Salomé Berlioux : "Un jeune ne naît pas engagé par essence, il le devient, ou pas"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 10 %Défensif 45 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:32OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est selon vous le signe d'une jeunesse en rupture avec le reste de la communauté nationale ?
- 3:07OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'ils vous disent sur ce lien avec la nation, ce sentiment d'appartenance ?
- 5:21OuverteRéponse directe
Est-ce que les candidats parviennent à s'adresser à la jeunesse ?
- 8:05OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a quand même quelque chose d'inédit dans ce qu'on voit là aujourd'hui ?
- 9:41OuverteRéponse directe
Quelles sont les communautés desquelles les jeunes se revendiquent aujourd'hui ?
- 10:46OuverteRéponse directe
L'impact du Covid sur cette génération ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15PrésentateurChiffre
« 70% des 18-34 ans se sont abstenus lors du premier tour des dernières élections législatives. »
- 3:34InvitéChiffre
« Je crois que c'est presque un jeune sur deux qui le dit encore aujourd'hui. »
- 5:43Invité politiqueChiffre
« Globalement, si vous regardez le score d'Emmanuel Macron au second tour d'élection présidentielle, avec le taux d'abstention très important des jeunes, finalement, il aurait pu se passer, je crois, des 2 millions de jeunes qui ont voté pour lui parce qu'ils pèsent trop peu par rapport à leur poids réel. »
- 8:37Invité politiqueChiffre
« En gros, aujourd'hui, dans les enquêtes, quand vous interrogez la jeune génération sur « est-ce que vous êtes engagé ? », vous avez 8 jeunes sur 10, 8 jeunes de 24 sur 10 qui disent « oui, oui, je me sens très engagé ». »
- 16:31Invité politiqueChiffre
« Vous avez 38% des étudiants qui disent avoir eu des pensées suicidaires. »
- 17:25PrésentateurChiffre
« Il va concerner cette année 50 000 jeunes sur l'ensemble du territoire de 15 à 17 ans. »
Temps de parole
- Invité38 %
- Invité politique35 %
- Présentateur24 %
- Invité 22 %
≈ 1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Un grand entretien sur le thème de la jeunesse ce matin consacré aux enfants de la patrie en ce 14 juillet et à leur lien avec la nation des jeunes dont beaucoup vivent une crise de confiance vis-à-vis des institutions du pays à commencer par celles qui sont censées les représenter. 70% des 18-34 ans se sont abstenus lors du premier tour des dernières élections législatives. Alors comment rétablir ce lien entre les jeunes et la vie démocratique mais aussi entre les jeunes eux-mêmes tant la jeunesse française semble diverse aujourd'hui ? Le service national universel lancé en 2019 est-il une réponse adaptée ? Emmanuel Macron a demandé hier soir à nouveau aux armées de le développer.
Y a-t-il d'autres réponses ? Deux invités avec nous ce matin. Vous connaissez la première puisqu'il s'agit de Salomé Berlioux. Bonjour. Bonjour. Vous êtes la fondatrice de l'association Chemin d'Avenir, une association qui informe, accompagne les collégiens, lycéens et étudiants qui vivent en zone rurale ou dans les villes moyennes, en tout cas loin des grandes métropoles. Je dis que les auditeurs d'Inter vous connaissent puisque vous aviez pendant la campagne présidentielle soumis 12 propositions aux candidats et c'était en partenariat avec France Inter. Avec nous également Jérémy Pelletier. Bonjour. Bonjour. Vous êtes directeur des études de la Fondation Jean Jaurès depuis 2017.
Vous avez publié l'an dernier un essai intitulé « La fête est finie ? » Un livre qui traite de notre manière très individuelle de faire la fête en ce jour de fête nationale. On aura sans doute l'occasion d'en parler. J'attends vos questions auditeurs de France Inter pour nos deux invités au 01 45 24 7000 et sur franceinter.fr. Je voudrais qu'on commence sur le sentiment d'appartenance de la jeunesse à la nation. Forte abstention dont je parlais à l'instant du jamais vu lors des dernières élections. Est-ce que c'est selon vous le signe d'une jeunesse en rupture avec le reste de la communauté nationale qui se désintéresse de son avenir ?
Jérémy Pelletier ? Alors ça ne touche pas uniquement la jeunesse. C'est-à-dire que le sentiment d'appartenance est intéressant. Aujourd'hui quand vous interrogez les Français et qu'on vous leur demandez est-ce que vous avez ou pas le sentiment d'appartenir à une communauté ? Ça peut être une communauté religieuse, une communauté culturelle ou la communauté nationale. Vous avez un Français sur Dieu qui dit non. Non, je n'ai pas le sentiment d'appartenir à une communauté. Donc finalement l'individualisation de la société touche évidemment toutes les générations mais touche de façon encore plus profonde en effet les jeunes.
Et ce sentiment est plus fort chez les jeunes ?
Absolument, c'est plus fort chez les jeunes. Vous avez cité les chiffres de l'abstention chez la jeune génération qu'on connaît maintenant depuis une dizaine d'années qui disent à mon sens aussi beaucoup de la perte du goût aussi pour la politique. Vous avez une partie aujourd'hui de la jeune génération qui considère aussi que la politique est quelque chose d'obsolète et quelque chose de ringard, que le rite du vote parce qu'évidemment nous on entend beaucoup engagement à travers le vote, à travers l'acte de voter, à travers l'acte de voter dans les urnes.
Une partie de cette jeune génération considère que cet acte-là est quelque chose d'assez obsolète, d'assez ringard, qui ne sert finalement pas à grand-chose. Et donc ça peut effectivement donner le sentiment que les formes d'engagement classiques sont beaucoup moins présentes en effet auprès de la jeune génération et notamment des 18-24.
Salomé Berlux, vous qui accompagnez ces jeunes, qu'est-ce qu'ils vous disent sur ce lien avec la nation, ce sentiment d'appartenance ?
D'abord il faut commencer par dire, je pense que les jeunes sont très engagés aujourd'hui et qu'ils ont le sentiment malgré tout d'appartenir à un pays. Jérémy, tu diras peut-être les chiffres ensuite sur la question justement des jeunes qui disent être capables de mourir pour le pays. Je crois que c'est presque un jeune sur deux qui le dit encore aujourd'hui. Donc ça, ça existe. Et sur la question de l'engagement, vous voyez chez Chemins d'Avenir, j'ai 30 salariés qui ont tous moins de 30 ans quasiment. Je peux vous dire que c'est l'engagement qui les meut et qui les pousse à travailler chez Chemins d'Avenir. Ça c'est une chose.
En revanche, ce qu'il faut aussi dire très vite quand on parle de ce sujet je trouve, c'est qu'un jeune ne naît pas engagé par essence. Il le devient ou pas. Et à partir de là, ce qu'il faut faire, c'est créer les conditions de cet engagement. Et il y a un certain nombre de clichés.
Il y a l'engagement, il y a l'appartenance, c'est pas forcément la même chose.
Oui, alors à mon sens, l'engagement et le fait de se sentir en mesure d'être acteur de son parcours, de son avenir et potentiellement de son pays, c'est un levier d'émancipation et un levier pour se sentir appartenir à quelque chose qui nous dépasse. Et pour ne pas en rester à une forme de recroquevillement sur soi, il y a pas mal de clichés sur la question de la jeunesse et sur la question justement de son positionnement vis-à-vis des autres, vis-à-vis de la nation, vis-à-vis de l'engagement. Et on va aussi bien dire qu'on a des jeunes qui sont à la fois égoïstes, une jeunesse désenchantée, une jeunesse irresponsable.
Et en même temps, on dit aussi qu'on a une jeunesse qui est vent debout contre les inégalités, qui est jour après jour sur le terrain pour lutter contre le changement climatique et qui ne pense quelque part qu'à la cause pour laquelle elle veut s'engager et qu'au sens, il y a des études qui montrent très bien en avril dernier, je crois, post-Covid, que ce que les jeunes choisissent en premier quand ils cherchent leur premier emploi, c'est la rémunération, c'est le salaire. Donc, surprise, les jeunes Français, comme les Français de manière générale, sont intéressés par la question de subvenir à leurs besoins.
Et c'est à ce moment-là seulement qu'ils peuvent construire un sentiment d'appartenance et des engagements concrets.
Je suis parti des taux d'abstention records des jeunes lors des dernières élections. On peut aussi renverser le raisonnement et se demander si les candidats parviennent à s'adresser à la jeunesse. C'est peut-être aussi l'une des clés de compréhension, Jérémy Pelletier ? Alors, évidemment, c'est une des clés de compréhension.
L'une des clés de compréhension aussi, c'est que finalement... Le lien, il peut se tisser dans les deux sens. Absolument. Mais les jeunes, en fait, pèsent très peu, trop peu, finalement, lorsqu'un président de la République est élu. Globalement, si vous regardez le score d'Emmanuel Macron au second tour d'élection présidentielle, avec le taux d'abstention très important des jeunes, finalement, il aurait pu se passer, je crois, des 2 millions de jeunes qui ont voté pour lui parce qu'ils pèsent trop peu par rapport à leur poids réel. En gros, aujourd'hui, vous avez une démocratie qui fonctionne d'abord avant tout à travers ces plus vieux, et on peut dire aussi grâce à ces plus vieux.
Heureusement que les personnes plus vieilles qui se déplacent votent pour faire fonctionner la démocratie. Mais en effet, on peut aussi considérer que si les préoccupations de la jeune génération sont peu représentées, si une partie de la jeune génération se sont peu considérées par les responsables politiques, c'est aussi que, d'un point de vue électoral, d'un point de vue démocratique, aujourd'hui, ils pèsent trop peu dans les urnes.
Et donc, vous n'avez pas d'intérêt, si vous êtes responsable politique, d'aller passer beaucoup de temps lors d'une campagne présidentielle à aller vous adresser aux jeunes parce que vous savez, de toute façon, potentiellement, qu'ils pèsent trop peu dans les urnes aujourd'hui.
Salomé Berlux, le 14 juillet, la devise de la République, le drapeau, est-ce que ce sont des symboles qui font sens pour les jeunes aujourd'hui ?
Oui, alors le 14 juillet, notamment parce que c'est une fête et un jour férié. Ça, ça reste, de manière générale, attractif, notamment pour les jeunes.
Pas uniquement pour les jeunes.
Pas uniquement pour les jeunes, et on verra ce qu'on fait dans la suite de cette journée. La devise, également, liberté, égalité, fraternité, ça reste très fort pour eux. Avec, il me semble, en premier, la question de la liberté qui est mise en avant pour eux. Mais sur ce que vous disiez juste à l'instant, je pense que ce serait faux de dire que la classe politique se désintéresse des jeunes et ne leur propose rien. Ce serait faux aussi de dire que les jeunes n'en ont strictement rien à faire de la politique. C'est pas vrai. En revanche, on est dans la situation que Jérémy Pelletier décrive à l'instant.
Deux jeunes qui ne se sentent pas représentés, qui ont l'impression que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte, qui, du coup, ne vont pas voter et qui, de fait, ne sont pas très attractifs et n'incitent pas forcément les candidats à multiplier les propositions ambitieuses et audacieuses à leur endroit et à en faire une priorité. La question, c'est ce début de quinquennat.
Est-ce que ce n'est pas l'occasion, justement, de sortir de ce cercle vicieux et de faire en sorte que, d'une part, les décideurs ne se retrouvent pas dans une position où ils ne comprennent rien à la fracture intergénérationnelle et ils se contentent de l'observer de façon un peu molle et aussi de sortir d'une posture où les jeunes eux-mêmes sont dans une situation du « il n'y a qu'à faux con » ou du « je n'étais pas content du résultat aux élections présidentielles, donc je n'irai pas voter la prochaine fois ». Il y a une façon de réinventer le lien entre la politique et les jeunes aujourd'hui et, à mon sens, ça doit être une priorité de ce quinquennat qui s'ouvre.
Avant de venir aux solutions sur le constat, parce qu'on est parfois aveuglé par les chiffres, par exemple, de l'abstention, mais les générations précédentes, les jeunesses précédentes ont eu aussi leur moment de rupture, de doute par rapport à une nation, par rapport à un pays, Jérémy Pelletier. Est-ce qu'il y a quand même quelque chose d'inédit dans ce qu'on voit là aujourd'hui ou bien c'est le lot, finalement, de toutes les jeunesses ?
Ce qui est inédit, c'est le changement, finalement, de la définition de l'engagement. En gros, aujourd'hui, dans les enquêtes, quand vous interrogez la jeune génération sur « est-ce que vous êtes engagé ? », vous avez 8 jeunes sur 10, 8 jeunes de 24 sur 10 qui disent « oui, oui, je me sens très engagé ». Mais « engagé », ça veut dire quoi, finalement ? Justement, c'est ça qui est intéressant, parce que cette notion d'engagement, ils considèrent que c'est une notion très positive. Par contre, quand vous commencez à rentrer dans le détail, quand vous commencez à rentrer dans la définition, quand vous leur demandez « qu'est-ce que vous entendez par engagement ?
», c'est quelque chose de très intime, très individuel. Ils disent « c'est d'abord avant tout tenir ses promesses, c'est respecter la parole, c'est tenir ses engagements. » Ça, c'est les valeurs. Absolument, c'est les valeurs. Et quand vous les interrogez sur « et c'est quoi les conséquences concrètes en termes d'engagement ? », ils vous citent d'abord avant tout « boycotter des marques », ils vous citent d'abord avant tout « faire un don à une association », ils vous citent d'abord avant tout « signer une pétition ».
Et donc, ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, la définition que nous, on a, entre guillemets, les plus vieux de l'engagement, à savoir un engagement dans la vie de la cité, un engagement politique, un engagement syndical, c'est une définition aujourd'hui qui est totalement obsolète dans la tête des jeunes qui, eux, pour le coup, se considèrent comme totalement engagés, mais c'est un engagement qui est beaucoup plus individuel, beaucoup plus intime et effectivement beaucoup plus moral, comme vous l'avez dit.
Quelles sont les communautés desquelles les jeunes se revendiquent aujourd'hui ? Parce que vous nous disiez que, alors c'est 50% des Français qui disent appartenir à la communauté nationale, c'est moins chez les jeunes, et donc le sentiment d'appartenance, il va vers quoi ? La famille, la bande, le quartier ?
Alors, la famille, en effet, est un des sentiments d'appartenance. Il y a aussi toute la dimension des loisirs maintenant, des activités, des hobbies. On est dans une société où, en gros, la cité des loisirs a pris le pas sur beaucoup de choses, a commencé aussi par le travail. Je crois qu'une partie de la jeune génération, par exemple, qui pouvait avant aussi s'identifier lorsqu'elle rentre sur le marché du travail, par son emploi, par son travail, c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. Le Covid a créé aussi une relativisation, entre guillemets, de la place du travail.
Le travail est beaucoup plus secondaire aujourd'hui, et donc ils s'identifient très peu, et ils s'identifieront très peu par rapport à leur travail, par rapport à l'entreprise, par rapport à leur job. Et donc, effectivement, c'est beaucoup plus leur lieu d'habitation qui va les définir et qui va leur permettre de s'auto-positionner dans la société. C'est beaucoup plus les loisirs et les activités qui vont faire en dehors du travail, qui va les définir en tant qu'individu, et beaucoup moins, en effet, le travail qui est considéré de plus en plus comme secondaire, en tout cas dans la définition d'une identité.
Vous en avez dit un mot, Jérémy Pelletier, Salomé Berlux, l'impact du Covid sur cette génération, le Covid qui nous a confinés pendant des mois, qui a sans doute accéléré peut-être cette tendance au repli ?
Ça, ça fait partie, évidemment, des grandes tendances qui lient les jeunes de France, quel que soit le lieu où ils vivent, quelle que soit la situation professionnelle de leurs parents. Le fait que le Covid a eu des conséquences, et parfois dramatiques, sur les plans à la fois économiques, sociaux, en termes de santé psychique aussi, pour ces jeunes-là, et qu'en la matière, il faut à la fois traiter ces situations particulières et essayer qu'elles ne s'inscrivent pas dans le temps long, et en même temps, à mon sens, quand il s'agit de jeunesse, essayer aussi de tourner la page du Covid, et de proposer à la fois un discours et des actes qui soient plus positifs que ce post-Covid-là.
Et c'est vrai que ça, ça fait partie des grandes lignes qui associent les jeunes. Et quand on parle de jeunesse en France aujourd'hui, bien sûr, il faut parler des jeunes au pluriel, parce que ça correspond à des situations spécifiques, ça correspond à des besoins spécifiques. Pour le dire très concrètement, vous êtes un jeune fils de diplomate ou de journaliste dans le cœur de Paris, vous êtes une jeune fille d'agriculteur dans la ruralité, ou vous êtes un jeune qui cherche un premier emploi dans les banlieues nord de Marseille, et ça n'est pas la même situation, et ça peut supposer la mise en place de dispositifs spécifiques.
Une fois qu'on a dit tout ça, il me semble que c'est une vraie nécessité aujourd'hui de ne pas opposer ces jeunesses, et même, pour le dire autrement, qu'on a tout à gagner à concevoir une jeunesse de France, et à chercher à l'entraîner dans un projet qui la dépasse.
Ces jeunesses dont vous parlez, en tout cas les garçons, il y a plus de 20 ans, se retrouvaient dans le service militaire qui n'existe plus. Aujourd'hui, quels sont les lieux où ces jeunes, selon leurs origines géographiques ou sociales, quels sont les lieux où ils se rencontrent encore, Salomé Berlux, l'école ?
Tout à fait, ça on ne peut pas dire le contraire. Ils se rencontrent à l'école. Après la question du brassage, et notamment de ce qu'apportait, c'est vrai, et qu'on soit pour ou contre, mais le service militaire, tout le monde raconte à quel point c'était intéressant quand on venait de Paris, et ça pouvait être déterminant pour la suite de sa vie.
Personne n'en voulait plus il y a 20 ans, et aujourd'hui, ça serait la solution à tous les problèmes.
En tout cas, moi, si vous voulez, en tant qu'acteur de terrain et entrepreneur social, je suis pragmatique. Aujourd'hui, il y a des dispositifs, comme le service national universel, comme le service civique aussi, qui existent, et qui ont pour volonté, pour vocation, de permettre justement, cette diversité sociale et culturelle entre les jeunes, de permettre de la mobilité aussi, sociale mais géographique. Ça fait partie, évidemment, de mes chevaux de bataille, que de dire qu'un jeune qui grandit dans les Vosges doit se sentir autorisé à partir faire des études à Lyon ou dans la campagne, mais dans le nord de la France.
Vous aviez proposé un Erasmus à l'échelle du pays. Ça consisterait en quoi, Salomé Berlou ? Tout à fait.
Ça fait partie des propositions que nous poussons avec Chemin d'Avenir. Exactement. À la fois dans le rapport que nous avions fait pour Jean-Michel Blanquer sur le thème orientation et égalité des chances dans la France des zones rurales et des petites villes, et dans les 12 propositions pour la jeunesse au moment de la campagne. L'idée est très simple. Un jeune dans la ruralité, par exemple, dans les Vosges, au collège, va partir chez son correspondant à Marseille, par exemple. Pendant plusieurs semaines, il va découvrir d'autres codes, d'autres personnes, un autre bassin d'emploi. Et ensuite, il accueillera le jeune Marseillais, peut-être d'un quartier sensible, chez lui, dans la ruralité.
Il sera alors acteur de son territoire, à même de valoriser là où il vient. Et on peut imaginer que dans un moment où réparer à la fois les fractures entre les générations, entre les catégories socio-professionnelles et entre les territoires, cette mobilité-là, elle est vraiment très pragmatique. Elle permet de créer du lien social. Et elle permet aussi qu'un jeune, tout simplement, quand il a envie de choisir son métier ou ses études, se sente autorisé à partir à l'autre bout de la France, voire à l'étranger s'il le souhaite.
C'était le sens de l'étude sur laquelle on avait travaillé avec la Fondation Jean Jaurès et l'IFOP en 2019, que de dire qu'à nouveau, aujourd'hui, ce sont toujours les mêmes jeunes qui se sentent autorisés à partir à l'étranger, par exemple.
Parce que pour les autres, il y a une barrière, peut-être financière et aussi psychologique.
Psychologique, matérielle, logistique, financière.
Pour aller poursuivre à l'étranger. Jérémy Pelletier, qu'en est-il du rôle de l'entreprise ? C'est aussi un endroit où on peut se rencontrer, quelles que soient ses origines. Je pose cette question. Au moment où le chômage des jeunes en France a fortement baissé, il est à son plus bas niveau depuis 40 ans. Ça devrait favoriser, normalement, ces rencontres.
Le problème, c'est que vous avez une génération, finalement, que Anne Muxel définit comme la génération de la fin des allégeances. C'est la génération de la crise des allégeances. C'est-à-dire qu'il y a une rupture de confiance par rapport aux responsables politiques, on l'a dit, par rapport aussi aux figures d'autorité comme le professeur et par rapport aussi à une figure d'autorité comme le chef d'entreprise. Donc, finalement, cette génération de la fin des allégeances, je l'ai dit tout à l'heure, considère que le travail n'est plus aussi structurant.
Donc, ce sera beaucoup moins un rite de passage comme avant et la question, évidemment, du télétravail, alors qui ne concerne évidemment pas l'ensemble des travailleurs, qui ne concerne évidemment pas tous les jeunes, mais casse aussi et risque aussi de casser en partie ce que, effectivement, vous avez appelé ce lieu de brassage, ce lieu de rencontre.
Ce qui est très intéressant quand vous regardez les raisons pour lesquelles les volontaires ont rejoint, par exemple, le service national universel, il vous cite beaucoup, c'est d'abord avant tout pour rencontrer des gens, c'est d'abord avant tout pour faire des rencontres parce qu'on oublie beaucoup que la jeune génération qui a été très impactée par la crise du Covid, par les confinements, s'est retrouvée profondément isolée, profondément seule chez Esol, dans de grandes difficultés matérielles, de grandes difficultés psychiques.
Salomé l'a dit, aujourd'hui, vous avez une grande partie des étudiants qui disent être en mal-être, en mal-être dans leur vie personnelle, dans leur vie à l'université, etc. Vous avez 38% des étudiants qui disent avoir eu des pensées suicidaires, ce qui est un chiffre très important qui est lié à une enquête qu'on a publiée il n'y a pas très longtemps avec la Fondation Georges et Michel Debout. Et donc, ce côté isolement qui a été considérablement accéléré durant la crise sanitaire, qui a touché aussi psychiquement les jeunes, en effet, il faut y répondre.
Mais je ne sais pas si aujourd'hui, l'entreprise va être capable de répondre à ça parce que vous avez un développement de la sédentarité dû au télétravail, un développement de la sédentarité dû aux nouvelles habitudes et dû aux nouvelles modes de vie. Et donc, tout l'enjeu, en effet, pour les chefs d'entreprise, ça va être de continuer à penser, en effet, le lieu de travail pour faire en sorte que les gens continuent de se croiser en réel et pas en virtuel. Parce que je pense que l'enjeu aussi pour la jeune génération demain, c'est de réinvestir le réel par rapport au surinvestissement du virtuel aujourd'hui qui les touche plus particulièrement.
Alors, il y a eu une tentative depuis 2019 pour favoriser l'engagement des jeunes et les faire se rencontrer. C'est le Service National Universel qui a été lancé par Emmanuel Macron. Il va concerner cette année 50 000 jeunes sur l'ensemble du territoire de 15 à 17 ans, volontaires, participent à des séjours de cohésion autour de 6 thèmes. Hier soir, le président de la République qui s'adressait aux armées a demandé aux armées françaises de faire plus pour développer le Service National Universel. Ça contribue vraiment à la mixité, Salomé Berlouk. C'est un bon outil ?
Ce qui est certain, c'est que ça a le mérite d'exister aujourd'hui et qu'à un moment donné où on dit qu'il faut favoriser la capacité d'engagement des jeunes pour que l'engagement ne soit pas l'apanage d'une poignée de jeunes dont les parents sont engagés, en gros, ça a le mérite d'offrir cette option-là. Après, est-ce qu'il faut réfléchir à sa mise en œuvre dans le détail ? Est-ce qu'on peut s'interroger sur la mécanique pour toucher toute une classe d'âge ? Est-ce qu'il faut aussi réfléchir à comment le rendre plus incitatif ? Je vous donne un exemple.
Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer que les jeunes qui font leur service national universel se voient financer une partie de leur permis de conduire, par exemple, pour que ça coche plusieurs cases, pour que les jeunes qui sont dans des situations financières tendues ou qui vivent éloignés des grandes métropoles et qui ont besoin de leur voiture pour aller chercher l'emploi ou la formation puissent le faire et soient facilités dans cette démarche ? C'est probable.
Après, encore une fois, comme le service civique qui est un dispositif qui permet aux jeunes aujourd'hui de s'engager, de tester leur capacité à agir sur un territoire, sur le terrain, y compris dans la ruralité, d'ailleurs, le service civique se déploie aujourd'hui très fortement dans la ruralité et a vocation à permettre aux jeunes de sortir de leur territoire s'ils le souhaitent ou d'attirer au sein des territoires ruraux des jeunes qui auraient envie d'y travailler, il me semble qu'aujourd'hui, la question, c'est surtout celle de la mise en œuvre et de comment on capitalise sur ce qui existe déjà.
Jérémy Pelletier, 50 000 jeunes cette année, les 15-17 ans, ça doit représenter 2 millions de personnes à peu près, donc c'est tout de même très faible.
Mais ce qui est intéressant, c'est qu'à travers ça, vous recréez des rites de passage. En fait, ce qui a disparu dans la société, ce qui a disparu dans l'époque dans laquelle on est et ce qui a disparu et que n'a plus en fait la jeune génération, c'est en effet des rites de passage. Des rites de passage qui vous permettent à un moment donné de savoir à quel moment vous passez. Oui, vous pouvez dire le bac, mais en gros, est-ce que le bac, c'est un rite de passage qui vous permet de vous définir comme étant un nouvel adolescent, comme un jeune adulte ? Salomé a parlé du permis de conduire. C'est très intéressant le permis de conduire.
Le permis de conduire n'est plus du tout un rite de passage qui vous fait passer du monde adolescent au monde adulte. Pourquoi ? Parce qu'année après année, vous avez de moins en moins de jeunes qui passent le permis de conduire. On a parlé évidemment du service militaire qui était un de ses rares rites de passage, un de ses rares lieux de brassage. On peut aussi citer d'autres rites de passage pour les jeunes, les colonies de vacances, mais les colonies de vacances qui, impactées par la privatisation aussi de tout un tas de ces structures de vacances, ne jouent plus ce rôle-là de rites de passage et de brassage social.
Et donc là où c'est intéressant avec le service national universel, c'est que ça recrée un peu de rites de passage.
Précisément, question de Sylvain sur franceinter.fr, les Français, enfin question interpellation, remarque, les Français ne se retrouvent pas mélangés sur les bancs de l'école et c'est la même chose ailleurs concernant les colonies de vacances. Le brassage social est beaucoup plus faible qu'avant. Réaction peut-être Jérémy Pelletier ?
Ce qui est très intéressant, c'est qu'en effet, la nouvelle mode de ce qu'on appelle les colonies de vacances, les clubs de vacances, c'est quelque chose de très à la carte, c'est quelque chose de très sur mesure, ce qui correspond d'ailleurs très bien à la société du sur mesure, le plat que vous voulez en tout lieu et en toute heure, finalement aujourd'hui, vous avez effectivement un dispositif de colonies de vacances qui vous permet de faire à peu près la même chose que lorsque vous commandez votre plat de sushi ou votre pizza le soir dans votre appartement ou dans votre maison et donc en effet, vous choisissez entre guillemets l'activité et les activités que vous voulez faire et vous choisissez entre guillemets la communauté ou la classe sociale ou le type de jeunes avec qui vous l'envoyez vos enfants.
Donc en effet, le côté brassage social de tout un tas de classes sociales et de territoires ne fonctionne plus comme avant et il serait en effet louable d'essayer de revaloriser ces lieux-là.
Les questions des auditeurs de France Inter pour vous au 01 45 24 7000. Nous accueillons Francis de Saint-Etienne. Bonjour Francis.
Oui, bonjour. Alors voilà, moi je suis un fils d'éducatif miguel espagnol et j'ai appris à aimer la France face à mes instituteurs. Alors pour aimer la France, tout se joue à l'école avec l'éducation. C'est ce qui permet de créer un lien entre la jeunesse et la France. Voilà. Il faut savoir l'histoire de toute la France mais pour en connaître toute sa richesse. Voilà. Et sans l'histoire et sans la chronologie de toute l'histoire, on ne peut pas aimer la France. Alors il faut savoir la lente évolution de ce pays. Voilà.
Merci à vous Francis pour cette remarque. Réaction, Jérémy Pelletier, Salomé Berlux, la place de l'histoire à l'école, elle est très présente.
Oui, ce que disait ce monsieur à l'antenne à l'instant, c'était la place notamment de l'école et l'importance de l'école. Et là, je pense qu'on est peut-être à un tournant où à la fois, il est évident que l'éducation nationale peut beaucoup et qu'elle est un acteur central sur les sujets d'égalité des chances, d'orientation pour les jeunes et ensuite d'ailleurs de formation professionnelle. En revanche, est-ce que l'éducation nationale peut tout ? Je ne suis pas sûre.
Et est-ce que ce n'est pas faire peser une responsabilité très lourde sur ses épaules étant donné les enjeux aujourd'hui que de dire qu'il faut qu'elle lutte de concert contre l'assignation à résidence, contre la question de l'autocensure, qu'il faut qu'elle permette évidemment de transmettre les apprentissages, qu'il faut qu'elle travaille sur les questions financières. C'est là où je pense qu'il y a une espèce de responsabilité collective sur laquelle il faut qu'on travaille à la fois l'éducation nationale et les pouvoirs publics bien sûr mais aussi les entreprises, évidemment la société civile, les familles, main dans la main. C'est vraiment tout le sens de l'action de Chemin d'Avenir.
C'est aussi le sens de dispositif dans lequel s'inscrit Chemin d'Avenir type un jeune, un mentor, vous savez, qui est ce dispositif national qui permet aujourd'hui que chaque jeune, où qu'il soit en France, puisse être accompagné par un mentor qui va lui donner confiance en lui et lui permettre de se révéler, de révéler son potentiel. Et là, je pense qu'il y a un travail de système à créer qui dépasse très largement la question de l'école mais qui se fait main dans la main avec elle évidemment.
Il nous reste une minute pour répondre à Virginie, Olivier et Nicolas qui s'interrogent sur le pluriel, le singulier. Les jeunes, vous pensez sincèrement qu'il s'agit d'une entité unique au comportement uniforme ? Olivier, il n'est pas pertinent de parler globalement de la jeunesse. Nicolas, parler des jeunes comme une entité est incompréhensible. Il me semble qu'on a souligné la diversité des jeunesses mais aussi peut-être des traits communs, Jérémy Pelletier.
Absolument. Et l'un des traits communs qui me frappe, c'est l'effet de la crise sanitaire chez tout un tas de la jeune génération et chez toute la jeune génération que vous soyez un enfant finalement de prolo ou un enfant de classe plutôt favorisé. Globalement, une grande partie de la jeunesse et toutes les jeunesses sont dans cet état d'instabilité émotionnelle, d'instabilité psychique, d'anxiété. Tous les médecins de collège ou de lycée vous disent qu'ils ont été face à des cas d'anxiété et d'angoisse totale à l'issue de la crise et ça, ça touche toutes les jeunesses que ce soit les jeunesses riches ou les jeunesses plus pauvres.
Nous voulions parler de la jeunesse et des jeunesses en ce 14 juillet sur France Inter. Merci à tous les deux d'avoir participé à ce grand entretien. Salomé Berlux, fondatrice de l'association Chemin d'Avenir vers laquelle vous pouvez vous tourner évidemment à Jérémy Pelletier, directeur des études de la fondation Jean Jaurès.
France Inter. France Inter.