Israël-Palestine : les mots de la guerre 4/18 · Accords d'Oslo, l'échec de la paix
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« L'OLP reconnaît l'existence de l'État d'Israël, pour la première fois depuis sa création en 1964 au Caire, moyennant la reconnaissance de l'OLP par Israël comme seul et unique représentant du peuple palestinien. »
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« Par exemple, la bande de Gaza ainsi que Géricault deviennent autonomes à partir de début mai 1994. »
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« C'est Jérusalem, ce sont les frontières, ce sont les implantations, ce sont les réfugiés. »
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« Et là, ça bloque dès l'été 1995, autrement dit, dès avant l'assassinat d'Isra Krabin, puisqu'il sera assassiné, comme on le sait, en novembre. »
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« Barack propose des choses à Rafat, à Rafat refuse »
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Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Aujourd'hui, les accords d'Oslo.
Frédéric Ancel, docteur en géopolitique, habilité à diriger des recherches, maître de conférences à Sciences Po Paris. On vous doit notamment une géopolitique de Jérusalem aux éditions Flammarion, les accords d'Oslo. C'est d'abord une photo, une photo très célèbre, une poignée de main historique. Lors de la signature de ces accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, qui est sur la photo ?
Alors, ce sont trois hommes d'État. D'abord, le président américain Bill Clinton, qui accueille ses hôtes israéliens et palestiniens. Du côté israélien, on a Yitzhak Rabin, Premier ministre, élu un an auparavant. Et du côté palestinien, Yasser Arafat, alias Abu Hamar, qui est le chef de l'OLP, l'Organisation Libération de la Palestine.
Il se serre la main après, semble-t-il, une brève hésitation d'Izhak Rabin, qui avait peur de saisir celle de Yasser Arafat. Que disent ces accords d'Oslo ?
Alors d'abord, ça a été extraordinairement compliqué, effectivement, pour Rabin de serrer la main d'Arafat, qui jusque-là, aux yeux des Israéliens, était le terroriste numéro un. Ensuite, ça a été difficile pour Yasser Arafat, mais vis-à-vis de ses propres troupes, entre guillemets, aussi bien chez les Palestiniens que dans l'ensemble du monde arabo-musulman. Pour Clinton, c'était quand même beaucoup plus simple, parce que finalement, les Israéliens et les Palestiniens lui ont littéralement apporté sur un plateau ce processus dit d'Oslo. Pourquoi ?
Parce que de 1992 à 1993, les Israéliens et les Palestiniens, d'abord par la voie d'universitaire, ensuite par la voie de politique de second ordre, en quelque sorte, et enfin au niveau du gouvernement, ont décidé, dans le plus grand secret, de passer un accord qui est très simple. L'OLP reconnaît l'existence de l'État d'Israël, pour la première fois depuis sa création en 1964 au Caire, moyennant la reconnaissance de l'OLP par Israël comme seul et unique représentant du peuple palestinien. Et ils disent ces accords à la chose suivante, ils ne parlent pas de paix. On parle d'accord de paix d'Oslo, on va trop loin à l'époque, c'est peut-être pour ça qu'on est très déçus depuis.
Il ne s'agit que d'un processus transitoire de négociation vers on ne sait pas quoi. Mais dans l'esprit, il y a bien évidemment le partage terre contre la paix.
Comment en est-on arrivé là ? Alors même que le contexte historique était très tendu, puisque 1993, c'est six ans après la première intifada qui a été une première explosion de violence dans la région, violence de ce type. Parce qu'il y a eu évidemment des guerres auparavant, Frédéric Ancel.
Oui, il y a une conjonction de facteurs, comme toute situation géopolitique est le fruit d'une conjonction de facteurs. Il y a eu d'abord l'élection en Israël d'un gouvernement majoritairement travailliste, soutenu par la gauche radicale et même par deux petits partis arabes à la Knesset. Donc la fin provisoire du Likoud. Il a fallu du côté palestinien la compréhension des nouveaux enjeux internationaux, à savoir qu'on était juste après la guerre d'Irak, enfin la première guerre d'Irak, coalition internationale qui a fait chuter Saddam Hussein, qui était finalement le soutien principal de l'OLP. Et l'OLP se retrouvait dans une situation extrêmement difficile.
Et enfin, toujours dans cette conjonction, un Bill Clinton qui a accepté de prendre à bras le corps ce dossier à un moment précis, 92-93, où les Etats-Unis n'ont jamais été aussi puissants depuis au moins 1945, puisque l'URSS a chuté un an auparavant.
Et donc, dans ces accords, accords qui ont été obtenus, on a un homme, Yasser Arafat, chef de l'OLP, chef de l'OLP avec un statut de plus en plus disputé. C'est-à-dire que finalement, cet homme n'est pas forcément en position de force pour les accords d'Oslo.
Alors c'est ça. L'un des grands problèmes de ces accords intérimaires d'Oslo, c'est que chaque partie, finalement, était moins forte que ce qu'elle imaginait. Et surtout, le processus s'est allé sur plusieurs années. Or, sur plusieurs années, les extrémistes ont réussi à s'engouffrer dans la brèche. Et Yasser Arafat, le pauvre, lui, a littéralement été assassiné par un fanatique israélien d'extrême droite. Yasser Arafat, lui, n'a pas été assassiné, mais il a été considérablement affaibli dans son propre camp, au sein de l'OLP et dans une bonne partie du monde arabo-musulman.
Et puis, bien évidemment, le Hamas palestinien a fait son œuvre, puisque dans les années 94, 95, 96, il a perpétré des attentats monstres qui ont provoqué des centaines de victimes dans les rues chez les civils israéliens. Et la population, l'opinion publique israélienne s'est finalement radicalisée. Et fin mai 96, lors d'élections législatives cruciales, le Likoud de Benyamin Netanyahou revient au pouvoir.
Alors oui, parce que finalement, ces accords d'Oslo, ils se font entre trois hommes qui, pour le dire de manière assez schématique, Frédéric Ancel, relèvent de la gauche laïque. Et c'est presque le dernier moment où des leaders à la fois israéliens et palestiniens relèvent de ce camp-là.
Oui, ce n'est pas faux. Alors, on le sait du côté israélien. On voit bien que les dernières coalitions sont plus nationalistes et plus religieuses qu'autrefois. Mais on ne sait pas suffisamment chez les palestiniens. C'est-à-dire que l'autorité palestinienne qui va être créée par Yasser Arafat en mai 94, donc dans la foulée des accords, qui est composée essentiellement de l'OLP, cette autorité palestinienne, elle est globalement sécularisée. Certains membres sont plutôt laïcs, d'autres sont traditionnalistes. Mais fondamentalement, ce sont des gens qui font de la politique et qui ont accepté de manière pragmatique un partage territorial.
Tandis que le Hamas palestinien, lui, islamiste radical, ne voit absolument pas l'espace, le temps, la paix, la guerre, les juifs, les musulmans, de la même manière. Et par conséquent, oui, vous avez raison, Oslo, c'est certainement le dernier moment en date. Ça reviendra peut-être. Mais en tout cas, ces 30 dernières années, pour être clair, on n'a plus retrouvé cette conjonction de facteurs. Un président américain qui courageusement allait de l'avant et soutenait à fond pendant plusieurs années un processus de paix. Et puis du côté israélien et palestinien, on n'a plus non plus retrouvé à la fois la volonté et la capacité politique d'aller vers un processus de paix.
Donc on a affaire à un accord qui met en place des régions sous gouvernement palestinien et c'est ça qui est révolutionnaire dans ces accords.
Absolument. Par exemple, la bande de Gaza ainsi que Géricault deviennent autonomes à partir de début mai 1994. Ça veut dire que dans un premier temps, les soldats israéliens restent dans les pourtours, mais ils se retirent du centre de Géricault, donc pour la première fois depuis 1967, la guerre des six jours, ils se retirent du centre de Gaza. Et petit à petit, on négocie d'abord ce qui est simple avec des patrouilles mixtes, avec des questions liées à l'eau, des questions liées aux taxes, des produits importés et exportés, des choses tout à fait importantes et sérieuses, mais qui ne portent pas sur l'essentiel.
Et le problème de ces accords intérimaires d'Oslo, certainement, j'allais dire, leur plus grande faiblesse, c'est qu'on va laisser à Oslo 2, après une phase intérimaire, donc ça commence en 1995, les sujets qui fâchent. Et les grands sujets qui fâchent, ils sont identitaires. C'est Jérusalem, ce sont les frontières, ce sont les implantations, ce sont les réfugiés. Et là, ça bloque dès l'été 1995, autrement dit, dès avant l'assassinat d'Isra Krabin, puisqu'il sera assassiné, comme on le sait, en novembre.
Donc ça achoppe, ça veut dire que finalement, le détricotage des accords d'Oslo, il s'est fait de manière assez mécanique, dès lors qu'il a fallu finaliser les accords, Frédéric Ancel ?
Oui, et même avant cela, parce que les opinions publiques, dans un cas comme dans l'autre, ont été échaudées par des coups extrêmement durs. D'abord, les Palestiniens ont considéré que l'Israël ne se retirait pas assez vite des fameuses zones A, B et C, et en l'occurrence de la zone A et B, puisque la zone C devait rester à Israël jusqu'à la fin des accords. Et du côté israélien, on l'a vu, il y a eu des centaines de victimes du terrorisme, non plus de l'OLP bien évidemment, mais du Hamas palestinien. Et la troisième partie, autrement dit, des Américains. Alors, les Américains, eux, sont restés forts jusqu'en 99-2000. Pourquoi 99-2000 ?
Parce qu'en 99, la gauche revient, ou en tout cas le centre-gauche revient au pouvoir par la voie et par le truchement des ou de Barack. Et Netanyahou a perdu les élections. Et Barack veut relancer le processus. Et ce sera le sommet de Camp David II, donc aux Etats-Unis, au cours de l'été, précisément le mois de juillet 2000. Et là, Barack propose des choses à Rafat, à Rafat refuse, mais surtout, Clinton, lui, il est sur le départ. C'est fini. Il a effectué ses deux mandats, donc il est démonétisé. Donc il n'a plus la capacité de maintenir pendant des mois ou des années ce processus qui malheureusement échoue dès la fin du sommet de Camp David II.
Merci Frédéric Ancel.