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interviewLCP (sur YouTube)· 25 septembre 2024 14 min

Marc Ferracci, un député devenu ministre | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il s'est fait connaître comme économiste, conseiller de plusieurs ministres, et enfin, député. Marc Ferracci est un ami proche d'Emmanuel Macron et vient d'être nommé ministre délégué chargé de l'Industrie. Découvrez ce numéro inédit de "La politique et moi" qui a été enregistré 3 jours à peine avant l'annonce du gouvernement.

Générique ...

Bonjour, Marc Ferracci. -Bonjour. -Vous êtes à l'origine de la première réforme adoptée au premier quinquennat d'Emmanuel Macron, la réforme du Code du travail, les ordonnances Macron.

Ces ordonnances ont été critiquées par un chef d'entreprise se revendiquant de gauche. Voici ce qu'il en disait, au micro de nos collègues de France 3. *-Je regarde les ordonnances avec un oeil forcément critique. *-Pourquoi ? *-Je trouve que la première version est assez déséquilibrée.

Quand vous avez 3 organisations d'employeurs qui applaudissent et tous les syndicats qui critiquent, parfois sévèrement, parfois de façon nuancée, vous voyez que la flexibilité est sans doute au bout du chemin et que la sécurité pour les salariés l'est moins. -C'est votre père, Pierre Ferracci, qui a fondé un cabinet de conseil aux syndicats dans les comités d'entreprise. Quand il critique ces ordonnances, il vous critique.

D'une certaine façon. -Il a son point de vue. Dans une famille, on peut se retrouver sur l'essentiel, et avoir des divergences sur des sujets importants comme les ordonnances et le droit du travail.

Ces ordonnances partaient d'un constat simple. Le droit du travail est trop compliqué, et il faut que ce soit les acteurs de terrain, dans les entreprises, et dans les branches, qui le produisent. On avait l'idée de développer la négociation collective, et de simplifier, pour les chefs d'entreprise, et les salariés, des procédures, notamment de licenciement. -Vous rentrez dans le débat de fond.

Ce qui m'intéresse, c'est la famille. Il se revendique de gauche. Vous aussi.

Et là, il vous reproche en quelque sorte d'avoir mis en place une réforme trop à droite. -Pour répondre à ça, il faut aller sur le fond. Les ordonnances ont été perçues comme une réforme qui penchait plutôt vers la droite, mais à côté de cette réforme, en même temps, si je puis dire, on a fait d'autres choses.

Des outils nouveaux pour protéger les salariés, le compte personnel de formation. On a investi des sommes jamais investies dans la formation des chômeurs. On a protégé tout en libérant un certain nombre d'initiatives.

Je suis très à l'aise avec ça. C'est un point de divergence sur ce sujet mais j'ai aussi participé à des réformes qui ont lutté contre la précarité, avec le fait qu'on pénalise les entreprises qui abusent des contrats courts. -Comment définiriez-vous la gauche dont vous vous revendiquez ? -C'est une gauche qui a les pieds dans le réel.

Une gauche raisonnable. Une gauche qui ne balaye pas sous le tapis des problématiques essentielles, comme la responsabilité budgétaire, la maîtrise des comptes publics. Une gauche qui veut changer la vie des gens, sans se payer de mot et sans démagogie. -Votre famille.

Votre père a milité au Parti communiste jusqu'au début des années 80. Votre grand-père était un résistant communiste en Corse. Vous, le communisme, ça vous a jamais tenté ? -J'ai eu, dans ma jeunesse, des amitiés et...

Beaucoup de discussions politiques avec des gens de gauche et parfois au Parti communiste. -Votre grand-père à l'image. -Tout à fait.

Mais je n'ai jamais franchi le pas d'un engagement pour ce parti. Je n'ai jamais franchi le pas d'un engagement, j'ai jamais été encarté dans un parti avant En Marche, devenu le parti Renaissance. Non, j'ai trouvé ma voie assez vite.

Cette voie, je l'ai trouvée durant mes études, en parlant avec des gens et ces discussions, elles m'ont plutôt ramené vers le champ de la social-démocratie, de cette gauche raisonnable que j'évoquais à l'instant. Ca n'empêche pas que nous avions, avec mon grand-père, des discussions politiques, passionnées, et en réalité, on se retrouvait généralement sur l'essentiel : les valeurs de la République. Je suis très fier d'une chose : mon grand-père a eu l'honneur de voir son nom accolé à celui du lycée de Bonifacio, dont il est originaire en Corse, parce que, vous l'avez dit, il a été un résistant, et à l'occasion de cette cérémonie, eh bien, il y avait des gens d'horizons politiques très différents.

Il y avait Fabien Roussel, chef du Parti communiste français, des gens de droite, des gens de gauche. Au fond, ce que ça dit, c'est qu'on peut se retrouver, collectivement, j'ai toujours cherché à le faire dans mon environnement familial, sur l'essentiel, malgré les désaccords. -Vous étiez connu comme économiste, spécialiste du marché du travail, et est venu le temps de l'engagement en politique, directement lié à un homme, Emmanuel Macron.

On vous présente souvent comme son meilleur ami. Au point que vous avez été témoins de vos mariages respectifs. Là, on vous voit en arrière-plan au mariage d'Emmanuel Macron avec Brigitte Macron.

Lui-même était présent en tant que témoin à votre mariage. On le voit, à l'image, ici...

Est-ce que cette amitié, elle a précédé la connexion politique ? -Elles ont été simultanées. On s'est rencontrés quand on préparait, à Sciences-Po, des concours administratifs, notamment le concours de l'ENA.

A ce moment-là, les discussions amicales étaient indissociables des discussions politiques. On baignait dans cette ébullition d'idées, dans cette ébullition de savoirs, qui nous portaient vers la science politique et la politique. En réalité, on parlait de politique presque tout le temps.

L'affinité amicale s'est construite avec une affinité politique et je m'y retrouvais. Et je m'y retrouve toujours en grande partie. -Il est dur d'entretenir des liens d'amitié en politique.

Vous concernant, vous vous êtes mis au service d'Emmanuel Macron en 2017 ? Ca a modifié la nature de votre relation ? -Ca n'a pas modifié le fondement amical de la relation mais forcément, nos vies changent, la relation change.

Moins de disponibilités en tant que candidat puis président, évidemment. Vous n'avez...

Pas autant de temps que vous en aviez pour vos amis, pour vos proches. On a continué à avoir une relation très forte. Une relation de travail.

Je me suis moi-même investi dans l'action gouvernementale, après 2017. Nous avons toujours été, évidemment, en contact, à la fois pour des questions de fond, liées à nos réformes... -Vous gardez l'ami Emmanuel Macron ? -Ecoutez... -Vous vous tutoyez encore ? -Bien sûr, oui.

On se tutoie et on a toujours autant d'affection l'un pour l'autre. Il peut nous arriver aussi de ne pas être d'accord sur certains sujets. Notamment des sujets de fond. -Le pouvoir peut mettre à l'épreuve le lien d'amitié ? -Non.

Le pouvoir ne met pas à l'épreuve le lien d'amitié. La connexion et le compagnonnage politique n'est pas éternel. On peut changer d'idée.

Il y a peut-être un jour des sujets qui feront que je prendrai mes distances ou on prendra nos distances sur le plan politique. La relation amicale restera. -Vous avez inspiré plusieurs réformes depuis l'élection d'Emmanuel Macron.

Le Code du travail, le bonus-malus sur les contrats courts, l'assurance-chômage, la formation, l'apprentissage...

Etre l'ami du président, c'est l'idéal pour un économiste. On met en pratique tout son travail théorique. -C'est vrai.

Avant de participer à toutes ces réformes, j'étais professeur d'université, je le suis toujours, j'ai beaucoup travaillé sur ces sujets du travail, de l'emploi, de l'apprentissage...

C'est un privilège. -Un laboratoire en conditions réelles. -Plus que ça.

On fait des réformes à l'échelle du pays, on change la vie des gens. Parfois, on a besoin d'amender les choses, on fait pas tout bien, dès le départ. C'est un véritable privilège car on a toujours cette frustration quand on est universitaire, je l'ai été, eh bien, d'être simplement un conseiller du prince, d'être simplement dans la préconisation et pas dans l'action.

J'ai eu la chance, et on est quelques-uns à l'avoir eue, dans cette aventure politique, d'être un universitaire qui a mis les mains dans le cambouis, qui a participé aux réformes, qui a pris des coups. -Justement. -Moi, j'en suis très content.

C'est une expérience extraordinaire. -On reproche aux universitaires d'être hors-sol. Vous vous êtes coltiné au réel, avec le programme économique d'Emmanuel Macron, en étant conseiller de Muriel Pénicaud, et Jean Castex, à Matignon, puis en devenant député.

Vous vous êtes cogné au réel ? -Je me suis cogné, très clairement. -Au point de...

De réaliser que vous aviez peut-être fait...

Pris la mauvaise direction ? -C'est arrivé. C'est arrivé. -Sur des sujets précis ? -C'est arrivé qu'on se rende compte que des réformes n'ont pas atteint leur but. -Par exemple ? -Le compte personnel de formation qui, je pense, est une fabuleuse réforme, qui émancipe les gens, qui leur donne la possibilité de se former à leur initiative, c'est une réforme qui doit être amendée sur certains aspects.

Elle coûte cher. L'argent qu'on dépense pourrait être mieux utilisé. La réforme de l'apprentissage, c'est une réforme formidable qui réclame des ajustements.

Ce qu'on apprend, au fond, quand on se cogne au réel, comme vous le disiez, c'est qu'il y a pas de jardin à la française. Quand on essaye de changer la vie des gens, quand on veut faire voter des lois, c'est rare qu'on tombe tout de suite sur la solution. -Oui mais il y a eu une critique qui remonte de la part de vos adversaires, ils vous jugent parfois trop dogmatique.

Comment l'expliquez-vous ? -J'ai peut-être un fond, euh...

Un fond...

Un fond lié à mon passé, et ma profession d'universitaire. J'aime bien transmettre. Parfois, il peut m'arriver, je le confesse...

Il peut m'arriver de transmettre avec trop de certitudes. J'ai remis en question beaucoup de mes certitudes depuis que je suis en politique. Je sais que la vie politique n'est pas la vie universitaire, que ce qu'on met dans des articles scientifiques, on ne le traduit pas forcément facilement dans la vie des gens avec des projets de loi et surtout, de manière concrète, dans leur existence, et leur quotidien.

Je pense que c'est aussi ce que je dis à mes collègues universitaires : "Ayez un peu de mansuétude pour le personnel politique, "car ils font un travail "que, parfois, vous pouvez trouver un peu trop "superficiel sur le fond, "mais qui, en réalité, est extrêmement difficile." Parce qu'écouter les gens, être dans cette forme d'empathie constante qu'on doit aux concitoyens, c'est quelque chose qui n'est pas à la portée de tous. Tout le monde est pas fait pour être homme ou femme politique.

Arriver à mêler une approche et une vision qui est celle d'un universitaire avec cela, c'est quelque chose de difficile. Je suis pas sûr d'y être parfaitement parvenu mais j'essaye de le faire dans ma vie. -On passe au quiz.

Le principe, c'est que je vais commencer des phrases que vous allez devoir compléter. Etre député, c'est renoncer à... -Une partie de sa vie de famille. -Ouais.

C'est une souffrance ? -C'est une frustration. Mais une frustration qui est faite de manière assumée, consentie de manière assumée.

Dans le dialogue avec ma femme et mes enfants. -Si le Paris FC monte en Ligue 1, je...

Il rit. -Euh...

Je fais une grosse fête parce que je suis, effectivement, un des participants à cette aventure sportive... -Avec votre père. -...qui consiste à essayer de créer un autre club de foot professionnel à Paris en Ligue 1.

Euh...

Et...

Je pense surtout que j'essaye de transmettre les valeurs de ce club, des valeurs d'ouverture, des valeurs d'inclusion. Donc, si le club monte en Ligue 1, eh bah, j'essayerai de faire la promotion des valeurs d'un club qui n'est pas comme les autres. -Enfin, quand je vois Cyrano allongé sur le canapé, je me dis...

Il rit. -Cyrano, c'est mon chat. -On le voit souvent sur les réseaux sociaux. -Je vois que vous avez trouvé.

Ah, c'est...

C'est...

C'est un...

C'est un compagnon qui apaise, énormément. Il a des poils si longs...

Tout le monde a envie de le caresser. Dans les moments de violence, par lesquels on passe parfois, quand on est en politique, il permet de se retrouver...

De se retrouver un peu... -Pour un peu de douceur. -Et avec soi-même. -Merci beaucoup, Marc Ferracci, d'être venu.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA