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Podcast / conversationINA Actu· 15 mai 2025 25 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleSécurité

La guerre des chefs à droite, une longue tradition

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse partielle

    Est-ce que la trahison est un point de passage obligé sur la route du pouvoir ?

  • 0:23OuverteRéponse partielle

    Pourquoi est-on à chaque fois tenté d'imaginer le pire des scénarios ?

  • 0:52ComplaisanteRéponse partielle

    Vous allez revenir sur un des plus beaux exemples de trahison.

  • 1:00ComplaisanteRéponse partielle

    Vous nous parlerez d'un vote qui a viré au pugilat.

  • 1:31OuverteRéponse partielle

    Ça vous a rappelé un souvenir bien précis.

  • 2:23OuverteRéponse partielle

    Comment allez-vous recoller les morceaux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27InvitéFait
    « Parce que la droite a comme tradition, justement, d'avoir ce combat pour conquérir la place de candidat à l'élection présidentielle. »
  • 1:48PrésentateurFait
    « « Ces résultats me donnent une courte victoire de 200 minutes. Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants. » »
  • 2:41InvitéFait
    « Et ça, dans les deux camps, à tel point que François Hollande, François Fillon, à 3h du matin, se déplace au siège de l'UMP. »
  • 3:20InvitéChiffre
    « Jean-François Copé a gagné avec 98 voix d'avance et très serré. »
  • 4:32InvitéChiffre
    « C'était qu'avec ce nouveau comptage, François Fillon l'emporte avec une avance de 26 voix. »
  • 4:36InvitéChiffre
    « 26 voix sur 260 000. »
  • 9:21InvitéFait
    « C'est une affaire que j'ai découvert en lisant un grand journal où j'aurais eu des comptes à l'étranger. »
  • 9:45InvitéFait
    « Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher. »
  • 10:18InvitéFait
    « Oui, oui, et tout simplement, et à toutes les époques. »
  • 11:08InvitéFait
    « C'est un peu la trahison originelle dans l'histoire de la droite, parce qu'elle est spectaculaire. »
  • 15:40PrésentateurFait
    « Jacques Chirac, il est clair, il ne veut pas y retourner. Il a déjà été Premier ministre de Cohabitation, et ça lui a coûté cher, ça lui a coûté la présidentielle de 88. »
  • 16:02PrésentateurFait
    « S'il doit y avoir une prochaine cohabitation, il serait souhaitable, pour que le climat soit plus serein et la vie plus apaisée, que le Premier ministre ne fût pas candidat à l'élection présidentielle. »
  • 18:18PrésentateurFait
    « Je suis candidat dans la Voix du Nord. »

Temps de parole

  • Invité40 %
  • Présentateur27 %
  • Invité 213 %
  • Présentateur 212 %
  • Invité 32 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Est-ce que la trahison est un point de passage obligé sur la route du pouvoir ? Oui, oui, tout simplement, et à toutes les époques. Géraldine Camille, bonjour. Et bonjour à vous, Jean Garrigue, historien universitaire, spécialiste de l'histoire politique. Jean Garrigue, la conquête du pouvoir à droite donne souvent lieu à des batailles épiques avec leur lot de coups fourrés. Pourquoi est-on à chaque fois tenté d'imaginer le pire des scénarios ?

0:27
Invité

Parce que la droite a comme tradition, justement, d'avoir ce combat pour conquérir la place de candidat à l'élection présidentielle. La droite, elle est tournée vers l'élection présidentielle. L'élection présidentielle, c'est l'alpha et l'oméga, et c'est ce qui suscite, justement, non seulement des ambitions, mais une sorte de férocité, en fait, pour accéder au pouvoir.

0:49
Présentateur

Alors, nous allons parcourir ensemble 50 ans de guerre des chefs à droite. Camille, vous allez revenir sur un des plus beaux exemples de trahison. Oui, une trahison entre amis, Baladur-Chirac. Alors, vous, Géraldine, vous nous parlerez d'un vote qui a viré au pugilat. C'est plus de le dire.

1:05
Invité

Oui, c'était en 2012.

1:06
Présentateur

Voilà, justement, on va parler de cette guerre des chefs à droite avec l'inattendu, où vous êtes, comme chaque semaine, les bienvenus. Une guerre des chefs pour savoir qui prendra le pouvoir dans un contexte où le parti de droite est fragilisé. Ça vous rappelle sûrement quelque chose. En tout cas, Géraldine, ça vous a rappelé, à vous, un souvenir bien précis.

1:31
Invité

Oui, ça m'a rappelé une nuit, celle du 18 au 19 novembre 2012. Une nuit qualifiée de surréaliste. Qui, de Jean-François Copé ou de François Fillon, a gagné la présidence de l'UMP ? Eh bien, on va les laisser répondre. Le premier à prendre la parole, c'est Jean-François Copé à 23h30. Merci à vous tous. C'est le début d'une grande aventure qui commence.

1:52
Présentateur

Les militants et les militantes de l'UMP viennent aujourd'hui de m'accorder la majorité de leur suffrage.

2:00
Invité

Alors, c'est super, mais seulement 20 minutes plus tard, à 23h50, de l'autre côté de la scène, dans un bar parisien, François Fillon prend lui aussi la parole.

2:10
Présentateur

« Ces résultats me donnent une courte victoire de 200 minutes. Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants. »

2:20
Invité

Voilà. Chaque prétendant revendique la victoire. Il faut rappeler le contexte. Le parti traverse une crise. Il vient de perdre les législatives. Sarkozy a perdu la présidentielle. On est en 2012. C'est François Hollande le président. Il y a une place à prendre pour 2017. D'où cette guerre des chefs. Et vous l'avez entendu, il y a des suspicions de fraude dès le début. Et ça, dans les deux camps, à tel point que François Hollande, François Fillon, à 3h du matin, se déplace au siège de l'UMP.

2:49
Présentateur

« Nous notons qu'à 3h du matin, notre formation politique est dans l'incapacité de donner un résultat. C'est un dysfonctionnement majeur qui fait peser un doute très important sur cette élection. »

3:06
Invité

Et c'est là qu'entre en jeu la COCOE. Je ne sais pas si vous en souvenez, mais cet acronyme a beaucoup fait sourire les journalistes. Cette commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales internes doit donner le fin mot de l'histoire. Et elle le fait. Le lendemain, elle tranche. Jean-François Copé a gagné avec 98 voix d'avance et très serré. Pas de quoi calmer la scission dans le parti. À tel point, exemple, le lendemain, le 20 novembre, Jean-François Copé prend la parole en tant que président de l'UMP à l'Assemblée nationale. Et regardez, certains députés comme Éric Ciotti-Colomb, voilà, ou Bernard Acquoyer ne se lèvent même pas, n'applaudissent même pas.

C'était évidemment des soutiens de François Fillon. L'attention est vraiment palpable dans le parti. Ça fait le chou gras des médias. Les deux ont le droit d'être invités au 20h de TF1 avec une journée d'écart et avec à chaque fois des lancements bien sentis de Gilles Boulot. Vous êtes donc président de l'UMP, mais c'est un parti qui est sans boussole, un parti qui est en miettes. Comment allez-vous recoller les morceaux ?

4:04
Présentateur

Il a une boussole et il n'est pas du tout en miettes.

4:07
Invité

Les amateurs de Tintin et les Picaros, de Putsch et de Trahison en bande dessinée ont sans doute cru un remake aujourd'hui.

4:14
Présentateur

Je ne revendique pas la présidence de l'UMP. Je renonce à la présidence de l'UMP. Ah, donc pourquoi tout cela ?

4:20
Invité

Pourquoi tout cela ? Parce que ce que j'ai oublié de vous dire, c'est qu'effectivement, quelques jours après, la fameuse COQE a reconnu avoir oublié, c'est le terme, oublié les votes de la Nouvelle-Calédonie ou Alice et Futuna et Mayotte. C'était qu'avec ce nouveau comptage, François Fillon l'emporte avec une avance de 26 voix. 26 voix sur 260 000. Fillon appelle donc Alain Juppé à la rescousse pour tenter un arbitrage.

4:44
Présentateur

Nous allons tout droit vers l'éclatement de l'UMP si on n'arrête pas la mascarade à laquelle nous assistons depuis quelques jours.

4:52
Invité

Mais le lendemain, Alain Juppé jette l'éponge. Il ne peut pas arrêter cette mascarade. Il faudra l'intervention de Nicolas Sarkozy pour calmer les esprits. Et finalement, la victoire de Copé est officialisée. En tout, ce sera un mois de marasme qui aura laissé des traces profondes. Ce sont les analyses d'un des journalistes de l'époque. Est-ce que vous partagez ces analyses-là ? Que ce problème, cette élection du président de l'UMP en 2012 a laissé des traces ? Ah oui, c'est évident. Elle annonce ce qui va se passer aux primaires de 2016. Et puis, en 2017, Jean-François Copé, quelque part, était plutôt le candidat de Nicolas Sarkozy.

Et on pressentait la montée en puissance de François Fillon, justement, pour succéder à Nicolas Sarkozy. Et donc, il y a eu dans cette espèce d'imbroglio absurde, Enfin, il y a eu quelque chose qui a profondément affaibli les droites françaises. Mais attention, sur fond de quelque chose de plus profond encore, c'était une sorte d'immobilité idéologique, une incapacité à reconstruire véritablement le programme de la droite. Et c'est finalement ça qui a conduit à cette espèce de psychodrame absurde. Vous l'avez dit, et Juppé le disait aussi en 2012, Je le cite, ça ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt. Ce qui est en jeu, c'est le candidat à venir pour la présidentielle.

Est-ce que là, on vit la même chose ? Est-ce que les Wauquiez ou Retailleau, le 17 mai, c'est aussi montrer qui sera le candidat pour les futurs présidentielles de 2027 ? De manière évidente, on a vu un Bruno Retailleau que personne, enfin que le grand public ne connaissait pas avant, devenir, je vais dire, une star des médias, en s'appuyant sur son rôle de ministre de l'Intérieur. Quelque chose de totalement imprévu pour celui qu'on présentait comme le candidat potentiel qui était Laurent Wauquiez. Et on voit bien aujourd'hui une surenchère dans les thèmes notamment identitaires, sécuritaires, pour essayer de se positionner.

Et celui qui va conquérir le parti, a priori, aura quand même une avance sensible. Mais ça ne marche pas à chaque fois. On le voit par exemple avec Copé, ça a été quand même un sacré échec en 2017. Oui, rien n'est joué. Et j'allais dire que de moins en moins, la conquête du parti est de moins en moins le gage du succès pour devenir candidat. Il pourrait même y avoir une primaire en 2026, fin 2026. Donc rien ne sera joué. Mais par rapport à Laurent Wauquiez, qu'on attendait comme une sorte de candidat inattaquable, absolue, l'émergence de Bruno Rotaillot en s'appuyant sur l'opinion publique. Et ça, c'est de plus en plus décisif et quelque chose d'essentiel.

7:38
Présentateur

Alors justement, nous allons voir que cette passe d'âme entre François Fillon et Jean-François Copé est loin d'être un cas isolé dans le paysage politique à droite. Trahison, Cuba, duel sans merci à droite, la guerre des chefs a connu pas mal d'épisodes. Léo Braché revient pour nous sur trois passes d'armes politiques restées dans les annales et dans notre paysage politique. Dans la longue série des Cuba à droite, la première affaire remonte à 1974. Le président de la République est mort. À peine deux jours après le décès de Georges Pompidou, Jacques Chaband-Elmas brigue la présidence de la République.

8:17
Invité

Je crois être le mieux en mesure pour le faire.

8:21
Présentateur

Une candidature précipitée qui passe mal dans sa famille politique, notamment auprès de Jacques Chirac. Le jeune loup torpille la campagne de Chaband, allant jusqu'à favoriser un candidat non-gaulliste, le centriste Valéry Giscard d'Estaing. Une fois élu, Giscard d'Estaing fait de Chirac son premier ministre. Mais les deux hommes ne sont d'accord sur rien. Et en 1976, c'est le divorce.

8:46
Invité

Je viens de remettre la démission de mon gouvernement.

8:52
Présentateur

À la présidentielle de 1981, Chirac et Giscard s'affrontent à droite. Et c'est Giscard qui passe au second tour. Battu, Chirac prend la parole.

9:01
Invité

À titre personnel,

9:03
Présentateur

je ne puis que voter pour M. Giscard d'Estaing. Le faiseur de roi n'appelle pas clairement ses électeurs à voter Giscard, et Mitterrand sera élu. Le combat entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin se cristallise autour de l'affaire Clearstream qui éclate en 2004. C'est une affaire que j'ai découvert en lisant un grand journal où j'aurais eu des comptes à l'étranger. La justice a fait litière de ces accusations et a montré que c'était une manipulation. En 2006, de Villepin, premier ministre, est soupçonné d'avoir voulu compromettre son ministre de l'Intérieur. En 2007, Sarkozy est élu président tandis que Villepin est mis en examen.

Lors du procès Clearstream en 2009, 18 mois de prison avec sursis sont requis contre lui.

9:48
Invité

Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher. Je vois que la promesse a été tenue.

10:00
Présentateur

Dominique de Villepin sera finalement relaxé dans cette affaire en 2011. Jean-Garrick, vous avez dirigé l'écriture de cet ouvrage collectif « La République des traîtres » de 1958 à nos jours. Est-ce que la trahison est un point de passage obligé sur la route du pouvoir ?

10:18
Invité

Oui, oui, et tout simplement, et à toutes les époques. Alors, la complexité des choses, c'est que ce que nous pourrions appeler trahison, bien souvent, c'est simplement l'idée de s'émanciper d'un mentor, comme, je ne sais pas, Laurent Fabius avait même à un moment dit, en parlant de François Mitterrand, « Lui, c'est lui, moi, c'est moi ». Donc, on aurait pu considérer ça comme une trahison, mais c'était tout simplement une manière d'exister. Mais il est vrai que, sur la route de ce pouvoir, qui est un pouvoir personnel, la présidence de la République, à un moment donné, vous êtes obligés de prendre une direction, je dirais, différente de celle du favori, et vous êtes amenés à le trahir.

10:59
Présentateur

Alors, vous nous avez dit, en préparant cette émission, que la plus grande trahison, pour vous, restait celle de 1974, entre Chaband-Elmas et Chirac. Pourquoi ?

11:08
Invité

Oui, parce que c'est un peu la trahison originelle dans l'histoire de la droite, parce qu'elle est spectaculaire. Vous avez un candidat qui est le favori, qui est le candidat présumé de toute la droite, qui est Jacques Chaband-Elmas, et un candidat du centre qui apparaît, mais on savait déjà que Valéry Giscard-Testin voulait y aller. Et vous avez l'espoir de cette famille gaullienne qui est Jacques Chirac, qui, le 13 avril 1974, en pleine campagne électorale, dit que, finalement, il semble que Chaband-Elmas ne soit pas apte à rassembler… Alors, il ne dit pas qu'il faut voter Giscard, mais il dit que Chaband-Elmas ne lui semble pas apte à rassembler toutes les droites.

Le jour où il annonce, justement, avec 42 autres ministres et députés gaullistes qu'il n'est pas favorable à la candidature de Chaband, il voit secrètement Valéry Giscard-Testin pour soutenir sa candidature.

12:04
Présentateur

Alors, en tout cas, après cette affaire, une expression est restée dans le milieu politique. Se faire chabaniser, ça veut dire quoi ?

12:11
Invité

Se faire chabaniser, c'est se faire trahir, comme ça a été le cas pour Chaband. Il faut reconnaître aussi que Chaband a fait, à cette époque, une très mauvaise campagne. C'est apparu comme un candidat du passé, alors que Giscard, au contraire, a fait une sorte de campagne commando dans laquelle il a incarné l'avenir, la jeunesse, en se faisant photographier avec sa fille. Enfin, excellente campagne de Giscard. Et puis Chaband, trahi par toute une partie des gaullistes, n'avait plus aucune chance de l'emporter.

12:39
Présentateur

Alors, en vous écoutant, on a quand même l'impression qu'en matière de trahison politique, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, Jacques Chirac est de presque toutes les batailles le champion hors catégorie.

12:51
Invité

Oui, c'est quand même le champion, parce que là, il trahit objectivement Chaband Elmas, et devient, sa récompense, c'est de devenir Premier ministre de Giscard. Mais pour l'élection suivante, celle de 1981, il voudrait bien être le candidat de la droite à la place de Giscard, et va tout faire pour torpiller la campagne de Giscard.

13:11
Présentateur

Alors, est-ce qu'il y a des hommes politiques qui ont réussi à s'imposer sans trahir ?

13:17
Invité

On peut considérer que François Mitterrand, François Hollande sont des hommes politiques qui n'ont pas trahi. Quelque part, il y a toujours une forme de trahison.

13:31
Présentateur

Pourquoi ? Parce qu'ils étaient un petit peu des hommes providentiels ?

13:33
Invité

Oui, ils apparaissent, François Mitterrand, qui est déjà candidat en 1965, dans les années 70, apparaît comme le seul apte à rassembler la gauche. Sauf que, il y a quand même quelqu'un à gauche qui aurait pu faire figure de rassembleur, qui était Pierre Mendès France, qui avait déjà été président du Conseil sous la 4e République, qui était la grande figure tutélaire de la gauche, et de manière très objective, à partir des années 67-68, on voit bien que Mitterrand demande à Mendès France, implicitement, de se mettre un tout petit peu en réserve, pour que ce soit lui qui puisse dominer la gauche.

François Hollande, on le sait, il a un tout petit peu torpillé quand même la campagne de Ségolène Royal, son ex-compagne, en 2007. Donc, même ceux qu'on n'a pas l'impression d'avoir vu trahir, quelque part, ils se sont quand même un tout petit peu affranchis.

14:23
Présentateur

Mais la trahison à droite, ce n'est pas juste une histoire d'homme à homme, c'est quand même une trahison aussi qui est sur un fond idéologique. À droite, il y a vraiment toujours deux droites qui s'affrontent, et c'est de là où naissent aussi les trahisons.

14:36
Invité

Et même si on prend l'exemple de ce combat des chefs entre Édouard Balladur et Jacques Chirac en 1995, ils font des campagnes sur des positionnements très différents, puisque Jacques Chirac opère une sorte de virage à gauche, on va dire, avec cette idée de la fracture sociale, qu'Édouard Balladur représente une droite plus libérale, plus conservatrice. Donc là, on voit bien qu'il y a des débats de fond qui se jouent.

15:02
Présentateur

Alors, si je résume, en 1974, Jacques Chirac se joue de Jacques Chabon d'Helmas, en 1980, il sabote Giscard d'Estaing, et puis en 1995, c'est l'histoire un petit peu de l'arroseur arrosé, et c'est ce dont on va parler tout de suite. Voilà, Camille, vous allez revenir sur cette autre guerre fratricide au sein de la droite. Et quelle guerre ? Eh oui, quelle guerre, le duel Chirac-Balladur. 1993, élections législatives, le RPR l'emporte, et le président François Mitterrand est contraint à une nouvelle cohabitation. Alors Jacques Chirac, il est clair, il ne veut pas y retourner. Il a déjà été Premier ministre de Cohabitation, et ça lui a coûté cher, ça lui a coûté la présidentielle de 88.

Alors il envoie son fidèle ami, ami de 30 ans, son lieutenant, Edouard Balladur. Pour lui, le poste de Premier ministre en période de Cohabitation, il est très clair. Écoutez-le, trois ans avant, en 1990. S'il doit y avoir une prochaine cohabitation, il serait souhaitable, pour que le climat soit plus serein et la vie plus apaisée, que le Premier ministre ne fût pas candidat à l'élection présidentielle. Je ne vois pas comment un homme pourrait se présenter devant les Français en 1993, leur dire « je ne serai pas candidat dans deux ans » et l'être. Ce serait manquer à sa parole. Bon, ben voilà, c'est parfait.

À Balladur, Matignon, et puis à Chirac, la présidence du RPR, et puis en candidat naturel, tout droit vers l'élection présidentielle de 1995. C'est une sorte de pacte tacite qui existe entre les vieux amis. Un pacte qui va se fissurer très vite, puisqu'Edouard Balladur va former son gouvernement, mais sans demander conseil à Jacques Chirac. Jacques Chirac va, lui, patiner un petit peu à soutenir toutes les mesures prises par le gouvernement de Balladur. Et puis les sondages, eh bien eux, ils imaginent très tôt, très vite, Balladur candidat à la présidentielle de 1995.

À La Rochelle, aux journées du RPR, toujours en 1993, quelques mois après, eh bien les deux vieux amis, vous voyez, ils se promènent sur le port comme si de rien n'était. Et puis Jacques Chirac, eh bien il rassure. Ceux qui s'inquiètent à l'idée que la discorde pourrait s'introduire entre Edouard Balladur et moi

17:26
Invité

peuvent être tout à fait rassurés.

17:30
Présentateur

Voilà, soyez rassurés. Mais dans les faits quand même, les bruits de couloir disent bien qu'Edouard Balladur ne prend même plus Jacques Chirac au téléphone. Alors les journalistes, évidemment, ils épient les faits et gestes des deux amis qui sont de moins en moins amicaux.

17:44
Invité

Je voudrais lui dire amicalement, ne vous alarmez pas, cher Edouard, des suggestions qui peuvent vous être faites ici ou là.

17:54
Présentateur

Oh, c'était une recommandation inutile. J'ai un caractère extrêmement optimiste et serein.

18:01
Invité

Après l'amitié de 30 ans, les nécessités des mois à venir, cela s'appelle la présidentielle, la campagne n'a pas commencé, la guerre des nerfs est entamée.

18:10
Présentateur

Oui, ils sont drôles à écouter aujourd'hui. Mais en tout cas, le 4 novembre 1994, Jacques Chirac, il se présente officiellement. Je suis candidat dans la Voix du Nord. Et à ce moment-là, il est le seul candidat du RPR. Mais il est très loin dans les sondages. Si bien que les journalistes, vous allez l'entendre, se permettent de le piquer un petit peu.

18:31
Invité

Quoi qu'il arrive, je dirais jusqu'au bout, dans cette campagne présidentielle, M. Chirac. Vous n'avez pas l'intention de renoncer. Vous irez bien jusqu'au bout, c'est la question. C'est vrai que certains s'interrogent. Vous parlez sérieusement, là, ou vous faites de l'humour ?

18:45
Présentateur

Certains s'interrogent, de temps en temps, de termination. Quoi qu'il arrive, c'est ça.

18:48
Invité

Écoutez, Chabot, soyons sérieux, je vous en prie.

18:51
Présentateur

Voilà, soyons sérieux. Bon, neuf jours après cette interview avec Arlette Chabot, Edouard Balladur, il franchit le Rubicon. Et il est officiellement candidat à l'élection présidentielle. Une guerre des droites qui se conclut quand même par une remontada mémorable. Puisqu'Edouard Balladur, il ne passe même pas le premier tour, vous vous souvenez. Et puis Jacques Chirac, il est au second tour face à Lionel Jospin. Il l'emporte le 7 mai 1995. On parlait de la trahison Jacques Chirac-Chabot-Delmas. Elle est pas mal aussi, celle-là, quand même.

19:18
Invité

Ah bah oui, j'aurais pu la choisir comme le maître étalon aussi. Parce qu'ils ont cessé de mentir les uns avec les autres. Ce qu'il faut rappeler, c'est qu'en fait, ils n'étaient pas des vrais amis de 30 ans. C'est des gens qui s'étaient côtoyés à l'époque de Pompidou, etc. L'un n'étant pas forcément, j'allais dire, au-dessus de l'autre. Balladur ne se sentait pas du tout comme l'obligé de Jacques Chirac.

19:40
Présentateur

L'histoire dit quand même qu'Edouard Balladur, par exemple, rédigeait les notes de Jacques Chirac. C'était quand même son bras droit.

19:46
Invité

Son bras droit, mais il s'est toujours considéré comme étant l'égal de Jacques Chirac. Et je dirais même, intellectuellement, je pense qu'il se pensait un tout petit peu au-dessus de Jacques Chirac.

19:55
Présentateur

Avant qu'il le choisisse comme Premier ministre, il y a quand même une discussion entre les deux. Oui, bien sûr.

19:59
Invité

Alors là, ce qui est vrai, c'est qu'en 1993, il y a un pacte. Il y a un pacte. Toi, tu vas à Matignon. Moi, je serai le candidat du parti avec son présidentiel. Et l'autre dit, oui, pas de problème. Mais d'ailleurs, il nous l'a dit officiellement, publiquement. Et ce qui est très intéressant, c'est qu'au bout de quelques mois à peine, il a déjà décidé d'aller... Mais ça, c'est... Ils l'ont tous dit. Pompidou, par exemple, qui ne voulait pas devenir Premier ministre du général de Gaulle, a dit que dès qu'il était arrivé à Matignon, il pensait déjà à l'Élysée. C'est presque un réflexe.

20:32
Présentateur

Aujourd'hui, l'entourage de Laurent Wauquiez affirme que Bruno Retailleau a rompu, lui aussi, un pacte selon lequel il devait rester au gouvernement et puis laisser, d'après cet article, le pono. Donc c'est l'habitant du Puy-en-Velay, donc Laurent Wauquiez, prendre la tête du parti pour préparer 2027. C'est encore une haute trahison à droite, un pacte rompu entre deux hommes.

20:54
Invité

Oui, mais ça, c'est ce que nous dit Laurent Wauquiez, parce qu'il a intérêt à le dire. Mais on sait très bien, et je le répète de plus en plus, que c'est l'opinion publique qui fait la décision. Il n'y a pas de pacte qui tienne. On doit prendre celui... Il n'y a pas de pacte en politique. Il n'y a pas de pacte en politique. C'est les sondages qui... Ce sont les sondages qui comptent, c'est celui qui est le favori, qui doit y aller. Après, ça peut susciter, effectivement, ça va susciter des guerres. Mais je pense que c'est très clair, pour l'un comme pour l'autre, d'ailleurs.

À un moment donné, celui qui sera très en avance, et pour l'instant c'est plutôt Bruno Retailleau, va prendre l'avantage sur l'autre. On n'est pas au bout de nos surprises ? On n'est pas au bout de nos surprises, parce qu'il peut se passer des tas de choses. L'étoile de Bruno Retailleau ne peut pas lire, parce qu'il est quand même aux responsabilités. Laurent Wauquiez peut nous sortir quelque chose de sa manche. Il peut y avoir un troisième larron à droite. Quelqu'un comme Xavier Bertrand n'avait pas renoncé à être candidat. Est-ce que Jean-François Copé et d'autres ne sont pas aussi en embuscade ? Donc il peut se passer des tas de choses d'ici 2027.

21:57
Présentateur

Jean-Garrig, on va voir que si la droite n'a pas le monopole du cœur, elle n'a pas non plus celui des trahisons et des guerres des chefs, grâce à l'archive que vous avez choisie. Et nous finons en 2008, c'est aussi la guerre des chefs au Parti Socialiste, au Congrès de Reims. Martine Aubry s'oppose à Ségolène Royal pour diriger le parti.

22:19
Invité

Martine Aubry à la tribune. Ségolène Royal n'est toujours pas dans la salle. Entre ces deux femmes, le duel s'annonce déjà tendu. Troisième en lice, Benoît Hamon, le jeune leader de la gauche du parti. La liste des prétendants s'arrête là. Bertrand Delanoé ne sera pas dans la course. Nous avons décidé de ne pas rajouter à ce qui est appelé par la presse la guerre des chefs. C'est maintenant aux militants de trancher. Ils doivent voter jeudi pour choisir leur nouveau patron, un premier secrétaire sans majorité et avec une mission quasi impossible, réconcilier des socialistes plus que jamais divisés.

22:55
Présentateur

Et Martine Aubry l'emportera au terme d'un scrutin très serré, très contesté. Les guerres des chefs à gauche ressemblent-elles aux guerres des chefs à droite ?

23:03
Invité

En l'occurrence, oui et de plus en plus. C'est vrai que historiquement, ces guerres des chefs s'adossaient, s'appuyaient beaucoup plus à des différents idéologiques. Ça a été le cas aussi, mais finalement, on voit bien que sur la durée entre Martine Aubry et ses guerres royales, on est quand même sur une optique sociale-démocrate, État-providence, loi de l'offre ou de la demande plus exactement. Donc c'est pas fondamentalement différent. Mais en revanche, il y a des tempéraments, il y a des clans qui se sont constitués au sein de la famille socialiste. Et on arrive à cette espèce de, là aussi, de pantomime qui se joue à quelques voix près pour l'élection de la présidence.

Le paradoxe, c'est qu'en fait, celle qui a été finalement élue présidente du parti, c'est-à-dire Martine Aubry, a été la grande battue de la primaire qui a suivi. Et c'est François Hollande, soutenu par Ségolène Royal, qui est devenu le candidat et le président de la République. – Juste une dernière question, on a vu le nombre d'adhérents LR a explosé en vue de l'élection du 17 mai. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est-à-dire qu'il y a un regain des adhérents ? Cette élection passionne ? – En l'occurrence, oui, il y a incontestablement quelque chose qui s'est remis en place, justement du fait de cet affrontement. Alors est-ce que c'est pas d'abord du fait de l'émergence de Bruno Rotaillot ?

Est-ce que cette émergence d'ailleurs n'a pas conduit Laurent Wauquiez à faire une campagne très active pour se remplir, remplir sa besace de nouveaux adhérents ? On va le voir avec les résultats. Mais c'est vrai qu'en mettant, je dirais, les projecteurs sur les Républicains, il y a une sorte de résurrection qui est très intéressante pour la suite.

24:55
Présentateur

– Merci à vous Jean-Garrigue d'être passé par le plateau de l'Inattendu. Merci Camille, merci Géraldine et merci à vous qui nous suivez chaque semaine sur France Info. – Merci à mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs,