Nos élus sont-ils plus propres, la justice plus efficace ?
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- 33:05Locuteur non identifiéFait
« on a un niveau de confiance dans la justice qui n'est pas normal pour une grande démocratie »
Temps de parole
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- Présentateur16 %
- Locuteur non identifié 315 %
- Auditeur3 %
- Auditeur 23 %
- Auditeur 33 %
- Locuteur non identifié 42 %
- Auditeur 42 %
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Un ancien chef de l'État en prison, l'image est marquante et c'est une première dans l'histoire de la République française. Alors on ne va pas débattre de la décision rendue par la justice il y a quelques semaines, mais s'en servir comme point de départ pour disséquer les rapports entre la justice, les élus et l'opinion. De l'affaire Urba à Jérôme Cahuzac, du carrefour du développement à François Fillon, en passant par les HLM de la ville de Paris, ce n'est pas nouveau. Il y a là des histoires de financement de partis politiques et d'autres qui relèvent de l'enrichissement personnel. On a vu des maires, des parlementaires aller en prison, des ministres.
Un ancien premier ministre condamné a du sursis et ce soir, donc, un ancien chef de l'État dormira à la prison de la santé. On est tout en haut de la pyramide. Alors comment faire société aujourd'hui ? Est-ce qu'en affrontant sa part d'ombre, la République en sort grandit ? La justice fait-elle son travail ? Nos élus sont-ils plus ou moins propres qu'avant ? Les instances de contrôle se sont renforcées et pourtant, dans l'enquête paru hier sur les fractures françaises, menées notamment par Ipsos et le Cevipof, la perception d'une corruption généralisée est à son plus haut niveau depuis 2017. Les deux tiers des Français les considèrent comme corrompus.
Alors, explorons tous ensemble ce paradoxe. Et bonsoir Laurent, c'est vous qui démarrez cette émission ce soir. Soyez le bienvenu.
Bonsoir, merci beaucoup. Oui, donc, si vous voulez, moi je suis originaire du Var, j'habite maintenant les Bouches-du-Rhône, donc sans rentrer dans la caricature, on a eu notre lot d'affaires. Moi, je dirais que les élus ne sont pas plus ou moins corrompus aujourd'hui. On a simplement, nous, des citoyens, on a des outils qui sont très efficaces, comme le témoin qu'on peut être protégé, protémoigné, quoi. Et je pense que la justice a aussi de très bons outils. Voilà, mais on a aussi, par exemple, des associations. Nous, on a une association dans les Bouches-du-Rhône qui s'appelle SOS Corruption 13, qui fait un très très bon travail sur le sujet. Je ne vois pas les élus comme plus corrompus.
Je pense qu'on a un système qui est plus efficace surtout et qui amène, qui fait sortir les affaires.
Système plus efficace, vous dites. On va en parler avec Béatrice Guillemont qui est dans ce studio. Bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes docteur en droit, chercheur associé au laboratoire Cercle de l'Université de Bordeaux, secrétaire général de l'Observatoire de l'éthique publique. Bonsoir Éric Alphen. Bonsoir. Ancien magistrat anticorruption. Et Bruno Cotteres va nous rejoindre dans quelques minutes. Il est en route. Il est politiste, chercheur au CNRS et au Cévi-Pof et enseignant à Sciences Po. Béatrice Guillemont. Laurent nous dit, le système est plus efficace.
Oui, effectivement. Depuis à peu près 2013, il y a à peu près une loi ou une loi et demi par an qui ont été adoptées pour justement renforcer cette exigence de propriété. et une politique publique, une politique pénale qui a été renforcée où on a demandé effectivement aux juridictions de travailler davantage sur les atteintes à la probité. Par voie de conséquence, ça ouvre des procédures pénales qui aboutissent sur des jugements et puis sur des condamnations. On resitue 2013, c'est l'affaire Cahuzac. C'est l'affaire Cahuzac, effectivement, avec les deux lois du 11 octobre 2013 pour la transparence dans la vie publique. Et puis, il y a une succession de lois.
Vraiment, on le voit quand on analyse l'adoption au Parlement. Est-ce que c'est une grosse affaire, une loi ? Alors, c'est quand même ce qu'on a constaté. Effectivement, en 2017, il y a eu un autre pic avec ce qu'on appelle l'affaire Fillon.
Et là, il y a eu une loi, effectivement, à ce moment-là.
Effectivement, à chaque fois, ça a été comme ça. Et finalement, on appelle ça souvent des lois d'émotion. Et il faudrait peut-être aussi à un moment donné prendre le temps, justement, de faire cet état des lieux de toutes ces règles en matière de propriété qui ont été adoptées au gré des années, au gré des occasions et au gré des scandales pour voir là où, à l'heure actuelle, le droit de la probité rencontre des difficultés. Mais effectivement, il y a plus d'enquêtes à l'heure actuelle. Et donc, forcément, c'est aussi plus visibilisé.
Alors, 2018, j'ai retrouvé. C'est la loi pour la confiance dans la vie politique, inspirée de l'affaire Fillon, qui encadre l'emploi des collaborateurs familiaux. Une loi à chaque fois, ça vous dérange, Éric Alphen ?
Alors oui, ça me dérange, mais néanmoins, je voudrais revenir un tout petit peu sur ce qui vient d'être dit. C'est qu'il y a eu quand même deux avancées majeures après l'affaire Cahuzac. C'est la création de la Haute Autorité pour la Transparence, premièrement.
Qui oblige à faire les déclarations patrimoines des élus.
Qui ne résolvent pas tout ces déclarations, mais qui vont quand même dans le bon sens. Et deuxièmement, la création du parquet national financier, qui a complètement quand même changé la donne. A savoir que maintenant, c'est des magistrats qui sont rodés, qui sont spécialisés, qui traitent ce genre d'affaires. Donc ça, c'est un plus. Le moins, si je puis dire, c'est la désaffection actuelle qu'on constate chez les enquêteurs de la police judiciaire. Parce qu'il y a des réformes qui sont en cours, qui visent à amoindrir leurs effectifs, à amoindrir le fait qu'ils soient détachés des autres policiers, et qui, du coup, ont tendance à démobiliser la police judiciaire.
Or, sans bonne police judiciaire, on ne peut pas être efficace dans les affaires de corruption, de favoritisme, etc. Béatrice Guilmont. Alors, vraiment, quand on analyse à la fois les moyens qui sont mis à la disposition de l'État pour lutter contre les atteintes à la probité, ce qu'on dit autrement, corruption, on voit qu'il y a plein de bonnes choses, effectivement. Il y a la création du Parc national financier en 2013, il y a la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, il y a des nouveaux outils qui ont été renforcés. Là, on a parlé de la déclaration de patrimoine, mais il y en a d'autres types de déclarations. Donc, il y a plein de choses. Ça fourmille, en fait.
Mais on voit aussi que, par ailleurs, dans certains d'autres domaines de ce droit de la probité, il y a, à l'heure actuelle, des impensés, des manqués, des oublis. Par exemple, le droit électoral, c'est un droit électoral qui est assez pauvre, qui devrait être largement revu. Qu'est-ce que vous entendez par là, le droit électoral ? Alors, le droit électoral, c'est toutes les règles qui permettent de régir l'élection. Ça passe par, on interdit aux candidats d'aller bourrer des urnes, jusqu'au financement illégal des campagnes électorales. Donc, vous voyez de quoi je parle. Ah, c'est bien, oui.
Il y a eu quelques grosses affaires, quand même, depuis 50 ans. Et puis, par ailleurs, si vous voulez,
je vous donne un autre exemple, c'est la Commission nationale des comptes de campagne et du financement d'avis politiques, qui est une autorité administrative indépendante qui date, mais qui date aussi dans la pratique et dans les moyens d'enquête, en l'occurrence, et qui mériteraient largement d'être, c'est un mot brutal, mais d'être dépoussiérés. Et donc, on voit, au final, que tout ça n'est pas parfait et qu'à l'heure actuelle, on se retrouve dans des situations qui, pour la plupart des gens à peu près rationnelles, sont ubuesques.
Bonsoir, André. Oui, bonsoir. Soyez le bienvenu, nous vous écoutons.
Merci, merci de me prendre à l'antenne et bonjour à tous les auditeurs et à vos représentants. Alors, moi, je suis scandalisé, d'abord, scandalisé pour plusieurs raisons. D'abord, pour ce qui s'est passé, il va faire des scandaleuses. Et ce qui me scandalise, moi, c'est de voir ceux qui justifient, qui disent non, c'est rien, c'est pas grave, et qui sont scandalisés qu'on n'ait plus condamné à un président. Un président est un citoyen comme les autres. Pardon. Il a commis un délit très grave qui est égal à de la trahison vis-à-vis de l'État, qui est un deal qui a été passé avec un terroriste. Ne l'oublions pas.
Mais au-delà de ce cas précis, André, vous, vous avez l'impression qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de corruption dans le monde politique ?
Oui, oui, oui, bien sûr, bien sûr. Et les quelques affaires que l'on voit, qui sont déjà assez nombreuses, ne sont que la pointe de l'iceberg. Nous avons au gouvernement actuellement deux personnes, Mme Dati et puis M. Darmanin, qui n'est pas clair. Dans sa première affaire, elle est en cours de plus de jugement. Elle est en cours de jugement
et on ne va pas faire de commentaire là-dessus. Et je ne veux pas qu'on aille sur ce terrain-là parce qu'on essaie justement d'élargir à la notion de probité des élus, etc. et de comprendre si, effectivement, ils sont de plus en plus corrompus ou pas. Oui, Éric Alphède.
C'est juste un mot quand même sur les pratiques au-delà de la loi. C'est vrai qu'à un moment, on voulait que ne soit au gouvernement, par exemple, que des gens qui ne pouvaient pas être suspectés d'avoir participé à des infractions. Et du coup, il y avait une certaine forme de jurisprudence qui faisait que quand des gens étaient impliqués possiblement dans des affaires, il y avait un principe de précaution, en quelque sorte, qui faisait qu'on n'en voulait pas au gouvernement. Et quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en 2017, il a parlé d'une nouvelle république, d'une nouvelle façon de faire de la politique.
Et du coup, on espérait que peut-être, effectivement, on ne verrait plus au gouvernement des gens qui sont concernés par des affaires, par des infractions, par des comportements qu'éventuellement, contrats à la probité. Or, malheureusement, ce n'est pas le cas. Et d'une façon générale, c'est vrai que, de ce point de vue-là, on ne peut pas dire que les mentalités aient tant évolué que ça. Et en tout cas, il y a toujours la suspicion. Alors après, par rapport à ce que disait l'auditeur, il n'y a rien qui montre qu'il y a plus de cas de corruption qu'avant.
Voilà, de cas de corruption d'élus. Justement, je voudrais aussi poser la question à Bruno Cotteres qui vient de nous rejoindre. Merci d'être enfin arrivé à la maison de la radio. Je rappelle que vous êtes politiste et chercheur au CNRS et au CEVIPOF. Il n'y a pas de statistiques sur la corruption des élus. Il y a des statistiques sur la corruption tout court, mais pas particulièrement sur les élus. Est-ce que vous, vous avez constaté une différence ou pas ? Parce qu'aujourd'hui, par rapport à l'opinion, on a l'impression qu'il y a un gros paradoxe. Oui,
ce qu'on constate, nous, c'est surtout par rapport à l'opinion, on voit que le sentiment d'une vie politique qui n'est pas exemplaire, il est dominant. Il est très, très, très dominant.
Dans la dernière enquête du CEVIPOF, qui est paru hier, les deux tiers des Français disent que les politiques sont convaincus.
Voilà, le sentiment surtout, et c'est là où on voit le nœud du problème du point de vue de la perception par les citoyens de tous ces cas, de toutes ces éventuelles affaires, c'est que ça nourrit le sentiment que le jeu n'est pas fair-play. Et ça, c'est les racines de la défiance politique. Le jeu n'est pas fair-play, c'est-à-dire une partie du pays pense que les politiques leur demandent d'être exemplaires alors qu'ils ne le sont pas eux-mêmes. que les politiques leur demandent de respecter la loi alors qu'on découvre régulièrement des élus qui, effectivement, siègent au gouvernement avec des affaires judiciaires en cours.
Et donc ça, ça nourrit le sentiment de la défiance, c'est-à-dire qu'on joue un jeu qui est asymétrique, que les règles valent pour certains et pas pour d'autres. Et de ce point de vue-là, la journée qu'on a vécue aujourd'hui, je pense qu'elle a un effet important dans la mémoire du pays. Ce n'est pas seulement que c'est un ancien chef de l'État qui est rentré en prison, mais c'est que c'est manifesté aux yeux du pays entier un pilier du système démocratique qui est que le jeu est fair-play. C'est-à-dire que tout un chacun qui a fauté reçoit une sanction et que cette sanction va s'appliquer à tout le monde.
Et donc je pense qu'on a vécu aujourd'hui toute une série à la fois d'images qui vont marquer en profondeur le pays. Il faut avoir, je parle sous la contrôle des militants juristes, donc il faut avoir les suites judiciaires de tout ceci. Mais en tout cas, le moment qu'on a vécu aujourd'hui est très important, je pense.
Et justement, l'image du jour, qu'est-ce que vous en pensez-vous, Béatrice Guimond ?
Catastrophique. Catastrophique pour qui ? Pour tout le monde, en l'occurrence, quand même. On parlait de l'infraction pour laquelle, en première instance, l'ancien chef de l'État a été condamné. Associeux de malfaiteurs, c'est extrêmement grave. Quand vous allez regarder dans la jurisprudence des élus qui ont été élus ou alors membres éminents politiques qui ont été poursuivis et condamnés pour Associeux de malfaiteurs, c'est extrêmement rare. On en connaît quelques cas. Jean-Noël Guérini, un des parrains, enfin ancien sénateur, président du Conseil général des Bouges-du-Rhône, poursuivi pour Associeux de malfaiteurs. Puis après, le chef d'accusation est tombé.
Une élue corse qui est morte de mémoire d'une balle dans la tête. Donc c'est quand même extrêmement grave, cette infraction-là est extrêmement grave. À chaque fois qu'il y a eu des affaires pénales comme ça, avec des condamnations comme ça, pour des faits aussi graves, effectivement, il y a eu des lois d'émotion qui ont été adoptées. Donc moi, j'attends avec beaucoup d'impatience les états généraux de la démocratie ou les états généraux de la probité en France qui sera impulsé par le président de la République, par exemple, puisque quand on voit l'ampleur de ce qui est en train de se passer, les médias nous demandent de regarder les médias et de regarder l'ancien président de la République.
Vous voyez même, moi je me trompe, rentrer à la prison de la santé, alors qu'en fait, il y a plein de condamnés, effectivement, qui exécutent des peines prioritaires de liberté. Et j'allais... Mais un président de la République est-il vraiment un citoyen comme les autres ? Alors, juste avant de répondre à cette question, moi je voudrais revenir vraiment rationnellement sur est-ce que les élus sont plus corrompus ? Le Cévi-Pof, qui fait un travail excellent, qu'on regarde avec beaucoup d'attention chaque année depuis 2013, regarde le sentiment qu'ont les Français. Le sentiment, ce n'est pas la réalité tangible des poursuites qui sont engagées. Qu'est-ce qu'on sait ?
C'est la différence entre le réel et le ressenti, c'est comme la météo. Exactement, entre les faits aussi et parfois les émotions qu'on peut associer à ces faits-là. Qu'est-ce qu'on constate d'un point de vue objectif à l'heure actuelle ? Les infractions à la probité sont des infractions par principe opaques et dissimulées, donc on n'en a pas connaissance. Donc on est souvent dans la crainte, dans l'hypothèse, etc.
Il y a un step qu'on passe, donc un pas supplémentaire quand en fait finalement le ministère public va avoir connaissance de ces faits et va décider d'engager des poursuites, d'ouvrir une enquête ou une instruction et puis jusqu'à là on va arriver à la fin éventuellement vers une condamnation. Donc vous voyez, il y a quand même une belle déperdition dans tout ça. Et après, qu'est-ce que c'est quand on parle des élus de la République ? Qui sont-ils ? On va dire 570 000 élus de la République, majoritairement des élus locaux qui n'ont pas de fonction exécutive, donc globalement qui n'ont pas de pouvoir pour justement pouvoir détourner tout ça.
35 000 communes, donc 35 000 maires, vous ajoutez à peu près 1 000 parlementaires, quelques membres, un président de la République. En fait, la vraie question qu'il faut se poser et moi je pêche en tant que chercheuse là-dessus, ça fait 2-3 ans que je me dis qu'il faut le faire, c'est étudier quels sont les élus qui ont des fonctions exécutives, donc qui ont du pouvoir, qui ont été poursuivis et condamnés. Et là, vous aurez quand même une vision un peu plus nette de ce qui se passe, mais de toute façon, il y a vraiment une différence entre ce que les gens perçoivent et ce qui est la réalité tangible.
Dernier point, après je fais court, je pense que les Français aussi constatent quelque chose, là, ce sont malfaiteurs, on fait référence pour certains pays à un cartel, c'est quand même des mots qui reviennent, cartel, mafia, etc. C'est finalement ce que constatent les Français, c'est qu'à l'heure actuelle, il y a un groupe de personnes qui se soutiennent entre eux et qui voient un intérêt commun à se défendre d'intérêts. Ça, c'est un mécanisme de classe. Eric Alphen. Oui, je voudrais revenir quand même aux images du jour, c'est-à-dire qu'il y a un rapport des politiques au juge qui est malsain, en fait.
C'est-à-dire que on ne dit jamais peut-être que, effectivement, j'ai fauté, peut-être que je n'ai pas compris comment marchait le code des marchés publics, etc. Ça, on ne le voit jamais. On voit, en fait, si je suis condamné, ce n'est pas de ma faute, c'est de la faute du juge. C'est parce que le jugement veut. Et ce matin, on a entendu, dans le cadre du rassemblement de soutien à Nicolas Sarkozy, des gens qui criaient mort aux journalistes et mort aux juges, et ça, honnêtement, ça fait peur. Au lieu de se dire, peut-être, vous savez, ça ne fait pas plaisir aux juges d'envoyer les gens en prison. Quand les gens vont en prison, en général, c'est toujours un constat d'échec.
Oui, mais ce qui est incroyable, c'est que plus on arrive en haut de la pyramide, plus ça suscite une espèce d'hystérie collective.
Et absolument. Et c'est vrai que le fait de s'en prendre aux juges, et là, malheureusement, ça n'a pas évolué. C'est-à-dire que moi, quand j'instruisais déjà dans les années 80-90, c'est exactement de la même façon. À un moment donné, il y a des politiques qui sont dit on va s'en prendre aux juges. On va s'en prendre aux juges. Et rien que cette notion nous rapproche de celle d'association de nos fêteurs parce qu'effectivement, s'en prendre aux juges, on voit ça, je suis en train de lire le livre du journaliste citoyen sur Giovanni Falcone, on voit ça dans les histoires de mafia. Et donc ça, c'est extrêmement inquiétant.
Bonsoir Catherine.
Oui, bonsoir. Deux points. Bonsoir à tous. Je vais rectifier ce que je voulais dire. Le premier point, c'était par rapport à la tolérance des Français. Et le second point, c'était la différence entre le local et le national. En ce qui concerne la tolérance des Français, je vais rectifier. Je disais qu'il y avait une tolérance des Français par rapport à la corruption des élus. Je le pense encore, mais je pense qu'il y a une tolérance des hommes politiques, des hommes et des femmes politiques français par rapport à la corruption. c'est un groupe qui se sent peut-être parfois pas toujours soumis aux règles du commun. Ça, c'est le premier point, c'est pour être très rapide.
Et par rapport au local et au national, je pense qu'il faut faire vraiment une distinction entre le national et le local. Et l'une de vos intervenantes le disait, il y a le fait d'avoir des fonctions exécutives ou non. Et au niveau local, beaucoup d'élus n'ont pas forcément des fonctions exécutives, mais ça investisse quand même dans la vie locale. Il ne faudrait pas toujours voir le prisme de la vie politique
à travers le national. Vous avez raison, Catherine, d'où l'immense popularité des maires Bruno Cotteres.
Oui, c'est important de le rappeler. Au fond, les gens dans nos enquêtes du CIPOF disent qu'ils trouvent que les élus sont une sorte de caste qui se soutient entre eux, qui sont corrompus, etc. En fait, ils parlent de la partie visible de l'iceberg, la politique telle qu'on la voit à la télé, la politique principalement au niveau national. Ils n'ont pas vraiment en tête le conseil municipal dont tout le monde sait qu'il est rempli de citoyens de bonne volonté qui veulent le bien public. C'est plutôt le spectacle de la vie politique et le sentiment qu'a une partie du pays qui se posent des questions.
Elle soulevait une question intéressante par ton Catherine sur, au fond, est-ce que les élus se sentent au-dessus des lois ? Éric Alphen.
C'est toute la question, en fait. Et c'est pour ça que finalement, ça amène aussi une autre question qui est... Parce qu'on disait qu'il y a beaucoup de tolérance entre eux, etc. Mais il y a aussi beaucoup de tolérance du citoyen électeur vis-à-vis du personnel politique qui a été condamné ou qui est suspect de corruption. C'est là tout le problème. C'est-à-dire que... Et c'est là qu'on a besoin d'éduquer, si je puis dire, de renseigner l'électeur.
Et vous, vous aimeriez que les élus qui ont été condamnés ne puissent plus être éligibles ?
C'est toute la question. Effectivement, quand on est plusieurs à prôner l'inégalibilité à vie des hommes et des femmes politiques condamnés pour infraction financière, et on nous répond, oui, mais eux, ils sont élus, c'est l'électeur qui va décider. Sauf que c'est plus compliqué que ça. Encore faut-il que l'électeur soit extrêmement bien éclairé sur celui pour lequel il va mettre un bulletin dans l'urne. Et c'est souvent pas le cas. Il y a une grande méconnaissance, tant au niveau local qu'au niveau national, il y a une grande méconnaissance de l'électeur pour le candidat. On ne sait pas pour qui on vote.
On vote souvent plus pour un parti que pour un candidat, sauf quand les gens sont connus, mais c'est le cas de moins en moins, sauf pour les municipales. Et du coup, c'est vrai qu'on peut se dire que peut-être il faudrait inscrire quelque part dans la Constitution le fait que pour être candidat à certains mandats, il faut avoir un casier judiciaire vierge. Béatrice Guimond. Plusieurs éléments par rapport à tout ça et ce qui a été évoqué par Catherine au téléphone. Effectivement, il y a une décorrélation entre les fonctions d'élus nationaux qui assument des fonctions nationales et les élus locaux. Les élus locaux, à peu près 550 000, ils en sont très nombreux.
La plupart sont des conseillers municipaux, des conseillers départementaux. Quand ils sont conseillers municipaux, ils n'ont même pas d'indemnité. Ils n'ont pas d'argent. Ils prennent sur leur temps libre pour faire ça. Ce n'est pas forcément hyper valorisant. On dit que les maires sont à portée de baffe quand même. Les élus locaux ne sont pas forcément valorisés pour ce type de mission-là. Ce sont des gens qui ont le sens de l'intérêt général, qui donnent du temps à la collectivité et ça, on l'oublie bien souvent. Les Français, en général, ne l'oublient pas quand ils sont sur le terrain, quand ils sont chez eux, ils le reconnaissent.
Quand on se pose la question de est-ce que les élus se sentent au-dessus des lois, ce qu'on peut observer finalement, c'est deux typologies de comportement. Il y a des élus qui ne se considèrent pas au-dessus des lois, mais plutôt qui s'en affranchissent parce qu'ils connaissent parfaitement les règles de droit et ils savent parfaitement comment y échapper.
Et puis, il y a des élus aussi, des élus locaux notamment, qui méconnaissent les règles de droit ou ne mesurent pas la gravité de certaines de leurs actions et ça commence dès le moment où ils sont candidats et qui se prennent un peu les pieds dans le tapis et qui vont être poursuivis pour des infractions comme la prise illégale d'intérêt. Mais par contre, effectivement, on voit que certains comportements d'élus sont des comportements qui relèvent de la délinquance, de la grande délinquance économique et financière. Donc, de fait, s'ils décident eux-mêmes de s'affranchir de ces règles-là, ils ne méconnaissent pas la loi. Ils la connaissent très bien.
On s'interroge ce soir si vous venez de nous rejoindre sur France Inter sur la probité de nos élus. Bienvenue dans le téléphone sonne. Autour de cette table, Béatrice Guillemont, docteur en droit, chercheur associé au laboratoire Cercle de l'Université de Bordeaux, secrétaire général de l'Observatoire de l'éthique publique, Éric Alphen, ancien magistrat anticorruption et Bruno Cotteres, politiste, chercheur au CNRS et au Cévi-Pof. Et Laurence est en ligne. Bonsoir.
Oui, bonsoir. Nous vous écoutons. Je vous appelle pour évoquer la situation en Guadeloupe. Lui, notre idée est gangrénée par le clientélisme, enfin, le clientélisme vraiment gangrène la vie politique et économique en Guadeloupe. Il y a deux exemples vraiment anglématiques. C'est la question du chlordécone, c'est un polluant qui a... Et puis la question de la gestion de l'eau. Et pour la gestion de l'eau, ce sont des informations qu'on trouve très facilement sur Internet. Il suffit de taper crise de l'eau en Guadeloupe. Veolia est impliquée, enfin, a été impliquée. Il y a quand même beaucoup d'élus qui se sont...
Il y a un rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale qui est sorti en juillet 2021 qui a vraiment pointé du doigt des responsabilités. Je ne vois pas qu'il y avait du consultatoire qui a eu des noms. Mais en tout cas, j'ai l'impression qu'il y a une espèce d'impunité qui s'organise. Et puis on a un autre problème gravissime, c'est la question de l'assainissement de l'eau. Aujourd'hui, à chaque instant qui passe, les nappes phréatiques sont polluées, les mers, les rivières sont polluées, de plus en plus. Je ne sais pas dans combien d'années on pourra encore continuer à se baigner tranquillement à la mer sans avoir des tas de problèmes. Et je suis désemparée.
Je me dis mais qu'est-ce qu'on peut faire ? Est-ce qu'il y a des juges d'instruction qui sont nommés pour ça ? Qui peut agir ? Ou est-ce qu'on peut se tourner ? Parce qu'on est vraiment désemparé et il y a beaucoup de gens qui sont inquiets. Et puis il y a aussi la crainte que les nouveaux élus se disent que devant une telle impunité ils vont continuer à être tout aussi corrompus. C'est une bonne idée.
Vous soulevez une bonne question Laurence Béatrice Guimond. Le clientélisme on n'en a pas encore parlé de ça.
Oui le clientélisme en droit pénal il va se matérialiser de plein de façons différentes. Mais effectivement le but du clientélisme c'est de donner des avantages aux citoyens aux électeurs aux administrés pour justement maintenir son pouvoir. On l'a vu dans certaines collectivités de France c'est quelque chose qui est quand même... Ça existe encore beaucoup.
C'est vrai qu'on a connu ça on a beaucoup beaucoup vu ça autrefois mais moi j'avais le sentiment qu'il y en avait un peu moins aujourd'hui quand même.
La pratique ça peut être considéré comme un délit pénal la pratique elle évolue. À un moment donné il y avait quand même du cash qui était donné moi ça me fait penser à la ville de Corbeil-Essonne du cash qui circulait après ça a été différents types d'avantages donc au fur et à mesure ces phénomènes-là évoluent et il faut savoir si le droit condamne ou ne condamne pas ce type de pratique. En tout cas pour ce qui est l'exemple de la Guadeloupe mais c'est pas que l'exemple de la Guadeloupe c'est généralement les dom-toms qui sont très impactés par les phénomènes de corruption.
Si on regarde la cartographie c'est beaucoup la région PACA parce qu'il y a la tradition un peu italienne des mafies italiennes qui remontent beaucoup Lyon aussi et puis les grandes collectivités où il y a un empilement en fait administratif où il y a de plus en plus d'élus avec de plus en plus de pouvoirs vous voyez ils accumulent des mandats c'est pour ça qu'on a adopté des lois qui visent justement à empêcher le cumul de mandats et fonctions il y a toutes les règles d'incombatibilité d'inéligibilité qui sont là justement pour briser ces collusions-là mais effectivement on se rend compte enfin on se rend compte là c'est un très bon exemple les phénomènes de corruption d'atteinte à la propriété ont des conséquences directes sur la vie des citoyens et effectivement l'un des secteurs les plus fraudogènes c'est le BTP et c'est aussi tout ce qui concerne les grands contrats comme les contrats d'eau d'approvisionnement d'électricité etc.
et oui les citoyens sont directement touchés par la corruption souvent on se dit la corruption c'est pas nous on n'est pas toujours dans la personne
est-ce que c'est l'une des raisons pour lesquelles ils ont le sentiment que tout le monde est corrompu Bruno Cotteres alors qu'on a déjà dit que c'était pas la réalité en fait
non on sait que c'est pas la réalité bien évidemment mais c'est une des raisons c'est ce sentiment à la fois d'une forme d'irresponsabilité au fond dans le témoignage de Laurence à l'antenne on voyait qu'effectivement elle dit mais comment ça peut changer qu'est-ce qu'on peut faire à la fin de sa question c'est ça qu'elle dit à qui s'adresser comment faire en sorte que ça change donc il y a cette idée que des élus peuvent au fond pendant des années vivre sur un système ne pas le changer fondamentalement ne pas apporter leur mission numéro un qui est effectivement l'intérêt général le bien public et qu'il n'y a pas d'issue que tout est verrouillé
Eric Alphen
deux réponses la première c'est que s'il y a du clientélisme s'il y a de la corruption ça veut dire qu'il y a aussi des gens qui reçoivent qui acceptent l'argent qui acceptent de modifier pardon et la première des réponses c'est quand même de faire attention au comportement citoyen s'il n'y a plus personne qui accepte il y a beaucoup moins de clientélisme il y a beaucoup moins de corruption ça c'est la première chose deuxième chose pour les deux cas concrets qui sont évoqués si vraiment il y a possiblement une infraction et bien il faut aller voir des avocats il faut essayer de se constituer des partis civils il faut essayer de soulever les mouvements associatifs pour essayer de faire en sorte qu'effectivement une enquête judiciaire soit ouverte ça ne suffit pas d'aller dans certains médias il faut que les choses bougent et ceux qui quand même font le mieux bouger les choses c'est les avocats
c'est aux citoyens aussi de dénoncer ce genre de pratiques que chacun se prenne en charge
c'est des deux côtés il y a ceux qui prennent et ceux qui reçoivent en l'occurrence le cas de la Chlordécone ça a fait l'objet d'une action de groupe ou de classe action en anglais avec des avocats qui sont mobilisés qui travaillent sur le sujet mais par contre moi je suis complètement d'accord avec ça on dit on a les élus qu'on mérite et c'est difficile d'entendre ça parce que ça ça oblige à balayer devant sa porte et quand on a dans des collectivités il y a l'exemple de la ville de Levallois-Péret ou l'exemple de la ville d'Istre dans les Bouches-du-Rhône où c'est des élus des maires des idyles qui ont été frappés d'une légitimité ou même qui ont été incarcérés qui reviennent qui reprennent et puis généralement ils mettent des épouvantails en guise d'aide de maire
En fait ce sont ces quelques cas-là qui sont assez emblématiques qui influencent le plus l'opinion Bruno Cotteres
Oui sans doute ils ont un effet effectivement de marquer profondément effectivement le cas de Levallois-Péret de ce point de vue-là a été tellement le curseur a été poussé tellement loin effectivement donc ça effectivement ça capte ça capte l'opinion ça donne le sentiment qu'ils sont tous comme ça mais c'est vrai que c'est un peu l'arbre qui cache la forêt mais il y a quand même des cas qui sont très très spectaculaires je pense qu'effectivement à l'intersection entre le système judiciaire et la société civile c'est sans doute là où il y a un vecteur important pour agir Laurence elle nous disait voilà qu'est-ce qu'on peut faire il y a quand même beaucoup de progrès qui ont été faits il y a quand même beaucoup de cas qui ont été révélés au public par l'action de la société civile et effectivement d'action de groupe
Juste un mot
un peu moins optimiste c'est vrai que évidemment tous les élus ne sont pas corrompus néanmoins c'est pas non plus marginal je veux dire il y a quand même encore dans les grands groupes notamment du BTP des gens qui sont chargés d'aller au contact des nouveaux élus pour voir avec eux comment on peut s'arranger il y a des pourcentages encore il y a des pourcentages sur les repas scolaires
sur les grandes affaires de financement politique comme on les a connues l'affaire Urba on remonte aux années 70 80 etc est-ce que ça existe encore de manière aussi massive ou est-ce que ça a disparu ?
Non mais en fait c'est les pratiques qui ont changé à un moment donné il n'y avait pas de règle en matière de financement donc tout le monde faisait ce qu'il voulait après il y en avait quand même les politiques disaient qu'il n'y avait pas de règle mais il y en avait quand même déjà et néanmoins ils les contournaient déjà Disons que les règles elles étaient largement insuffisantes elles étaient minimes au fur et à mesure des affaires on a augmenté le niveau d'exigence jusqu'à un moment donné on s'est dit par exemple bon bah pas de financement parce qu'il y avait un parti qui s'était financé en Russie donc on a dit bon pas de financement de pays étrangers donc au fur et à mesure on a adapté les règles sauf que les règles sont souvent un temps de retard sur le phénomène là en l'occurrence si vous demandez si c'est encore massif oui à l'heure actuelle il y a des élections y compris parmi les élections les plus importantes de France qui font l'objet d'enquêtes pénales pour financement illégal donc c'est une pratique qui a toujours cours on dit pour des propos un peu
j'ai envie de dire Eric Alphen la différence peut-être aujourd'hui c'est qu'on ne pratiquerait plus l'amnistie comme on l'a fait dans les années 80
il faut l'espérer mais j'en suis pas entièrement certain il y a des bruits qui courent notamment en ce qui concerne le Rassemblement National certains se penchent encore sur les possibilités juridiques d'arriver à amnistier certaines condamnations ou certaines dispositions d'inégalibilité donc non il ne faut jamais dire jamais je pense
d'accord bonsoir Benjamin
bonsoir nous vous écoutons alors je vous remercie déjà de prendre ma question du coup ma question c'est pour monsieur Alphen alors déjà je voudrais le remercier d'avoir ne pas avoir cédé à toutes les pressions qu'elle soit médiatique ou tout ça au travers de sa carrière et merci pour le travail et j'avais une question pour vous c'était par rapport à la défiance en fait d'une partie du moins de la population et aussi du personnel politique quant aux décisions rendues certaines fois dans des affaires notamment de M.
Sarkozy mais de corruption d'entendre du personnel politique ou alors à travers des micro-totoirs des gens qui remettent complètement en cause votre travail alors que c'est des lois votées enfin je veux dire c'est toujours fait dans un cadre totalement légal alors malheureusement il n'y a pas que les politiques qui se méfient de la justice puisque si la politique n'a pas toujours une très bonne image c'est également le cas de la justice que beaucoup de citoyens trouvent trop laxiste trop dur trop politisé trop silencieuse trop bavarde elle a tous les défauts cette justice et donc c'est vrai que parfois on a tendance peut-être à accuser les justes c'est ce que je disais tout à l'heure dès qu'il y a quelque chose qui ne va pas dernièrement dans les deux affaires récentes à savoir Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy les décisions ont été rendues par des juridictions collégiales composées de trois magistrats qui n'avaient pas tout le temps le même passé syndical et les mêmes idées politiques et pourtant les avocats et les entourages des personnalités condamnées se sont axés sur les personnes des présidentes du tribunal en voulant expliquer par cette seule vie passée etc les décisions et sans parler du tout du fond du dossier et donc c'est vrai que c'est un mauvais exemple d'abord qu'il donne aux citoyens de ne pas respecter ainsi la justice mais en plus ça nourrit les extrémismes des deux bords
ça nourrit le populisme Bruno Cotteres
sans aucun doute en matière de confiance dans la justice c'est vrai qu'il y a un sujet nous dans les enquêtes du Cevipof on a un niveau de confiance dans la justice qui n'est pas normal pour une grande démocratie on est au taux de 40% c'est très bas en fait voilà elle est vue comme compliquée comme lointaine comme éventuellement coûteuse les gens ont peur à l'enjustice ça va coûter de l'argent et puis voilà tout un tas de critiques qui ont été rappelées par Eric Alphen et c'est vrai que de ce point de vue là la journée d'aujourd'hui était paradoxale moi j'ai trouvé très paradoxal à la fois on avait l'exemple sous les yeux que la justice traite tout le monde sur un pied d'égalité et en même temps on a eu ce bombardement et en particulier ce qui était un peu surprenant on peut le comprendre de la part d'avocats qui veulent défendre leurs clients après tout ils sont dans leur rôle de montrer qu'ils soutiennent jusqu'au bout l'idée de l'innocence de leurs clients c'est aussi un pilier du système démocratique quand même ça c'est très important mais c'est vrai parfois ils ont employé des mots qui étaient quand même des mots un peu exagérés on va dire j'ai une question
plus politique pour vous Bruno Cotteres ce qui s'est passé aujourd'hui est-ce que ça a affaibli à terme la fonction présidentielle ou pas quelles seront les conséquences sur cette fonction suprême dans notre pays
je pense déjà que la fonction présidentielle elle est en discussion sur tout un tas d'autres sujets et qu'il y a beaucoup de questionnements dans le pays sur est-ce que c'est cette fonction présidentielle qui fait dysfonctionner le système démocratique est-ce qu'il faut la maintenir dans l'état il y a déjà beaucoup de questions là-dessus mais globalement c'est vrai que c'est à nouveau ambigu voire une institution qui est amenée à rendre des comptes et voire être sanctionnée lourdement il y a les deux aspects il y a l'aspect très positif pour le sentiment d'une justice et d'un système démocratique qui est fair-play qui traite les gens d'égalité et en même temps c'est vrai que ça c'est une image qui était avec beaucoup de points d'interrogation sur le fonctionnement comment un système démocratique a pu produire ça in fine Béatrice Guimond quand on analyse le discours de certains candidats de certains hommes politiques on se rend compte que c'est pas que malheureusement les magistrats la fonction de juge qui est remise en cause c'est aussi les journalistes c'est aussi les scientifiques c'est en fait globalement ce sont tous ceux qui peuvent faire l'objet qui formulent des critiques et qui peuvent même être des contre-pouvoirs et quand on déroule le fil de la pensée de certains qu'on entend faire des plateaux télé ce qu'ils disent c'est nous on veut pas du conseil constitutionnel on veut pas du conseil d'état on veut pas non plus de juridiction financière puis on veut pas de juge pénal et puis finalement on aime pas les médias donc on va les bâcher on va leur dire pour le service public que c'est un service public de droite de gauche et en fait on ne veut pas de contre-pouvoirs finalement on veut être seul à exercer et on ne veut pas être contredit pas contrôlé
Allez on va prendre une dernière question au standard parce que l'heure tourne bonsoir Thierry
Oui bonsoir je vais essayer d'être très rapide alors moi pour aller dans le sens de ce que disait monsieur Alphen je proposerais qu'il soit inscrit dans la constitution un allié à l'article 3 qui spécifierait que nul ne peut être élu qui a été condamné pour un crime ou un délit c'est comme ça le problème serait réglé
effectivement un article qui serait inscrit dans la constitution Eric Alphen
alors il y a des éminents juristes qui disent que ce qu'on propose l'inégibilité à vie ne serait pas constitutionnel ne serait pas possible en tout cas parce que ça créerait une différence entre certains candidats moi je suis plutôt de ce point de vue optimiste je pense que on arrive toujours à trouver la bonne formule qui permettra modifier la constitution
c'est pas très facile en ce moment vous avez remarqué qu'il n'y a pas
de majorité claire Béatrice Guillemont c'est une très bonne remarque effectivement sur la question de l'inégibilité à vie on a été nombreux à travailler enfin non on n'est pas très nombreux à travailler sur ce sujet là moi je propose d'insérer directement l'exigence de probité dans la constitution comme ça ça russellera vers le bas vers les autres normes ensuite et effectivement faisons les états généraux de la probité en fait à un moment donné c'est un vrai sujet il y a plein de choses qui dysfonctionnent et on voit qu'il y a une demande des français pourquoi on ne prend pas le sujet de façon absolument rationnelle et on se concentre tous un petit peu là-dessus à un moment donné
et ce sera le mot de la fin merci infiniment à vous trois d'être passés dans ce studio et d'avoir dialogué avec les auditeurs de France Inter Béatrice Guillemont Bruno Cotteresse et Éric Alphen Cotteresse