Affaire Hanouna : comment le groupe Bolloré influence-t-il le climat idéologique français
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 7 %Attaque 74 %Défensif 19 %
Questions et réponses
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- 1:40OuverteRéponse directe
Daniel Schneiderman, pouvez-vous expliquer en quoi consiste l'émission Touche pas à mon poste ?
- 2:57OuverteRéponse directe
Quelle est l'évolution de cette émission depuis 2010 ?
- 4:29OuverteRéponse directe
Pourquoi cette émission est-elle devenue un sujet politique ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Pouvez-vous décrire l'incident entre Cyril Hanouna et Louis Boyard ?
- 6:01RelanceRéponse directe
Pourquoi Cyril Hanouna a-t-il dit à Louis Boyard qu'il était sur le groupe Bolloré ?
- 8:22OuverteRéponse directe
Pourquoi cette émission est-elle si regardée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:40InvitéChiffre
« En France, vous avez 5 personnes qui possèdent autant que 27 millions de personnes. »
- 6:22InvitéFait
« Bolloré t'as donné de l'argent parce que t'étais chroniqueur ici. »
- 18:11InvitéFait
« Louis Boyard n'a pas été loyal. »
- 18:15InvitéFait
« La loyauté, c'est le crédo de Vincent Bolloré. »
- 18:21InvitéFait
« Il a viré la quasi-totalité de la rédaction d'Itélé en 2016. »
- 21:43InvitéFait
« Il rentre dans un groupe, il en prend un petit bout, c'est ce qu'il a fait avec Canal+, et puis après, il mange tout. »
- 22:15InvitéFait
« Vincent Bolloré détient Editis, qui est le deuxième groupe d'édition en France. »
- 22:57InvitéFait
« Il va tenter de mettre ces médias au service d'une idéologie et au service de ses propres convictions de nationalistes, de catholiques. »
- 28:38InvitéFait
« Le cardinal Sarah à la une de Match, ça ne fait pas vendre. »
- 30:01InvitéChiffre
« Zemmour s'est envolé jusqu'à des 14, 16% d'intention de vote. »
- 30:01InvitéChiffre
« Zemmour s'est envolé jusqu'à des 14, 16% d'intention de vote. »
- 30:05InvitéChiffre
« Il a terminé à 7%. »
- 32:30InvitéFait
« Canal+, en fait, fonctionne, mais notamment, surtout, et principalement porté par Canal+ international et notamment Canal+ en Afrique. »
- 33:21InvitéFait
« Il a menti. »
- 33:27InvitéFait
« Ce qu'il a réussi, c'est de faire porter Canal+ France, qui a été complètement dépecé, dépolitisé. »
- 33:45InvitéFait
« Il a développé Canal+ en Afrique notamment et dans les pays étrangers qui aujourd'hui porte le chiffre d'affaires du groupe Canal+. »
- 34:14InvitéFait
« Canal+, c'est de l'influence. Le JDD, c'est de l'influence. Paris Match, c'est de l'influence. »
- 34:30InvitéFait
« Vincent Bolloré est un faiseur de présidents, que c'est un homme puissant qui peut faire et défaire des présidents. »
- 34:43InvitéFait
« Ça a banalisé le Rassemblement National. »
- 36:11InvitéFait
« Si mon émission, elle marche tellement bien, c'est parce que j'invite des gens qui ne sont pas invités ailleurs. »
- 38:00InvitéFait
« On a des lois qui sont totalement obsolètes. »
- 38:43InvitéFait
« Aucun des gouvernements qui sont succédés dans les dernières décennies n'a osé affronter les patrons de médias. »
Temps de parole
- Invité37 %
- Invité 231 %
- Invité 325 %
- Invité 43 %
- Invité 52 %
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Les matins de France Culture, Guillaume Erner.
Bien que les clashs, les polémiques, les bad buzz, comme on dit, soient courants sur le plateau, ne touchent pas à mon poste, l'émission de jeudi dernier a une résonance particulière. Cyril Hanouna, animateur phare de la chaîne, s'est emporté contre un député de la France insoumise, Louis Boyard, le couvrant d'un sud jusqu'à la sortie de ce dernier du plateau. La raison, le jeune politique a critiqué Vincent Bolloré. Aujourd'hui, les deux protagonistes de l'affaire ont annoncé porter plainte, l'un pour outrage, l'autre pour diffamation.
Comment comprendre cette séquence uuesque et au-delà, comment comprendre le fait qu'aujourd'hui, cet incident de plateau, un incident de plateau dans une émission qui en comporte beaucoup, relève désormais de la rubrique politique. Mon camarade Jean Lémarie a consacré hier son billet à ce sujet. Thomas Legrand, aujourd'hui, dans Libération, fait de même. Pour en parler, nous sommes en compagnie de deux journalistes. Isabelle Robert, bonjour. Vous êtes cofondatrice et présidente du journal en ligne Les Jours depuis 2016. Et vous êtes coautrice avec Raphaël Garigos de L'Empire. Comment Vincent Bolloré a mangé canal aux éditions du Seuil. Daniel Schneiderman, bonjour.
Vous êtes journaliste, fondateur et directeur du site Arrêt sur Images depuis 2007. Je ne suis plus directeur. Vous êtes président depuis 2021. Je ne suis plus directeur. J'ai transféré la propriété et la direction du site à son équipe. Voilà, mais malgré tout, vous connaissez bien l'émission « On ne touche pas à mon poste ». Et je vais vous proposer tout d'abord, pour débuter, Daniel Schneiderman, de nous faire une sorte de « Hanouna pour les nuls ». Si vous deviez expliquer en quoi consiste cette émission, ce qu'elle contient à des gens qui nous écoutent et qui, j'imagine, pour la plupart, n'ont pas pour habitude d'être face à leur poste lorsque cette émission passe.
Je vous remercie de me poser la question, parce que c'est une question compliquée. Quand on essaye de décrire ce qu'on voit, quand on voit l'autre chaîne de Vincent Bolloré, une des autres chaînes de Vincent Bolloré, CNews, c'est assez simple. C'est une chaîne de droite, d'extrême droite, dont la tonalité est uniformément une tonalité conservatrice, ultra-conservatrice, Zemmour, Pascal Praud, etc. Quand on regarde Hanouna, quand on découvre Hanouna, on se dit « Mais au fond, qu'est-ce que je suis en train de regarder ?
» Alors, je suis en train de regarder manifestement une émission de divertissement avec tous les codes de la télé de divertissement, des blagues, des rires, des applaudissements, des chroniqueurs. On se marre bien. Mais Hanouna, c'est pas que du divertissement. Hanouna, alors d'abord, ça a été mouvant dans le temps. C'est-à-dire qu'Hanouna, quand il a commencé « Touche pas à mon poste », il s'agissait... L'étiquette, si vous voulez, posée sur l'émission était une étiquette d'émission sur la télé. On parlait du prime time, de la veille au soir. En très ancien, c'était en 2010. Voilà la date qu'on m'a donnée, le 1er avril 2010. Beaucoup de nos auditeurs n'étaient pas encore nés.
C'est pour ça que c'est bien de leur raconter. Mais c'était ça. Et puis, au fil du temps, cette émission de réflexion sur la télé, d'analyse de la télé, on va dire, a évolué d'abord vers une émission de débats de société. Il s'est mis à faire des débats de société sur les questions de genre, les questions sécuritaires, les questions identitaires, toutes sortes de questions. Ou plutôt, une sorte très particulière de questions. On y reviendra peut-être. Et ensuite, là, ces dernières années, surtout ces derniers mois, pour la dernière présidentielle, il a sauté à pieds joints dans la politique.
D'abord, il a dit l'élection de la présidentielle de 2002, ça se passera chez moi, nulle part ailleurs, c'est moi qui la ferai, etc. Il a invité un certain nombre de politiques qui sont venues. Zemmour, Mélenchon, d'autres sont venus dans son émission. Et il s'est dit, voilà. Et maintenant, on a affaire à une espèce de monstre, d'hybride, où on ne sait pas très bien ce qu'on regarde. Si vous voulez, je vous prends l'exemple de l'émission d'hier soir que j'ai regardée attentivement, puisque je savais que je... Oh, ce n'est pas la première.
Puisque je savais que je venais vous voir, c'est une émission où on a eu à la fois la prestation d'un chanteur, un ténor des quartiers, comme il dit, Naestro, qui a chanté des airs d'opéra, c'était très bien. Et en même temps, on a eu une très longue séquence avec un autre chanteur, mais qui venait pour autre chose, Daniel Guichard. Là, c'est encore plus... Oui, là, on est... C'est la suite de génération, donc... Et Daniel Guichard, par exemple, qui venait pour une raison très précise, c'est qu'il avait déclaré quelques jours plus tôt qu'il s'était inscrit dans un club de tir. Donc, il y a eu 10 minutes sur l'autodéfense.
Est-ce que si des cambrioleurs arrivent chez moi, je les flingue ou pas, ou je discute ? Voilà. C'était compliqué. Voici un extrait de l'émission, l'émission qui a provoqué, donc, une série de commentaires nombreux. Cette séquence, où Cyril Hanouna, donc l'animateur phare de l'émission, se prend le bec avec le député de la France Insoumise, Louis Boyard. J'aimerais bien qu'à un moment, on arrête d'opposer les Français qui sont pauvres et les immigrés. Parce qu'aujourd'hui, en France, vous avez 5 personnes qui possèdent autant que 27 millions de personnes. Et les 5 personnes les plus riches, ce sont les mêmes personnes qui appauvrissent la France et elles appauvrissent l'Afrique.
Je vais vous donner l'exemple rien que de Bolloré, qui a déforeché le Cameroun. L'exemple de Pouyanné, de chez Total, qui est en train de faire un projet au Ouganda, le type profite de taxer les superbes. Vous voulez du coup ? Je vais vous donner du concret. Excuse-moi, excuse-moi, excuse-moi, excuse-moi.
Excuse-moi, excuse-moi mon chéri. Les députés, ils représentent le peuple. Le peuple, voilà, c'est le bon. Non, mais tu sais que t'es dans le canal, justement.
Donc ici, tu viens de parler du groupe Bolloré. Tu sais que t'es dans le groupe Bolloré ici ? Oui, bah Bolloré, il a un procès avec 150 personnes au Cameroun au sujet de la dégustation dans l'Ule-de-Palme. Qu'est-ce que tu viens foutre ici ? Mais j'ai aucun problème. Parce que Bolloré t'as donné de l'argent parce que t'étais chroniqueur ici. Et j'ai aucun problème à le dire.
Attends Cyril, attends, Cyril, est-ce que t'es en train de me dire que j'ai pas le droit de dire publiquement que Bolloré, il a un procès avec 150 Camerounés parce qu'il a déforé et t'es en train de dire Je préfère venir sur la chaîne et dire que Bolloré a un procès avec 150 personnes au Cameroun parce qu'il a pas participé à la déforestation. Je devrais être libre de le dire. Alors voilà, c'est un genre un peu particulier. Isabelle Robert, c'est donc un extrait de l'émission de jeudi dernier dont le contenu est particulier parce qu'il y a eu cet affrontement entre Cyril Hanouna et ce débuté de la France Insoumise. Mais en revanche, la tonalité est plutôt régulière.
Ce n'est pas si étonnant que cela. Ce n'est pas si singulier que ça qu'il y ait ce type d'échange animé sur l'émission. Alors effectivement, ce genre d'échange animé, d'ailleurs, c'est une émission qui fonctionne sur ce mode-là, c'est-à-dire un mode binaire, un mode de clash qui peut se produire entre invité et chroniqueur, entre chroniqueur et chroniqueur. Donc c'est quelque chose d'habituel. Et encore, vous n'avez pas tout passé parce qu'il y a quand même un certain nombre de noms d'oiseaux qui sont préférés par Cyril Hanouna envers Louis Boyard. C'est ce qui, aujourd'hui, fait polémique. Mais cet extrait, il dit autre chose, en fait.
Évidemment, ce n'est pas bien d'insulter un élu de la République. Mais surtout, Louis Boyard a prononcé le mot interdit sur le plateau de Touche pas à mon poste. C'est Vincent Bolloré. Donc Vincent Bolloré, comme lui dit Cyril Hanouna, il dit, tu sais que tu es sur le groupe Canal, et si tu sais que tu es sur le groupe Bolloré. Donc déjà, ça dit tout d'un actionnaire tout puissant parce que Vincent Bolloré est l'actionnaire de Canal+, via Vivendi. Un actionnaire tout puissant qu'on n'a pas le droit de critiquer sur une chaîne du groupe Canal. C'est ça que dit cet extrait, au-delà de la polémique avec Louis Boyard.
Alors après, ce qui est intéressant aussi, c'est qu'il lui dit, mais toi, tu en as profité, en fait. Et effectivement, Louis Boyard, avant d'être élu, a été chroniqueur sur l'émission à plusieurs reprises, pas très très régulier d'ailleurs, mais il l'a été au cours de l'année 2021, et donc il a été payé par le groupe Canal. Et ça dit encore plus sur les rapports entre Cyril Hanouna, l'émission et la politique, parce que la France Insoumise, en fait, a été le premier parti politique à participer à Touche pas à mon poste et à des émissions d'Hanouna. Il y a aussi une émission plus politique qui s'appelle Face à Baba.
Et ce, depuis, dès 2013, en fait, Jean-Luc Mélenchon, en personne, a été le premier homme politique qui est allé chez Cyril Hanouna. Et ça, cette espèce de relation, en plus, Cyril Hanouna, il surjoue des relations affectives avec les politiques. Donc, quand il voit Jean-Luc Mélenchon, c'est toujours mon chéri, je suis très content de t'accueillir, tu es bienvenue ici, etc. Et cette relation entre la France Insoumise, et Cyril Hanouna a duré jusqu'à la semaine dernière. Jusqu'au jeudi dernier.
Mais, par exemple, au début du mois de novembre, quand le député Carlos Martins-Bilongo s'est fait insulter par un député à Rennes en pleine Assemblée nationale, ils sont allés avec Mathilde Panot chez qui ? Chez Cyril Hanouna. Et d'ailleurs, c'était très intéressant parce que ce dont ne s'est pas rendu compte la France Insoumise qui essaie de profiter du public de Cyril Hanouna, un public qui est jeune, un public qui est populaire, c'est aussi une partie du public de la France Insoumise. Et ce que n'a pas compris la France Insoumise, en fait, c'est que systématiquement, Cyril Hanouna met le parti en position de faiblesse.
Et c'était typique avec Carlos Martens-Bilongo et Mathilde Panot quand ils se sont allés sur le plateau, ils se sont retrouvés face à des chroniqueurs qui leur disaient « Ah mais non, moi, je n'ai pas entendu qu'ils retournent en Afrique, franchement, je n'ai pas entendu ça. » Enfin, qu'ils remettaient en cause le racisme de cette phrase. Et l'une des spécificités de cette émission, c'est de créer, en quelque sorte, sa propre actualité, autrement dit, de commenter bien souvent l'émission précédente, d'utiliser les différents clashs et buzz qui ont eu lieu pour rebondir. Dès lors, l'émission de lundi dernier est revenue sur l'altercation entre Louis Boyard et Cyril Hanouna.
On en écoute un extrait. Louis Boyard nous a menti à tous, jeudi, en direct. C'est une trahison. Il nous a trahis. Il a trahi son ami avec qui il disait « On va faire des darkas quand je serai député. » Et ça, c'est bien plus grave parce que des problèmes, on en aura dans l'émission. On a traversé plein de crises. Mais on en traversera encore. Et l'important, c'est que les téléspectateurs, je voudrais vous remercier d'être toujours là, de nous regarder et de savoir qui vous regardez, ce que vous regardez et vous connaissez notre sincérité dans l'émission. Ça, on ne pourra jamais nous l'enlever. Notre sincérité et Louis Boyard est un garçon qui n'est pas sincère.
Et pour moi, ça, c'est la pire des choses. C'est un menteur. Et je vous dis, il s'est joué de vous. Et le public ne s'est pas trompé d'ailleurs puisqu'il l'a hué et lui a demandé de sortir. Et il était extrêmement violent sur le plateau. Et Louis Boyard n'en sortira pas grandi de cette affaire. Et sachez que nous aussi, on va prendre des mesures et on va attaquer pour ce qu'il a pu dire, diffamation et toute la diffamation qu'il a eue à notre égard. Merci. Un extrait donc de l'émission que Cyril Hanouna a consacrée à l'altercation de jeudi dernier. Un commentaire, Daniel.
Alors, cette émission a été spécialement intéressante parce que, comme le disait Isabelle Roberts, en général, Hanouna essaye d'avoir sur son plateau les pours et les contres. quel que soit le sujet, il y a les pours, il y a les contres. Quand un débat est soumis au panel des chroniqueurs, il y a les pancartes oui, il y a les pancartes non. Enfin, on joue le débat et le clash. Et là, sans doute pour la première fois, en tout cas pour la première fois que je regardais moi cette émission, il n'y avait pas de contre. C'est-à-dire que les insoumis ont refusé de revenir sur le plateau pour retartiner sur l'incident de la semaine précédente.
Ce qui fait que Hanouna a été obligé de construire une émission d'un unanimisme terrifiant de tous les chroniqueurs, tous les invités, experts, très longs, parce que là aussi, ça n'est pas un format bref. À qui le dites-vous ? À qui le dites-vous ? Moi, j'y ai passé deux heures et en plus, je l'ai regardé deux fois pour scripter les extraits. Il a été obligé. Et donc, on a eu ce spectacle pendant deux heures d'une sorte de secte consolant l'animateur gourou de la mésaventure qu'il avait subie la semaine précédente. Une espèce de... Vous savez, dans 1984, il y a le quart d'heure de la haine.
Là, c'était les deux heures de la haine contre Louis Boyard qui était un lâche, qui ne cherchait que le buzz, etc. Et donc, pour la première fois, l'émission était obligée de renoncer à l'illusion du pluralisme. Et c'est en ça que moi, j'ai trouvé ça très intéressant et que je pense qu'il s'est vraiment passé quelque chose dans l'émission avec Louis Boyard de la semaine précédente.
C'est-à-dire que pour la première fois, Boyard a véritablement mis à nu le dispositif de l'émission et le fait que le tabou suprême de cette émission qui apparemment n'a pas de tabou, dans laquelle on peut tout dire, dans une très grande liberté, le tabou suprême, c'est Bolloré et les activités de Bolloré, notamment en Afrique. Et alors, ce qu'il faut ajouter, Daniel Schneiderman, c'est que c'est une émission qui est très regardée et que ces différentes altercations qui ont eu lieu depuis la semaine dernière correspondent aussi à une forte écoute, la plus forte écoute, je crois, de l'émission.
Oui, ils ont battu leur record, ils ont dépassé les 2 millions, je crois qu'ils étaient à 2 millions 100 000, oui, alors on peut dire 2 millions de spectateurs, enfin, sur la durée, tous les spectateurs ne regardent pas la totalité de cette émission interminable, on peut dire que c'est beaucoup, après, voilà, c'est 2 millions de personnes sur 67 millions de Français.
Isabelle Robert, il y a effectivement quelque chose de particulier dans cette émission, c'est le fait que celle-ci qui a inventé une forme de genre est aujourd'hui le talk show probablement le plus, sinon regarder du moins le plus relayé puisqu'elle existe énormément sur les réseaux sociaux, ce qui veut dire que finalement il y a peu de jeunes dans notre pays qui n'aient pas d'une manière ou d'une autre un contact avec cette émission. Oui, c'est une émission qui touche les jeunes et qui, d'ailleurs, c'est intéressant par rapport aux réseaux sociaux parce que Cyril Hanouna et il revendique d'ailleurs ne fait sa ligne éditoriale qu'à partir des réseaux sociaux.
C'est-à-dire que ce qui va faire du bruit sur les réseaux sociaux, il va le récupérer et il va prendre ses invités comme ça. Mais moi, ce qui m'a marquée dans cet extrait que vous avez diffusé, c'est que, outre l'aspect secte qu'a souligné Daniel, il y a un nom qui n'est pas prononcé et moi, pendant vraiment presque une heure et demie, je me suis dit en fait, ils ne vont pas le prononcer. Ils ne vont pas prononcer le nom de Bolloré. Et alors, c'est venu incidemment, d'abord dans la bouche d'un chroniqueur. D'ailleurs, Cyril Hanouna, à un moment, lui fait les gros yeux. On sent qu'il a prononcé le mot qu'il ne fallait pas prononcer.
Ça vient ensuite dans la bouche des invités extérieurs et à la fin, ça vient parce qu'il diffuse une compilation des fois où Louis Boyard a prononcé le nom Bolloré. C'est 15 fois. Et c'était inversement proportionnel au nombre de fois où le nom a été prononcé sur le plateau. Il faut savoir quand même qu'au sein du groupe Canal+, et aujourd'hui, au-delà à Europe 1 ou chez Paris Match et au JDD, le nom de Bolloré est tabou. C'est un peu comme un dieu. Il ne faut pas prononcer son nom. C'est l'actionnaire ou c'est il. Mais le nom de Vincent Bolloré déclenche des cataclysmes. Je vais faire appel à votre mémoire à tous les deux.
Je crois me souvenir que Michel Pollack avait été remercié de TF1 par Martin Bouygues parce qu'il avait prononcé le nom de Bouygues. Je ne sais pas si pour la 5, le nom de Berlusconi valait l'être de licenciement Daniel Schneiderman. La 5, vous voulez dire en Italie ? Non, la 5 en France n'avait rien à voir avec la 5 de Berlusconi. C'était juste parce qu'elle occupait le... Écoutez, moi, mon parcours particulier, c'est que j'ai été viré du monde pour avoir critiqué la direction du monde de l'époque en 2003 et Arrêt sur image a été viré de France 5 parce qu'on avait critiqué les émissions de France Télévisions.
Je pense que si on veut évaluer exactement le degré de liberté d'un média, il faut juste regarder une chose, c'est sa liberté pour évoquer ses propres affaires internes et ses propres conflits internes et ses propres cadavres dans le placard. Voilà. Est-ce que dans tel journal, on peut parler des affaires internes de ce journal est-ce que sur France Culture, on peut parler des problèmes de France Culture ? Et c'est là où vous... Justement, je me posais la question puisqu'il y a aussi une question donc tout d'abord de solidarité, une question qui se pose de faire groupe ou pas. Au sein d'un groupe, il y a différentes chaînes. L'idée est que ces chaînes ne se tirent pas dans les pattes.
Isabelle Roberts ? Il y a un autre mot qui était intéressant dans cette émission de lundi et qui a été prononcée, lui, à de multiples reprises, c'est loyauté. Louis Boyard n'a pas été loyal. Il faut montrer de la loyauté et la loyauté, c'est le crédo de Vincent Bolloré. C'est à ce titre qu'il a viré la quasi-totalité de la rédaction d'Itélé en 2016. Il y a 6 ans aujourd'hui. Le 16 novembre d'ailleurs. C'était le jour de la fin de la grève. Et il faut que ces salariés soient loyaux. Et ça, on le retrouve dans le discours de Cyril Hanouna. On en reparle dans quelques instants, dans une vingtaine de minutes. Isabelle Roberts, Daniel Schneiderman, il est 8h sur France Culture.
7h-9h, les matins de France Culture,
Guillaume Erner. Depuis jeudi dernier, la séquence tourne sur les réseaux sociaux, tous les médias en ont parlé, sur le plateau de Touche pas à mon poste. Le député, elle fit Louis Boyard, a reçu une pluie d'insultes de la part de l'animateur phare de l'émission, Cyril Hanouna, après qu'il a osé critiquer Vincent Bolloré. Pour en parler, nous sommes en compagnie de Daniel Schneiderman du site Arrêt sur Images et d'Isabelle Roberts du site Les Jours.
Isabelle Roberts, il fallait présenter les activités, cette fois-ci, du groupe Bolloré, parce que le groupe Bolloré est aujourd'hui présent sur un grand nombre de secteurs qui participent de la manière d'informer, d'éduquer, de distraire les gens. Alors, le groupe Bolloré, ce sont des médias via Vivendi, mais pas seulement, c'est aussi des activités portuaires en Afrique, par exemple, ce sont des batteries.
Mais pour ce qui concerne les médias, le groupe Bolloré, c'est d'abord le groupe Canal+, donc la chaîne Canal+, c'est dérivé, la chaîne CNews, parce que c'est quand même très important, parce que l'un des problèmes de Vincent Bolloré, ce n'est pas seulement la manière dont il fait régner la terreur dans ses entreprises. D'ailleurs, c'est une chose qu'il a dite en arrivant à Canal+, dans un CE, il a dit un peu de terreur fait bouger les gens. Et ça, avec la loyauté, c'est son credo. Donc, c'est CNews, c'est C8, dont on parlait, mais c'est aussi... Qui est plutôt une chaîne de divertissement.
Ah, qui est carrément une chaîne de divertissement, mais pas seulement, parce que, outre l'épitrerie de Cyril Hanouna, on a aussi une recrudescence de sujets religieux, qui est une autre des facettes de Vincent Bolloré. Des sujets religieux, c'est-à-dire ? Des sujets religieux, des téléfilms religieux, un documentaire sur le Puy-du-Fou, raconté par Philippe de Villiers, par exemple. Ça, c'est... Donc, une certaine forme de religion ou d'histoire. Voilà, c'est ça. Un peu revu et revisité par Vincent Bolloré. Et puis, l'Empire, c'est le nom de notre série sur les jours.fr, l'Empire de Vincent Bolloré s'est étendu peu à peu.
Il s'est étendu au groupe Lagardère depuis 2020, où, Arnaud Lagardère, le propriétaire du groupe, était fortement endetté. Et en 2020, Vincent Bolloré vient à son secours. Quand je dis ça, c'est vraiment ce qui a été raconté dans les journaux aussi sérieux que le Figaro, par exemple, à l'époque. Il venait lui porter secours par amitié pour son père, feu son père, Jean-Luc Lagardère. Donc, voilà. Et en fait, Vincent Bolloré, il procède toujours de la même manière, c'est-à-dire qu'il rentre dans un groupe, il en prend un petit bout, c'est ce qu'il a fait avec Canal+, et puis après, il mange tout.
Et aujourd'hui, deux ans plus tard, on en est à une OPA qui est, en ce moment, devant la Commission européenne, que la Commission européenne doit approuver pour prendre tout le groupe Lagardère. Alors, le groupe Lagardère, c'est donc des médias, il y a notamment Europe 1, le JDD, Paris Match, ce sont aussi des maisons d'édition, Isabelle Roberts. Oui, ce sont des maisons d'édition Hachette, c'est le premier groupe d'édition en France. Et ça, ça pose un autre problème qui est celui de la concentration puisque Vincent Bolloré détient Editis, qui est le deuxième groupe d'édition en France. Daniel Schneiderman, je sens que vous avez envie de montrer un journal. vous êtes venu avec un magazine.
Oui, mais je fais un peu de teasing d'abord. Alors, parce que, non seulement, effectivement, il a mangé toutes les publications de presse, maisons d'édition, chaînes de télévision que vient de dénumérer Isabelle, mais après, le souci particulier de Bolloré et ce qui distingue son cas de celui des autres milliardaires propriétaires de médias en France, c'est qu'il va tenter de mettre ces médias au service d'une idéologie et au service de ses propres convictions de nationalistes, de catholiques. Il a un agenda idéologique. Il a clairement un agenda idéologique.
Ça veut dire que, par exemple, lorsque TF1 a été racheté par Martin Bouygues, on ne pouvait pas avoir un tel agenda, selon vous, Daniel Schneiderman ? Non, je ne pense pas que Martin Bouygues avait un agenda idéologique. Non, Martin Bouygues avait l'agenda de placer ces... Je veux dire, il ne fallait surtout pas, vous avez rappelé l'exemple de Pollack, il ne fallait surtout pas critiquer les maisons Bouygues, mais à part ça, il n'y avait pas de véritable agenda idéologique. Je crois me souvenir que Nicolas Sarkozy a tenté de peser sur le groupe TF1. On a même dit qu'il y avait réussi en partie. Oui, oui, oui. Non, mais après, ils ont des sympathies.
Et puis, d'une manière générale, si vous voulez, ce n'est pas des collectivistes. C'est-à-dire, d'une manière générale, les grands patrons et les milliardaires qui possèdent la presse sont plutôt des libéraux. Mais ça, on va dire, c'est un agenda au sens large. S'agissant de Bolloré, c'est beaucoup plus précis. Alors, oui, oui, je vous ai apporté un journal parce qu'il y a quelque chose qui m'a beaucoup frappé ces derniers jours. Je ne sais pas si vous avez vu dans Paris, il y a plein de petits panneaux publicitaires qu'on appelle des sucettes qui font de la pub pour un livre. Et la légende, c'est nos plus grands écrivains sont allés voir l'armée française. Vous n'avez pas vu ça ?
J'ai vu cela. J'ai vu cela et j'ai vu qu'il y avait de belles photos. Je crois que nous avons regardé les mêmes photos. C'est dans Paris Match. Je ne voulais pas divulgacher le magazine Daniel Schneiderman. On est à la radio. donc je suis obligé de décrire ce que vous faites. Oui, mais on est filmé. Tout le monde ne regarde pas la caméra. De quoi s'agit-il ? En fait, il y a un livre qui vient de sortir aux éditions Fayard qui maintenant sont tombés dans l'escarcelle de Bolloré.
Et effectivement, un certain nombre d'écrivains, la pub dit nos plus grands écrivains, il s'agit de Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Laurence Debray, Jean-Luc Coatalem, Cattel Faria, Franck-Olivier Gisbert et Frédéric Bec-Bédé qui sont allés passer quelques jours dans des unités des forces armées. Et ça donne lieu à cette campagne de pub considérable sur les murs de Paris. Et ça a donné lieu à... Alors, je le montre pour les auditeurs. Là, vous êtes en train de montrer une scène où on voit Frédéric Bec-Bédé qui pose au milieu de soldats de l'armée française. Donc, ça fait deux magnifiques pages dans Match pour faire la pub... Trois, pardon. Trois doubles pages.
Ça fait six pages pour faire la pub du journal. Vous êtes en train de dire que... Et alors, de qui sont signés les articles et les légendes ? D'une certaine Laurence Ferrari qui, par ailleurs, est journaliste sur CNews. Donc, on voit là comment les synergies sont mises en oeuvre dans le groupe tout entier. L'édition, la presse écrite, la télé pour servir une opération. Et j'ajoute que ce n'est pas la première fois qu'une opération de ce type se déroule puisque, si vous vous souvenez, il y a quelques mois, le même match, juste après la prise de pouvoir de Bolloré avait consacré sa couverture au cardinal Sarah. Alors, vous ne connaissez peut-être pas le cardinal Sarah.
C'est un des porte-parole de la ligne dure du Vatican. Et il avait eu droit à la une de match alors que, d'habitude, les unes de match sont plutôt consacrées à des personnalités qui parlent au français et que les Français connaissent. À des stars. À des stars, on peut le dire comme ça. C'est le principe. Et donc, il y avait eu tout de même, à l'époque, une levée de bouclier de la rédaction de match qui avait dit qu'est-ce que c'est cette histoire ? Maintenant, on veut nous faire élire un pape. On n'est pas là pour ça.
Justement, Isabelle Roberts, le fait que Paris Match ait consacré sa une au cardinal Sarah, ce qui semblait en accord avec une certaine conception de la chrétienté de Vincent Bolloré, avait suscité des remous dans l'hebdomadaire. Ah oui, oui. La rédaction était vent debout. Et même Bruno Jeudy, qui était à l'époque chef des pages politiques et économiques, rédacteur en chef des pages politiques et économiques, avait pris la tête de la fronde, alors que Bruno Jeudy, ce n'était quand même pas le plus bolchevique de la bande, et il s'est fait virer séance tenante. Et remplacé donc par Laurence Ferrari. Et remplacé par Laurence Ferrari.
Et ça, c'est important parce que Laurence Ferrari, c'est un des pions de Vincent Bolloré. Par exemple, quand il met la main sur Europe 1, avant même de faire l'OPA, d'ailleurs c'est assez impressionnant, quand il met la main sur Europe 1, une des premières personnes qu'il met sur Europe 1, c'est Laurence Ferrari, qui fait une co-diffusion avec son émission sur CNews. Mais comment elle fait ? Parce que là, par exemple, dans le dernier match, elle signe trois papiers. Moi, je me suis toujours demandé comment elle fait pour faire son émission tous les jours, signer trois papiers dans le dernier match.
Oui, oui, c'est très mystérieux, d'autant qu'elle doit quand même être à Europe 1 à 14h tous les jours. Donc, oui, non, non, c'est assez étonnant et mystérieux, on va dire. Mais pour revenir sur ce que disait Daniel, sur la manière dont finalement tous les contenus Bolloré se reproduisent sur ses magazines, sur ses radios, sur ses télés, ça c'est une notion importante chez Vincent Bolloré qui est l'intégration verticale. En gros, c'est l'idée... Ça c'est un principe de bonne gestion capitaliste. Oui, mais pas vraiment de bonne gestion journalistique.
Je vous laisse faire le commentaire, mais disons que c'est quelqu'un qui prend des produits et les décline comme, par exemple, on le voit dans Paris Match, mais il l'applique effectivement à des livres et à des journaux. Mais au détriment de ses intérêts économiques même, le cardinal Sarah à la une de Match, ça ne fait pas vendre. Ça ne fait pas vendre. D'ailleurs, c'est une des plus mauvaises ventes de Paris Match. Mais pourquoi le cardinal Sarah est là ? Parce qu'il est édité chez Fayard, Fayard qui appartient à Editis.
Donc, si je vous suis tous les deux, Daniel Schenermann, on est en présence d'un homme qui a investi fortement dans les médias à l'édition, qui a un agenda idéologique, ce n'est pas la première fois qu'il y a des médias d'opinion en France. Non, bien sûr que non, mais c'est la première fois qu'on voit à ce point un propriétaire de presse privilégier, l'exemple du cardinal Sarah, privilégier ses intérêts idéologiques sur les intérêts économiques de son groupe. D'autant qu'il a lancé un certain nombre de personnes, lancées, accompagnées, promues, je ne sais pas quels termes employées.
On peut citer deux exemples, Cyril Hanouna que l'on a évoqué il y a quelques instants et qui aujourd'hui est au cœur d'une polémique ou bien Éric Zemmour par exemple. Alors, ce qui montre à la fois sa puissance et les limites de cette puissance puisque effectivement, je crois qu'il a été clair qu'en confiant une émission quotidienne à Zemmour deux ans avant la présidentielle de 2022, Bolloré avait envie de le mettre en orbite pour concourir à la présidentielle. Et effectivement, pendant un temps, ça a semblé marcher. Je veux dire, à partir de l'automne dernier, Zemmour s'est envolé jusqu'à des 14, 16% d'intention de vote. Bon, alors finalement, il a terminé à 7%. Alors, ça montre quoi ?
Ça montre à la fois la puissance tout de même de Bolloré parce que 7% ce n'est pas totalement négligeable. C'est deux ou trois fois plus que le score d'Anidalgo par exemple. Et ça montre les limites de cette puissance. C'est-à-dire que sur ce coup-ci, il n'est pas arrivé à faire un président de la République. Mais vous savez, l'influence des médias, ce n'est pas seulement de faire des rois, de propulser des candidats dans des trajectoires présidentielles. C'est aussi d'imposer des thèmes. Je veux dire, pour revenir à Hanouna, dont on parlait tout à l'heure, je pense que c'est une influence qui s'exerce dans la durée. C'est une influence qui s'exerce tous les soirs.
C'est une influence qui s'exerce par le martèlement puisque c'est une émission qui dure très longtemps et donc les thèmes sont ressassés, ressassés, ressassés. pour revenir juste à Hanouna, la spécificité d'Hanouna, ce qu'on ne relève pas assez, c'est qu'il y a des sujets qui ne traitent absolument pas. Alors, évidemment, Bolloré, on l'a dit, mais tous les sujets économico-diplomatiques, par exemple, sont totalement évacués de l'émission d'Hanouna.
Quand les insoumis, certains insoumis disent aujourd'hui oui, on continuera à aller chez Hanouna même s'il a insulté Louis Boyard, etc., il le justifie en disant comme ça, le public d'Hanouna aura accès au discours des insoumis dans des bonnes conditions. Mais non, parce que les insoumis, on ne les invite pas pour développer les points majeurs de leur programme, je ne sais pas quoi, moi, la taxation des surprofits de crise, la rénovation énergétique, etc., on les invite pour venir faire de l'opposition sur les thèmes choisis par Hanouna Bolloré qui sont les thèmes sécuritaires, identitaires, avant tout.
Isabelle Roberts, question sur, justement, l'intérêt capitalistique de l'opération, est-ce que l'ensemble, c'est-à-dire à la fois le groupe Canal, Paris Match, Editis, est-ce que tout cela rapporte de l'argent à Vincent Bolloré ou est-ce que ça lui en coûte ? C'est une question intéressante parce que les médias, généralement, c'est plutôt de l'influence que... Ça a eu payé, comme on dit. Voilà, c'est ça. Canal+, en fait, fonctionne, mais notamment, surtout, et principalement porté par Canal+, international et notamment Canal+, en Afrique. En France, c'est soit flat, soit en perte, en fait. La presse écrite, ce n'est pas ça qui fait gagner de l'argent. Ça se saurait...
L'édition, ça gagne de l'argent. L'édition gagne de l'argent. Enfin, on gagnait en tout cas avant. Oui, oui. Mais, justement, est-ce que, dans ce contexte-là, est-ce que Vincent Bolloré fait, ce qu'il a fait, par exemple, à Canal, il y a eu de nombreuses transformations depuis son arrivée dans le groupe Canal, il l'a justifié en disant que le modèle d'avant était un modèle qui ne gagnait pas d'argent et qu'il devait transformer la chaîne pour lui permettre d'arriver à rentabilité. Il a menti. Ah non, c'est faux. En ça, il n'a pas réussi. En fait, ce qu'il a réussi, c'est de faire porter Canal+, France, qui a été complètement dépecé, dépolitisé.
On a gommé toutes les aspérités de Canal+, et même du groupe Canal+, ce qu'il a fait, c'est de faire porter par Canal+, international. Il a développé Canal+, en Afrique notamment et dans les pays étrangers qui aujourd'hui porte le chiffre d'affaires du groupe Canal+. Ce qui veut dire qu'il pourrait se passer de Canal+, France du point de vue toujours, évidemment, du compte de résultat. Pas vraiment parce que c'est une vitrine. C'est un bruit qui a couru tout le long de ces années qu'un jour, Vincent Bolloré finirait par vendre Canal+, mais ça rejoint le thème Zemmour en fait. C'est-à-dire que Canal+, c'est de l'influence. Le JDD, c'est de l'influence. Paris Match, c'est de l'influence.
Il a besoin de ça et là où ça rejoint le thème Zemmour, c'est que peu importe que Zemmour n'ait pas réussi à la présidentielle, ce que ça raconte, c'est que Vincent Bolloré est un faiseur de présidents, que c'est un homme puissant qui peut faire et défaire des présidents. Et l'autre côté de Zemmour, c'est quand même que ça a banalisé le Rassemblement National. Et ce qui veut dire aussi que dans cette émission, donc on parle de Touche pas à mon poste, qui était une émission jadis de divertissement, de commentaires des médias comme cela a été dit, de plus en plus, il y a des commentaires qui sont des commentaires politiques ou bien sociaux.
Je vous propose d'écouter un extrait, un extrait donc de la voix de Cyril Hanouna. Tu te rends compte ? Emile, est-ce que tu te rends compte que tu ne peux pas avoir un chauffeur de taxi en après-midi ? Tu ne peux pas faire un chauffeur de taxi ? Ils ne veulent pas
les taxis au début.
Les gens d'abord, ils prennent le métro. Mais le métro, c'est bondé, arrête un peu. C'est les vélos. Le métro, c'est même pas... T'as vu l'état du métro ? Les gens qui vont travailler, tu crois qu'ils prennent tous le taxi ? Mais dans quel monde ? Mais alors, tu es en train de me dire qu'une personne âgée ne peut plus vivre à Paris. Mais bien sûr que non.
On est commerçants de la rue de Rivoli. On n'est pas tous riches. Il faut aller en 18ème. Il y a quand même des gens qui aient métro de Rivoli qu'on est commerçants de Rivoli.
Moi, je suis content pour les centaines de milliers de cyclistes qui passent de Rivoli. Mais pour 100 gars content, t'en as 10 000. Cyril Hanouna, dans une interview, je ne pense pas qu'on puisse qualifier ça d'interview traditionnelle, mais en tout cas, c'est le type d'échange auquel on assiste dans son émission, avec un élu de la mairie de Paris. Un commentaire, Daniel. Ça, c'est dû à nous d'un pur jus. C'est dû à nous d'un pur jus. Mais d'ailleurs, ça n'a pas que des inconvénients parce qu'Hanouna dit un truc. Il dit, si mon émission, elle marche tellement bien, c'est parce que j'invite des gens qui ne sont pas invités ailleurs. Et dans une certaine mesure, c'est vrai.
C'est vrai qu'Hanouna a été un des premiers, par exemple, à saisir le mouvement des Gilets jaunes, à inviter des Gilets jaunes en plateau, à leur donner la parole. Ce que les... Non, non. Ce que les... Les chaînes... Il y a eu des Gilets jaunes en plateau. Mais bien sûr. Mais bien sûr. Il y en a eu partout. Il a été un des premiers à leur donner la parole de la façon la plus abondante. Donc, c'est vrai. Enfin, je veux dire, il faut... Enfin, il ne faut pas... C'est une émission qui a énormément de biais et qui est au total, à mon sens, à mon sens, une émission toxique. Mais c'est une émission qui... Il y a des raisons pour lesquelles les gens la regardent.
Est-ce qu'il y a aujourd'hui Isabelle Roberts, puisqu'on a évoqué les plaintes de Paredo de Cyril Danouna portant plainte contre Louis Boyard réciproquement ? Il y a également une démarche qui a été entamée à l'Arcom. Est-ce que cela peut aboutir à quelque chose ? Est-ce que la crainte, parce que finalement, c'est cela dont il est question, la crainte qu'il y ait une part importante de l'édition, de la presse et de médias audiovisuels qui appartiennent à un homme qui a un agenda idéologique, est-ce que l'on peut freiner cela aujourd'hui, selon vous ? Les plaintes auprès de l'Arcom étaient spécifiquement sur le passage de Louis Boyard. À mon avis, cela ne va pas donner grand-chose.
Mais bon, après, la question que vous posez est plus vaste. C'est celle de la concentration des médias. Et là, on a un vrai problème. Parce que si on a vu que sur l'édition, il y a des outils dans la loi qui permettent de faire qu'on ne puisse pas mettre ensemble le numéro 1 de l'édition et le numéro 2 de l'édition. En revanche, sur les médias, c'est quand même autre chose. On a des lois qui sont totalement obsolètes. Et aujourd'hui, est-ce qu'on trouve ça normal que Vincent Bolloré possède le groupe Canal+, plus Europe 1, et encore, je ne parle même pas des autres radios du groupe Lagardère, plus le JDD, plus Paris Match ? Et on a un problème de loi qui...
En fait, on s'attaque au numérique avec des outils de l'âge de pierre aujourd'hui. et il y aurait urgence à revoir la loi, à la fois la loi sur l'audiovisuel et puis la loi qui régit les concentrations entre différentes sortes de médias parce qu'aujourd'hui, ce n'est plus du tout adapté et ça permet des positions comme celles de Vincent Bolloré. Il y a une raison très précise pour laquelle ça ne se fait pas et pour laquelle cette loi de 1986 qui est effectivement une loi antédiluvienne, notamment parce qu'elle ne prend pas en compte le numérique, se base sur le hertzien. Voilà.
Il y a une raison très précise, c'est qu'aucun des gouvernements qui sont succédés dans les dernières décennies n'a osé affronter les patrons de médias, n'a osé affronter les milliardaires des médias en édictant des règles sévères de limitation de la concentration parce qu'effectivement, dès que vous avez un politique qui ose l'attaquer frontalement, il arrive, ce qui est arrivé à une petite échelle à Louis Boyard sur le plateau d'Anouna. J'en profite pour glisser un tout petit mot d'autopromotion.
Louis Boyard sera l'invité de notre émission Arrêt sur image tournée vendredi pour revenir sur cette séquence et même, on y parlera largement des activités de Vincent Bolloré au Cameroun, ce qu'il n'a pas pu faire sur le plateau de Cyril Hanouna. Et Isabelle Roberts, on est quand même face à une situation inédite parce que j'ai même oublié un secteur, Vincent Bolloré vend des livres, il les vend dans les relais par le biais du groupe Hachette.
Donc, l'existence d'une chaîne complète, je ne sais pas comment la nommer, de fabrication de l'opinion ou en tout cas d'information, chacun jugera, eh bien, l'existence de cette chaîne-là entre les mains d'un homme, c'est, à ma connaissance, quelque chose de plutôt inédit en France. C'est parfaitement inédit, oui. Et d'autant plus quand on voit comment Vincent Bolloré se comporte à la fois avec ses salariés et l'idéologie qui diffuse sur ses antennes. Vincent Bolloré, il a quand même éradiqué pas une, pas deux, mais trois rédactions. Celle dit télé, pour la transformer en CNews, chaîne ultra réactionnaire, donc là, on a à la fois l'idéologie et l'audience.
Il l'a fait avec la rédaction des sports de Canal+, dans une séquence spectaculaire en 2021 et il l'a fait avec Europe 1 alors qu'il ne l'avait même pas encore racheté. Après, la Gardère avait aussi des journaux, une radio et des maisons d'édition mais simplement, il ne les utilisait pas à ce point pour son agenda politique. Il n'avait pas de télé. Daniel Schneiderman, arrêt sur image, Isabelle Roberts, cofondatrice et présidente du journal Les Jours, merci de nous avoir accompagnés sur cette émission que l'on a consacrée donc à la télévision, ce qui est peu courant, en place maintenant à la radio avec des informations dans quelques instants. Merci.
Merci. Merci.