Municipales : un électorat sénior "beaucoup plus présent" qui pourrait modifier la carte électorale, dit François Kraus
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« On l'évalue autour de 60%, ce qui est bien sûr un score nettement plus élevé que les 45% mesurés en mars 2020 »
- 1:29Invité politiqueFait
« On était autour de 78% au milieu des années 80, 70% en 2001 »
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France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7. Il est 6h21, irez-vous voter dimanche prochain au premier tour des municipales ? Question importante car l'abstention n'est pas neutre, elle pèse sur les résultats, elle profite à certains partis. C'est ce qu'on voit dans votre dernière étude, François Croce. Bonjour. Bonjour. Vous dirigez le pôle politique et actualité à l'institut de sondage IFOP et vous avez co-réalisé une enquête avec l'institut Terram qui est un groupe de réflexion qui s'intéresse au territoire. Enquête réalisée auprès de 10 000 personnes interrogées. Et donc la participation est attendue autour de combien ?
Alors c'est compliqué parce que c'est une enquête qui a eu lieu il y a quelques semaines. On l'évalue autour de 60%, ce qui est bien sûr un score nettement plus élevé que les 45% mesurés en mars 2020 et qui était dans un contexte sanitaire très particulier.
Oui, c'est le Covid.
Voilà, et une grande partie de la population avait préféré, notamment les plus menacés par le Covid, avaient préféré éviter de se rendre dans les urnes. Mais c'est plutôt une tendance qui s'inscrit dans une certaine érosion de la participation. Vous l'analysez souvent sur France Inter, le maire c'est le chouchou des Français. Il y a un effet de proximité qui fait que les Français vont voter en général dans ces élections locales beaucoup plus que par exemple au régional ou au départemental. Et il n'en reste pas moins que depuis environ un quart de siècle, on a eu une lente érosion. On était autour de 78% au milieu des années 80, 70% en 2001.
Et là, on serait sur un cru qui serait légèrement inférieur à celui de 2014, où la participation métropole tournait autour de 64%.
Mais néanmoins, est-ce que cette participation qui sera donc forcément supérieure à celle de 2020, on l'a dit, c'était le Covid, est-ce que ça peut changer la physionomie de la carte électorale ? Est-ce qu'il y a des catégories qui s'étaient abstenues il y a 6 ans et qui vont retourner aux urnes cette année ?
Oui, bien sûr, c'est évident puisque la dernière fois, on avait eu notamment les personnes âgées, les seniors en gros, qui comme vous le savez, sont plutôt des électeurs modérés, de centre ou de droite, qui s'étaient abstenues massivement, notamment dans les grandes villes, permettant à la gauche, notamment aux écologistes, de prendre un petit peu par surprise des grandes villes. On pense par exemple à Bordeaux, à Lyon ou à Marseille. Et là, on a le sentiment, en tout cas dans notre enquête, qu'il y a une remobilisation en particulier d'un éctorat plutôt âgé, plutôt bourgeois.
On a plus 22 points de participation annoncés chez les seniors de plus 65 ans, plus 27 points dans les villes les plus aisées. Donc, se dessine quand même le sentiment qu'on va se retrouver avec un électorat beaucoup plus présent et avec un risque, bien sûr, pour les forces politiques qui en avaient profité la dernière fois.
Donc, les réservoirs électoraux de gauche, là, risquent de se démobiliser, c'est ça ?
Alors, ils vont se remobiliser, mais beaucoup moins que les électeurs, les segments les plus à droite ou les plus centristes habituels.
Est-ce qu'il y a une exigence minimale de participation ? Pour valider un résultat des municipales ?
On n'est pas comme aux législatives où il faut faire 12,5% des inscrits. On est sur une élection qui est assez facile, entre guillemets, puisque pour avoir le droit de se maintenir, il faut faire 10%, ce qui, dans la configuration actuelle du champ politique, risque de nous annoncer un nombre très élevé de quadrangulaires ou de quinquaculaires. C'est évident et on peut aussi fusionner à partir de 5%.
Mais est-ce qu'il y a un nombre de votants ? Parce qu'on peut faire 10% des bulletins de vote, mais pas forcément des votants. Est-ce qu'il y a un nombre de votants minimal ?
Non. Par exemple, en 2020, vous aviez eu des maires, par exemple, en Seine-Saint-Denis, qui avaient été élus avec à peine 10% des inscrits, ce qui avait altéré fortement leur crédibilité pendant tout le mandat. Et justement, un des ressorts peut-être de cette remobilisation, c'est le sentiment que, la dernière fois, beaucoup d'électeurs n'avaient pas pu choisir, compte tenu du contexte, leur maire, et ils souhaiteraient cette fois reparticiper vraiment au scrutin.
Et les nouvelles règles du scrutin, comment elles vont jouer, à votre avis, d'après vos études sur le vote ?
Eh bien, ça dépend beaucoup de là où on habite. Vous l'avez dit, vous avez, avec le nouveau mode de scrutin, dans les grandes villes, à Paris, Lyon, Marseille, une offre électorale beaucoup plus lisible, beaucoup plus motivante, puisqu'avant, quand, par exemple, on était de gauche et qu'on habitait dans le 16e arrondissement, on n'avait pas forcément intérêt à aller se lever le dimanche. Là, c'est différent, puisque chaque voie compte. Par contre, Paris, Lyon, Marseille, c'est juste quelques millions de voies.
L'autre réforme qui est passée de manière un peu moins visite, Voilà, c'est dans les petites communes de moins de 1000 habitants qui sont alignées sur un régime commun et qui pose un gros problème, puisque les deux tiers des communes françaises, et ce qui représente un quart des électeurs, ne vont avoir, cette année, qu'une liste dans leur commune. Et on sait très bien que quand il n'y a pas de match, entre guillemets, les gens sont moins motivés pour aller voter.
Et liste fermée, impossibilité de rayer des noms, ça n'incite pas, peut-être, ça incite moins, peut-être, à aller voter ?
Avant, on avait le fameux panachage qui faisait qu'on pouvait supprimer le nom du boucher et mettre la boulangère à la place. Dans les petites communes, c'était des choses qui étaient très importantes. Là, au fait, la difficulté a été déjà de former des listes avec de la parité qui couvre l'ensemble de la population, de la ville et de la commune. Et on peut, malheureusement, s'attendre à une participation en baisse dans ces communes rurales, alors même que ce sont elles qui votent le plus en général.
Et le contexte international, est-ce que ça se joue ou pas ? Est-ce qu'on a la tête à autre chose que de penser aux municipales ?
On pense que ça impacte surtout, en fait, la couverture médiatique sur les chaînes d'info ou les réseaux sociaux, qui sont des gros lieux d'information. Mais on est quand même, pour l'instant, sur un scrutin, qui est sur un conflit qui est relativement lointain, qui ne concerne pas forcément, par exemple, une partie des immigrés de France, parce que c'est l'Iran et ce n'est pas, par exemple, un pays du Maghreb. Et donc, pour l'instant, on peut penser que ce contexte aura qu'un impact limité, même si, en l'État, on avait déjà vu en 2022, pendant la campagne présidentielle, avec l'affaire ukrainienne, que le contexte international, malheureusement, pollue souvent les campagnes électorales.
Merci François Croce. Vous dirigez donc le pôle politique et actualité de l'Institut de sondage IFOP et vous étiez l'invité du 5-7. Merci François Croce.