'application France Inter. Marie-Lise Léon, Christophe Aurobert, bonjour à tous les deux.
Bonjour.
Bonjour. Et bienvenue, dans quel état est-on lorsqu'on est à la tête du premier syndicat de France, Marie-Lise Léon, et qu'on attend le nom du prochain Premier ministre ? Est-ce que vous êtes impatiente ? Est-ce que vous y êtes indifférente ?
Non, certainement pas indifférente. Impatiente, c'est sûr. Et notamment parce qu'il y a énormément d'attentes. Vous l'avez évoqué, des attentes sociales, des attentes sur la question des transitions écologiques, numériques. Et on va en parler, bien sûr. Le monde du travail est en train de complètement d'être bouleversé. Les inégalités se creusent. Donc, nous sommes extrêmement impatients à la CFDT, mais je crois que c'est le cas de toutes les organisations du pacte du pouvoir de vivre.
Impatients. Et vous avez une idée, une préférence ?
Non, pas de préférence parce qu'en fait, la question du qui n'est pas tellement mon problème. La question, c'est le pourquoi faire.
Christophe Robert, même question. Est-ce que vous vivez ce moment suspendu ou l'attente de la nomination d'un Premier ministre avec impatience ?
On le vit plutôt mal, nous, les organisations du pacte. Mal ? Oui. Parce que l'immobilisme dans lequel s'installe la France pose un énorme problème à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui ne savent pas où on va, à tous ceux qui ont des inquiétudes, parfois sont en colère, franchement, sur les questions écologiques dont parlait Marie-Élise, tous ceux qui souffrent de difficultés dans le logement, pour se soigner, pour se déplacer.
Tout cela, tout cela que nous, nous voyons avec les organisations du pacte, plus 60 organisations, c'est les centaines de milliers de personnes, de bénévoles, de salariés, d'organisations aussi économiques, de dire mais écoutez, pendant ce temps-là, on ne bouge pas. C'est une forme d'immobilisme qui est préoccupant et je crois que nos concitoyens, certains commentateurs peuvent peut-être trouver ça sympathique, ça les amuse peut-être, mais je ne crois pas que ça amuse beaucoup nos concitoyens.
On entend votre colère, pour le coup, Christophe Robert.
Écoutez, on serait dans un épisode unique, mais ils se succèdent ces épisodes. En fait, à une crise démocratique, on rajoute une crise politique, mais les urgences sont là et donc la nécessité d'agir concrètement pour les gens, pour le développement économique, pour les territoires, elle est là. Et qui a la responsabilité de piloter ça ? Le politique, si vous voulez.
On le disait tout à l'heure, Marie-Lise Léon, dans le débat éco, la France n'a pas de budget pour 2025, c'est une loi spéciale qui est en place. Et ça, ça a des conséquences concrètes aussi, mais très concrètes pour les salariés, par exemple les chèques restaurants, les titres de transport.
Oui, exactement. On est un peu en stand-by, on parle d'immobilisme, moi je parle de paralysie, c'est-à-dire qu'on voit qu'on est complètement à l'arrêt et qu'il y a un certain nombre de conséquences extrêmement concrètes pour les travailleurs et les citoyens en général. Et donc c'est encore reporté à plus tard, parce qu'il y aura bien un budget, il y aura bien un débat en début d'année prochaine. En attendant, on voit que les attentes sont fortes, les difficultés sont croissantes pour un certain nombre de citoyens et de citoyennes.
Les chefs d'entreprise s'inquiètent, le patron des patrons dit qu'il va y avoir un recul de l'investissement avec des conséquences possibles pour les salariés.
Il y a effectivement un signal qui est donné au monde économique et qui paralysie aussi un certain nombre d'investissements. C'est vrai, mais ça paralyse aussi la question des négociations salariales. Les entreprises sont extrêmement prudentes et donc ça bloque véritablement un certain nombre de discussions et d'avancées qui sont pourtant urgentes pour beaucoup de travailleurs. Quand on dit vivre dignement de son travail, pouvoir boucler les fins de mois, être hébergé dignement, ça ce sont des questions extrêmement concrètes. Et on évoque la question de la crise politique et démocratique.
Moi, ce que je crains et ce qui m'inquiète profondément, c'est la distance qui est en train de s'installer entre les citoyens et les responsables politiques.
Christophe Robert, vous la ressentez cette rupture entre les politiques d'un côté et de l'autre côté des citoyens qui vont avoir des difficultés de vie quotidienne en fait ?
Ah oui, on la ressent très fort, on la ressent très fort du côté des travailleurs, on l'a vu du côté des agriculteurs, des professionnels de santé, des professionnels de l'action sociale, si vous voulez, qui se retrouvent face à une misère, face à des difficultés et pas de réponse en face. Des personnes à la rue, par exemple, pour lesquelles, vous savez, le nombre de personnes sans domicile a doublé en 10 ans, tous ceux qui interviennent auprès de ces personnes, ils le font pour aider ces personnes.
Les chiffres sont sidérants, les nombres de sans domicile fixe, rappelez-nous...
Écoutez, chaque soir, des personnes appellent le 115, ce numéro d'urgence, et c'est à peu près 6-7000 personnes à qui on ne propose pas de solution, dont 2000 enfants. Et on dit dans certains départements, ah mais vous avez des enfants de plus de 3 ans ! Ah ben non, nous on ne prend que les enfants de moins de 3 ans parce que l'hébergement d'urgence est saturé. C'est un exemple parmi d'autres. Sur la rénovation thermique des logements, dont on sait par exemple que c'est une mesure qui, justement, est très PAC du pouvoir de vivre. Pourquoi ?
Parce qu'elle redonnerait du pouvoir d'achat aux ménages en baissant les consommations d'énergie, mais en même temps, elle créerait du développement économique et elle limiterait les effets de gaz à effet de serre. On a eu des stop-and-go pas possibles, on va rajouter un milliard, on va enlever un milliard. Comment voulez-vous que tous les acteurs qui sont dans la recherche de la réponse aux côtés, dans les territoires ruraux, dans les territoires urbains, les quartiers populaires, pour apporter des solutions, puissent se projeter, puissent se développer dans cet esprit-là ? Maintenant, le président de la République a dit, le maître mot du futur gouvernement, ça sera l'intérêt général.
Et ça tombe bien, parce que c'est exactement ce que nous portons, nous, au sein du pacte du pouvoir de vivre. Donc nous lançons un appel, dire écoutez, nous, on veut prendre notre part dans cette histoire-là. Parce qu'on voit des gens, tous les jours, dans tous les territoires du pays. Ça tombe bien, parce qu'on voit aussi des signaux faibles, quand les difficultés s'amoncèlent, quand on voit des choses nouvelles qui se produisent. Écoutez, il y a la difficulté de se soigner, très fortement. La difficulté de pouvoir se déplacer. Beaucoup de gens n'ont pas de solution, ils sont très inquiets, par exemple, parce qu'ils n'ont pas accès à la voiture électrique.
Il faut absolument accroître le leasing social, vous voyez, une mesure comme celle-ci. Aujourd'hui, par exemple, le chèque énergie qui aide les personnes à se chauffer. Il y a un changement, parce qu'avec l'administration, c'est compliqué, je vous explique, c'est technique, on va dire. Mais ils ne sont pas sûrs de recevoir leur chèque énergie pour payer leur facture d'énergie, parce que la plateforme n'est pas opérationnelle, ou les modalités ne sont pas réunies. Pendant ce temps-là, c'est 150 euros qu'on ne va pas avoir pour pouvoir se chauffer. Donc, on pourrait multiplier ces exemples-là.
Et nous, on dit, on peut vous dire où en est l'état du pays, où sont les besoins, où sont les souffrances, mais aussi, on peut le mettre en œuvre. On ne change pas la société depuis le perron de l'Elysée, de Matignon, de tel ou tel ministère. Et nous, on peut, nous, les organisations du pacte, comme d'autres, mettre en œuvre un vrai projet de société autour de cette notion d'intérêt général. Mais il faut le faire concrètement. Il ne faut pas que ça soit des mots. Les gens n'y croient plus autrement.
Vous parlez depuis tout à l'heure du pacte du pouvoir de vivre. En fait, c'était une initiative qui avait été lancée par 19 organisations, dont la vôtre, et les deux vôtres d'ailleurs, avec notamment Laurent Berger à l'époque. C'était il y a cinq ans. Pourquoi est-ce qu'il serait appliqué maintenant ? Parce que quand on lit la presse, par exemple, on voit qu'il y a des mesures de salaire qui sont prévues dans le pacte du pouvoir de vivre. On voit qu'en fait, les patrons prévoient d'augmenter moins les salaires pour l'année qui vient. Ça n'en prend pas le chemin de l'application de ce pacte.
Pourquoi maintenant ? Parce que l'urgence est là, l'urgence sociale, l'urgence écologique, l'urgence démocratique. Nous, on a fait notre boulot. Nous, on a fait la démonstration à plus de 60 organisations que la construction de compromis, elle est possible. On n'est pas dans le yaka-faucon. On n'est pas là pour donner des leçons aux responsables politiques. On est là pour faire la démonstration que c'est possible. Que c'est possible. Et moi, ma question n'est pas de savoir qui va être Premier ministre. C'est quoi le projet ?
Quelle est la possibilité de tracer un chemin entre des formations politiques qui brandissent des dogmes et qui sont plutôt intéressés par savoir qui sera candidat à telle et telle élection, donc à telle et telle échéance ? Et donc, comme le dit Christophe, nous, l'enjeu aujourd'hui, c'est de dire qu'il faut que la société civile soit de cette construction de nouveaux équilibres qui nous permettent à la fois de sortir de l'ensemble des urgences et de pouvoir faire en sorte que ce soit mis en œuvre. On ne peut pas transformer la société avec des slogans. Il faut pouvoir véritablement avoir des propositions concrètes et savoir de qui on parle.
Et en fait, ce qui est aujourd'hui au cœur de la crise démocratique, de mon point de vue, c'est que les citoyens ne se sentent pas écoutés et se sentent invisibles dans l'ensemble des discussions qu'il peut y avoir dans la période.
C'est un sujet que vous suivez de près à la CFDT avec l'un de nos grands intellectuels qui est proche de votre organisation, Pierre Rosanvalon. Cette question de la défiance démocratique, elle s'incarne par les manifestations, par exemple, par tous les contre-pouvoirs. Pourquoi ne pas avoir défilé hier pour l'emploi et l'industrie avec d'autres organisations ? Je pense à la CGT pour en appeler à l'État pour qu'ils agissent et interviennent pour que les plans sociaux à Auchan, à Michelin, etc. ne se multiplient pas et que la casse sociale ne soit pas trop violente.
On a fait le choix d'être aux côtés des salariés directement concernés. Moi, j'étais samedi avec les salariés de Decathlon, par exemple, qui voient une négociation salariale avec une proposition à zéro, alors qu'on a un groupe qui fait un milliard et qui distribue un milliard de dividendes. Donc l'enjeu de cette justice sociale, elle se vit avec les salariés sur les lieux de travail. Et vous évoquez Auchan, Michelin, on est aussi, nous, mobilisés pour des entreprises comme Vancorex, une usine de la chimie. Le travail syndical, il se fait bien, il se fait par des mobilisations, mais pas toujours dans le cadre de défiler dans la rue.
Nous, et l'attente aujourd'hui des salariés, c'est surtout d'avoir des réponses concrètes. Et donc c'est ce à quoi nous, on travaille avec eux dans les entreprises.
Christophe Robert, vous faites le même constat sur ces piliers essentiels de la démocratie, qui devraient être le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, la société civile. Finalement, les deux premiers sont en crise, donc vous êtes là pour pallier ?
Non, je pense que c'est complémentaire. Mais le problème, c'est que, je vais prendre un exemple. Le président de la République avait lancé le Conseil national de la refondation. Nous avions participé à ce Conseil national avec Marie-Lise, des organisations du Pacte du Pouvoir de Vie, des mutuelles, d'autres associations dans le domaine de la santé, du logement, des mobilités, de la question écologique.
Qui ont abouti à quoi ?
On s'y était engagés. Et voilà. Mais la question, elle est là. Après, moi, on m'a proposé, par exemple, de piloter le CNR Logement. On a travaillé pendant six mois avec tous les acteurs. On a fait ce travail de consensus transpartisan, en quelque sorte, où on oublie un peu qui on est et on se préoccupe un peu des territoires et des gens. Six mois de boulot. Six mois de boulot. Et quelles conclusions ? Alors, de conclusion, nous, hyper intéressante, sincèrement, parce que la commande qu'on avait faite avec Véronique Bédague, avec qui on a piloté ce CNR, c'était de dire, oublions d'où nous parlons et pensons territoire et besoin des gens et développement économique.
Les propositions, du coup, étaient passionnantes pour relancer. Vous savez que la question du logement, aujourd'hui, elle est à l'arrêt. On n'a jamais aussi peu construit. La baisse de logement social, des coupes budgétaires colossales depuis 2018, et bien sûr, derrière des souffrances très importantes et des territoires en difficulté. C'est là où, dans ce triptyque dont vous parliez, le gouvernement, le Parlement et la société civile organisées, oui, il faut les articuler. Nous, on est prêts à prendre notre part. On tend la perche pour le premier ministre qui va être nommé, peut-être aujourd'hui.
Tendre la perche ou construire un rapport de force ?
Tendre la perche, trait d'union, en amont, en aval, pour dire quels pourraient être les besoins et comment on va les mettre en œuvre, à condition de partager, évidemment, les orientations sur le plan démocratique, sur la politique sociale, écologique, sur la solidarité dans notre pays, sur la lutte contre la discrimination. Vous voyez, ces sujets qui sont majeurs. Mais après, il faut prendre au sérieux cette histoire-là. Quand on fait bosser six mois les acteurs du logement, les associations, les syndicats, les mutuels ou d'autres, il faut en tenir compte. Ça n'a pas été le cas ? Ça n'a pas été le cas.
À charge, donc, peut-être au prochain premier ministre de se pencher sur ces différents dossiers. Bonjour Agnès et bienvenue sur France Inter.
Bonjour. Alors, je voulais vous remercier d'inviter des gens aussi inspirants que les deux personnes que vous avez ce matin et dont j'ai oublié le nom.
Alors, il s'agit de Marilise Lebranchu qui dirige le premier...
Léon, Léon ! Marilise Léon, bah oui.
Lebranchu, pardon pour le lapsus. Oui, merci de me rappeler aussi qui est en plateau avec nous ce matin. Marilise Léon à la tête de la CFDT et Christophe Robert à la terre de la Fondation Abbé Pierre.
Voilà. Alors, je vous ai entendu parler d'intérêt général et tout le monde a effectivement ce mot à la bouche. Moi, mon questionnement, c'est où place-t-on le curseur de l'intérêt général ? Est-ce que vous ne redoutez pas que les gouvernants placent l'intérêt général plus à un niveau économique et financier plutôt qu'à un niveau humain qui semble être plutôt votre combat et que je défends aussi, moi ?
Merci Agnès pour votre intervention et votre question. Christophe Robert ?
Je pense qu'Agnès pose la question qui est au centre des enjeux d'aujourd'hui. Nous avons un modèle de protection sociale en France qui est performant, en tout cas si on le compare, à l'échelle de bien d'autres pays sur d'autres continents. Néanmoins, il est en train de baisser de voilure, en quelque sorte. Un peu comme on l'a vu, vous voyez, dans le domaine de la santé, parce que c'est difficile à apprécier ça dans le temps. De décision en décision, on a vu la santé, les urgences, les hôpitaux être moins en capacité de répondre aux besoins de nos concitoyens. Et bien dans le domaine de la protection sociale, c'est le débat que nous devons avoir dans le pays. Qu'est-ce que nous voulons ?
Est-ce que nous voulons rester à un niveau très haut ? Celui qui protège, celui qu'on vante quand il y a des crises, par exemple, pendant la période Covid, ou quand il y a des crises financières, comme en 2008, on dit « Oui, mais la France, on est plus protégé que les autres parce qu'on a ce modèle social. Pourquoi ne serait-il pas performant tout au long de l'année, tout au long des mois ? » Vous voyez ce que je veux dire ? Et ce débat-là, nous ne l'avons pas eu.
Or, ce que j'entends d'un certain nombre de responsables politiques, ce qu'on entend dans le pacte du pouvoir du vide d'un certain nombre de responsables politiques, c'est que, finalement, il faudrait peut-être baisser un peu la voilure, rattraper le niveau moyen européen. Nous pensons, nous, que c'est une erreur. Et nous voulons avoir ce débat dans la société. Nous voulons faire partie de la solution et partie du débat.
Alors, d'autres auditeurs ont d'autres points de vue, évidemment. Marie-Lise Léon, c'est Franck, par exemple, qui dit que s'il comprend bien, l'intérêt général, c'est payer, payer, payer, donner des chèques, donner des aides, mais en bout de chaîne, qui va payer ? Pas du tout, dit Christophe Robert.
Pas du tout, non, bien sûr que non. Enfin, payer, payer. La question n'est pas de distribuer sans compter, d'une part, mais c'est de tenir compte de la situation réelle des plus éloignés de l'emploi, des personnes qui sont en grande difficulté. Je pense qu'au cœur de l'intérêt général, notre ciment, c'est la question de la solidarité. Est-ce qu'on veut vivre dans une société où c'est chacun pour soi, ou est-ce qu'on est sur un projet de société où on se dit, on fait attention et on prend soin les uns des autres ? C'est ça, le cœur du réacteur.
Et pour compléter la question de ce qui a été évoqué sur les questions économiques et financières, je pense que ce qui est mortifère quand on va aborder les questions d'intérêt général, c'est de regarder les questions économiques en 2024 comme on le faisait il y a 40 ou 50 ans. Aujourd'hui, on ne peut plus regarder les questions économiques sans changer de lunettes et sans se dire à un moment quel est l'impact économique de mon activité sur la nature et sur l'écologie. Je pense que c'est fondamental. Oui, juste un petit point si vous permettez, parce que je voudrais, par rapport à votre auditeur, on a conscience du déficit du pays. Nous avons vu deux semaines avant la décision de M.
Barnier, ses conseillers pour proposer au nom du Pacte du Pouvoir de Vivre, un budget beaucoup plus équilibré, mais beaucoup plus équitable aussi. Et donc il y a des dépenses néfastes que l'on peut réduire. Et on peut aussi peut-être contribuer davantage quand on a plus de ressources. Je vous donne un exemple. Il a été décidé de supprimer la taxe d'habitation. Alors pour 80 des ménages, on peut dire que c'est une mesure de pouvoir d'achat. Mais après, on l'a supprimé pour les 20% les plus riches. Ça a rajouté 10 milliards d'euros en moins qui rentrent dans les caisses de l'État.
Mais ces gens-là, ils peuvent payer cette taxe d'habitation pour financer cette protection sociale dont vient de parler Marie-Lise. Et aussi, les investissements, nous en avons besoin pour la transition écologique, accompagner les secteurs économiques dans ces transitions écologiques, dans l'agriculture, dans l'automobile, dans le logement. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc, on a bien conscience par rapport à l'action de votre auditeur de la situation. Ce n'est pas d'échec, d'échec. C'est partager les richesses davantage et aller faire la chasse aux dépenses néfastes.
Alors, dans ce contexte, Christophe Robert, il y a quand même une bonne surprise. Dans le journal La Croix, les Français disent, donne de plus en plus plus de 9 milliards d'euros en 2022. Alors, les chiffres datent d'il y a deux ans. 8% de plus. Est-ce que ça vous surprend ? Des montants qui ont doublé pour les particuliers ?
Ça ne surprend pas, je vais vous dire pourquoi. Nous, ce qu'on voit dans le pacte, avec tous les bénévoles, avec tous les salariés, les associations, les mutuelles, les fondations, l'économie sociale et solidaire, c'est des engagements de personnes en bénévolat énormes, du don qui est vraiment important, de la volonté de partager, la solidarité de proximité quand une personne est en difficulté. Vous voyez ce que je veux dire ? Je pense que la société française est solidaire, et qu'elle n'est pas à l'image de ce que donne à voir le spectacle politique d'aujourd'hui.
Alors, il y a une question particulière pour vous, qui êtes à la Fondation Abbé Pierre. On sait qu'il a été accusé, l'abbé Pierre qui est aujourd'hui décédé de viol, d'agression sexuelle récemment. Ça, ça n'a pas un impact sur la générosité des Français envers votre association ?
Si, si, si, parce que nous avons choisi de créer une cellule d'écoute à partir d'un premier témoignage avec le mouvement Emmaüs. Et à cette occasion-là, on a découvert d'autres témoignages de personnes victimes des graves agissements de l'abbé Pierre. Nous les avons rendus publics avec le mouvement Emmaüs. Nous avons pensé que c'était nécessaire de le faire. Et en même temps, il y a des personnes qui nous disent « Oui, mais l'abbé Pierre, il est mort depuis 14 ans, il ne peut pas se défendre. » Donc voilà, il y a du débat dans cette société. Mais ces choix, on les a faits. Là, on est en train de parler du pacte du pouvoir de vivre.
On a déjà beaucoup communiqué sur cette histoire de l'abbé Pierre. Oui, mais c'est malgré tout une question qui se pose. Je comprends, évidemment, c'est une situation dure et grave.
Mais Le Monde, le journal aujourd'hui, révèle des lettres de l'abbé Pierre qui voient remettre ses pulsions, ses origines, les origines de son parcours de prédateur sexuel. Vous deviez changer de nom, vous en êtes où ?
C'est en cours, mais il y a des démarches administratives, ministère de l'Intérieur, conseil d'État, parce qu'on est une fondation reconnue de dignité publique. Donc la demande a été faite. C'est pour bientôt. Moi, je pense que quand on parle d'engagement aussi, et vous évoquiez la générosité en don, moi, je voulais aussi pointer l'envie d'engagement, l'envie d'être bénévole, l'envie de prendre sa part, de monter des projets. Nous, on voit au cœur des plus de 60 organisations qu'on représente une envie d'engagement. C'est-à-dire que nous ne constatons pas du tout, nous, le repli sur soi. Il y a envie de faire, il y a envie de s'investir, de voir des actions concrètes mener.
Le pacte, c'est aussi plus de 40 groupes locaux avec des projets extrêmement concrets. Et c'est ça aussi qu'il faut pouvoir sentir et dont il faut tenir compte. Tout ne passe pas au prisme d'un tableau Excel où on va compter en euros. Il y a aussi cet investissement humain qui est extrêmement important. Et je pense que c'est vraiment une chance pour notre pays et la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
Christophe Robert, est-ce que votre association peut constater justement de la mobilisation de nombreux bénévoles l'hiver approche, le froid s'installe, comme chaque année ? Évidemment, est-ce que vous manquez de moyens ou est-ce qu'aujourd'hui on est dans une situation peut-être plus favorable, plus efficace que l'année passée ?
Non, on est en une situation très très dure sur le fond des personnes sans domicile. Je l'ai dit tout à l'heure, on a doublé le nombre d'enfants à la rue en 10 ans, si vous voulez.
On se rappelle de la promesse d'Emmanuel Macron avant son élection ? Les personnes à la rue ?
Oui, et aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? On trie les personnes, les ultra prioritaires parmi les prioritaires et on manque de moyens pour aider. C'est-à-dire que nous on finance 900 projets par an de 500 associations grâce à la juridité du public mais on voit bien que les associations nous appellent, elles sont en difficulté énorme. Mais vous voyez sur le débat qu'on a sur l'action publique. Parce qu'on avait fait prendre conscience à l'époque au ministre du Logement Patrice Vergritte de cette situation catastrophique pour les personnes à la rue qui appellent le 115 et à qui on ne propose aucune solution.
Au bout de 4 mois, il avait dit mais effectivement c'est trop grave, on va débloquer 120 millions. Et puis il y a eu un changement de ministre et puis on nous a dit là, il y a 2 mois ah ben non, c'est oublié. Alors qu'on avait félicité l'action gouvernementale parce qu'on sait aussi dire quand c'est bien dans les organisations du pacte. Vous vous rendez compte ? Nous on avait dit allez c'est bon on aura 120 millions on va pouvoir augmenter les capacités de mise à l'abri ou de solution de logement pour les personnes. Cette promesse de l'Etat aujourd'hui elle n'est plus là. Et ça on ne peut pas. On ne peut pas travailler dans ces conditions dans un pays comme le nôtre.
On a besoin de perspectives, on a besoin de savoir où on va et on a besoin de protéger.
Là vous parlez des avantages de l'instabilité actuelle mais en même temps par exemple sur la question des retraites elle va peut-être être remise en cause de la réforme des retraites. Le parti socialiste en tout cas l'a demandé qu'elle soit gelée peut-être qu'il pourrait y avoir une conférence sur le financement ça c'est plutôt une bonne nouvelle pour les organisations syndicales.
C'est aussi une forte attente sociale. On a connu un mouvement historique de mobilisation contre cette réforme de report de l'âge légal. Voilà pour la CFDT s'il y a des opportunités il faut les saisir maintenant. La question aujourd'hui c'est aussi de pouvoir trouver un compromis c'est-à-dire qu'on a d'un côté ceux qui nous disent c'est la réforme avec la réforme nous on est sur l'abrogation de ces 64 ans en disant c'est profondément injuste il y a beaucoup de salariés qui ne peuvent pas aller jusqu'à cet âge qu'est-ce qu'on trouve comme chemin pour pouvoir continuer d'avancer et répondre à cette question sociale.
Donc ça c'est effectivement ça sera un des sujets à ouvrir avec le nouveau Premier ministre.
Et Christophe Robert dans les avantages peut-être de cette instabilité il y a aussi le fait que les pensions retraites qui devaient cesser d'être indexées en partie l'année prochaine dans le budget finalement elles vont suivre l'inflation comme prévu.
Ben oui pour les petites retraites ce serait vraiment important je crois qu'il y avait déjà eu un recadrage sur les petites retraites jusqu'à 2,5 s'il reste un tout petit moment par rapport à ce que disait Marie-Lise tout à l'heure je voudrais quand même par rapport au futur Premier ministre futur gouvernement toutes ces actions solidaires tout ce qui tourne autour de l'intérêt général dans l'économie sociale et solidaire les fondations les syndicats les mutuelles etc.
C'est des centaines de milliers d'emplois c'est des centaines de milliers d'actions partout sur les territoires ruraux périurbains les quartiers populaires les métropoles aujourd'hui on empêche leur démultiplication on rend difficile la continuité de leur action sur le plan de la santé des mobilités du logement du travail il faut les écouter ces réalités là et il faut les démultiplier et nous on a cette capacité là nous comme d'autres pour pouvoir le faire encore une fois les gouvernements parlent souvent du dernier kilomètre on disait tout à l'heure on ne change pas la société par décret ni depuis le perron de l'Elysée faites-le avec les gens faites-le avec les français faites-le avec les organisations du pacte c'est peut-être une petite lueur d'espoir à condition d'être entendu dans cet esprit là
le message est passé en tout cas pour le prochain premier ministre ou la prochaine première ministre on attend l'annonce donc par l'Elysée dans quelques minutes heure jour on ne sait pas merci infiniment en tout cas Marie-Lise Léon et Christophe Robert d'avoir été les invités d'Inter avec les français
merci merci