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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 5 juin 2018 5 minAutoproduitActualité / polémiqueLogementSolidarités & familleJustice

SDF : NOUS ÉDUQUONS NOS ENFANTS À L'INDIFFÉRENCE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Locuteur 1Chiffre
    « À Paris 3 000 personnes dans la rue, c'est qu'on n'a, au bout du compte, pas la solution. »
  • 0:45Locuteur 1Promesse
    « Si vous ne mettez pas l'obligation : quelqu'un qui n'a pas de logement, qui est expulsé, doit être relogé, alors vous amorcez un cercle vertueux. »
  • 3:00Locuteur 1Fait
    « Le mal logement est donc destructeur et extraordinairement coûteux pour la société. »
  • 5:00Locuteur 1Fait
    « Une personne qui reste un an dans la rue, surtout si c'est un homme... un homme qui reste un an dans la rue, on met deux ans à le resocialiser. »
  • 7:00Locuteur 1Fait
    « nous éduquons à l'indifférence à cette violence, bon gré, mal gré. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Je viens en appui de cet... de cet amendement, parce que, Madame la ministre, je ne doute pas, Madame la rapporteur, je ne doute pas que tout le monde fasse du mieux qu'il peut, que ça ne fait plaisir à personne d'expulser de pauvres gens.

On le sait tout ça. J'ai été élu local et je sais bien comment ça finit. À la fin des fins, quelqu'un est passé entre les dents du peigne et il va être expulsé.

La famille va être expulsée. Alors, on a tous cette expérience. Qu'est-ce qu'on fait ?

À ce moment là, les élus sont prévenus. On met notre écharpe, et on va devant la porte de l'intéressé, et on fait du bruit, et on dit au commissaire qui vient... on lui dit : bien, Monsieur, vous ne pouvez pas faire l'expulsion, parce qu'il y a un trouble manifeste de l'ordre public.

Et comme vous connaissez le commissaire, parce que vous êtes un élu local, le commissaire vous regarde et il vous dit : mais le trouble de l'ordre public, c'est vous Monsieur l'élu. Voilà. Ça se passe comme ça.

C'est-à-dire qu'il arrive un moment où c'est l'impasse. Et on ne peut pas se contenter de dire : on a fait tout ce qu'on a pu. Parce que, si on a fait tout ce qu'on a pu, mais que néanmoins il y a à Paris 3 000 personnes dans la rue, c'est qu'on n'a, au bout du compte, pas la solution.

Et cette solution, il faut en amorcer le cycle. On ne dit pas que c'est une solution définitive, que c'est ça la bonne idée... pour régler définitivement.

Mais si vous ne mettez pas l'obligation : quelqu'un qui n'a pas de logement, qui est expulsé, doit être relogé, alors vous amorcez un cercle vertueux. C'est-à-dire, l'élu local, s'il doit absolument reloger, alors il demande la réquisition au préfet. Et le préfet réquisitionne des établissements, des... des logements, dont il a repéré... ou des mètres carrés, dont il a repéré qu'ils sont vides.

Si on s'en remet seulement à la bonne volonté, et bien, on a le résultat qu'on a sous les yeux. Moi, je dois vous dire que j'ai vécu assez longtemps pour m'étonner de ce que je vois. Du temps où j'étais gamin, dans un pays qui était fort pauvre à l'époque, il y avait une ou deux personnes qui dormaient en bas, dans la rue.

Et lorsque nous avons été rapatriés, la chose qui nous frappait, sur la terre de France, c'est qu'il n'y avait personne qui dormait dans la rue, et il n'y avait personne qui mendiait. Alors, vous me direz... on regardait peut-être en biais, et on ne voyait pas les bidonvilles.

Mais ça n'existait pas. Aujourd'hui, dans mon boulevard, il y a une vieille dame qui dort sur... un matelas, devant une banque qui est en rénovation.

Et un peu plus loin, il y a deux gars, qui ne sont plus tout à fait là, qui sont eux aussi sur une espèce de... de série de cagettes et de journaux pliés.

Voilà. Que... que faisons-nous ?

Que faisons-nous ? On fait ce qu'on peut... nous aussi.

Alors, une fois on donne une pièce, une autre fois un mot amical. On fait un sourire. Mais, ce n'est pas dans ce genre de conditions-là qu'on veut vivre, ce n'est pas ça qu'on veut vivre.

Qu'est-ce qu'on doit faire ? Téléphoner ? Appeler qui ?

On appelle ? Et qu'est-ce qu'on y peut ? Alors, on m'a dit une fois, ce qui était le comble : ah mais, ils ne veulent pas partir de là ; ça ne sert à rien de discuter, ils ne veulent pas partir de là.

Vous savez dans quel état sont les gens ? Demandez à ceux qui s'occupent de gens qui sont dans la rue. Une personne qui reste un an dans la rue, surtout si c'est un homme... un homme qui reste un an dans la rue, on met deux ans à le resocialiser, c'est-à-dire à lui réapprendre tous les circuits par lesquelles passe le logement et les autres... les autres aspects de la vie organisée.

Le mal logement est donc destructeur et extraordinairement coûteux pour la société. J'ajoute enfin, et ça compte, après tout, il faut le dire... c'est l'occasion dans un débat parlementaire, on peut dire ces choses-là.

Qu'est-ce que vous faites quand vous passez avec votre gosse à la main, le petit à qui vous essayer d'apprendre la morale et les bonnes manières dans la vie, à qui vous dites... quand vous lui servez son assiette : ne regarde pas dans l'assiette de ton frère ou de ta sœur, occupe-toi de toi ?

Donc, ça veut dire partage...

Qu'est-ce que vous faites, quand ils disent : il est dans la rue, comment ça se fait qu'on ne fait rien ? Pourquoi on ne lui dit rien ? Papa, Maman ou grand-père, pourquoi on ne dit rien ?

Qu'est-ce qu'on doit faire ? Autrement dit, non seulement nous nous endurcissons au spectacle de la violence que représente cet abandon, mais nous éduquons à l'indifférence à cette violence, bon gré, mal gré... je ne rends personne coupable, ici, dans cet hémicycle... mais nous avons tous cette expérience intime et personnelle.

Voter dans un hémicycle comme...

Débrouillez-vous, c'est vous qui gouvernez ! Pardon, Monsieur le ministre. Supposez que ce soit moi.

Et bien, je pourrais... on me dirait de même : débrouille-toi !

Si tu es là, c'est à toi de trouver la solution ! On ne peut pas accepter qu'il y ait des gens qui soient dans la rue, en train de se désocialiser, de grelotter de froid quand il fait très froid, de chaud quand il fait très chaud, de... de faire ses besoins entre les voitures, de chercher quelque part où il y a de l'eau potable, parce qu'il n'y en a plus dans nos villes, parce qu'il n'y a plus de fontaines, de chercher des bains-douches - et il n'y en a plus dans nos villes - pour pouvoir avoir le minimum de dignité, qui correspond à une existence d'être humain.

C'est tout cela dont on parle ! On ne parle pas seulement d'une quantité de gens à la rue. On parle d'une dignité humaine qui a disparu et dont...

à laquelle nous sommes indifférents. Je voulais à tout prix le dire, parce que ce soir, quand je vais rentrer chez moi et que je vais revoir cette femme sur son matelas, et que je me ferai le reproche de ne pas avoir à lui en proposer chez moi, je me dirais qu'au moins j'ai fait ça, et que je suis sûr que la plupart d'entre vous pensent exactement comme moi à cet instant.