"Cette année encore, il devrait y avoir des augmentations de salaires", assure Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des DRH
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Faut-il augmenter les salaires pour tenir compte de cette hausse des prix qui s'installe ?
- 1:40OuverteRéponse directe
Il faudra, à votre avis, rouvrir des négociations au sein des entreprises ou au sein des branches ?
- 2:41OuverteRéponse directe
Et là-dessus, il faudra continuer à augmenter les salaires dans ces branches où il y a toujours des difficultés de recrutement ?
- 4:05OuverteRéponse directe
Comment ça se passe concrètement dans les entreprises pour ces salariés qui vont devoir travailler quelques mois de plus ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« les entreprises en moyenne ont augmenté les salaires de 4,5% »
- 1:11PrésentateurChiffre
« cette année, les évolutions de rémunération devraient être à peu près dans les mêmes eaux de 4, 4,5% »
- 1:55PrésentateurFait
« vous êtes obligé de faire des négociations annuelles obligatoires qui portent sur la rémunération »
- 4:21PrésentateurFait
« ils travaillent quelques mois de plus »
- 4:30PrésentateurFait
« la Caisse nationale d'assurance vieillesse sera prête pour déclencher toutes les opérations administratives de mise à la retraite »
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France Info.
Bonsoir à toutes et à tous. Quelle rentrée dans les entreprises. On en parle ce soir avec un spécialiste des ressources humaines. Benoît Serres, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes le numéro 2 de l'association nationale des DRH, l'ANDRH. Vous avez été DRH de très grandes entreprises, Laura Merlin, la Massif en France, L'Oréal en France aussi. Aujourd'hui, vous êtes au sein du Boston Consulting Group. Vous l'avez constaté comme nous, l'inflation se maintient à un niveau élevé dans l'alimentaire à plus de 12,5% sur un an. Faut-il augmenter les salaires pour tenir compte de cette hausse des prix qui s'installe ?
Alors, de toute façon, les salaires vont être touchés parce que c'est une inflation un peu différente de celle qu'on a connue l'an dernier, qui était une influence beaucoup fondée notamment sur l'énergie. Là, je dirais que c'est de l'inflation du quotidien. Donc la pression sur les salaires, indépendamment des débats syndicaux habituels, va être relativement forte, même si, vous savez que sur 2022, les entreprises en moyenne ont augmenté les salaires de 4,5%, ce qui est inférieur à l'inflation, mais ce qui est quand même un taux très élevé par rapport aux années précédentes. Donc il y a un effet de rattrapage et on sait aussi que l'écart rémunération-inflation se couvre sur deux années.
Donc il est probable que cette année, les évolutions de rémunération devraient être à peu près dans les mêmes eaux de 4, 4,5%. Mais il ne faut pas perdre de vue que beaucoup d'entreprises, notamment des PME, sont en même temps en train de lancer le remboursement des PGE, sont en même temps en train de rembourser ou de gérer leurs augmentations de prix, leurs augmentations de coût de production. Donc c'est vrai que ça fait un calcul qui va être un tout petit peu plus complexe en 2023 qu'il ne l'a été en 2022.
Mais n'empêche que, comme le demande Marie-Lise Léon qui est à la tête de la CFDT, il faudra, à votre avis, rouvrir des négociations au sein des entreprises ou au sein des branches. Parce que ce n'est pas régulier, on n'est pas obligé de faire des négociations au sein des entreprises ou les ans.
Non, vous êtes obligé de faire des négociations annuelles obligatoires qui portent sur la rémunération, mais vous n'êtes pas obligé de conclure. Donc ça c'est une chose, vous pouvez des conclures à zéro si vous voulez. En revanche, là, ça me paraît peu probable. D'ailleurs, cette année et l'an dernier, il y a des entreprises qui ont avancé leurs négociations. Par exemple, en septembre-octobre 2022, on va voir si elles reprennent le rythme de septembre-octobre 2022 ou si elles décalent à janvier ou février 2024.
Donc c'est vrai que de toute façon, on comprend la position de Marie-Lise Léon, les négociations sur les salaires auront lieu, sans perdre de vue qu'il y a un certain nombre de rémunérations, au-delà de la moyenne de 4,5% que j'ai donné tout à l'heure, qui ont augmenté dans les branches, notamment dans le taux de restauration, pour une raison simple, c'est qu'on ne trouve pas de candidats. Et que par conséquent, les entreprises et les branches augmentent leurs minimas de manière à attirer des candidats.
Et là-dessus, il faudra continuer à augmenter les salaires dans ces branches où il y a toujours des difficultés de recrutement ?
Oui, dans les branches pour se mettre au marché, parce que sinon ils ne trouvent pas, donc il n'y a pas d'activité. Je pense que le mieux, quand même, c'est quand les négociations ont lieu entreprise par entreprise, parce qu'il y a une réalité d'entreprise à prendre en considération.
Et que ça se traduise par des augmentations de salaire, pas par des primes, par d'autres augmentations de rémunération, parce qu'il y a beaucoup d'entreprises qui jouent là-dessus, en tout cas dans le discours.
Vous avez raison, c'est-à-dire que quand vous êtes une négociation, vous avez la rémunération dont tout le monde parle, le fameux taux dont tout le monde parle, un coup c'est 3, un coup c'est 4, mais vous avez tout ce qu'il y a autour. Alors autour, il y a la prime Macron, qui sera reconduite probablement, en fin de son temps, elle est permanente, mais vous avez aussi des tas d'autres choses, par exemple l'augmentation de la prise en charge du forfait transport, d'abord l'augmentation de ceci ou de cela, qui viennent compléter, ou des conditions de protection sociale.
Mais c'est vrai que le débat, tant pour les salariés que pour les employeurs, se concentre sur les salaires, parce que c'est ça qui fait évoluer votre masse salariale. Après, l'avantage de systèmes comme la prime Macron, c'est que c'est un one-shot, c'est en un coup.
Oui, mais ça c'est un avantage pour le chef d'entreprise, pas forcément pour le salarié.
Oui, alors pour le salarié, il touche tout de suite, mais c'est vrai que le chef d'entreprise, il ne voit pas sa masse salariale augmenter comme ça éternellement. Dans des entreprises qui connaissent des difficultés de trésorerie, c'est un truc qui peut jouer. Mais je pense quand même qu'on a bien vu que l'an dernier, malgré cela, c'est bien le salaire de base qui avait été réévalué.
Alors, autre nouveauté, actualité en tout cas en cette rentrée, c'est la réforme des retraites qui entre en application ce vendredi, le 1er septembre, avec un passage progressif de 62 à 64 ans. Comment ça se passe concrètement dans les entreprises pour ces salariés qui vont devoir travailler quelques mois de plus ? Est-ce qu'ils travaillent quelques mois de plus réellement, concrètement ?
Oui, concrètement, ils travaillent quelques mois de plus. Ça, c'est certain. Je veux dire, il n'y a pas de débat sur le sujet. Non, mais ça pourrait être pris en charge par l'entreprise. La bonne nouvelle que vous savez que... Qui pourrait les envoyer en fait à le prendre en charge. Oui, mais vous savez peut-être qu'en juin-juillet, il y a une forme d'inquiétude autour de est-ce que la Caisse nationale d'assurance vieillesse sera prête pour déclencher toutes les opérations administratives de mise à la retraite ? Oui, c'est le cas. D'ailleurs, mon homologue Jérôme Friteau l'avait confirmé et ça s'est très bien passé. Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
C'est-à-dire que la dimension administrative qui inquiétait un peu tout le monde quand même, elle est globalement réglée. Après, maintenant, le sujet, c'est que nous avons des gens qui avaient prévu de partir, pas tellement ceux qui s'en ont en 61, parce que là, ça rajoute un mois ou deux mois, c'est pas très grave, mais ceux qui se voient rajouter un an, un an et demi. Là, il y a trois types de problèmes. Un, le premier problème, c'est quand les gens sont sur des métiers pénibles, ils vous disent, mais moi, je ne vais pas pouvoir faire un an et demi de plus. Donc déjà, ils avaient du mal à aller jusqu'au bout. Là, ils vont avoir un peu plus de mal.
Et comment vous gérez ça, comme DRH ?
D'abord, il faut les réintégrer dans les process normaux de gestion de carrière. En plus, vous avez peut-être vu que la réforme des traites porte aussi une revalorisation du coût pour l'entreprise, de ce qu'on appelle les ruptures conventionnelles individuelles, pour les faire partir. Je comprends, c'est une politique en faveur de l'emploi des seniors. Malheureusement, ça touche. Je ne suis pas sûr que c'était la meilleure des idées. Et puis, le troisième sujet, c'est effectivement de repenser l'organisation en intégrant des gens qui, finalement, vont rester un an et demi de plus, alors qu'on avait peut-être programmé qu'ils partiraient à telle ou telle date.
Est-ce que c'est fait, ça, concrètement, dans l'organisation des entreprises ? Pas encore.
Il faut les faire re-rentrer dans les process RH normaux. Mais c'est vrai que ça peut concerner pas mal de monde. Et puis, il y a la dernière catégorie qui sont les gens qui étaient en pré-retraite. Et finalement, en fait, le durée de la pré-retraite, vous savez, ce qu'on appelle les congés de fin de carrière, enfin bon, se prolonge. Et ça, c'est un coût pour les entreprises. Parce que, théoriquement, lorsque quelqu'un part en congé de fin de carrière, vous le rémunérez dans des conditions techniques, c'est pas important de rentrer dedans, jusqu'à sa date de départ. Sauf que sa date de départ, elle vient de se décaler. D'un an, d'un an et demi. Et donc, qui fait le lien, c'est l'entreprise.
Et donc, ça lui coûte plus cher. Voilà. Ça, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Mais, à Batou, la loi est la loi. On a voté. C'est comme ça.
Et c'est comme ça. Et donc, cette rentrée dans les entreprises avec des augmentations de salaires qui se profilent. Merci beaucoup, Benoît Serres, vice-président de l'ANDRH, invité éco de France Info, ce soir.