L'inquiétante course à l'extrêmisme - Jean-François Kahn - C à Vous - 11/05/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:00OuverteRéponse directe
Il y a trop longtemps été un gros mot, protectionnisme, Jean-François Kahn ?
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C'est ce que fait Emmanuel Macron, en quelque sorte.
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Et il était temps qu'on le fasse ?
- 0:28OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il était temps d'appliquer un peu de protectionnisme en France ?
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Oui, parce que les risques, Jean-François Kahn, c'est les représailles, c'est ça ?
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S'il faut un peu faire de protectionnisme et réindustrialiser la France, c'est parce que justement, la désindustrialisation est peut-être aussi à l'origine de la montée des extraits en France.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'était un gros mot, mais tous les gens qui considèrent que c'est un gros mot le préconisaient quand même. »
- 0:19Invité politiqueFait
« Oui, c'est ça, exactement. »
- 0:35Invité politiqueFait
« Moi, je pense qu'il faut le faire et ne pas le dire. »
- 0:52Invité politiqueFait
« D'une certaine manière, il le dit. »
- 1:20Invité politiqueFait
« Ça va naturellement creuser le déficit extérieur, ça va détruire des emplois. »
- 3:02Invité politiqueFait
« évidemment que l'extrême-droite va gagner les élections. Évidemment. »
- 3:32Invité politiqueFait
« Et eux, ils savent qu'ils ne pourront pas gagner, mais c'est formidable, si l'extrême-droite gagne, d'abord on est débarrassé de Macron. »
- 3:51Invité politiqueFait
« En vérité, ce qui est dramatique, si l'extrême-droite gagne, et elle peut gagner, c'est le climat de guerre civile que ça va provoquer. »
- 6:34Invité politiqueFait
« Le mec qui a organisé tout ça, toute cette campagne qui a débouché sur cet attentat, c'est vraiment un élu zemmourien. »
- 6:40Invité politiqueFait
« C'est quand même un mec, Zemmour, qu'on voyait tous les jours à la télé à une époque. »
- 7:00Invité politiqueFait
« Il y a une normalisation, une banalisation de ces méthodes, y compris par une fraction de l'extrême gauche. »
- 7:18Invité politiqueFait
« Et donc, on attaque votre permanence, c'est à l'extrême gauche. »
- 7:23Invité politiqueFait
« On attaque votre logement, c'est à l'extrême gauche. »
- 7:27Invité politiqueFait
« On vous coupe l'électricité, c'est à l'extrême gauche. »
- 7:41Invité politiqueFait
« Mais depuis des mois et des mois, on voit l'extrême gauche qui attaque des tableaux. »
Temps de parole
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Il y a trop longtemps été un gros mot, protectionnisme, Jean-François Kahn ?
C'était un gros mot, mais tous les gens qui considèrent que c'est un gros mot le préconisaient quand même. Les Américains condamnent le protectionnisme en parole, mais en vérité, ils le pratiquent d'une façon systématique.
C'est ce que fait Emmanuel Macron, en quelque sorte.
Oui, c'est ça, exactement.
Et il était temps qu'on le fasse ?
Oui, sauf que lui, quelque part, le dit, alors qu'ils ne le disent pas.
Ah non, il a dit que ce n'était pas du protectionnisme. Oui, mais enfin, d'une certaine manière. Est-ce qu'il était temps d'appliquer un peu de protectionnisme en France ?
Moi, je pense qu'il faut le faire et ne pas le dire.
Ah oui, donc vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron ? Il faut essayer d'être plus malin que les autres, quoi.
Mais là, il le dit un peu trop.
Ah oui ?
La preuve, c'est que lui-même l'a compris.
Oui, parce que les risques, Jean-François Kahn, c'est les représailles, c'est ça ?
D'une certaine manière, il le dit. Moi, je pense qu'il faut le faire, peut-être même plus qu'on le fait, mais il ne faut surtout pas le dire.
S'il faut un peu faire de protectionnisme et réindustrialiser la France, c'est parce que justement, la désindustrialisation est peut-être aussi à l'origine de la montée des extraits en France.
Vous savez, quand je dirigeais des journaux, on s'est beaucoup battu là-dessus, contre les délocalisations, en disant, attendez, vous êtes fous, on délocalise, donc il va falloir importer ce qu'on fabrique, nous. Ça va naturellement creuser le déficit extérieur, ça va détruire des emplois. Mais il fallait voir, je me souviens de débats que j'ai eus, c'était à RTL, en l'occurrence, on était 4 ou 5 janvier, tout le monde me montrait du doigt en me traitant de ringard qui ne comprenait rien à la modernité en matière économique. Aujourd'hui, c'est l'unanimité pour dire des industrialisations, on a laissé faire et tout.
Mais on a oublié à quel point c'était considéré comme le summum de la modernité. Et quand on dénonçait ça, il se trouve qu'on le dénonçait. Je crois que tout le monde peut admettre qu'on le dénonçait. On a été montrés comme des ringards. On oublie ces choses-là.
– Enfin, quand il y avait des grandes histoires de fermeture d'usines et d'emplois succémés, il y avait une unanimité pour…
– Non, non, c'était souvent les délocalisations. On disait c'est dommage les conséquences sociales. Mais qu'est-ce que vous voulez ? C'est la modernité, on ne peut pas s'accrocher au passé.
– C'est la mondialisation, mais il faut être compétitif.
– Et on se souvient d'un grand patron, Serge Churu, qui était monté en exemple, qui disait il ne faut plus d'usines en France, on ne faut fabriquer ailleurs. – Exactement, c'était Alcatel. – L'industrie sans usines. – Alcatel. – Voilà. – Sans usines.
– On vous a traité donc à tort de ringard, Jean-François Kahn. Voilà le tableau que vous faites de la France au début de votre livre. Auto-démolition de la Macronie, auto-immolation de la droite libérale, auto-dissolution de la gauche démocratique, auto-diabolisation de l'extrême-gauche alternative. C'est un pays en plein effondrement que vous décrivez. Limite au bord du gouffre, Jean-François Kahn.
– Non, c'est politique. Justement, je ne crois pas. Il y a des graves problèmes. Je ne crois pas du tout à un pays en plein effondrement. En revanche, si on continue comme ça, si on continue les conneries, si on continue à jouer au con, évidemment que l'extrême-droite va gagner les élections. Évidemment. Alors, ce n'est pas fatal. J'espère qu'il y aura une espèce de réaction. – Non, mais si on joue au con, et je ne vois pas qu'est-ce qui peut empêcher qu'on continue à jouer au con. – Jouer au con ? – Eh bien, et si l'extrême-droite… – Ou précisément ? – Et ce n'est pas, je pense, que l'extrême-droite, enfin l'extrême-droite, ce n'est pas le fascisme ou la dictature, je ne crois pas ça.
Mais l'arrivée au pouvoir de l'extrême-droite, compte tenu d'une radicalisation générale, d'une course à l'extrémisme, provoquera, parce que vous avez à l'extrême-droite des gens qui ne souhaitent que ça. Et eux, ils savent qu'ils ne pourront pas gagner, mais c'est formidable, si l'extrême-droite gagne, d'abord on est débarrassé de Macron.
– Donc c'est des alliés non déclarés de l'extrême-droite ?
– On est débarrassé de Macron, et ça permettra, sur le bâche de l'antifasciste, de manifester, etc. Ça ne se passe jamais comme ça, mais ils croient ça. En vérité, ce qui est dramatique, si l'extrême-droite gagne, et elle peut gagner, c'est le climat de guerre civile que ça va provoquer. Peut-être pas une guerre civile, mais un vrai climat de guerre civile. – De violence. – Et ça, on le voit déjà, la violence. Et ça, ça m'angoisse terriblement. C'est pour ça que j'ai essayé en même temps de faire rire, parce que ça m'angoisse tellement, ça m'habite tellement. J'ai essayé de faire passer le message, si je peux en dire un mot tout à l'heure.
J'ai essayé de faire passer, sans succès, de faire passer le message. – Auprès de qui ? – J'ai essayé, j'ai écrit des articles, j'ai fait des tribunes. – Ah, des articles, des tribunes, oui. – Franchement, ce que j'aimerais au moins les gens lisent, c'est à la fin du livre, où je publie six tribunes libres, sept que j'ai envoyées au Monde, au Figaro, et même à Marianne, pour leur dire ça, pour leur dire, mais attention, si vous continuez à jouer au con, voilà ce qui va se passer. – On ne comprend pas bien qui joue au con et comment.
– Et quand les gens verront ce qu'on ne pouvait pas dire, ce qu'on ne pouvait pas publier, franchement, ça j'aimerais que les gens voient que j'ai pu écrire et qu'on ait dit, ah non, on ne peut pas le publier. Figaro me dit, ah vous avez peut-être raison, mais on ne peut pas publier chez nous. Le Monde, ah non, on ne peut pas publier chez nous. C'est incroyable, les gens sont stupéfaits de voir qu'on pouvait écrire ça et que ça ne passait pas, on vous dit, ça ne peut pas passer.
– On ne peut plus le dire aujourd'hui en France. Un pays où certains maires finissent par jeter l'éponge, c'est le cas de celui de Saint-Brévin-en-Loire-Atlantique, Yannick Moaès. Depuis plusieurs semaines, un projet de centre d'accueil de demandeurs d'asile suscite de vives oppositions dans sa commune, notamment de la part de l'extrême droite. Le 22 mars dernier, le domicile du maire a été visé par un début d'incendie. Une enquête criminelle a été ouverte. Il a décidé de démissionner son désarroi. Il avait expliqué à Élise Lucet d'un envoyé spécial début avril.
– J'ai prévenu la gendarmerie.
– Il s'est passé quoi ?
– Rien. – Rien ? – Rien. – Mais pourquoi ? Qu'est-ce que vous ont dit les gendarmes ? – Les gendarmes, liberté d'expression. – C'est ce qu'on vous a dit ? – C'est ce qu'on m'a dit. J'ai eu Olivier Véran le soir même de l'incendie. – Le porte-parole du gouvernement ? – Oui, je lui ai parlé en fait de tout ce qu'on avait subi. – Et ? Que s'est-il passé ? – Rien. – Vous voulez dire que depuis ce qu'il y a d'Olivier Véran, il n'y a rien eu ? – Il n'y a rien eu. – Vous n'êtes pas sous protection ? – Je ne suis pas sous protection. – Comment vous ressentez ça ? – Un abandon, en quelque sorte. On a l'impression que là, l'État impose aux maires et aux élus, en fait, des cadavres.
– Centre d'accueil de demandeurs d'asile. – Mais derrière, en fait, au maire te débrouiller.
– Un élu qui appelle au secours, qui parle d'abandon de la part de l'État, ça, ça contribue à votre inquiétude ?
– Mais ce qui est terrible, c'est que là, c'est vraiment l'extrême droite. C'est les méthodes de l'extrême droite. Et ce n'est pas l'extrême droite, il faut le dire, Front National. Là, c'est Zemmour. C'est l'extrême droite zemmourienne. Le mec qui a organisé tout ça, toute cette campagne qui a débouché sur cet attentat, c'est vraiment un élu zemmourien. C'est quand même un mec, Zemmour, qu'on voyait tous les jours à la télé à une époque. Donc, c'est lui. Mais ce qui est terrible, qui est vraiment terrible, c'est qu'à la fois, quand je vous dis, c'est la tradition d'extrême droite. Sauf que depuis quelque temps, on voit de l'autre côté les mêmes méthodes. Exactement les mêmes.
C'est ça qui est terrible. Il y a une normalisation, une banalisation de ces méthodes, y compris par une fraction de l'extrême gauche. Le fait de dire, on n'est pas d'accord avec vous, vous n'avez pas voté comme on voulait, vous avez mal voté, ça peut-être, vous avez mal voté. Et donc, on attaque votre permanence, c'est à l'extrême gauche. On attaque votre logement, c'est à l'extrême gauche. On vous coupe l'électricité, c'est à l'extrême gauche. Regardez, on a vu, alors là, c'est le Front National. On a vu des gens qui attaquaient un tableau. C'est toujours dans le même, ça c'est l'extrême droite encore, les méthodes extrêmes droites, voulu détruire un tableau.
Mais depuis des mois et des mois, on voit l'extrême gauche qui attaque des tableaux. On a vu l'extrême droite qui manifestait, tout en noir, masqué. Ah ça, l'extrême droite typique. Sauf qu'on a vu à l'extrême gauche des gens manifestaient en noir et masqués. Et c'est ça qui est terrible, parce qu'ils se confortent l'un à l'autre. L'un justifie l'autre, l'autre lui justifie l'un. Et c'est ça où il y a une espèce, dans cette espèce de course à l'extrémisme, il y a une espèce, comment dirais-je, je ne dirais pas de fatalité, mais il y a une logique qui nous mène au pire. Il faut comprendre ça. Merci d'avoir regardé cette vidéo !