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InterviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 7 mai 2026 14 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & élections

Georges Pompidou se savait malade avant de gouverner, les révélations du journaliste Patrice Duhamel

Source d'origine 2 locuteurs

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Propositif 90 %Attaque 10 %

Temps de parole

  • Présentateur72 %
  • Invité28 %

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0:00
Locuteur

Révélation.

0:34
Invité

Mais là, vous avez eu accès à des documents inédits et qui apportent des informations inédites sur un mensonge d'État.

0:42
Présentateur

J'ai eu accès à un document qui m'a saisi quand je l'ai lu, il y a à peu près 7-8 mois. Alors j'avais déjà bien avancé sur le livre, mais ça remettait en cause tout ce que je pensais savoir sur la maladie de Georges Montpidou. C'est le journal que tenait le grand professeur, un homme tout à fait exceptionnel, qui s'appelait Jean Bernard, qui était le médecin de Georges Montpidou. Il y avait trois médecins, il y avait Jean Bernard, qui peut-être on y reviendra parce que ça fait partie du drame. Il n'avait pas le droit de voir Georges Montpidou, il ne l'a vu qu'à la veille de sa mort. Mais il savait tout lui.

Ah ben lui, il sait absolument tout depuis le début, et c'est lui qui a diagnostiqué le cancer du sang, la leucémie, dont Georges Montpidou était la victime. Donc ce journal est absolument saisissant, c'est une fois, deux fois par semaine. Alors le professeur ne parle pas, c'était le grand professeur de l'époque. Je ne sais pas s'il y en a un aujourd'hui, mais c'est vraiment, voilà, il était en même temps académicien français, il sera président du comité d'éthique nommé par François Mitterrand, c'est un gaulliste fervent, il a fait une résistance magnifique, etc., enfin un homme vraiment exceptionnel, et il tient ce journal.

Et ça démarre le 17 octobre 68, Georges Montpidou a eu un petit souci qu'il ne pensait pas grave, et son fils médecin non plus pendant les vacances, après qu'il ait quitté Matignon au lendemain de mai 68, où là il s'est déjà un peu fâché avec le général de Gaulle. Il fait faire des examens, il a eu une hémorragie des gencives en Bretagne, et puis il continue à souffrir, il est vraiment fatigué quand il rentre à Paris, donc son fils médecin fait faire des analyses plus poussées, et les apporte au professeur Jean Bernard, un soir d'octobre 68.

Et Jean Bernard regarde ça, on parle avec Alain Pompidou et le médecin de famille, docteur Vidialou, qui deviendra ensuite professeur Vidialou, et puis il dit, écoutez, c'est une leucémie lymphoïde chronique, je ne suis pas médecin, mais enfin, disons que c'est une leucémie. Avec un doute à ce moment-là sur la durée de vie, sur l'espérance de vie. Le professeur écrit, c'est entre 1 et 10 ans. Mais, peu à peu, il reçoit toutes les analyses, bien entendu, en permanence. C'est un très très grand médecin, il a presque inventé l'hématologie moderne, et il soigne en même temps le chat d'Iran, qui a la même maladie que Georges Pompidou.

Et plus ça va, plus il voit qu'on sera plus près de l'année que des 10 années.

3:26
Invité

Et il ne le dit pas ?

3:27
Présentateur

Alors, il ne voit pas Pompidou, mais Georges Pompidou, qui à ce moment-là se prépare à se présenter à la succession de De Gaulle si le référendum de 1969 est perdu par le général, ce qui sera le cas, lui, il sait, il faut être très précis, il sait qu'il est malade, et très malade. Il sait que c'est une maladie du sang, il sait qu'il fait des hémorragies. Je parle de la période avant son élection. Il sait qu'il fait des hémorragies. Il connaît son fils, il montre les résultats. Alors, Pompidou n'est pas médecin, mais il voit quand même que c'est un problème.

4:04
Invité

En tout cas, Pompidou sait qu'il a une maladie, que ce n'est pas une maladie légère, et il va quand même se présenter.

4:08
Présentateur

Et il sait qu'il est question qu'il soit transfusé. Mais, visiblement, c'est compliqué, parce que garder le secret sur les transfusions, ce n'est pas évident quand on n'est, entre guillemets, que candidat à la présidence de la République. Et ça va avoir des effets politiques immédiats, parce que, par exemple, dans ce journal, Jean Bernard dit, pour ceux qui s'intéressent à l'histoire politique, j'imagine nombre de vos auditeurs, début 1969, il y a ce qu'on a appelé l'appel de Rome de Georges Pompidou, qui a quelques journalistes, en allant voir le pape, d'ailleurs, il dit aux journalistes, le jour où le général s'en va, eh bien, je serai candidat.

Colère du général de Gaulle, on y reviendra peut-être, colère en privé, mais plus modérée en public, parce que le général de Gaulle sait que Georges Pompidou, par Jacques Faucard, son conseiller de l'ombre, que Georges Pompidou a cette maladie.

5:03
Invité

C'est-à-dire que, dans son intimité ultra sécurisée, secrète, etc., Pompidou a un souci de santé, et le président de la République parle, le monsieur Afrique, qui a des réseaux partout, il sait déjà que Pompidou est malade. Et ça va modérer la réaction du général de Gaulle à l'annonce de Pompidou.

5:24
Présentateur

Voilà, exactement. De Gaulle aurait pu le taper plus fort, et il est indulgent. Très en colère en privé, mais plus indulgent, il dit, il fait dire, à l'issue d'un conseiller des ministres, j'ai été élu pour 7 ans, je ferai mes 7 ans. Mais ce qu'il dit à propos, ce que dit le professeur Jean Bernard à propos de cet appel de Rome, c'est que c'est le fait du traitement, oui, j'ai oublié de dire ça sur ce que c'est Pompidou, il sait qu'il a un traitement, pardon, je ne suis pas médecin, donc j'utilise des formules de simples citoyens, un traitement de cheval, un cortisone à haute dose, avec des effets physiques.

Et Jean Bernard dit, par exemple, l'appel de Rome, on est déjà dans la conséquence politique de la maladie de Georges Pompidou, c'est le fait de ce traitement à la cortisone qui est une forme d'euphorisant, donc qui a des effets politiques. On sent bien que ce professeur considère que Georges Pompidou n'aurait pas dû se présenter.

6:17
Invité

Alors, pour ce qui est des difficultés de Georges Pompidou à exercer son mandat jusqu'à la mort, les voyages, le voyage à Reykjavik, le voyage à Moscou qui est quasiment... En Chine, en Chine aussi. Et en Chine aussi. On peut parler d'une agonie politique et d'une agonie de la fonction, puisqu'il essaye de l'exercer jusqu'au bout et c'est très compliqué, il souffre énormément. Mais à vous, l'homme de radio et de télévision, ce qu'on veut savoir, c'est comment, à partir du moment où la maladie existe, il y a une fabrique d'un mensonge d'État sur la santé du Président. Et, un, l'entourage, évidemment, n'est absolument pas transparent.

6:55
Présentateur

Non, mais l'entourage ne sait pas.

6:57
Invité

Oui, en plus, il sait que c'est grave quand même. Il sait à quel point le Président est invalidé et fatigué. Mais l'ORTF de l'époque, c'est-à-dire le média d'État, va entretenir...

7:07
Présentateur

Il n'y a que ça à ce moment-là.

7:08
Invité

Oui, exactement. Il n'y a pas de chaîne d'information continue. On célébrait tout à l'heure.

7:11
Présentateur

Et il n'y a pas de chaîne privée. Il n'y a que l'ORTF.

7:14
Invité

On parlait tout à l'heure de CNN. S'il y avait eu CNN à l'époque et France Info et LCI, évidemment, ça n'aurait pas pu tenir.

7:21
Présentateur

Il y aurait eu breaking news avec des médecins autour de la table, dans le studio, pour expliquer... Oui, ce que c'était que cette leucémie. Ce que c'était que cette leucémie, en effet. Alors, vous-même, vous avez participé à ça. Alors, moi, je suis à Reykjavik. Ce fameux jour où on découvre, d'une certaine manière, le changement de physionomie du Président de la République... Il gonfle ? Une forme de stupéfaction. Il a le visage gonflé. Il a du mal à descendre la passerelle de l'avion. Je suis là, au pied de l'avion, à côté d'un confrère américain qui se tourne vers moi et qui me dit, mais votre Président est mourant. Je lui dis, non, il a des grippes à répétition.

Parce que c'était la thèse. Soit on disait une grippe, soit on disait une fatigue, soit on disait parfois il a des hémorroïdes, etc. Bon, en tout cas, on a...

8:01
Invité

Qu'est-ce que vous pensiez, vous, à ce moment-là ? Est-ce qu'à ce moment-là, vous mentez à votre confrère ?

8:06
Présentateur

Non, à ce moment-là, je pense que... Je crois à la thèse des grippes. Je suis fils et frère de médecin, mais je ne suis pas médecin. Donc voilà. En revanche, ce jour-là, on me fait revenir à Paris, à toute vitesse. Les archives existent. Et... Alors, dans ce que je vais raconter maintenant, il n'y a pas d'archives, bien entendu. Je suis convoqué dès mon retour par un des patrons de l'information qui me dit « Est-ce que vous savez garder un secret d'État ? » Bon, j'ai 26, 27 ans à ce moment-là. Gardez-vous ! Je bafouille un oui un peu glorieux. Et puis, on me dit « Le secret d'État, pas de gros plan du président de la République. » Donc, j'ai compris immédiatement.

N'importe qui aurait compris que c'était grave. Ce n'était pas une grippe. Et à partir de ce moment-là, je savais que c'était grave. Mais je ne savais pas exactement de quoi il s'agissait.

8:54
Invité

Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'à l'époque, les Français ne voyaient pas le président à la télé tous les jours. Comme aujourd'hui, ils le voyaient sporadiquement. Et donc, évidemment, il y aurait eu un effet de surprise extraordinaire. Parce qu'il y a eu Pompidou pendant la campagne, pendant les spots de propagande. Mais là...

9:09
Présentateur

Dans la dernière année, puisque Reykjavik, c'est 10 mois avant la mort de Georges Pompidou. Dans la dernière année, on voit physiquement, les Français voient que le président est très atteint. Il y a un déplacement à Poitiers où il fait une forte de malaise pendant son discours, etc. Mais quand on lit le journal de Jean-Bernard, on mesure ses... Alors, il y a une double lecture. Il y a une lecture. Quel courage, quel héroïsme face à la maladie. Un peu comme François Mitterrand. Bien sûr. Et c'est vrai que Georges Pompidou souffrait le martyr. Pas 24 heures sur 24, mais très souvent. Il y a des scènes qui sont décrites par Jean-Bernard qui sont saisissantes.

Il y a une scène où il fait un délire en disant révaluation, dévaluation, etc. Il y a une scène de confusion mentale où il se couche tout habillé. Le président de la République, c'est quand même très inquiétant. Donc, il y a cette lecture de formidable courage, la lutte contre la maladie. Et puis, il y a la lecture, pardon, un peu cynique, clinique, qui est de dire qu'il a fait courir des risques au pays. Et en même temps, il y a des moments de grande lucidité où il prend des décisions formidables. En 73, donc au moment de Reykjavik, il y a la crise pétrolière, déjà. Et c'est lui qui lance le grand problème de nucléaire civil.

10:26
Invité

Il y a un épisode tout à fait étonnant. C'est que, pour les mêmes raisons de discrétion, les services de l'ORTF, qui ont des nécrologies et des images d'archives préparées...

10:37
Présentateur

Pour toutes les personnalités.

10:39
Invité

Pour toutes les personnalités. Ils en ont fait beaucoup moins pour Pompidou. Non, ils ont eu l'interdiction d'en faire. Voilà. Donc, ça veut dire qu'en fait, ils avaient peur qu'en en faisant, on découvre le secret. Donc, c'est vous dire le niveau de paranoïa à l'époque. Et ce qui se passe, c'est que les services de l'ORTF, au moment de la mort de Pompidou, parce qu'il va finir par mourir, ont besoin de faire un reportage sur la vie et l'œuvre de Pompidou.

11:00
Présentateur

Et il n'existe pas.

11:01
Invité

Et ils découvrent que c'est une équipe japonaise qui a les meilleures images. Les images prennent l'avion pour retourner au Japon, puisque l'équipe de la chaîne...

11:08
Présentateur

Et l'ORTF fait atterrir l'avion. J'étais là, ce moment-là. C'est dingue, racontez. L'ORTF fait atterrir l'avion qui va de Paris à Tokyo. Il fait atterrir à Athènes, parce qu'à ce moment-là, on ne pouvait pas survoler l'Union soviétique. C'était la période de la guerre froide. Et là, le premier grand portrait de Georges Pompidou, utilisé sur la première chaîne, ce sera le portrait qui a été fait par la télévision japonaise, en enlevant, bien entendu, le commentaire en japonais. Et vous avez mis un commentaire français dessus. Ce qui n'est absolument pas déontologique. Mais ce qui est tout à fait extraordinaire, c'est l'ORTF.

Ça a disparu des archives, d'ailleurs, parce que j'ai essayé de retrouver. Autant, Rekiavi, qu'on voit les archives sur le site de l'INA, autant ça, on ne le voit pas.

11:56
Invité

Alors, ces archives du professeur Bernard sont tellement bouleversantes. Elles révèlent l'affaire...

12:00
Présentateur

Vraiment bouleversantes.

12:02
Invité

Elles révèlent l'affaire d'une telle façon que ça vous a obligé à revoir le plan de votre livre. Votre livre, c'est à moitié un livre sur cette fin de vie de Pompidou, avec ce document qui est une entrée dans son intimité qui est presque gênante à certains moments et très troublante. Et puis ensuite, il y a une réflexion sur, évidemment, la santé des présidents, le secret qui l'entoure. L'interview arrive à sa fin, mais quelle conclusion sur l'information et la politique en tirez-vous ?

12:28
Présentateur

Alors, il y a l'aspect de l'intimité du secret d'État. Moi, personnellement, dans le livre, vous avez parfaitement résumé. C'est, je veux dire, je présente les faits. Dans la conclusion, je donne mon sentiment personnel. Moi, je pense que la maladie d'un président de la République, ça ne doit pas être un secret d'État. Alors, que faut-il dire exactement ? Ça, c'est une question évoquée avec les médecins.

Mais le chef des armées, celui qui a la maîtrise, le seul qui a la maîtrise de la dissuasion nucléaire, etc., qui est très malade, qui est souffrant, comme l'a été Pompidou, comme le sera, après lui, François Mitterrand, ça pose un problème politique, institutionnel, en même temps philosophique. C'est extraordinaire comme sujet. Mais, moi, j'écris que c'est une anomalie démocratique. Et je termine, je reconnais que c'est un peu rude, en disant, c'est ce que j'ai vu. Ce que j'ai vu, c'est que, dans la dernière période, 18 mois, 2 ans des deux, Pompidou et Mitterrand, ils n'ont ni la force de présider, ni le courage de démissionner. Parce que ce n'est pas une critique.

C'est que le courage, c'est extraordinaire. Démissionner, ce serait un acte de courage incroyable. C'est mourir avant de mourir. C'est mourir avant de mourir. Et ils veulent aller au bout de leur mandat.

13:43
Invité

Patrice Duhamel, merci. Le crépuscule des dieux vient de paraître aux éditions de l'Observatoire. C'est captivant et bouleversant. Notamment, les derniers mois de Pompidou, auxquels les Français étaient très attachés.

13:54
Présentateur

Qui a d'ailleurs été un grand président.

13:56
Invité

Un grand président. Patrice, vous restez avec nous, exceptionnellement, puisque vous serez l'un de nos deux esprits libres, aujourd'hui, avec Sophie Obadia. Donc, vous restez là. À suivre, le rappel des titres, puis la revue de presse d'Hervé Gatégnon. Sous-titrage Société Radio-Canada

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