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interviewBLAST (sur YouTube)· 23 février 2023 13 min

LES MACRONISTES N’AIMENT NI LA VÉRITÉ, NI LA DÉMOCRATIE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Dans l’ensemble, les gens savent que, oui, il faut travailler un peu plus longtemps en moyenne tous parce que sinon on ne pourra pas bien financer nos retraites. Monsieur Balanant, je voudrais vous dire que c’est dommage que vous vous soyez arrêté au début du paragraphe parce qu’à la suite il y a écrit : “Avec la convention EEC” dont vous parliez toute à l’heure, “le système de retraites reviendrait progressivement à l'équilibre dans trois scénarios sur quatre.” Je vous cite vous-même, vous étiez invité le 11 janvier ici à cette place-là : “Deux millions de retraités actuels qui ont une retraite qui est inférieure à 1200 euros verront leur retraite majorée à 1200 euros bruts par mois.” Vous venez de dire le contraire à l’instant.

Sur le fond, et là je m’adresse à monsieur Dussopt, je persiste à vous dire que les chiffres que vous avez communiqué à nouveau hier, ne s’appuient sur aucun fondement sérieux. Mesdames et messieurs les députés insoumis, vous m’avez insulté 15 jours, vous chantez, mais vous m’avez insulté. Personne n’a craqué !

Personne n’a craqué ! Et nous sommes là devant vous pour la réforme. Si on fait une réforme comme d’habitude, comme on fait depuis 20 ans.

On dit : “on va décaler l’âge de départ à la retraite”. J’ai dit, il y a quelques mois : “Je ne ferai pas ça.” Pourquoi ce n’est pas juste de faire ça ?

Parce que quand vous avez commencé à travailler à 16 ans, si je vous décale votre âge de départ à la retraite, alors même que généralement quand vous avez commencé à 16 ans, vous avez moins de diplômes, vous êtes dans des métiers plus pénibles, c’est profondément injuste. L’autre jour, le 14 février, Élisabeth Borne, la Première ministre qui gouverne à grands coups de 49.3, a fait un tweet pour dire que : “La démocratie, c’est la diversité des opinions et le respect de chacun.

La démocratie c’est l’attachement à la vérité.” Nous allons revenir tout à l’heure sur ces propos, mais commençons par ouvrir une parenthèse un peu longue, pour observer que vingt-quatre heures après cette proclamation de sa Première ministre, Emmanuel Macron, président de la République, a quant à lui déclaré, le 15 février, que les oppositions qui lui font l’affront de s’opposer à sa réforme des retraites n'avaient, je cite encore, plus de boussole, et qu’elles étaient totalement perdues. Cette déclaration est intéressante, parce qu’elle démontre que, si on se réfère à la définition de la démocratie produite la veille par Élisabeth Borne, Emmanuel Macron n’est que très modérément démocrate puisque ses propos, loin de témoigner d’un quelconque attachement à la vérité ou d’un respect de chacun, sont, au contraire, et sans véritable surprise, faux et irrespectueux.

Car en réalité, contrairement à ce qu’il affirme : les oppositions que le chef de l’État français accable ainsi de son incommensurable mépris ne sont pas du tout perdues. Bien au contraire : les élus de ces oppositions font très exactement ce pour quoi ils ont été élus. La DSS, ce matin, en me donnant ces informations m’a indiqué qu’elle vous avait été transmises à la mi-janvier et certainement pas avant hier soir.

Donc je repose ma question, les yeux dans les yeux, vous avez dit : “J’ai eu des prévisions transmises hier.” Pouvez-vous nous dire quelle administration et quand vous a transmis les prévisions à l'appui desquelles vous indiquez que ce sera 40 000 personnes. Ils font très exactement ce que les électeurs qui les ont chargés de les représenter au Parlement sont en droit d’attendre : ils s’opposent à une réforme des retraites à laquelle les Français qu’ils représentent sont très majoritairement opposés.

Chers collègues, j’aimerais partager avec vous des témoignages de travailleuses en souffrance en espérant que vous entendez, comme moi je les entends. Sylvie, qui travaille comme femme de ménage me dit : “Rachel j’ai 57 ans. Je ne sais même pas si je tiendrai jusqu’à 60 ans.” Nadia, qui est aide-soignante, me dit : “Je dois aider les gens, mais avec deux années de plus, qui va m’aider ?” Au passage : on relèvera que lorsqu’il fustige les oppositions, au pluriel, Macron amalgame une fois de plus la gauche et l’extrême droite en dédiabolisant une fois de plus la seconde pour mieux diaboliser la première.

Surtout : on remarquera que c’est le chef de l’État lui-même, qui n’a plus de boussole. A tous les ministres et les députés qui sont favorables pour faire travailler les gens jusqu’à 64 ans : qui d’entre vous a déjà fait un métier pénible ? Qui peut lever la main ?

Personne. Parce que, vous, la majorité d’entre vous, ne le sait pas. Alors je vous le dis de manière très sincère : vous n’avez pas le droit de mettre à genoux les gens qui tiennent la France.

Debout ! En d’autres termes, et selon un procédé relativement classique : il impute ses propres manquements à ses opposants. Car l’an dernier, rappelons-nous : il s’était publiquement fixé un cap, immédiatement après sa réélection.

Au soir du 24 avril 2022, il avait pris l’engagement que pendant son nouveau quinquennat, personne ne serait laissé au bord du chemin, et qu’il travaillerait de toutes ses forces pour cette unité. Alors il nous faudra être forts, mais nul ne sera laissé au bord du chemin. Alors il nous reviendra ensemble d’oeuvrer à cette unité par laquelle seule nous pourrons vivre plus heureux en France et relever les défis qui nous attendent.

Quelques jours plus tard, dans son discours d’investiture du 7 mai 2022, il avait ensuite promis d’agir pour construire des progrès pour chacun et d’œuvrer à l'égalité entre les femmes et les hommes. Agir, pour continuer de construire des progrès pour chacun et oeuvrer à l’égalité entre les femmes et les hommes. Il avait promis ce jour-là que son action, durant son second et dernier mandat, serait constamment placée sous le signe du rassemblement, du respect, de la considération, de l'association de tous.

Il avait promis de rassembler et de pacifier, expliquant pour finir que ce sera là le fondement de la renaissance démocratique dont notre pays a besoin. Dix mois plus tard, est-ce que nous pouvons dire qu’Emmanuel Macron a bien suivi la direction que lui indiquait alors sa boussole ? Est-ce qu’il a tenu sa promesse de n’abandonner personne, de rassembler et de pacifier ?

Bien au contraire : en concoctant une réforme des retraites très défavorable aux femmes, aux ouvriers et aux employés, il nous a très clairement signifié qu’il allait notamment laisser au bord du chemin les femmes auxquelles il avait promis plus d’égalité. Oeuvrer à une société plus juste et à l’égalité entre les femmes et les hommes. En répétant ensuite, semaine après semaine, qu’il restait déterminé à mener à son terme cette réforme dont 70 % des Français ne veulent pas, il a jeté dans les rues des millions de manifestants.

Nous sommes donc très, très loin des progrès, du rassemblement et de la pacification qu’il avait promis au soir de sa réélection. Vous allez finir par vous aimer les uns les autres, bordel de merde ? Revenons maintenant au tweet d’Élisabeth Borne, pour qui la démocratie se construit par le respect et par la vérité.

Ça aussi, c’est intéressant. La démocratie, c’est le refus de l’outrance et l’attachement à la vérité. Car là aussi, il y a un immense décalage entre ce qui est dit, et la triste réalité d’une pratique autoritaire du pouvoir.

Depuis des mois, en effet, et pour défendre, eux aussi, une réforme présentée comme un projet de justice, d’équilibre et de progrès inévitable et nécessaire, la Première ministre et les membres de son gouvernement nous ont menti comme des arracheurs de dents en postulant que nous n’y verrions que du feu, idiots que nous sommes. Répétons-le encore une fois : lorsqu’ils récitent en choeur, aujourd’hui encore, que cette réforme est le seul moyen de sauver notre système de retraites, c’est un gigantesque double mensonge. D’abord parce que ce système, contrairement à ce qu’ils prétendent, et comme ne cessent de le rappeler les syndicats, preuves à l’appui, n’est pas le moins du monde menacé : selon le Conseil d’orientation des retraites, il est actuellement bénéficiaire, et dans le pire des scénarios envisagés par cette instance, il sera toujours à l’équilibre en 2070.

Ensuite parce que même en admettant l’hypothèse gouvernementale selon laquelle il serait bientôt mis en péril par un prétendu déficit estimé à 12 milliards d’euros, il serait extrêmement simple de financer ce système sans pénaliser les salariés en les obligeant à cotiser et à travailler plus longtemps. Il suffirait, pour cela, de supprimer, par exemple, les exonérations de cotisations sociales consenties au patronat : pour les caisses de retraite, en effet, le manque à gagner lié à ces exemptions s’est élevé, pour la seule année 2022, à la bagatelle de 17 milliards d’euros. Autre exemple, sur lequel il faut aussi revenir : pour mieux nous vendre leur réforme, les macronistes nous ont d’abord promis que des millions de retraités allaient obtenir une retraite minimale de 1200 euros brut et nous ont présenté ça comme une espèce de merveilleux cadeau.

Le 11 janvier dernier, par exemple, Olivier Véran claironnait, comme l’a récemment rappelé Le Monde, que cette mesure allait profiter à deux millions de retraités actuels. Le chiffre est impressionnant. Brut ou net ?

Quand je disais tout à l’heure que le seul risque que prenaient les retraités c’est d’avoir leur pension actuelle augmentée. C’est ça. Ce n’est pas un risque mais une chance.

Deux millions de retraités actuels qui ont une retraite qui est inférieure à 1200 euros, verront leur retraite majorée à 1200 euros brut par mois. Mais c’était là aussi un double mensonge. D’abord parce que ces 1200 euros bruts correspondent, dans le meilleur des cas, à une pension de retraite d’un montant de 1150 euros net.

Or, comme on l’a déjà dit dans cette chronique, le seuil de pauvreté, qui est fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de la population, correspond en France à un revenu disponible de 1102 euros par mois pour une personne vivant seule. Par conséquent : lorsque le gouvernement promettait une retraite minimale de 1200 euros bruts pour tous, il promettait en réalité une fin de vie faite de privations après une vie passée à travailler pour des salaires de misère. Il n’y a pas de pension minimale à 1200 euros dans la réforme.

Le gouvernement dit : “Si vous avez une carrière complète, ce sera 1200 euros brut pour tout le monde.” Tout le monde comprend comme vous. C’est pour ça qu’il y a un problème démocratique, c’est complètement faux.

On aura toujours au moins une personne sur quatre qui sera sous les 1200 euros très nettement. C’est quoi ce chiffre de 1200 euros ? D’où il sort ?

C’est un objectif. Compte tenu de la revalorisation de quelques dizaines d’euros par mois, une personne fictive qui aurait passé toute sa vie au Smic à temps plein, on espère qu’elle se rapprocherait de 1200 euros, qui est un objectif. Mais surtout, et comme l’a implacablement démontré l’économiste Michaël Zemmour : même cette promesse était fausse et mensongère.

S’il y a une carrière complète, vous êtes d’accord de dire que c’est 1200 euros ? Si vous avez votre carrière complète. Non, je vous assure que non.

Il y aurait une mesure qui aurait permis de faire ça, ça aurait été de dire : “On garantit un minimum de 1200 euros quand vous avez une carrière complète.” Ce n’est pas la mesure qui a été choisie par le gouvernement. Le gouvernement revalorise la pension de base jusqu’à 100 euros, et on verra combien ça vous fait.

Si vous aviez 1100 euros, ça vous fera peut-être 1200. Si vous aviez 1000, ça vous fera 1100 maximum. Car dans la réalité, seule une minorité de retraités pourra éventuellement compter sur cette somme.

La démocratie c’est le refus de l’outrance et l’attachement à la vérité. Olivier Dussopt, ministre du Travail, a finalement dû concéder, contraint et forcé, que la mesure dont Olivier Véran garantissait qu’elle concernerait deux millions de retraités intéresserait plutôt 40 000 personnes, grand maximum. Nul ne sera laissé au bord du chemin.

Ce qui signifie que là encore, beaucoup de gens seront laissés au bord du chemin et ne bénéficieront même pas d’une pension leur permettant de se hisser, dans le meilleur des cas, 48 euros au-dessus du seuil de pauvreté. Le gouvernement d’Élisabeth Borne a donc menti aussi, quelle surprise, sur ce qu’il présentait comme un atout décisif de sa réforme des retraites. En somme, ce gouvernement dont la cheffe proclame son attachement à la vérité multiplie depuis des mois les contre-vérités sur la véritable nature de sa réforme des retraites.

Ce gouvernement dont la cheffe lance de grands appels au respect d’autrui et à la démocratie bafoue les oppositions en usant de tous les leviers législatifs et parlementaires lui permettant d’imposer par la force sa réforme inique et reste obstinément sourd aux protestations des Français, qui restent, eux, très majoritairement opposés à ce projet et qui manifestent par millions pour demander son retrait. De sorte que pour se faire entendre, il va sans doute falloir que ces protestataires fassent beaucoup, beaucoup plus de bruit en gardant toujours à l’esprit que les macronistes, retranchés dans leur autoritarisme, seront les seuls et uniques responsables de cette radicalisation devenue, par leur faute, inévitable et nécessaire. Sir, les Parisiens ont pris la Bastille.

Pris la Bastille ? Mais pourquoi ? C’est une révolte ?

Non, sir, c’est une révolution.