Dette : la France bientôt sous tutelle du FMI ? - C dans l’air - l’invité - 10.06.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est le sujet qui crispe au sommet de l'Etat. Comment trouver 40 milliards d'euros pour le prochain budget sans augmenter les impôts, sans casser ce qu'il reste de croissance alors même que la mise en garde du FMI sur la situation des comptes publics se fait de plus en plus pressante?
Nous en parlons avec A.Verdier-Molinié, directrice de la fondation Ifrap, auteure de "Face au mur". Nous allons revenir à vos propositions pour faire 7 milliards d'économies sur les opérateurs de l'Etat.
Je voudrais d'abord vous faire écouter la ministre chargée des Comptes publics. - A.de Montchalin: C'est le dernier moment pour avoir du courage.
Notre situation est telle que nous sommes le dernier pays de la zone euro à avoir le déficit que nous avons. Si nous ne prenons pas cette décision, bientôt, ce seront les institutions internationales, nos créanciers privés qui décideront pour nous. Il y a un risque de tutelle. - C.Roux: Est-ce qu'elle joue à se faire peur ou est-ce que la France pourrait être mise sous tutelle? - A.Verdier-Molinié: C'est la réalité C'est le premier chapitre de mon livre. "Que ferait le FMI en France?" Il faut dire les choses aux Français telles qu'elles sont.
Soit on fait des économies maintenant et petit à petit, d'ici 2029, 110 à 120 milliards d'euros d'économies, soit on est incapables de les faire et on se retrouve dans une situation où on ne pourra plus se financer sur les marchés comme aujourd'hui car la note aura été dégradée. Les investisseurs institutionnels ne nous prêteront plus. Derrière, on aura la même situation qu'en Irlande, au Portugal ou en Grèce. - C.Roux: Ca veut dire quoi, être sous tutelle du FMI? - A.Verdier-Molinié: On ne prend plus nos décisions nous-mêmes.
On a une énorme perte de souveraineté. Là où certains politiques disent qu'il ne faut pas désindexer les pensions publiques ou les aides sociales pour un an, les mêmes verront que, comme en Grèce ou au Portugal, il y aura une baisse des retraites de 15 à 20 %. C'est ça qu'il faut dire aux concitoyens, plutôt que de dire que si on part à la retraite à 62 ans...
Ce n'est pas possible. L'enjeu est d'expliquer les choses et de dire que c'est possible. Il n'y a rien d'impossible.
Entre 2024 et 2025, on a augmenté la dépense publique en valeur de 40 milliards d'euros. Faire 40 milliards d'euros d'économies, c'est revenir un peu en arrière sur la dépense. - C.Roux: L'envolée des taux d'emprunt, une attaque sur la dette française, c'est possible aussi? - A.Verdier-Molinié: Bien sûr.
Quand on voit l'incurie française...
On est la lanterne rouge sur le déficit public. On est le pays de la zone qui a le plus augmenté sa dette. Plus de 1000 milliards de dette supplémentaire depuis 2017.
La moitié en plus par rapport aux autres pays, plus de 500 milliards de dette en plus qui n'aura pas lieu d'être si on était dans la moyenne des pays de la zone euro. Ce n'est pas parce qu'on est la France qu'on est exonérés de faire des efforts et de gérer correctement nos finances publiques. Tous les citoyens de France le voient, il y a énormément de gaspillage. - C.Roux: Sur la question de la fonction publique, E.Lombard dit qu'il faut engager la baisse du nombre de fonctionnaires.
Il dit que les nombres ne sont pas encore fixés. C'était une promesse d'E.Macron pendant la campagne présidentielle.
Le nombre de fonctionnaires a augmenté, a continué à augmenter, en réalité. Il y avait 5,8 millions d'agents fin 2023. Ce sont des personnels de la fonction publique hospitalière.
Les Français sont un peu paradoxaux. Certains disent qu'il faut faire des économies, mais en même temps, on est contents d'avoir plus de professionnels dans les hôpitaux. - A.Verdier-Molinié: Les collectivités locales aussi, les agences de l'Etat...
Quand on compare avec la moyenne européenne, on a 1 million d'agents supplémentaires par rapport aux autres pays. C'est gigantesque. Ca veut dire que c'est une dépense supplémentaire entre 40 et 60 milliards d'euros.
C'est tous les ans. La masse salariale qui est dépensée pour payer les agents publics en France, c'est la 2e dépense après les retraites. Les retraites, 390 milliards d'euros.
La masse salariale publique, 360 milliards. On ne peut pas faire l'impasse sur les économies. - C.Roux: A chaque fois qu'on commence à parler d'économies, on le voit sur les transports et la mobilisation des chauffeurs de taxi, le transport sanitaire, ça crée des mobilisations.
Vous pensez qu'il y a une forme de maturité collective pour dire qu'on est au pied du mur, face au mur? - A.Verdier-Molinié: Bien sûr. 80 % des Français sont pour faire baisser la dette.
Plus de 70 % sont pour baisser les dépenses publiques plutôt qu'augmenter les impôts. C'est ça qui se profile. Il n'y a pas une formule magique pour faire payer par quelques milliers de Français le trou de la Sécu, les financements des pensions en partant à un âge plus tôt à la retraite que les autres pays européens...
C'est une fausse promesse de personnes qui jouent sur une corde populiste. Si on ne fait pas ces économies, il y aura de grosses augmentations d'impôt pour tout le monde, ménages et entreprises. Les Français n'en veulent pas, n'en veulent plus.
On a eu les "gilets jaunes", les bonnets rouges. Qui serait contre une vraie franchise de 4 euros qui serait payée de la poche de chaque utilisateur pour prendre un transport sanitaire, un taxi? Dans les autres pays, ce n'est pas aussi facile de faire dépenser sur le transport sanitaire, notamment au Royaume-Uni.
Vous êtes en oncologie, en dialyse, vous avez un transport sanitaire financé. Si vous n'avez pas de vrai problème de mobilité, vous vous débrouillez. On est mieux remboursés pour un taxi que pour une consultation chez le médecin.
Il y a un problème. - C.Roux: On en vient aux propositions de l'Ifrap pour faire des économies.
Vous dites qu'il y a des économies à faire, notamment avec le dernier rapport que vous avez rendu sur les agents de l'Etat. 7 milliards d'euros de réduction d'ici 2029, réduction de la dépense des agents de l'Etat. Où faites-vous des économies? - A.Verdier-Molinié: On a des privatisations, des rebudgétisations.
Ce sont des opérateurs, des agences en dehors du ministère qui reviennent au ministère. On a l'idée de faire des fusions avec des opérateurs, des agences redondantes. Il ne faut pas être contre les agences ou les opérateurs de l'Etat.
Dans les pays du nord de l'Europe, ils ne doublent pas avec les ministères ou les collectivités locales. - C.Roux: Pourquoi avoir mis en place ces agences? - A.Verdier-Molinié: C'était une sorte de point de fuite pour la dépense.
Ca permettait d'embaucher plus de personnels. Dans un autre pays, le ministère de la Santé serait potentiellement dans l'agence elle-même et les ARS aussi. La Caisse nationale d'Assurance maladie, qui doublonne avec le ministère de la Santé... - C.Roux: C'est combien de suppressions d'emplois? - A.Verdier-Molinié: Au final, autour de 13 000 en non-renouvellement des effectifs.
Ca fait moins de 1 milliard d'euros d'économies sur les dépenses effectives, entre 700 et 900 millions d'euros, mais ce n'est pas l'essentiel de l'économie. L'essentiel, c'est l'idée de dédoublonner entre l'Etat, ces opérateurs, ces agences, les collectivités locales et la Sécurité sociale. Notre étude ne va pas encore assez loin.
Il faudrait une sorte de vision globale de l'organisation publique. La ministre des Comptes publics va un peu dans cette direction, en disant qu'on peut faire 2 ou 3 milliards d'euros d'économies sur les opérateurs dans les prochaines années, avec de la privatisation si on va plus loin... - C.Roux: Privatiser, ça va être compliqué. - A.Verdier-Molinié: Il y a une possibilité d'avoir des recettes propres.
Regardez la BBC. Ils ont plus de 30 % de recettes propres. Ce n'est pas le cas pour la plupart de nos opérateurs.
Pourquoi on n'aurait pas plus de recettes propres, plus d'indépendance, de possibilités de faire des opérations? Ce n'est pas un gros mot. Quand on voit une association subventionnée, notamment les régions, qui n'ont plus les moyens de subventionner toutes les associations...
A un moment, vous allez chercher des financements privés, et ce n'est pas négatif. Avoir des dons, des recettes de billetterie, vendre une production à l'étranger, c'est aussi le signe d'une attractivité, d'une capacité... - C.Roux: L'idée d'une année blanche refait surface pour le budget 2026, c'est-à-dire un gel budgétaire.
On conserve le budget 2025. Ca rapporterait 15 à 25 milliards d'euros bruts selon "Les Echos". Ca peut être une solution? - A.Verdier-Molinié: Bien sûr, mais ça ne suffit pas.
En 2025, on arrive à 1700 milliards de dépenses. Si on veut rester à 1700 milliards, ça veut dire qu'on va geler les pensions, les aides sociales, les rémunérations des agents publics. Ca fait environ 17 milliards d'euros d'économies.
Il faudra aller chercher le reste, un peu plus de 20 milliards d'euros, sur des mesures à prendre, par exemple contractualiser de nouveau avec les collectivités locales. Avec une mesure d'E.Philippe, on aurait 15 milliards de dépenses en moins tous les ans dans nos collectivités locales. - C.Roux: C'est possible de trouver 40 milliards sans augmenter les impôts.
Merci.