Jean-Didier Urbain : "Le tourisme de masse va vers sa fin"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:21OuverteRéponse directe
Allons-nous continuer à voyager comme avant cette crise du coronavirus ?
- 2:14OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez que l'envie de voyager comme avant reprendra ?
- 3:41OuverteRéponse directe
L'envie est toujours là, mais la façon de voyager va changer, c'est ça ?
- 4:00FerméeRéponse directe
Ça, c'est fini pour vous, le tourisme de masse ?
- 5:51OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il sera aussi plus raisonnable ? Est-ce qu'il y aura du tourisme vert ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on cherche exactement quand on part en vacances ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:11InvitéChiffre
« 95% des touristes internationaux se concentrent en gros sur 5% du territoire mondial »
- 3:50InvitéFait
« l'effondrement de Thomas Cook »
Temps de parole
- Invité81 %
- Présentateur19 %
≈ 2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est 6h19, bison fûté ressort ses drapeaux, orange pour aujourd'hui et même rouge en Ile-de-France, premier départ en vacances. L'activité touristique redémarre après 16 mois de marasme dû à la crise sanitaire. Mais allons-nous continuer à voyager comme avant ? Continuerons-nous à voyager comme avant cette crise du coronavirus ? Bonjour Jean-Didier Urbain. Bonjour. Vous êtes anthropologue de la mobilité, spécialiste du tourisme, ça fait 30 ans que vous écrivez sur le sujet.
Oui, à peu près, oui.
Il y a 3 ans, vous disiez qu'on était entré dans l'ère de la société touristique. Quand on voit comment s'annonce cet été, on y est toujours ? La crise n'y changera rien ?
La crise à court terme va forcément changer et a déjà changé beaucoup de choses. Il suffit de regarder la carte publiée par le ministère des Affaires étrangères hier. On voit qu'effectivement, tous les pays ne sont pas ouverts, loin de là. Donc forcément, on va avoir des rétractions, je dirais, touristiques dans les pratiques de circulation ou de séjour. Ça, c'est certain. Donc les vacances en France sont forcément, cette année, plus hexagonales, un peu moins tournées vers l'extérieur. Ça, c'est clair. Bon, maintenant, c'est une transition, effectivement. On vit toujours dans la perspective. Tout peut être invalidé du jour au lendemain.
Je veux dire, si effectivement, ça redémarre, on est toujours dans cette angoisse-là, cette anxiété. Il ne faut pas se faire d'illusions. On parle quand même de quatrième vague, même si on entend bien la franchir d'une autre façon que les précédentes, éviter le confinement. Il n'empêche que les frontières se ferment ou s'entrouvrent seulement. quand vous voyez que, par exemple, effectivement, en accès totalement libre en Europe, si je lis la carte du ministère de l'État étrangère, vous êtes quatre pays, le Pays-Bas, les Pays-Bas, la Roumanie, l'Albanie et la Macédoine. Et au-delà, ça se complique tout de suite.
Donc déjà, même avec les voisins, il faut un minimum être soit vacciné, soit avoir un PCR de 48 à 72 heures. Et parfois même, d'ailleurs, quand on arrive à Chypre ou au Danemark, non seulement on fait le PCR à l'arrivée, mais en plus, il y a un temps d'isolement et d'attente en entendant le résultat.
Mais tout ça, c'est pour les vacances de cet été. Donc à court terme, au-delà, est-ce que vous pensez que l'envie de voyager comme avant reprendra ?
Ah oui. Écoutez, ça, à mon avis, je pense qu'une des meilleures choses qui souhaitent arriver à l'humanité, c'est de pouvoir voyager. Pourquoi ? Parce que, si vous voulez, si on le sait depuis Montaigne, le monde est un livre suffisant, la meilleure façon d'apprendre que le monde est varié, que la diversité culturelle n'est pas qu'une théorie, que tout le monde ne pense pas comme vous, comme disait Flaubert, il est bon d'aller un petit peu hors de chez soi pour voir que tout le monde ne pense pas de la même façon, déjà quand il allait en Bretagne. Je pense que la leçon du voyage est absolument irremplaçable, et ça, aucune virtualisation ne pourra remplacer cette expérience.
Donc, le voyage, pour moi, reste quelque chose qui ne peut pas disparaître, sauf, effectivement, interdiction. Simplement, c'est vrai que l'avenir appellera des régulations, des redistributions de flux, des choses comme ça. Quand on sait qu'effectivement, que 95% des touristes internationaux se concentrent en gros sur 5% du territoire mondial, on voit que là, il y a des phénomènes de concentration qu'il va falloir forcément éviter à l'avenir, parce que c'est dans la concentration, c'est dans la promiscuité, que se développent notamment les épidémies, mais aussi les violences, mais aussi les spéculations, etc.
Donc, c'est sûr qu'on va forcément s'acheminer vers des formes plus régulées du tourisme, mais pour autant, ce n'est pas la fin du tourisme, mais encore moins du tourisme international.
Donc, l'envie est toujours là, mais la façon de voyager va changer, c'est ça ?
C'est ça, c'est ça. Je pense qu'effectivement, de toute façon, on a déjà eu de gros, gros signes concernant cela. Ne pas oublier quand même l'effondrement de Thomas Cook, qui était quand même une des grosses entreprises incarnant le tourisme classique, le tourisme de masse, etc.
Ça, c'est fini pour vous, le tourisme de masse ?
Écoutez, pour moi, personnellement, j'ai toujours eu horreur de cette expression. Je trouve qu'elle permet de cacher la diversité des pratiques. Donc, j'espère bien qu'en tout cas, sous la forme où on la pense, c'est-à-dire sous une forme ultra-industrielle, standardisée, etc., oui, je pense que ça va vers sa fin, parce que de toute façon, déjà depuis longtemps, on voit des offres de voyagistes qui sont de plus en plus segmentées, personnalisées. Il y a aussi la montée en puissance de l'autonomie du voyageur lui-même, qui auto-organise de plus en plus ses voyages.
Le net, ici, Internet, a joué un rôle énorme, mais on peut devenir soi-même le propre organisateur de ces voyages, à distance, tout organisé. Donc, oui, je pense qu'un certain tourisme de masse super encadré, bon, peu encore, je dirais, tiré profit de certaines populations novices, nouvelles. Je pense par exemple à la clientèle chinoise, qui est entrée sur le marché touristique international récemment, et qui, finalement, n'est pas demandeuse de choses très particulières. Et donc, on peut, à nouveau, trouver un nouveau bassin, je dirais, de clientèle.
Mais c'est transitoire, c'est transitoire, parce que, de toute façon, le touriste est un voyageur intelligent, contrairement aux préjugés fort répandus. Et il apprend à voyager, il apprend à se débrouiller, il apprend à préciser ses projets. Et au fil des années, nous, l'Occident, par exemple, l'Europe, nous avons déjà une culture du voyage qui a été intégrée depuis les années, je dirais, après la Seconde Guerre mondiale. On a commencé, véritablement, à démocratiser une culture du voyage qui n'était réservée qu'à une élite. Et maintenant, nous sommes tous, plus ou moins, investis d'une culture du voyage. Pas tous, tous, évidemment.
Il y a toujours des classes défavorisées qui n'ont pas eu accès à cette culture-là, mais qui, je l'espère, tout ou tard la découvriront.
Donc, le tourisme de demain se fera plutôt à la carte, c'est ce que vous nous dites. Est-ce qu'il sera aussi plus raisonnable ? Est-ce qu'il y aura du tourisme vert ? Là, c'est ce qu'on voit se développer. Est-ce que, pour vous, c'est une tendance de fond ?
Je pense que, de toute façon, c'est une tendance de fond. Pas forcément sous des formes extrêmement écologiques. Je veux dire, par là, ce n'est pas forcément un rigorisme écologique qui va s'imposer, mais une conscience, quand même, du respect de l'environnement qui n'existait pas. On a quand même fait des progrès. Il ne faut pas voir que le mauvais côté des choses. Effectivement, nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète, donc les effets collatéraux d'un mauvais comportement sont d'autant plus visibles. Mais je pense que, oui, de toute façon, il y a un rapport à l'environnement. D'ailleurs, on ne parle plus de nature, on parle d'environnement.
Donc, il s'agit quand même de penser à ce qui nous entoure. Et donc, plus largement, ce n'est pas seulement une écologie de la nature, c'est une écologie sociale, c'est une écologie de l'esprit, c'est mieux penser le monde dans son entier, maintenant que nous prenons conscience que nous sommes tous agglomérés sur cette bille-là, cette petite boule.
Jean-Didier Urbain, qu'est-ce qu'on cherche exactement quand on part en vacances ?
Écoutez, je pense qu'il se passe toujours quelque chose d'extrêmement important quand on part en vacances. Moi, je pense qu'il y a deux grands rêves, quelle que soit la forme du voyage, qu'elle soit l'exploration, de découverte, ou qu'elle soit de repos, de repli, de retraite. Vous voyez, c'est un peu les deux opposés. D'un côté, il y a du filet à ce fog et du passe-partout qui sommeille en nous, de l'autre côté, c'est plutôt du Robinson et du Vendredi.
Mais dans tous les cas, je pense qu'un voyageur, soit il a envie de se réapproprier ce qu'il pense être, il veut retrouver ce qu'il est, et qu'au fond, la vie quotidienne stressante des villes, avec une population urbaine, il y a plus de 50% dans le monde, nous dépossède parce qu'elle impose son rythme. Soit on veut donc retrouver ce qu'on est ou ce qu'on pense être, soit on veut devenir un autre. De toute façon, c'est un détour vers soi ou vers l'autre, pour mieux, finalement, savoir qui l'on est, ce que l'on fait, quel est le sens de notre vie. C'est pour ça que le tourisme, c'est aussi une leçon absolument irremplaçable à cet égard.
Ce n'est pas seulement du superflu, ce n'est pas seulement du divertissement, ce n'est pas seulement du futile, c'est extrêmement utile. Il faudrait d'ailleurs que les politiques se rendent compte à quel point cela est vrai.
Et c'est un sujet qui vous passionne depuis 30 ans. Jean-Didier-Orbain, merci, vous êtes anthropologue. Et je conseille à nos auditeurs l'un de vos livres, L'envie du monde, publié chez Bréal. Merci beaucoup, vous étiez l'invité du 5-7.