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Discours / meetingRassemblement National (sur YouTube)· 15 avril 2019 15 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsEurope & international

Pour une Europe des nations et des peuples : allocution de Marine Le Pen

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    « Nous sommes les vrais Européens. »
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    « Nous ne sommes pas en Europe, nous sommes d'Europe. »
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    « L'idéologie est européenne. Les réalités sont nationales et territoriales. »

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Et voilà le manifeste pour une Europe des Nations que nous vous présentons aujourd'hui à Strasbourg. Ce manifeste constitue l'engagement politique des candidats de la liste du Rassemblement National pour les élections au Parlement Européen du 26 mai 2019. Il n'est pas seulement un programme, puisque le programme est à part, il vient de vous être présenté par Nicolas Bay, mais une vision. Il représente la grande alternance à l'organisation fédérale de l'Europe, appelée Union Européenne. Il définit la voie française d'une Europe des Nations. Il engage évidemment l'action de nos élus dans l'exercice de leur mandat européen pour les cinq années à venir.

Ce manifeste exprime notre engagement européen. Nous sommes les vrais Européens. Parce que nous sommes Français, nous sommes Européens. Nous ne sommes pas en Europe, nous sommes d'Europe. La réalité géographique et historique, notre civilisation et nos cultures, nos appartenances territoriales et locales, font de nous des Européens, comme elles font Européens les Allemands, les Suisses, les Britanniques, les Italiens et tant d'autres qui partagent notre destin. Nous sommes Européens à travers nos nations. Et toute tentative de détruire ces nations détruit l'Europe elle-même. Voilà pourquoi l'Union Européenne fait fausse route quand elle prétend s'affirmer contre les nations qui la composent.

Il faut sauver l'Europe de l'Union qui la détruit. Il faut sauver la réalité européenne faite de saveurs et de couleurs, de territoires et de cultures, d'une idéologie supranationale hors sol, qui bafouent la liberté des peuples et leur souveraineté. L'idéologie est européenne. Les réalités sont nationales et territoriales. Voilà pourquoi nous proposons que l'Alliance Européenne des Nations remplace une Union Européenne qui n'aura été qu'une forme récente, partielle et trompeuse de l'Europe et de son unité profonde. Tant de promesses non tenues.

Qui se souvient que l'euro devait assurer la hausse du pouvoir d'achat parmi ces Français qui constatent que ce qui leur reste pour vivre n'a pas bougé depuis dix ans ? Qui ose dire que l'économie de la connaissance quand notre dépendance envers les géants américains ou chinois devient suggestion ? Qui peut encore dire que l'Union a apporté la paix quand c'est la guerre froide et le parapluie américain qui ont protégé l'Europe et quand l'impuissance diplomatique et sécuritaire comme le vide stratégique de l'Union deviennent une menace à nos frontières chaque jour accrue ?

Ce manifeste exprime notre engagement à changer l'Union pour que la France vive, pour que les nations européennes vivent, pour que l'Europe vive. Cet engagement est fondé sur un constat. Partout dans l'Europe, dans l'Union européenne et même parmi les pays signataires du traité de Rome, nos idées attirent et nos idées gagnent parce qu'elles sont porteuses d'espoir et parce qu'elles sont justes. L'alliance des peuples d'Europe n'est plus un vain mot. Nos alliés italiens, autrichiens, hongrois sont au pouvoir et l'exemple qu'ils donnent entraîne combien d'autres peuples européens à les rejoindre, de la Tchéquie à la Slovaquie et de la Suède à la Pologne.

Nos idées sont au service de tous les peuples d'Europe. Elles sont la chance de l'Europe. Les élections du Parlement européen, qui ont à nouveau lieu sur une liste nationale, leur donnent une chance pour que l'Europe change, pour que l'Europe soit au service des nations et des peuples, pour que l'Europe renoue avec l'histoire et pour qu'elle retrouve un visage, ce visage si terriblement absent des billets en euros. Voilà pourquoi nous disons à tous ceux qui veulent le changement, à tous ceux qui savent que la France est ce qu'ils ont de meilleur, à ceux aussi qui manifestent leur colère. Leur colère, leur volonté, leur choix ont un nom. Ils s'appellent « voter ».

Nous nous engageons à libérer les nations d'une union qui les étouffe, les dépossède de leur souveraineté et porte gravement atteinte à la démocratie. Qu'est-ce que cette union qui veut être jugée pour ses bonnes intentions, mais qui refuse en permanence d'être jugée pour son bilan ? Qu'est-ce que cette union qui réclame toujours plus de compétences, mais qui n'accepte aucune responsabilité ?

Qu'est-ce qu'une union qui ajoute sans cesse la règle à la règle et la norme à la norme, mais qui laisse les nations seules face aux événements qui les frappent, du trafic des migrants à la crise financière et des attaques terroristes à l'instauration de la charia dans les territoires perdus de nos pays ? Pour que l'Europe soit synonyme de liberté et de démocratie, nous proposons que les institutions représentatives des nations, le Conseil européen et le Parlement, aient l'initiative des traités et des directives. L'organe technique qu'est la Commission devenant le secrétariat général du Conseil.

Nous rendrons tout son sens au principe de subsidiarité, dont parlait Nicolas tout à l'heure, en rendant aux nations la plus grande part des pouvoirs qui leur ont été soustraits. Nous en finirons avec le principe antidémocratique qui veut que tout ce qui est à l'union appartienne à l'union et tout ce qui reste aux nations se discute. Quant à l'uniformisme des normes au mépris des traditions locales et des réalités territoriales, l'union détruit ce qu'elle prétend défendre.

Nous rendrons au peuple la liberté de voter leur loi, de décider de leur destin, parce que la souveraineté est la condition de la liberté, qu'elle appartient au peuple à eux seuls, et qu'il n'y a pas plus de souveraineté européenne qu'il n'y a de peuple européen. L'Europe s'écrit au pluriel. Elle s'enrichit des différences, des singularités remarquables des peuples qui la composent, et une source européenne des nations nous conduit à privilégier la méthode des coopérations choisies par rapport aux participations contraintes que l'union tente d'imposer.

Darbus à Ariane Space, les réussites dont se vante l'union européenne sont le fait de projets concrets et elles sont le fait de coopérations choisies entre deux ou plusieurs acteurs européens volontaires, c'est-à-dire exactement l'inverse de la philosophie qui préside à l'union européenne. Le bilan de l'euro est sans ambiguïté. Non seulement les pays membres de l'Union qui n'ont pas adopté l'euro ont une croissance supérieure à ceux qui sont entrés dans l'euro, mais des contraintes monétaires étrangères aux traditions nationales ne cessent d'agrandir l'écart entre les économies du Nord et les économies du Sud, risquant même d'aller jusqu'à menacer l'existence de l'euro.

Voilà pourquoi la méthode des coopérations choisies doit remplacer l'uniformité et la conformité imposées. Les nations européennes ne marchent pas du même pas. L'Alliance européenne des nations est assez grande pour que des maisons prennent place dans la maison, pour que ceux qui le souhaitent puissent, selon leurs projets, leurs moyens et leurs méthodes, progresser ensemble. Une agence européenne de la mer, une agence européenne de la biodiversité réunissent ceux qui veulent partager des moyens et entreprendre ensemble. Cette méthode des coopérations choisies doit également s'imposer dans le domaine du commerce.

Les traités de libre-échange qui ont aidé négocier sous le contrôle exclusif de la Commission doivent être dénoncées et remplacées par de simples accords commerciaux, révisables et renégociables. Le principe de coopération signifie que le juste échange doit partout remplacer le principe destructeur du libre-échange, qui veut dire course aux moindisants sociales, environnementales et fiscales. Il signifie surtout que les marques d'appellation d'origine, les marques territoriales doivent l'emporter sur les appellations commerciales. Il veut dire que le marché intérieur redevienne synonyme de contrôle aux frontières et d'exception européenne.

Nos terres, nos espèces endémiques, nos écosystèmes ne sont pas à vendre. Et il veut dire que le respect de la diversité, qui est la condition de l'écologie humaine comme de l'écologie des systèmes vivants, doit prévaloir sur les tentations de l'uniformisation des bureaucraties sans terre, sans responsabilité et sans mandat. Protéger les Européens, leur territoire, leur identité nationale, leur culture, priorité de notre combat pour les nations européennes.

Union qui refuse de définir les frontières extérieures de l'Europe, une union qui abandonne les Européens au vertige de l'universel, une union soumise aux ordres venus de l'étranger qui lui commande d'accueillir la Turquie ou le Kosovo n'est pas l'Europe que nous voulons. Cette union menace gravement la sécurité, l'identité, l'unité des nations européennes. Elle menace plus encore la beauté, la diversité, la vie des territoires européens. Ces écosystèmes bienveillants à la vie humaine, que les agressions de la finance mondialisée, d'entreprises sans lien, sans responsabilité nationale ou locale, aussi bien que l'afflux de populations étrangères peuvent détruire sans retour.

Seuls des États en pleine possession de leur territoire peuvent faire face à la menace écologique. C'est l'effet d'un délire normatif de l'Union qui aboutit par exemple à menacer le modèle français de sécurité civile, dont l'excellence est reconnue partout dans le monde. Un service assuré par plus de 200 000 pompiers volontaires à côté des professionnels et qu'une directive européenne détruirait en assimilant les pompiers bénévoles à des salariés.

C'est l'effet d'un mépris de l'histoire, de la négation des constantes sociales, religieuses, des politiques nationales qui interdit de nommer par son nom la menace islamique qui s'apesantit sur l'Europe et qui paralyse les efforts en vue de ramener à la vie des territoires désertés en accordant la préférence à l'emploi local, à l'appel aux entreprises locales, aux produits locaux, dans les appels d'offres publiques ou dans la restauration collective.

C'est l'effet d'une dévotion à l'individu de droit qui conduit la Cour européenne de justice à préférer l'individu aux citoyens, à bafouer la préférence de l'Europe pour les Européens et à saper l'autorité des États, la liberté des nations et la primauté du politique. C'est l'effet d'une soumission au dogme mondialiste qui conduit l'Union à condamner ceux qui défendent l'Europe de l'invasion migratoire, en même temps qu'elle finance les ONG et les fondations qui conduisent une véritable guerre contre la souveraineté des nations et leur capacité à définir elles-mêmes les conditions d'accès à leurs territoires, à leurs systèmes sociaux et à leur citoyenneté.

L'Europe doit rendre aux nations la capacité de défendre leurs frontières selon la situation sécuritaire migratoire qui leur est propre. Elle doit organiser la défense de ces frontières extérieures en mettant à la disposition des nations qui les protègent les moyens qu'elles demandent. Au service d'un objectif unique, n'entrent dans chaque nation d'Europe que ce que chacune des nations d'Europe a choisi d'admettre. Dans ce domaine, la rigueur est la véritable humanité. Combien de vies sauvées en Méditerranée ? Combien d'esclaves préservaient des trafiquants ? Si dès le début, il avait été clair qu'aucun bateau ne traverse la Méditerranée contre la volonté des nations européennes.

Nous saurons le dire, les Français ont bien raison de vouloir demeurer Français, comme les Italiens veulent demeurer Italiens et les Grecs, Grecs. La diversité extérieure des peuples unie à l'intérieur est la richesse de l'Europe que nous voulons. Et toute tentative de faire de nous des Allemands comme les autres est une tentative de destruction de l'Europe, de sa féconde diversité, de la foisonnante et heureuse diversité de ces peuples unis dans la frontière, dans leurs nations et dans leur liberté politique. Vous l'avez compris, notre ambition est grande. Elle est à la hauteur des enjeux auxquels nous faisons face.

Car notre Europe, l'Europe de nos nations, est menacée dans son existence même. Le monde multilatéral qui nous est promis prend de plus en plus le visage d'un monde bipolaire, partagé entre les États-Unis et la Chine, un monde dans lequel l'Europe n'aurait d'autre choix que de se soumettre et d'obéir. Nous ne nous résignons pas à ce choix. Nous entendons que l'Europe prenne place comme l'un des pôles de ce monde multipolaire et qu'elle devienne un foyer d'équilibre, de paix et de sécurité, l'allié de tous les peuples libres.

Voilà pourquoi nous voulons que la France, seule puissance nucléaire, seul membre du Conseil de sécurité de l'Union européenne, détermine les moyens d'une alliance militaire européenne dotée de moyens autonomes, capable d'affronter elle-même toute situation de tension à l'intérieur de ses frontières ou alors à bord immédiat, dans une vision très éloignée du projet fou d'armée européenne, chère à nos adversaires.

Voilà pourquoi nous souhaitons que l'euro, grâce à une gouvernance réformée, soit le moyen d'une indépendance complète des systèmes de paiement internationaux, des achats et des règlements des matières premières et des stratégies mondiales des entreprises européennes à l'égard des systèmes financiers et juridiques des puissances étrangères qui voudraient les contraindre. Voilà pourquoi nous voulons que l'Europe se dote de tous les moyens d'expertise indépendants pour assurer le respect des préférences des populations européennes, notamment dans les domaines alimentaires et industriels.

Reconnaître un droit à l'exception culturelle en matière alimentaire sera un premier pas dans cette direction et dans le choix d'une agriculture aménageuse de nos territoires et de la vie locale dont la qualité fera l'attractivité.

Voilà pourquoi le lien entre l'économie et les citoyens doit être refondé par des programmes de participation, par l'exercice concret de la responsabilité nationale et territoriale des entreprises, par la mobilisation des capacités de financement au plus près des territoires et des intérêts locaux, la baisse constante du coût du travail dans le prix global des produits industriels comme les nouveaux moyens de production permettent d'envisager un retour des industries sur notre territoire, non seulement comme une réponse au problème du chômage et du financement des retraites, mais aussi et surtout comme un moyen de compétitivité et de préférence des clients.

Un véritable nouveau modèle économique s'annonce. Faudrait-il que l'Europe, qui a marqué le tournant du numérique, manque l'avènement de la nouvelle économie, marquée par la proximité, par le retour au territoire, par le souci de la vie et des écosystèmes, et plus que tout, par l'ardente obligation de faire du progrès la promesse d'une vie meilleure pour tous. Voilà notre projet pour l'Europe des nations. Ce projet nous engage, se manifeste et notre ligne d'action et de propositions.

Il constitue notre contribution à l'Europe que nous voulons, l'Europe de la liberté des peuples, l'Europe de nations fortes, souveraines et unies, l'Europe de tous les européens qui savent ce qu'ils se doivent et ce qu'ils doivent exiger de l'avenir. Je vous remercie.

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