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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 26 décembre 2020 30 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSantéInstitutions & électionsEurope & international

François Bayrou, haut-commissaire au Plan : "Nous avons découvert que nous étions vulnérables"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Diriez-vous que pour autant c'est une année catastrophe ?

  • 3:17RelanceRéponse partielle

    Comment expliquez-vous une telle impréparation des pouvoirs publics ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Sur l'endettement considérable que cette crise provoque, comment le justifiez-vous ?

  • 6:45RelanceRéponse partielle

    Ces critiques vous paraissent-elles fondées ?

  • 8:31OuverteRéponse directe

    Comment sortir de ce piège du surendettement que vous dénoncez depuis très longtemps ?

  • 10:04RelanceRéponse directe

    C'est-à-dire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:03Invité politiqueFait
    « C'est une année sans précédent qui restera dans les mémoires, qui restera dans les livres d'histoire, et qui nous place en face de nos difficultés, de nos faiblesses et peut-être de nos chances. »
  • 2:07Invité politiqueFait
    « C'est une catastrophe économique sans précédent. Depuis la guerre, jamais on n'avait vu des pans entiers de l'économie aussi profondément atteints. »
  • 2:13Invité politiqueFait
    « Je pense au tourisme, je pense à l'aéronautique, je pense à l'aviation, je pense à l'ensemble... À la culture également ? »
  • 4:16Invité politiqueFait
    « On a découvert tout d'un coup que nous étions vulnérables, que nous n'avions plus de capacité de production sur notre sol. »
  • 4:25Invité politiqueFait
    « Il y avait depuis des années des études qui mettaient en garde sur ce sujet. Je pense par exemple au livre blanc de la Défense, publié en 2008, et à des articles dans des revues stratégiques qui disaient « Attention, ceci est un risque, une possibilité ». »
  • 5:08Invité politiqueFait
    « J'avais étudié la grippe espagnole au lendemain de la guerre de 14-18. Et elle a fait, comme vous savez, près de 50 millions de morts. »
  • 5:38Invité politiqueFait
    « Mais il est vrai que si nous avions eu les organisations pour faire face à l'alerte et à l'urgence, nous aurions dû avoir un plan. Et nous n'avions pas de plan. »
  • 7:21Invité politiqueFait
    « Les décisions de renoncer à ces stocks ont été prises précisément sous la responsabilité de ceux qui portent des accusations. »
  • 8:54Invité politiqueFait
    « Il y a deux sortes de dettes. Il y a la dette, j'allais dire, ordinaire, et que j'ai condamnée pour chasser, ou en tout cas sur laquelle j'ai essayé de mettre en alerte tout au long du temps. »
  • 9:11Invité politiqueFait
    « C'était une dette pour payer les factures du présent. Et donc ça, c'était vraiment pas dans l'esprit de ce qu'il aurait fallu faire. »
  • 9:35Invité politiqueFait
    « La dette du Covid, je propose depuis longtemps de la traiter de manière différente. Pourquoi ? Parce que c'est une dette dont personne n'est responsable. »
  • 10:08Invité politiqueFait
    « Le jour où vous effacez une dette, vous ne pouvez plus emprunter un euro pour préparer l'avenir. »
  • 15:28Invité politiqueFait
    « Il y a des produits vitaux. Qu'est-ce qu'il faut faire face à ces produits vitaux ? Premièrement, il faut les identifier. »
  • 18:38Invité politiqueChiffre
    « L'Allemagne, son secteur industriel, c'est 25% de son produit intérieur brut, de toutes les richesses créées en Allemagne. 25%. La France, c'est 13%. La moitié. »
  • 26:52Invité politiqueFait
    « Je suis persuadé qu'il y a des moments où il est très important d'avoir une loi électorale juste. »

Temps de parole

  • François Bayrou70 %
  • Présentateur20 %
  • Locuteur 75 %

0,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:08
Présentateur

Bonjour à tous, bienvenue dans Politique, notre invité aujourd'hui, François Bayrou. Bonjour François Bayrou, vous êtes depuis septembre au commissaire au plan. Cette mission vient enrichir une longue carrière politique, député, ministre, président de conseil général, trois fois candidat à l'élection présidentielle, et aujourd'hui encore président du mouvement démocrate, le modem, la composante centriste de la majorité présidentielle, et maire de Pau. C'est cette expérience qu'il m'a paru intéressant de solliciter.

Pour tirer le bilan de l'année sans pareil que nous venons de vivre, nous mesurons tous les dégâts provoqués par cette crise sanitaire qui secoue le monde, dégâts économiques d'une récession sans précédent depuis des décennies, dégâts sociaux que tout le monde éprouve déjà, ou redoute pour demain, et enfin crise psychologique, voire morale, de sociétés partagées entre l'anxiété, l'abattement ou la colère. À quoi s'ajoutent en France les chocs répétés du terrorisme islamiste, les questionnements sur la laïcité, ou encore les polémiques sur la sécurité et les libertés publiques. Alors François Bayrou, diriez-vous que pour autant c'est une année catastrophe ?

1:38
François Bayrou

Bonjour d'abord. C'est une année sans précédent qui restera dans les mémoires, qui restera dans les livres d'histoire, et qui nous place en face de nos difficultés, de nos faiblesses et peut-être de nos chances. Donc vous voyez que c'est une année qui ne ressemble à aucune autre. Vous dites catastrophe, oui bien sûr, il y a une catastrophe sanitaire, avec des dizaines de milliers de morts en France. C'est une catastrophe économique sans précédent. Depuis la guerre, jamais on n'avait vu des pans entiers de l'économie aussi profondément atteints. Je pense au tourisme, je pense à l'aéronautique, je pense à l'aviation, je pense à l'ensemble... A la culture également ?

Je pense à la culture et je pense évidemment au choc que cela a représenté pour notre système hospitalier et sanitaire. Donc oui, c'est une année extrêmement bouleversante, mais de ces bouleversements, la question que nous devons nous poser, c'est est-ce que nous pouvons sortir et est-ce que nous pouvons sortir en allant mieux que nous n'allions en y entrant ? C'est au fond la perspective qui est devant moi, c'est sur ce sujet que j'essaie de porter une réflexion qui intéresse tout le champ démocratique français.

3:08
Présentateur

On va y venir, mais revenons quand même sur deux points qui font polémique, sur la gestion de cette crise depuis une petite année. Le premier, c'est au fond le pilotage de la crise et la question de savoir comment on a été si peu ou si mal préparé à une telle pandémie. Et puis la deuxième question, ensuite, portera sur l'endettement considérable que cette crise provoque. Mais sur l'impréparation des pouvoirs publics, comment expliquez-vous une telle impréparation ?

3:46
François Bayrou

C'est une impréparation quasi universelle, en tout cas en Occident, comme on le voit dans chacun des pays. Mais c'est vrai que pour nous, ça doit être une question et cette question doit nous inspirer pour l'avenir. Parce que je parle de l'épidémie et des moyens de lutter contre l'épidémie. Je pense par exemple aux masques, je pense aux gants, je pense à tous les équipements médicaux, je pense aux médicaments. On a découvert tout d'un coup que nous étions vulnérables, que nous n'avions plus de capacité de production sur notre sol. Et de surcroît, quand on essaie de creuser le sujet, alors on s'aperçoit qu'il y avait depuis des années des études qui mettaient en garde sur ce sujet.

Je pense par exemple au livre blanc de la Défense, publié en 2008, et à des articles dans des revues stratégiques qui disaient « Attention, ceci est un risque, une possibilité ».

4:50
Présentateur

Ou un rapport ancien du Sénat également, des années 2000.

4:54
François Bayrou

Et nous étions quelques-uns à être en alerte, parce que, je parle pour moi, j'avais étudié la grippe espagnole au lendemain de la guerre de 14-18. Et elle a fait, comme vous savez, près de 50 millions de morts. C'est-à-dire que ça a été... Et c'était la même chose. C'était une épidémie ou une pandémie pulmonaire virale. Alors, ce n'est pas parce qu'on était en alerte. Moi, en tout cas, je ne me vanterais pas en disant que j'avais prévu ce qui allait se passer, parce que je n'avais jamais imaginé la chute de dominos qui a entraîné l'effondrement de la planète sur des secteurs absolument essentiels.

Mais, il est vrai que si nous avions eu les organisations pour faire face à l'alerte et à l'urgence, nous aurions dû avoir un plan. Et nous n'avions pas de plan.

5:52
Présentateur

C'est un peu la conclusion des deux commissions d'enquête parlementaires qui ont rendu leur rapport, là, il y a quelques jours, au début du mois. Une de l'Assemblée, une autre du Sénat, qui dresse un bilan critique, voire très critique, de la gestion de la crise sanitaire. Écoutez ce qu'en disait Damien Abad, le président du groupe Les Républicains, à l'Assemblée le 2 décembre.

6:15
Locuteur 5

Damien Abad, cette commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale, ce rapport, vous diriez qu'il est très à charge pour reprendre les mots de l'exécutif ?

6:24
Locuteur 1

Non, il est juste, il est transparent, il s'appuie sur des faits établis, et il n'est pas là pour faire des coupables, il est là pour trouver des solutions. Il y a 29 propositions faites par le rapporteur Éric Ciotti, que nous avons portées. Nous pointons des dysfonctionnements, des défaillances, et notre objectif, il est simple, c'est plus jamais ça, plus jamais un tel désarmement sanitaire de la France.

6:45
Présentateur

Alors, ces critiques vous paraissent-elles fondées ? J'observe que les députés du Modem, de votre parti, se sont abstenus lors du vote sur ce rapport. Est-ce que ça témoigne d'un embarras, de votre part ou de leur part, par rapport aux critiques qui ont été formulées ?

7:03
François Bayrou

Non, rien. Vous voyez bien qu'il y a un jeu politicien auquel je ne me prête pas, parce que si les gouvernements précédents avaient fait ce qu'il fallait, un gouvernement LR, comme on dit maintenant, ou un gouvernement socialiste, alors, sans aucun doute, nous n'aurions pas été dans la difficulté, et notamment pour ce qui concerne les stocks stratégiques, de masques, de médicaments, etc. Les décisions de renoncer à ces stocks ont été prises précisément sous la responsabilité de ceux qui portent des accusations. Donc, je ne joue pas à ce jeu-là. En revanche, je dis qu'un grand pays comme la France ne peut pas se trouver dans ce risque de rupture de produits vitaux, de produits essentiels.

7:52
Présentateur

On va y venir. Ça n'est pas possible. J'y viens dans un instant. J'y viens dans un instant, François Bayrou.

7:57
François Bayrou

La question, ça n'est pas d'instruire des réquisitoires, parce que tous les pays du monde, sans exception, en tout cas du monde occidental, se sont trouvés devant les mêmes difficultés, et les mêmes inquiétudes, et les mêmes manques. Donc, la question est désormais de penser ce que nous devons faire pour que ça ne se reproduise pas, et on va peut-être en dire un mot.

8:25
Présentateur

Tout à fait. Dans un instant, mais je reviens quand même sur un autre sujet de polémique, qui lui aussi vous tient à cœur. C'est l'explosion de la dette publique provoquée par les mesures de soutien prises par le gouvernement depuis plusieurs mois, près de 200 milliards d'euros pour la seule année 2020. Comment sortir de ce piège du surendettement que vous dénoncez depuis très longtemps ?

8:45
François Bayrou

Alors, vous voyez bien, il y a deux... Ce qu'il faut avoir à l'esprit dans la situation présente. Il y a deux sortes de dettes. Il y a la dette, j'allais dire, ordinaire, et que j'ai condamnée pour chasser, ou en tout cas sur laquelle j'ai essayé de mettre en alerte tout au long du temps. Et d'autant plus que cette dette en France, elle avait une caractéristique désastreuse, c'est que ce n'était pas une dette pour préparer l'avenir, pour investir, c'était une dette pour payer les factures du présent. Et donc ça, c'était vraiment pas dans l'esprit de ce qu'il aurait fallu faire, et j'avais raison de mener ce combat-là. Aujourd'hui, c'est complètement différent.

La dette du Covid, je propose depuis longtemps de la traiter de manière différente. Pourquoi ? Parce que c'est une dette dont personne n'est responsable. Personne n'est responsable de la survenue de ce virus. En tout cas, personne d'identifié. Personne ne peut assumer seule la facture de ce que cette épidémie a créée comme drame économique en particulier, et sanitaire bien sûr d'abord, à la surface de la planète. Il faut donc traiter cette dette de manière différente.

10:04
Présentateur

C'est-à-dire ?

10:05
François Bayrou

Il y a des gens qui disent qu'il faut l'effacer. Ça n'est pas possible, pour une raison extrêmement simple. Le jour où vous effacez une dette, vous ne pouvez plus emprunter un euro pour préparer l'avenir.

10:16
Présentateur

C'est ce que disait le président de l'Assemblée nationale. Prends l'oseille et tire-toi. Ce n'est pas une politique.

10:22
François Bayrou

Ce n'est pas une politique. En revanche, il y a quelque chose de très simple et porteur de sens à faire. Et il faut traiter cette question, j'allais dire, directement, les yeux dans les yeux, parce que beaucoup de nos concitoyens se la posent et s'inquiètent. Ils disent, mais d'où sort cet argent ? D'où ça vient ? C'est de l'argent magique. Que faut-il faire ? Il faut isoler l'ensemble des dépenses qui sont dues à cette épidémie.

L'isoler, la cantonner et avoir pour cette dette un traitement absolument sensé, c'est-à-dire de dire, on va faire comme lorsqu'un jeune couple achète une maison et qu'on sait qu'aujourd'hui il n'a pas tout à fait les moyens, demain il l'aura, eh bien on fait un différé d'amortissement. On dit, cette dette, on la remboursera, mais on commencera à la rembourser dans 8 ans ou 10 ans, ce qui est à peu près le résultat auquel le gouvernement est arrivé. Et ensuite, dans 8 ans ou 10 ans, on remboursera cette dette sur un long terme, on peut dire 30 ans, on peut dire 50 ans, Peu importe, ce qu'il faut, c'est que nous ayons un plan pour la rembourser sans mettre à genoux l'économie du pays.

Et donc, ce double mouvement, cantonnement, différé d'amortissement et remboursement sur le long terme, trois précautions à prendre, donne un plan pour le pays pour faire face à ce drame qui nous a atteints.

12:00
Présentateur

Ça vous paraît recevable à la fois par la Commission européenne et par les banques centrales ?

12:07
François Bayrou

Oui, je suis sûr que ça l'est, vous voyez bien. Tout ceci intervient en plus dans une période complètement inédite dans l'histoire financière de la planète et complètement inédite pour l'humanité, en vérité. Les banques centrales, parce qu'elles sont fortes, je dis au passage, où en serions-nous si nous avions voté non au moment du référendum de Maastricht ? Où serions-nous aujourd'hui assaillis par de la spéculation alors que nous avons aujourd'hui la faculté de pouvoir faire face grâce à la puissance ou au poids de la banque centrale ?

Donc, les banques centrales, il y a quelques années, peu d'années, à la suite de la banque centrale américaine, ont décidé qu'elles allaient soutenir l'économie par de la création monétaire, en vérité, pas loin d'être à taux zéro, quand ce n'est pas parfois à taux négatif. Ceci est une révolution, mais c'est une révolution qui nous place devant des exigences. Nous ne pouvons pas nous dérober devant l'obligation qui nous est faite d'avoir pour cet argent l'usage qui nous permettra de reconstruire le pays. Si on fait des mauvais choix, alors ça sera une double catastrophe. On aura dégradé notre bilan, notre capacité financière et on n'aura pas redressé le pays.

13:39
Présentateur

Alors, parmi les bons choix, et vous l'évoquiez tout à l'heure, il y a cette idée que vous défendez vigoureusement que l'État reprenne sans tarder le contrôle de secteurs vitaux de l'économie française dont on a vu à l'occasion de la crise à quel point on était vulnérable ou dépendant. Mais alors, la question qu'on peut se poser, c'est comment convaincre les entreprises de faire cette révolution copernicienne pour elles ? Ça fait 30 ans ou 40 ans qu'elles ont mis en place des systèmes, des chaînes de production, des chaînes d'approvisionnement, des chaînes de valeur. Comment les convaincre de faire primer l'intérêt général sur leurs propres intérêts ?

14:20
François Bayrou

Si vous me permettez, je vais d'abord dire quelle est la perspective dans laquelle je me place. Je place l'action du commissariat au plan. La perspective, c'est celle-ci. On a découvert deux choses pendant cette crise. Un, qu'on était d'une fragilité absolument sans pression, enfin, qu'on n'avait jamais imaginé. En face de produits vitaux, de médicaments, d'équipements qui nous permettent de faire face à des drames, on était désarmés parce qu'on s'était laissés désarmés. Première perspective. Deuxième perspective, on voit qu'on a un système social extrêmement généreux, probablement le plus généreux du monde, le plus solidaire du monde.

Encore faut-il que ce système soit soutenu par une économie qui permette de faire face à ses obligations. Et ce sont mes deux rendez-vous. Premier rendez-vous, celui que vous évoquiez, j'y reviens. Il y a des produits vitaux. Qu'est-ce qu'il faut faire face à ces produits vitaux ? Premièrement, il faut les identifier. Et ça n'a pas été fait en France depuis très longtemps ou jamais. Il faut les identifier. Et il faut avoir un plan extrêmement précis arrêté à l'avance pour faire face à une éventuelle rupture des approvisionnements de ces produits. On s'est aperçu pendant la crise qu'on manquait de médicaments essentiels, qu'on manquait de médicaments pour les anesthésies.

On a parlé du curare, vous vous souvenez ? Oui. On s'est aperçu qu'on manquait d'anti-inflammatoires, d'antibiotiques, et même de molécules aussi simples que le paracétamol, où qu'on était au point d'en manquer, sur le point de rupture. Et tous les médecins savent, et tous les hospitaliers savent, que ça a été le cas. Ça a été la même chose pour les gants. Ça a été la même chose pour les masques, évidemment. Donc, ces produits doivent être identifiés, et il faut pour chacun d'entre eux qu'il y ait un plan d'approvisionnement en cas de crise. Et dans mon esprit, d'approvisionnement français ou européen, parce qu'on peut traiter cette question dans le cadre d'un approvisionnement européen.

C'est pareil pour les filières stratégiques.

16:44
Présentateur

Parce que pour l'instant, la quasi-totalité de ces produits viennent de Chine ou d'Inde. Donc, comment les relocaliser en Europe ou en France ?

16:55
François Bayrou

Ah ben, ça, c'est la responsabilité de l'État que d'inviter les principaux acteurs industriels. Et vous savez que la France est réputée être une puissance dans le domaine de la pharmacie du tout premier rang mondial. Et j'ai rencontré un certain nombre ou un grand nombre de ceux industriels de ce secteur qui appartiennent à ce premier rang mondial. Ils sont prêts à ce qu'on discute de ces questions. Parce qu'ils se rendent bien compte que leur responsabilité sociale est engagée. Et donc, c'est le rôle de l'État que, après avoir défini quels sont les produits vitaux, ils définissent aussi quel est le plan pour faire face à des risques de rupture en cas de crise.

Et donc, ça, c'est le premier acte. Mais j'ai un deuxième acte qui, pour moi, est beaucoup plus important et que je vais essayer de traiter à partir du mois de janvier. Quand on fait face à cette inquiétude, alors on s'aperçoit d'une deuxième chose qui est que nous n'avons plus le secteur productif nécessaire pour soutenir nos engagements sociaux. Et ceci est un drame. Ça vous rappellera des souvenirs. J'avais fait une campagne présidentielle sur le produire en France. alors que vous étiez dans d'autres fonctions. Et donc, cette préoccupation ne m'a pas quitté, et encore moins aujourd'hui.

Quand vous regardez les chiffres, l'Allemagne, son secteur industriel, c'est 25% de son produit intérieur brut, de toutes les richesses créées en Allemagne. 25%. La France, c'est 13%. La moitié. Mais si vous regardez l'Italie, c'est près de 20%. L'Espagne, c'est entre 16 et 17%. Et donc, nous sommes largués, nous, Français, alors que dans l'ensemble européen, des nations qui sont réputées pourtant être plus en difficulté que nous ont maintenu leur secteur industriel.

Et la question qui se pose à moi, qui se pose à mon avis à l'ensemble des responsables du pays et celle-ci, comment, tout en sortant de cette crise, ou tout en faisant face à l'urgence que cette crise a placée devant nous, comment pouvons-nous, en même temps, partir à la reconquête des secteurs industriels qui nous manquent tant ? Et c'est un paradoxe, pardonnez-moi parce que je suis un peu passionné par la question. C'est un paradoxe absolu. Pourquoi ?

Parce que nous sommes un des pays les plus avancés en matière de recherche, de transfert technologique, de données, de data, comme on dit, d'algorithmes, de toutes les capacités que le monde de l'avenir offre à un pays pour recréer ou pour créer sa capacité industrielle. Et ceci est, pour moi, un des plus grands sujets qu'on va devoir traiter dans les années qui viennent.

20:16
Présentateur

Alors, il y a un sujet que vous voulez traiter dans les mois qui viennent, c'est celui de la réforme institutionnelle, en tout cas de la réforme du mode de scrutin, puisque vous préconisez le recours à la proportionnelle intégrale pour les législatives à venir en 2022. Alors, ce mode de scrutin avait déjà été utilisé pour les élections de 1986 sous la présidence de François Mitterrand. Bonjour Antoine Duster. Bonjour. Cette réforme avait, à l'époque, fait pas mal polémique.

20:41
Locuteur 7

Oui, à l'époque, la droite était vent debout contre cette réforme du mode de scrutin qui était pourtant annoncée dans les 110 propositions du candidat Mitterrand dès la campagne présidentielle de 1981. C'est d'abord la méthode qui dérange. La loi électorale modifiant le mode de scrutin a été adoptée un an seulement avant les législatives concernées. Un laps de temps beaucoup trop court, selon Valéry Giscard d'Estaing, qui s'exprimait sur ce sujet. C'était en janvier 1985.

21:06
Locuteur 2

On peut très bien s'interroger sur ce que doit être une bonne loi électorale. On avait trois ans pour le faire. À partir du moment où on ne l'a pas fait, je suggérerai, je conseillerai à l'opposition d'adopter l'attitude suivante, qui sera, lorsque le sujet viendra en discussion dans l'Assemblée nationale, de déposer une motion de censure portant sur le principe du changement de loi électorale dans une période préalable à la consultation. Et ensuite, à l'Assemblée nationale, de ne pas participer au débat.

21:36
Locuteur 7

Voilà une opposition frontale de la droite et du centre contre ce changement de loi électorale. On vient d'entendre la voix de Valéry Giscard d'Estaing. On aurait pu entendre aussi celle de Raymond Barr ou celle des gaullistes, évidemment, qui dénoncent en chœur des magouilles. Le mode de scrutin doit rester majoritaire, estime-t-il. Il en va de la stabilité même de la Vème République. Et c'est d'ailleurs sur ce registre de la stabilité que François Mitterrand va leur répondre en avril 1985. Les prises de parole à l'époque du Président sur ce sujet étaient rares. Il s'exprime ici en marge d'un déplacement à Périgueux.

22:07
Locuteur 4

Il y a beaucoup de choses à dire. C'est un sujet sérieux. Je voudrais remarquer, en tout cas, que la IIIème et la IVème République ont été aussi instables l'une que l'autre. L'une avec des systèmes proportionnels, l'autre avec des systèmes majoritaires. Cela montre au moins que la cause de la stabilité ou de l'instabilité politique en France ne dépend pas directement du mode de scrutin. C'est tout ce que j'ai à dire aujourd'hui.

22:40
Locuteur 7

Et la suite est connue. L'adoption de la proportionnelle permet à la gauche d'éviter la déroute annoncée aux législatives de 1986. La droite remporte une victoire mais moins large que prévu. Et le Front National entre en force à l'Assemblée. Mais cette expérimentation électorale a tourné court. Elle a été supprimée par la majorité suivante et jamais réinstituée par la suite. Les élections de 1986 furent donc les premières et à ce jour les seules élections législatives menées avec ce mode de scrutin.

23:06
Présentateur

Alors François Bayrou, je reprends l'argument de Valéry Giscard d'Estaing à l'époque. Il dit qu'on avait trois ans pour le faire. Le gouvernement avait trois ans pour le faire. Mais on pourrait en dire autant à Emmanuel Macron et au gouvernement actuel. Ça fait trois ans que cette réforme est esquissée, évoquée, annoncée et qu'elle est restée en plan. Pourquoi la faire maintenant à presque un an, un an et demi du prochain scrutin ?

23:31
François Bayrou

Si vous avez écouté attentivement le président Giscard d'Estaing... Comme toujours. Oui. Si vous avez écouté attentivement, vous aurez vu qu'il ne s'opposait pas au principe. Il parlait de délai. Or, cette question des délais a été tranchée par le Conseil constitutionnel et désormais, c'est dans notre loi. Si on veut changer un mode de scrutin, il faut le faire une année avant le scrutin en question. Donc, ça nous laisse jusqu'au mois de juin puisque les élections législatives ont eu lieu au mois de juin. Mais comme François Mitterrand l'a dit, c'est une question sérieuse et c'est une question plus sérieuse aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été. Pourquoi ? Je vous dis ma conviction profonde.

J'ai décrit devant vous l'Himalaya d'efforts nationaux qu'il va falloir conduire pour réparer les dégâts de la crise et on y mettra plusieurs années pour partir à la reconquête de ce qui nous a si cruellement manqué depuis 20 ans. Faisons au passage cette réflexion. Si les majorités ou si ceux qui s'opposent à ce changement de mode de scrutin avaient bien gouverné le pays, Dieu sait qu'on n'en serait pas là et qu'on ne se poserait pas ce genre de questions. Mais je dis, il va falloir des efforts considérables et ces efforts doivent concerner la nation toute entière. Il y faudra un esprit de rassemblement extrêmement puissant.

Il faudra un esprit d'attention aux courants politiques même si ce ne sont pas les vôtres. Et le système majoritaire qui donne tous les pouvoirs aux uns et rien aux autres est un système délétère de ce point de vue-là. Et ça n'est pas d'aujourd'hui qu'on le dit. Je vous rappelle que les deux derniers présidents de la République ont été élus avec cet engagement dans leur programme. François Hollande et Emmanuel Macron et que cet engagement devrait avoir pour moi pris dans cette élection solennelle force de loi. Et il y a quelque chose qui est extrêmement différent aussi par rapport à la période de 1984-86. C'est qu'aujourd'hui, il y a un éclatement des forces politiques.

Marine Le Pen a été au deuxième tour de l'élection présidentielle. Elle a fait près de 35% des voix. Ce n'est pas rien. Un Français sur trois a voté pour elle. Elle est revenue avec moins de 1% des sièges. Six sièges sur 577. J'avais vécu la même mésaventure en 2007 ayant fait près de 19% et est revenue avec trois sièges à l'Assemblée nationale. Ceci n'est pas acceptable quand on veut demander à tous les courants civiques d'être responsables et de prendre leur part de l'effort national. Je suis persuadé qu'il y a des moments où il est très important d'avoir une loi électorale juste. Vous avez dit proportionnelle intégrale. Ce n'est pas une proportionnelle intégrale.

C'est une proportionnelle qui, comme tous les pays européens sans exception, à la seule différente de nous, tous les pays européens et ceux qui sont stables et ceux qui sont bien gouvernés et ceux qui ont des bons résultats, aucun n'y manque à une loi électorale qui donne à chaque courant politique le nombre de sièges qu'il mérite avec un seuil à 5%. Les tout petits partis qui sont des éléments en effet de dispersion ne sont pas représentés. C'est donc une proportionnelle raisonnable. C'est celle de tous les pays européens.

Et nous, en France, nous avons de surcroît la chance parce que pour moi c'est une chance de ne pas pouvoir vivre les divisions parlementaires qui ont été monnaie courante sous la quatrième parce que maintenant nous avons un président de la République élu au suffrage universel. Et ce président de la République a des pouvoirs propres que vous connaissez très bien Gérard Courtois parce que c'est votre spécialité, a des pouvoirs propres qui lui permettent d'empêcher cette division. Il peut... C'est lui qui forme le gouvernement et pas l'Assemblée nationale. François Bayrou, je vais... Il est protégé par le 49-3.

28:07
Présentateur

Je vais vous interrompre parce que nous arrivons...

28:09
François Bayrou

Il peut dissoudre l'Assemblée et il a le référendum.

28:11
Présentateur

Je vais vous interrompre parce que nous arrivons au terme de cette émission. Je voudrais quand même vous poser une question plus personnelle sur l'instruction de cette affaire d'emploi présumé fictif au Parlement européen qui vous vaut depuis un an une mise en examen. Depuis un an, j'ai l'impression que l'instruction n'a pas évolué.

28:29
François Bayrou

Enfin, depuis trois ans et demi, cette affaire traîne. On en est où ? Je ne peux... Si vous le savez, vous me le direz. Non, donc vous ne le savez pas. Non, je pense qu'il y a des auditions. Je pense que l'enquête a été reprise de manière plus sérieuse, me semble-t-il, d'après ce que j'entends dire. Mais je veux dire une chose simple. Non seulement c'est injuste, mais c'est injustifié. Et on peut faire la preuve à la fois de cette injustice et on peut faire la preuve de ce que les éléments factuels sont faux. Merci. Je crois que je considère que les assistants parlementaires ne sont pas des citoyens comme les autres qui doivent être exclus. Tout ça est ridicule. Merci François Bayrou.

Je vous... Le Front National et Jean-Luc Mélenchon et tout le monde est poursuivi avec le même esprit. Mais pour nous, c'est injuste et injustifié.

29:22
Présentateur

Merci d'avoir participé à ce nouveau numéro de politique. Une émission préparée par Antoine Dülster, réalisée par Hélène Thiel Trigros et avec Clara Gallivel à la technique. Rendez-vous la semaine prochaine. Vous retrouverez Hervé Gardette et maintenant le journal.