Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 15 avril 2025 9 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprises

Effort de 40 milliards pour le budget 2026 : "Je ne vois pas comment on va échapper à des hausses d'impôts", selon l'ancien rapporteur de la Cour des comptes François Ecalle

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 20 %Défensif 40 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:19Invité politiqueFait
    « on met notre souveraineté entre les mains de décisions qui seront prises à Francfort. »
  • 7:35Invité politiquePromesse
    « la dette va continuer à augmenter. Je pense qu'elle atteindra 130% du PIB et au-delà avant 2030. »

Temps de parole

  • Invité politique65 %
  • Présentateur35 %

7,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, quel remède pour assainir nos finances ? François Bayrou promet de présenter les grandes orientations et les grands choix pour le prochain budget d'ici le 14 juillet après sa conférence sur les finances publiques ce matin. Bonsoir François Eccal.

0:16
Invité politique

Bonsoir.

0:17
Présentateur

Ancien magistrat de la Cour des comptes, vous êtes président de Fipeco, association d'information, ça tombe bien, sur les finances publiques. Vous publiez demain « Mes comptes publics, conception et contrôle des politiques publiques » depuis 1980 chez Odile Jacob. François Bayrou alerte sur le piège de la dette qui menace la survie de notre pays. On en est là ?

0:37
Invité politique

Alors la survie, c'est peut-être un peu excessif. D'ailleurs, comme je raconte dans mon livre, quand j'étais à la Cour des comptes il y a 15 ans, je lui disais toujours « Attention, ne dites pas qu'on est au bord du gouffre, au pied du mur, parce qu'on sait qu'il y a un mur devant, mais on ne sait pas à quelle distance il se trouve. Alors la survie aussi, c'est peut-être un peu, dans le même registre lexical, c'est peut-être un peu exagéré quand même. »

0:56
Présentateur

Donc on n'est pas encore au pied du mur, on n'est pas encore droit dans le mur ?

0:59
Invité politique

Alors, on sait qu'il y a un mur, parce qu'on sait que la dette publique augmente, et qu'un jour, nos créanciers finiront par s'inquiéter, par augmenter les taux d'intérêt, et à ce moment-là, il peut y avoir tout d'un coup une crise très rapide, et tout va dépendre à ce moment-là de ce que la Banque Centrale Européenne fera. Et donc, en fait, on ne met peut-être pas notre survie, mais on met notre souveraineté entre les mains de décisions qui seront prises à Francfort.

1:26
Présentateur

Qu'est-ce qu'il faut surveiller le plus ? Il y a le montant de la dette, 3 300 milliards d'euros, il y a la charge de la dette aussi, 58 milliards à peu près. C'est quoi l'indicateur le plus inquiétant ?

1:37
Invité politique

Alors, c'est la dette elle-même, parce qu'elle augmente durablement depuis très très longtemps, elle est sur une tendance à la hausse. Il faut quand même aussi regarder, alors, non pas la charge d'intérêt, mais les économistes vont lui dire, il faut regarder la différence entre le taux d'intérêt de la dette et le taux de croissance de l'activité économique. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, cet écart était favorable, le taux d'intérêt de la dette était inférieur au taux de croissance.

Maintenant, ça risque d'être l'inverse, et si c'est l'inverse, ça veut dire que si on n'arrive pas à dégager un équilibre, alors un équilibre, ce que les économistes appellent l'équilibre primaire, c'est-à-dire hors charge d'intérêt, justement, si on n'y arrive pas, la dette publique, elle augmente toute seule et elle peut exploser. C'est mathématique. Et là, qu'est-ce qu'il se passe ? Et donc, elle augmente, elle augmente, mais à ce moment-là, c'est sûr que les créanciers se mettent à avoir peur, parce qu'ils ne vont pas pouvoir rembourser. Mais on n'en est pas encore là. Mais on n'en est pas encore là, voilà. Mais ça peut arriver.

2:33
Présentateur

Le gouvernement veut trouver 40 milliards d'efforts pour le budget 2026, celui qui est donc en train d'être préparé, afin de tenir ses objectifs de déficit. Ce serait passé à 4,6% du PIB l'an prochain, arrivé à 3% en 2029. Alors, il veut trouver 40 milliards, mais il y a une ligne rouge, c'est pas d'augmentation d'impôts ? Double question, François et Cal, comment on fait ? Et est-ce que c'est possible de faire l'économie de hausse d'impôts ?

2:58
Invité politique

Alors, il faut d'abord voir que ça ne sera même pas suffisant. C'est-à-dire, en fait, l'effort qui est nécessaire, justement, pour stabiliser la dette à son niveau actuel, en pourcentage du PIB, même pas en euros, c'est un effort qui est de l'ordre de 120 milliards. Il ne s'agit évidemment pas de le faire sur un an, mais ça veut dire que c'est 40 milliards. Normalement, on devrait déjà faire à peu près 25-30 milliards cette année, mais même si on fait encore 40 l'année prochaine, ça ne sera pas fini. Alors, c'est très difficile. Il y a des pays qui l'ont fait, les Suédois l'ont fait, mais dans le contexte politique, culturel, social, français, je pense qu'on n'y arrivera pas.

Et donc, en effet, la question des hausses d'impôts va se poser et il faudra certainement passer en partie par des hausses d'impôts, oui. Donc, ce ne sera pas possible, a priori, d'échapper à des hausses d'impôts ? Je ne vois pas comment on va y échapper. Moi, mon avis personnel, c'est qu'il faudrait mieux que l'essentiel de l'effort soit fait par des économistes sur les dépenses. C'est possible, d'autres l'ont fait. On peut trouver des économies, mais je crains qu'on n'y arrive pas et qu'on se résigne à augmenter les impôts, oui.

4:03
Présentateur

Pourtant, c'est ce que veut faire ce gouvernement. Réduire, principalement, passer par des réductions de dépenses, les dépenses de l'État, dépenses sociales. Regardez, les dépenses des collectivités aussi. C'est sur quel bouton qu'il faut appuyer, en fait, tous ?

4:17
Invité politique

Étant donné que l'effort est quand même considérable, il faut appuyer sur les postes de dépenses les plus importants. Et les postes de dépenses les plus importants, c'est quoi ? Le quart des dépenses publiques, c'est les retraites. Un cinquième des dépenses publiques, c'est les dépenses des collectivités locales. Un autre cinquième, c'est l'assurance maladie. Et, disons, à peu près 12% des dépenses, c'est les dépenses de fonctionnement de l'État et de ses agences.

4:42
Présentateur

Tout ça, ce sont des dossiers très sensibles, voire inflammables, je pense, typiquement aux retraites. Votre regard, d'ailleurs, sur le débat autour de l'âge de départ ?

4:52
Invité politique

Je pense qu'une des meilleures méthodes pour réduire le déficit public, c'est de refaire en sorte que recule l'âge de départ effectif à la retraite. Parce que ça conduit à avoir plus d'actifs, donc, en fait, à moyen terme, plus d'emplois, plus d'activités économiques et plus de recettes. On parlait, d'ailleurs... Pas forcément très populaire. C'est pas populaire du tout, mais je pense que, économiquement, c'est quand même la meilleure solution.

5:18
Présentateur

Éric Lombard, le ministre de l'Économie, qui était ce matin avec François Bayrou pour cette conférence sur les finances publiques, était auditionné par la Commission des finances de l'Assemblée pour discuter, justement, déficit et notamment dérapage budgétaire en 2023-2024. Voilà ce qu'il dit, il veut rétablir la confiance dans la parole budgétaire de l'État en renforçant la transparence des prévisions macroéconomiques du gouvernement. Ça vous fait sourire avant même que je finisse la phrase.

5:42
Invité politique

Oui, ça me fait sourire parce que, bon, je le raconte dans mes mémoires. Il y a 30 ans, c'est moi qui faisais les prévisions de finances publiques au ministère des Finances et on avait deux jeux de prévisions. Il y avait les prévisions officielles qui conduisaient à un déficit public. À l'époque, c'était zéro. Maintenant, on se limite à ramener le déficit à 3% du PIB. Et puis, on avait les prévisions internes, les nôtres, les vraies, qui étaient totalement différentes, évidemment, beaucoup plus pessimistes. Et les prévisions officielles, à moyen terme, elles n'ont jamais été respectées parce qu'aucun gouvernement n'a expliqué comment il allait faire.

Et donc ça, c'était il y a 30 ans comme ça. Après, j'ai fait les audits de la Cour des Comptes à Bercy sur les finances publiques. Ça, c'était toujours comme ça. Très bien pour la transparence, mais j'attends de voir.

6:24
Présentateur

Les gouvernements sont trop optimistes sur leur capacité à réduire le déficit. Et je ne parle pas seulement de celui-là. Je vous pose la question sur depuis des années et des années.

6:33
Invité politique

Je pense qu'ils sont parfaitement conscients, tous les ministres des Finances sont parfaitement conscients d'annoncer des programmes à moyen terme de finances publiques qu'ils n'arriveront pas à mettre en œuvre. Mais ils sont un peu obligés de le faire vis-à-vis de nos partenaires européens parce qu'il y a des règles budgétaires européennes qu'on est supposées respecter, qu'on ne respecte pas. Mais on fait semblant de les respecter. Et puis, au moins jusqu'à ces dernières années, en tout cas, ça rassurait quand même notre créancier. Qu'on leur dise, écoutez, oui, on va faire des efforts, le déficit va être réduit. Le problème, c'est qu'ils vont peut-être finir par ne plus y croire.

7:06
Présentateur

Est-ce que c'est possible de tenir l'objectif de passer à 3% en 2029 ?

7:11
Invité politique

Moi, je n'y crois pas.

7:12
Présentateur

D'accord.

7:13
Invité politique

Dans le contexte politique, culturel, déjà, les 40 milliards, là, on n'y arrivera pas. Étant donné la composition de l'Assemblée nationale, je ne vois pas comment on peut trouver 40 milliards, à trouver un minimum de consensus et à faire voter l'Assemblée sur 40 milliards d'économies.

7:31
Présentateur

Donc, on n'arrivera pas à revenir à 3% en 2029 ?

7:33
Invité politique

Donc, la dette va continuer à augmenter. Je pense qu'elle atteindra 130% du PIB et au-delà avant 2030. Et ça va continuer jusqu'au jour où il y aura un pépin sur les marchés.

7:45
Présentateur

Vous pensez que ça va continuer comme ça jusqu'à ce qu'il y ait vraiment un problème ?

7:47
Invité politique

Ah oui, j'en suis de plus en plus inconvaincu, oui.

7:50
Présentateur

Bon, je vous pose quand même une dernière question. Est-ce que c'est possible de tenir l'objectif d'un déficit cette année à 5,4% ?

7:56
Invité politique

Ça va être très difficile. Bon, mais vous n'avez pas dit impossible, pas comme pour... Non, ce n'est pas impossible. Bon, mais je crains, la principale menace, c'est que l'activité ne soit pas au rendez-vous. C'est-à-dire que ça repose pour le moment sur une hypothèse de croissance de 0,9% qui déjà va être sans doute abaissée à 0,7% et qui pourrait être abaissée encore plus. Ça, ça dépend beaucoup de l'environnement international, de ce que M. Trump va faire en matière de droit de douane. Mais si l'environnement est plus mauvais, je crains qu'on n'y arrive pas.

8:25
Présentateur

Merci beaucoup François Eka, l'ancien magistrat de la Cour des comptes, président de l'Association d'Information sur les Finances Publiques, Fipeco. Votre livre apparaît demain chez Odile Jacob. Mes comptes publics, vous étiez l'invité Echos de France Info. Sous-titrage ST' 501