Budget : la CGT déjà mobilisée
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
de la prime EDF ... - S.Brakhlia: Bonsoir.
Bienvenue. Bonsoir, S.Binet, secrétaire générale de la CGT.
Il n'a pas été censuré malgré les efforts du RN et de LFI. S.Lecornu reste à Matignon.
C'est une bonne nouvelle pour vous? - S.Binet: Ce que je constate, c'est que c'est à très peu de voix près.
C'est un gouvernement très fragile. Ca fait 2 ans et demi que nous le martelons: il n'y aura pas de stabilité sans justice sociale. C'est 5 Premiers ministres qui sont tombés suite au passage en force d'E.Macron.
Ca continuera tant qu'il n'y aura pas de réponse aux exigences sociales des travailleurs et travailleuses. C'est un gouvernement très fragile. S'il veut rester en place, il a intérêt à écouter les travailleurs et les travailleuses. - S.Brakhlia: S'il avait été censuré, ça aurait été un problème? - S.Binet: L'instabilité, c'est pas bon, mais l'instabilité pour avoir des reculs sociaux, c'est encore pire.
Ce que nous voulons, c'est un gouvernement qui réponde aux exigences des travailleurs et travailleuses. C'est E.Macron qui crée cette instabilité.
Nous voulons une autre politique. - S.Brakhlia: Ce qui vous inquiète, c'est le budget, que vous jugez dangereux et catastrophique, mais ce budget n'a pas encore été débattu.
Le Premier ministre dit carrément qu'il n'y aura pas de 49-3. Vous ne faites pas confiance au débat parlementaire? - S.Binet: La copie initiale est catastrophique.
C'est le problème. Il faut que le débat parlementaire réécrive tout le budget de A à Z. Il y a des mesures très violentes, encore plus violentes que ne l'était le budget Bayrou.
Par exemple, pour les malades, les franchises médicales pourraient atteindre 350 euros par personne et par an. - S.Brakhlia: Le reste à charge. - S.Binet: Ca pourrait être 1400 euros pour une famille de 4.
C'est la taxation des malades. Plus on est malade, plus ce sera élevé. Le principe de notre Sécurité sociale, c'est qu'on ne doit pas demander la carte bleue avant notre carte Vitale.
La Sécurité sociale, on s'est battus pour la créer il y a 80 ans sur le principe que chacun cotise selon ses moyens et bénéficie selon ses besoins. Les franchises médicales, c'est tout l'inverse. Il y a déjà quasiment 20 % des travailleurs et travailleuses qui renoncent à se soigner à cause de problèmes financiers.
Avec des mesures comme ça, c'est une régression individuelle, mais derrière, toute la société recule. Des maladies mal soignées, c'est plus de contaminations. C'est catastrophique. - S.Brakhlia: Vous dites que la copie initiale du gouvernement est catastrophique et dangereuse.
Le débat parlementaire va commencer. Le gouvernement n'est pas tombé. Vous appelez déjà à une journée d'action le 6 novembre? - S.Binet: Oui.
Pour que les choses bougent, il faut que les travailleurs et travailleuses se mobilisent. C'est ce qui a permis d'obtenir le décalage de la réforme des retraites, la mobilisation des travailleurs et travailleuses. - S.Brakhlia: Ce n'est pas ce que dit le PS.
Ils disent qu'ils ont négocié avec le Premier ministre. - S.Binet: C'est grâce au fait qu'on a fait une mobilisation historique il y a 2 ans et que nous avons rassemblé 2 millions de personnes dans les rues au mois de septembre qu'il y a eu un rapport de force pour mettre le sujet des retraites sur le devant de la scène.
C'est nous qui l'avons mis sur le devant de la scène. - S.Brakhlia: Vous vous réjouissez du décalage de la réforme des retraites, vous utilisez les mêmes mots que M.Léon, que c'est une victoire?
Vous savourez ce moment? - S.Binet: C'est une première brèche sur ce totem de la réforme des retraites, auquel E.Macron refuse de toucher.
C'est le décalage de l'application de la réforme. Les générations nées entre 1964 et 1968 pourront partir 3 mois plus tôt que prévu. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas du tout l'abrogation.
Les 64 ans continuent à s'appliquer. Pour la génération de 1969, c'est les 64 ans. Ce que nous voulons, c'est les 64 ans et l'abrogation de la réforme des retraites.
Nous appelons les parlementaires à commencer par la bloquer pour tout le monde et pas seulement pour quelques générations. - S.Brakhlia: Donc la mobilisation du 6 novembre sera une mobilisation des retraités contre cette réforme des retraites? - S.Binet: Non.
Ce sera une mobilisation des retraités contre le budget, car ce budget est très violent pour les retraités. Ce seront eux les premières victimes de cette explosion des frais de santé. Plus on est vieux, plus on est malade.
C'est une évidence. Leurs pensions vont être désindexées pour 2026. Elles vont baisser par rapport à l'augmentation des prix.
Elles vont être gelées, mais ce gel est prévu jusqu'en 2030. Ca signifie que le pouvoir d'achat des retraités va s'effondrer. Dernière chose.
Ils ont une forte augmentation d'impôts, avec une augmentation de la fiscalité qui va reposer sur les retraités. C'est une triple peine. En France, les retraités sont loin d'être défavorisés. - S.Brakhlia: Le Premier ministre dit qu'il vient de faire un geste sur la réforme des retraites, qu'il a accepté de décaler cette réforme jusqu'en 2028.
Ca veut dire que chaque dépense doit être compensée par des recettes. Il faut chercher des moyens de faire des économies. - S.Binet: Le décalage de la réforme des retraites, c'est seulement 400 millions pour l'année prochaine.
Or, toutes ces mesures de régression, ce sont des milliards qui vont rentrer dans les caisses de l'Etat. Sur la réforme des retraites, on fait des propositions pour financer sans désindexer les pensions, en soumettant à cotisation la participation et l'intéressement, pour que les salariés aient davantage de droits et que ça crée davantage de recettes pour la Sécurité sociale. Le problème central de ce budget, c'est qu'il n'y a aucune justice fiscale et que c'est toujours les mêmes, les travailleurs et travailleuses, qui passent à la caisse pour éponger le déficit créé par la politique d'E.Macron, par les baisses d'impôts pour les multinationales et les plus riches. - S.Brakhlia: Mais la contribution nationale des grandes fortunes mise en place cette année, elle pourrait être prolongée l'année prochaine.
Vous dites que ce n'est pas assez? - S.Binet: C'est 1 milliard.
La taxe Zucman, c'est 20 milliards. - S.Brakhlia: Tout le monde ne dit pas 20 milliards. - S.Binet: 15 à 20 milliards, si vous voulez, mais c'est beaucoup plus d'argent.
Ca permet de taxer le patrimoine. C'est ce qu'il y a de plus juste. - S.Brakhlia: Mais de manière indifférenciée...
Le ministre de l'Economie dit que ça ne peut pas marcher comme ça. Il dit qu'il faut plutôt ajuster cette taxe supplémentaire sur les plus riches. - S.Binet: Ca permet de taxer le patrimoine des 1800 personnes qui ont plus de 100 millions d'euros de patrimoine.
Je pense qu'il n'y a pas plus juste comme mesure. Je suis étonnée qu'il y ait autant de personnes opposées à la taxe Zucman alors que ça devrait être une mesure d'intérêt général et que tous les parlementaires devraient la défendre. - S.Brakhlia: Le PS a prévu de déposer un amendement pour intégrer la taxe Zucman dans le débat.
Autre sujet qui a crispé les débats parlementaires et qui touche directement les travailleurs: les arrêts de travail. Le gouvernement veut les limiter à 15 jours en ville et à un mois quand ils sont prescrits à l'hôpital. L'argument est simple: il y a eu une explosion des arrêts de travail.
Ca représente un coût de plus de 11 milliards d'euros pour la Sécu. Il ne faut pas stopper cette hémorragie? - S.Binet: Il n'y a pas d'arrêts de travail de confort.
Je ne connais personne qui se mette par plaisir en arrêt de travail. On a une perte de salaire quand on est en arrêt de travail. On le fait quand on est malade.
Au lieu de casser le thermomètre, il faut soigner la fièvre du malade. Pourquoi les arrêts de travail explosent? Car les conditions de travail se sont considérablement dégradées.
L'explosion des arrêts de travail, le premier secteur, c'est celui de la santé. Il y a un mal-être énorme, des conditions de travail...
C'est là qu'il faut travailler. On a des soignants qui démissionnent par centaines. Ce qu'on fait pour répondre à leur mal-être, c'est pénaliser les arrêts de travail.
On marche sur la tête. - S.Brakhlia: Les ruptures conventionnelles sont aussi dans le viseur du gouvernement.
L'idée est de taxer davantage les entreprises pour les dissuader d'accorder des ruptures conventionnelles. Ca va dans le bon sens? - S.Binet: C'est normal que les ruptures conventionnelles soient mises à contribution et permettent de cotiser pour la Sécurité sociale.
Ce n'est pas la pire disposition du budget. - S.Brakhlia: Vous êtes d'accord avec ça? - S.Binet: On n'est pas en désaccord frontal.
On est en désaccord sur l'année blanche, qui va être une année noire. Les aides au logement vont baisser, les bourses étudiantes vont baisser, l'allocation adulte handicapé va baisser, les allocations familiales vont baisser. C'est très violent pour les familles les plus précaires, pour les familles qui sont à l'euro près, qui vont perdre plusieurs dizaines d'euros à la fin de chaque mois.
Pour les technos de Bercy, ce n'est peut-être rien, mais pour des familles entières, ça peut permettre de nourrir des enfants. En France, le taux de pauvreté des enfants est de le plus élevé par rapport à d'autres pays européens. C'est une honte. - S.Brakhlia: Plus de 66 000 entreprises ont fait faillite en 2024 en France.
C'est un record depuis 2009. Les patrons eux-mêmes sont inquiets. Ca ne peut que s'aggraver? - S.Binet: Ca fait un an et demi que la CGT tire la sonnette d'alarme.
Nous avons rendu publique une liste noire des plans de licenciements, qu'on a remise à chaque Premier ministre. Ils n'ont rien fait. Il y a urgence à agir.
On est dans un cercle vicieux. Ce budget aura un impact récessif très fort sur l'économie. Le premier moteur de l'économie, c'est la consommation. - S.Brakhlia: Ca va impacter le pouvoir d'achat. - S.Binet: Ca va appauvrir toute la population, ce budget, s'il est adopté.
Ca va augmenter les difficultés du secteur du commerce ou de la restauration. L'acier...
ArcelorMittal, il n'y a toujours aucune mesure prise pour forcer ArcelorMittal à rester en France. La CGT porte la nationalisation. Une aciérie électrique décarbonée est au bord de la fermeture.
Il n'y a toujours aucune intervention volontariste de l'Etat pour sauver NovAsco. - S.Brakhlia: Sauf qu'il y a un changement de profil en face de vous.
J.-P.Farandou, c'est l'ancien patron de la SNCF.
Il est le nouveau ministre du Travail. Vous l'avez vu tout à l'heure. Ca c'est bien passé? - S.Binet: Oui.
Ca se passe toujours relativement bien, ce type de rendez-vous. Ce n'est pas le problème. La question, c'est quelle marge de manoeuvre il aura pour changer d'orientation et avoir enfin un ministre du Travail qui soit au service des travailleurs et travailleuses et pas le porte-serviettes du patronat. - S.Brakhlia: Vous lui faites confiance? - S.Binet: J'attends de voir.
Quand on est syndicaliste, on attend des preuves. On attend des signaux. Le premier signal qu'on attend, c'est qu'il nous dise que la réforme de l'assurance-chômage est enterrée.
On veut aussi qu'il nous dise que cette réforme du Code du travail que le précédent gouvernement voulait mettre en place est abandonnée. Il faut qu'il nous dise qu'il va répondre enfin aux vraies préoccupations des travailleurs et des travailleuses, à commencer par la question des salaires. Je l'ai interpellé sur la condition des travailleurs des plateformes, qui n'ont aucun droit et qui sont extrêmement précaires, pour qu'il y ait une présomption de salariat qui soit mise en place en France.
Je l'ai interpellé sur les questions d'égalité salariale pour que la France rentre dans les clous du droit européen et mette des sanctions pour les entreprises
Sébastien Lecornu