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ChroniqueC à vous (sur YouTube)· 19 février 2024 8 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileJustice

Manouchian au Panthéon : Marine Le Pen ira à la cérémoni - L’Édito - C à vous - 19/02/2024

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:14OuverteRéponse directe

    Mais Marine Le Pen ne peut pas être tenue responsable de cette histoire-là.

  • 4:29OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'elle aurait dû refuser cette invitation ?

  • 5:44OuverteRéponse directe

    Mais est-ce qu'on combat les idées du Rassemblement National en l'excluant d'une cérémonie comme celle-là ?

  • 6:01FerméeRéponse directe

    Vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:17Invité politiqueFait
    « Marine Le Pen a donc fait savoir son intention d'assister à la panthéonisation du résistant communiste Misak Manouchian. »
  • 0:24InvitéFait
    « Pas seulement de la préhistoire du FN, parti fondé il y a 50 ans avec des antisémites et des anciens collaborationnistes actifs. »
  • 1:08InvitéFait
    « Chacun sait le zèle du gouvernement de Vichy à aller au-delà des désirs de l'occupant »
  • 1:22InvitéChiffre
    « Les enquêtes qui ont contribué à démanteler l'ensemble de la résistance communiste en 1942 et 1943 ont été 100% françaises. »
  • 1:33InvitéFait
    « C'est l'œuvre des sinistres brigades spéciales créées en 1941 au sein des renseignements généraux »
  • 2:34InvitéFait
    « C'est le cas de Jean Did, inspecteur principal chargé de la répression des résistants étrangers, révoqué dans un premier temps mais jamais jugé. »
  • 2:42InvitéFait
    « Et on retrouve le commissaire Did en 1956. Il est élu député poujadiste aux côtés d'un certain Jean-Marie Le Pen. »
  • 3:41InvitéFait
    « quand surgissent l'occupation allemande pas particulièrement inhumaine ou les chambres à gaz, point de détail de l'histoire. »
  • 4:00InvitéFait
    « Elisabeth Borne avait qualifié le RN d'héritier de Pétain, le président l'avait corrigé en Conseil des ministres. »
  • 4:32InvitéFait
    « Sa présence, c'est à la fois un signe de cynisme profond, un pied de nez à l'histoire, à la fois à l'histoire de sa famille politique. »
  • 5:02InvitéFait
    « On peut dire qu'il n'est pas fasciste, comme vous le dites, au sens où il s'inscrit dans un cadre institutionnel et il ne propose pas un projet de nature fasciste. »
  • 5:22InvitéFait
    « Quand vous avez un parti qui glorifie l'identité nationale, qui veut rejeter l'étranger, qui veut une purification de la nation, qui cherche à revenir à l'ordre des sexes et des sexualités, qui veut traquer les musulmans et les arabes de notre pays »
  • 6:46InvitéFait
    « il écrit à sa femme, et il dit « je n'ai pas de haine ». »

Temps de parole

  • Invité46 %
  • Invité 237 %
  • Marine Le Pen11 %
  • Présentateur6 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Marine Le Pen

Marine Le Pen a donc fait savoir son intention d'assister à la panthéonisation du résistant communiste Misak Manouchian. Malgré les réserves d'Emmanuel Macron, le président estimait dans une interview à l'Humanité que le RN serait bien aspiré de ne pas venir par esprit de décence. Et à cause de son rapport à l'histoire, de quoi parle-t-il ?

0:17
Invité

Pas seulement de la préhistoire du FN, parti fondé il y a 50 ans avec des antisémites et des anciens collaborationnistes actifs. Le FN et Vichy, c'est aussi une histoire relativement récente quand le président du Front National, Jean-Marie Le Pen, répétait inlassablement ceci.

0:33
Présentateur

Feindre de croire que le maréchal Pétain était responsable de la persécution des juifs pendant la guerre, c'est une pensée scandaleuse. Parce que Adolf Hitler ne demandait pas l'autorisation à Philippe Pétain de faire ce qu'il voulait faire. Nous avions été battus, largement écrasés et nous étions occupés. Et cette occupation faisait des troupes allemandes les responsables de la vie des Français.

1:01
Invité

Jean-Marie Le Pen en 2010 dans une thèse qui a été largement démentie, discréditée depuis longtemps par les historiens. Chacun sait le zèle du gouvernement de Vichy à aller au-delà des désirs de l'occupant et le rôle décisif, irremplaçable de la police française dans l'organisation notamment de la rafle du LDI.

1:17
Marine Le Pen

Et pour la traque de Manouchian et des autres résistants communistes des FTP ?

1:21
Invité

C'est pire encore. Les enquêtes qui ont contribué à démanteler l'ensemble de la résistance communiste en 1942 et 1943 ont été 100% françaises. 1600 arrestations en deux ans et demi, plus de 200 fusillés. C'est l'œuvre des sinistres brigades spéciales créées en 1941 au sein des renseignements généraux pour traquer l'ennemi intérieur, c'est-à-dire les communistes et les étrangers. Et on a évoqué ici, vendredi, la minutie des filatures qui ont abouti à l'arrestation de Manouchian et de ses camarades. Des mois entiers de surveillance avec des moyens humains considérables, dont la Gestapo aurait été absolument incapable.

Au Mont-Valérien, les fusils étaient tenus par des soldats allemands, mais ce sont bien des policiers français qui tenaient la main des bourreaux et leur livraient les victimes.

2:04
Marine Le Pen

Ils ont été poursués à la libération ?

2:06
Invité

Plutôt, oui, même si l'épuration est réputée avoir été clémente à la préfecture de police de Paris. Les principaux responsables des brigades spéciales, Lucien Rottet, le directeur des renseignements généraux, qu'on voit ici, Fernand David, commissaire chargé de la chasse aux communistes, Gaston Barachin, inspecteur principal à l'origine des arrestations de l'affiche rouge, sont tous les trois condamnés à mort et exécutés en 1945 et 1946. Certains ont échappé aux poursuites, on ne sait pas bien pourquoi. C'est le cas de Jean Did, inspecteur principal chargé de la répression des résistants étrangers, révoqué dans un premier temps mais jamais jugé. Et on retrouve le commissaire Did en 1956.

Il est élu député poujadiste aux côtés d'un certain Jean-Marie Le Pen. Puis en 1960, il fronde, on le voit sur la photo, c'est Jean Did qui est debout au micro et Jean-Marie Le Pen qui est à sa gauche, à la droite pour nous. Et il fonde avec Jean-Marie Le Pen le Front National pour l'Algérie française, toujours avec lui. Donc c'est le deuxième Front National de Le Pen, il y en aura un troisième, on en parle encore aujourd'hui. Voilà le rapport à l'histoire du FN et de la résistance.

3:14
Marine Le Pen

Mais Marine Le Pen ne peut pas être tenue responsable de cette histoire-là.

3:17
Invité

Non, ce n'est pas son histoire, c'est certain. Et elle a construit son RN en rupture avec le FN de son père, c'est incontestable. Mais seulement à partir du moment où elle devient numéro un, jamais avant. En 2010, quand Jean-Marie Le Pen est au grand jury, on a vu l'extrait il y a une minute, Marine Le Pen est vice-présidente exécutive du parti et elle est toujours dans son ombre ou dans son sillage, sans le moindre mot d'excuse ou rébellion, quand surgissent l'occupation allemande pas particulièrement inhumaine ou les chambres à gaz, point de détail de l'histoire. La question est de savoir que faire de ces rappels et de ces arguments. Et manifestement, Emmanuel Macron ne sait pas.

Il y a près d'un an, quand sa première ministre, Elisabeth Borne, avait qualifié le RN d'héritier de Pétain, le président l'avait corrigé en Conseil des ministres, ça avait été public. On ne combat pas l'extrême droite avec les mots des années 90, disait-il, ni avec des arguments moraux. On n'arrivera pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour Marine Le Pen que ce sont des fascistes. Fin de citation. Voilà, tout ça n'empêche pas d'ouvrir ou de rouvrir les livres d'histoire.

4:20
Marine Le Pen

Ce que vous avez fait ce soir, notamment Clémentine Autain, la présidente du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale, a été invitée. C'est le protocole, comme tous les responsables des groupes parlementaires. Est-ce qu'elle aurait dû refuser cette invitation ?

4:32
Invité

Sa présence, c'est à la fois un signe de cynisme profond, un pied de nez à l'histoire, à la fois à l'histoire de sa famille politique. Il y a une responsabilité écrasante dans la collaboration sous Vichy, mais aussi dans l'OAS et donc dans un rapport colonial au monde. Et c'est aussi manipulatoire. C'est manipulatoire parce qu'il s'agit de gommer ce qu'est la réalité du projet politique qui est porté par le Rassemblement National. Parce qu'on peut jouer avec les mots, chercher avec les mots, est-ce que le Rassemblement est fasciste ou n'est pas fasciste.

On peut dire qu'il n'est pas fasciste, comme vous le dites, au sens où il s'inscrit dans un cadre institutionnel et il ne propose pas un projet de nature fasciste. La question qu'il faut regarder, c'est la cohérence de ses idées. Quand vous avez un parti qui glorifie l'identité nationale, qui veut rejeter l'étranger, qui veut une purification de la nation, qui cherche à revenir à l'ordre des sexes et des sexualités, qui veut traquer les musulmans et les arabes de notre pays, il faut bien se rendre compte que ces gens-là, s'ils arrivent au pouvoir, on ne sait pas jusqu'où tout cela peut aller.

5:44
Marine Le Pen

Mais est-ce qu'on combat les idées du Rassemblement National en l'excluant d'une cérémonie comme celle-là ?

5:48
Invité

Non, mais qu'il y ait un débat. La question n'est pas de savoir si on les exclut ou on ne les exclut pas. C'est est-ce qu'ils ont leur place ou est-ce qu'ils ne l'ont pas ? Moi, j'estime qu'ils ne l'ont pas. J'estime que c'est un outrage à la mémoire.

6:01
Marine Le Pen

Vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron ?

6:02
Invité

À la mémoire, mais je vais plus loin, à la mémoire de Manoukir. Mais de quoi parle-t-on ? On parle des gens qui ont risqué leur vie et qui en sont morts pour avoir lutté et défendu des idées qui sont à l'opposé de l'extrême droite. À l'opposé, totalement à l'opposé. Vous avez ces vers d'Aragon qui sont sublimes, puisqu'on voit l'affiche rouge maintenant reparaître. D'ailleurs, je ne sais pas si tout le monde comprend bien cette affiche rouge. C'était celle qui était mise, placardée par les nazis pour les...

6:30
Marine Le Pen

En mettant en lumière, justement, tous ces résistants... Exactement.

6:36
Invité

Juifs, étrangers, communistes. Et donc, on les a vilipendés. Et jusqu'au moment où, jour de sa mort, il écrit à sa femme, et il dit « je n'ai pas de haine ». Et ils se sont battus. Et je parle de ce texte de l'affiche rouge, parce que je l'ai réécouté, et réécouté aussi en chanson. Léo Ferré le chante formidablement. Il y a ces mots. « Ils étaient 23 quand les fusils fleurirent ». 23 qui donnaient leur cœur avant le temps. 23 étrangers et nos frères pourtant. 23 amoureux de vivre à en mourir. 23 qui criaient la France en s'abattant. C'est ça, cette histoire-là.

Et donc, cette histoire-là, forcément, si vous avez Marine Le Pen et tous les héritiers de ceux qui ont une responsabilité dans ce massacre, dans cette horreur de cette Seconde Guerre mondiale et de la collaboration en France, eh bien, forcément, que ça glace le sang. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ça glace le sang, et ça glace le sang aussi au regard du projet anti-étranger, anti-immigré, qui est porté de façon acharnée par l'extrême droite.