MACRON ET LES INFLUENCEURS : LE VIDE ET LE NÉANT, PAYÉ AVEC NOS IMPÔTS !
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- 1:00Gabriel AttalPromesse
« À partir de 2019, les réseaux sociaux ont vu apparaître de nouveaux influenceurs. Et si vous avez 10 millions de vues, je prends un engagement, vous venez tourner à l'Élysée. »
- 3:00Gaspard GantzerChiffre
« Pour faire la promotion du service national universel avec Tibo InShape, l'État aurait déboursé entre 20 000 et 30 000 euros. »
- 5:00Arnaud MercierChiffre
« En 2022, seulement 30 000 jeunes ont participé au SNU, bien loin des 50 000 attendus. »
- 7:00Emmanuel MacronPromesse
« Je le fais sauter avec la réforme des retraites, tout à fait. J'ai pris l'engagement. Mais je vous le promets, les yeux dans les yeux. »
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Bonjour à toutes et tous. Gabriel Attal, secrétaire d'État en charge de la jeunesse. À partir de 2019, les réseaux sociaux ont vu apparaître de nouveaux influenceurs.
Et si vous avez 10 millions de vues, je prends un engagement, vous venez tourner à l'Élysée. Une communication qui avait pour but de séduire un public difficile à atteindre dans les médias traditionnels, les jeunes. Round one !
Une stratégie qui va s'avérer beaucoup moins efficace que prévue. Je me dis putain, on me propose 50 000 balles pour dire que l'État, ils sont à l'écoute des jeunes, qu'ils sont là pour les aider, alors que c'est faux, on sait tous que c'est faux. Une communication où l'opacité règne face à nos questions.
Les gens vont pas croire, les gens vont dire que c’est préparé à l’avance. Tout est spontané, tout est vrai. N'est pas un influenceur qui veut.
Vous aimez le foot tous les deux ? Oui, tout à fait. Kylian Mbappé, c'est moi qui m'occupe de sa carrière.
Je m'appelle Gaspard Gantzer, je dirige aujourd'hui une agence de communication qui s'appelle Gantzer Agency, je suis par ailleurs enseignant à Sciences Po et j'ai travaillé pendant longtemps avec François Hollande, mais aussi avec Bertrand Delanoë et Laurent Fabius. Ils ont essayé, je pense, à partir de 2019, de s'appuyer sur les influenceurs pour faire passer leur message, avec une bonne intention, faire connaître le service national universel, donc le SNU, toucher la jeunesse qui ne regarde plus forcément la télé autant qu'avant, n'écoute plus la radio, ne lit pas les journaux traditionnels. Ils croient en leur idée, moi je trouve que l'idée du SNU est bête, mais bon, ils croient dans cette idée, ils se disent "on y va, comment est-ce qu'on fait pour toucher la jeunesse ?" Il y a quelqu'un qui a dû dire "ouais, mais je crois que les jeunes, ils aiment bien les influenceurs, ça allait de go pour les jeunes, je pense que c'est comme ça qu'ils ont réfléchi." Dans cette vidéo, je vais suivre pendant 24 heures des jeunes qui font le SNU.
Et nous ne sommes pas tout seuls, nous sommes accompagnés du secrétaire d'État, monsieur Gabriel Attal. Ce recours aux influenceurs, et notamment à Tibo InShape, c'est que ça n'a pas forcément été assumé comme tel. Ça semblait plus être une rencontre informelle ou une réappropriation spontanée, alors que c'était simplement de l'achat d'espaces publicitaires.
Bonjour à tous, déjà. Donc je vais être avec vous pendant 24 heures, je vais dormir avec certains d'entre vous dans la jungle, en espérant qu'il n'y ait pas trop de serpents et de mygales C'est des protéines, donc on les mangera. Je remercie monsieur le ministre pour l'invitation.
Merci à tous. Après, je pense que là où ça a peut-être été un peu naïf, c'est de penser que ça passerait crème, alors que les jeunes, tout comme tous les observateurs, savent aujourd'hui très bien décrypter les stratégies publicitaires, les stratégies de communication. Et au début, peut-être qu'ils ont su profiter du fait qu'on ne savait pas trop quel était le statut des influenceurs.
J'ai adoré passer ces 48 heures avec vous, que ce soit dans la forêt, à manger la gamelle, sous la pluie, dans la jungle, à travers les mygales, c'était super cool. Donc déjà, je veux vous applaudir. Merci beaucoup.
Pour faire la promotion du service national universel avec Tibo InShape, l'État aurait déboursé entre 20 000 et 30 000 euros. Pour quel résultat ? Quatre ans après le lancement de la campagne de communication, le gouvernement fait face à un échec.
Un rapport sénatorial dresse un bilan amer des premières années d'expérimentation du SNU. En 2022, seulement 30 000 jeunes ont participé au SNU, bien loin des 50 000 attendus. Et alors que le gouvernement souhaitait le généraliser, le rapport préconise de suspendre cette mesure.
Je m'appelle Arnaud Mercier, je suis professeur en communication à l'université Paris-Panthéon-Assas, à l'Institut français de presse. Je pense qu'ils ont intérêt à utiliser ce type de support médiatique parce que c'est celui qui leur donne le plus de certitude de toucher une partie de la clientèle. C'est-à-dire qu'il peut tout à fait trouver les moyens d'essayer de s'adapter par les supports, par la manière de s'exprimer, pour être sur des lieux où il y a des chances de rencontrer la jeunesse.
Mais si c'est pour leur vendre ses trucs à lui, des trucs qui sont soutenus massivement par les retraités, par les personnes âgées conservatrices qui trouvent que quand même, on a beaucoup perdu depuis que "ah, avant il y avait le service national, c'était mieux", etc. Mais si c'est ça qu'il a à vendre auprès de la jeunesse qui n'en veut pas, il y a peu de chances que ça marche. Je pense que la communication y est peut-être pour quelque chose.
En tout cas, ils n'ont pas su trouver les mots, les arguments pour convaincre la jeunesse, ça c'est sûr. Petit 1, petit 2, le choix des médias comme les influenceurs pour faire passer le message ça n’a pas été très efficace, mais c'est quand même l'idée à la base qui n'était pas bonne. C'est-à-dire que forcer les jeunes à s'engager, c'était quand même pas une bonne idée de départ.
Donc même avec la meilleure communication du monde, même avec la meilleure stratégie publicitaire du monde, je pense que ça n'aurait rien changé. Parallèlement, Emmanuel Macron va définitivement faire son entrée dans l'univers des réseaux sociaux en février 2021. Le président va s'associer à deux youtubeurs parmi les plus influents, McFly et Carlito.
Leur chaîne cumule plus de 7 millions d'abonnés. Une aubaine pour Emmanuel Macron encore très peu présent sur les réseaux sociaux. Ce qui est intéressant, c'est qu'Emmanuel Macron, même si on a quasiment le même âge, il a deux ans de plus que moi, il est né en 1977, n'est pas du tout un "digital native", c'est-à-dire qu'il n'est pas né numérique.
Et il a attendu d'être ministre de l'Economie et des Finances, donc en 2014, pour se doter d'un compte Facebook et d'un compte Twitter. C'est-à-dire qu'avant, il n'était pas du tout connecté aux réseaux. Donc il a appris l'usage des réseaux sociaux en apprenant à être un homme politique.
Et donc tout ce qu'il fait sur les réseaux sociaux, ce n'est pas la transformation d'une pratique personnelle en une pratique professionnelle ou politique, c'est quelque chose qui lui a été conseillé par des conseillers et des entourages. Donc c'est un interprète, mais ce n'est pas un auteur. Oh là là, il y a un service de luxe, les amis !
C'est de l'eau présidentielle, attention ! Je vais vous laisser aucune chance. À chaque fois qu'il fait un choix sur le numérique, il faut bien se dire que ce n'est pas lui qui a eu comme ça l'idée de se dire "Ah bah tiens, super, je vais aller chez McFly et Carlito", il ne les connaît pas.
Donc c'est un conseiller qui est venu lui voir en disant "Tiens, tu devrais aller donner une interview ou faire une émission avec McFly et Carlito." Ah oui, c'est vrai. Ce n'est pas parce que vous avez eu 8 concours d'anecdotes dans les pattes que vous allez me… Écoutez-moi.
Moi, je suis pas… Je suis en train d'être… Non mais c'est simplement… Non mais il est en train de me chambrer ! L'idée de cette association vient du conseiller communication d'Emmanuel Macron de l'époque, Clément Léonarduzzi. Homme de l'ombre, qui a fait carrière dans la publicité, il est courtisé par Emmanuel Macron dès 2017.
Il décide de s'engager auprès du président en 2020, dans le but de préparer la réélection de ce dernier. C'est dans ce contexte que Clément Léonarduzzi met en place le partenariat entre Emmanuel Macron et les deux youtubeurs McFly et Carlito. Je pense que Macron, qui avait des petits problèmes d'image à ce moment-là, sortie de Covid, en plus il avait viré Edouard Philippe, qui était plus populaire que lui, donc c'était un peu bizarre, il s'est dit, enfin son conseiller a dû lui dire "On va essayer de redorer un peu ton blason, peut-être rajeunir un peu ton image." Parce que même si Macron est jeune, en réalité, la communication est une communication assez classique, assez vieille, quelque part.
Donc c'était un bon coup d'image, mais à mon avis, qui a plus marché vis-à-vis des médias, ou vis-à-vis des personnes les plus âgées, que vis-à-vis des jeunes. Vous faites la traversée à quelle heure ? 13h. 13-14h, je crois.
Ah ouais ? -15h, peut-être. 16h, peut-être. 17h. 18h. 19h. 20h.
C'est la chanson des heures. Oh non, mais ça… C'est toujours la chanson des heures ! La seule chose que pouvait en espérer, à mon avis, Emmanuel Macron de cette opération, c'est d'accréditer l'idée que c'est un président sympa.
Cool. Quelque chose comme ça. Auprès des jeunes, quoi.
Bon. Maintenant, est-ce que ça permet d'aller plus loin ? J'en suis pas du tout convaincu.
Évidemment que c'est politique, évidemment que c'est malin. Il y a de la stratégie derrière. Il est pas bête, il est pas dupe.
Il fait pas ça juste pour nous faire plaisir. Évidemment qu'il est… Il y a les élections dans un an. Oui, oui.
Bon. Mais en même temps ! Vas-y, vas-y !
Je pense que pour des influenceurs qui ne font pas habituellement de politique, se livrer à ce type d'opération, et si on se rend compte à l'usage que c'était le seul invité, ça jette un peu le trouble sur pourquoi ils ont fait ça. Même si tout le monde comprend très très bien pourquoi ils ont fait ça. C'est parce que c'est un jeu de promotion croisée et de notoriété croisée.
À part accréditer l'idée du président cool, franchement, l'apport me paraît proche de zéro. Dans quelles conditions ont été tournées les vidéos avec les deux youtubeurs ? Y a-t-il eu un contrat entre Emmanuel Macron et McFly et Carlito ?
Etait-ce mis en scène ? Contacté par téléphone, Carlito nous assure que la vidéo a été tournée dans les mêmes conditions que toutes les autres. En gros, on l'aurait pas fait s'il y avait eu des conditions et des verrous comme ça.
Mais est-ce que l'Elysée a eu son mot à dire sur la version finale ? En fait, on a envoyé à l'Elysée comme on envoie à tous nos guests. Les gens vont pas croire !
Les gens vont dire que c'est préparé à l'avance… Euh… Tout est spontané, tout est vrai. Je pense que la prise de risque, elle était proche de zéro sur le fond. C'est-à-dire qu'il risquait pas d'être déstabilisé par telle ou telle question.
Vrai ou faux, il y a un groupe de métal qui nous attend dans le jardin de l'Elysée afin de performer un mini-concert privé. J'ai quand même bien envie… que vous les preniez, ces avions. Ouais.
Je veux dire, j'ai bien envie. Ça ne nous donne pas la réponse. Non, mais… C'est vrai.
Chers amis, c'est la première fois dans un concours d'anecdotes que nous allons vérifier ensemble la réponse. Caméra ! On ne sait donc pas, au moment où on se parle, si c'est vrai ou faux ?
Non, mais c'est impossible. Si un groupe de métal peut aller s'installer secrètement dans le jardin de l'Elysée sans que la police, qui est chargée de protéger le palais, ou les gendarmes qui sont à l'intérieur soient au courant, c'est un problème. Donc, évidemment, tout le monde est au courant, et le président lui-même.
Bonsoir à tous ! Nous avons contacté Clément Léonarduzzi et le service communication de l'Elysée pour en savoir plus, mais ils n'ont pas souhaité nous répondre. Pourquoi une telle opacité ?
L'opération de communication à destination des plus jeunes était-elle réussie ? Merci, c'est tout pour nous ! Bonsoir !
Je suis absolument persuadé qu'il y avait des aficionados de McFly et Carlito qui n'avaient aucune intention de voter, et que ça ne les a pas convaincus du tout d'aller voter pour Macron. La réalité, c'est que je pense que la vidéo, l'interview de McFly et Carlito, ça a été un très bon coup de com' vis-à-vis des personnes âgées. Ça a fait parler de Macron, et ça a montré qu'il avait une forme de dynamisme, et ça l'a montré dans un exercice où il semblait plutôt à l'aise.
On est quand même le plus beau pays du monde. Pour être un bon influenceur, il faut savoir aussi dévoiler sa vie privée au public. L'élection présidentielle de 2022 lancée, Emmanuel Macron met en ligne la web-série "Le candidat".
L'idée vient une nouvelle fois de Clément Léonarduzzi, qu'on aperçoit ici, dans l'un des épisodes de la série, échanger avec Emmanuel Macron. L'objectif, c'est de prendre combien de questions ? Une bonne trentaine, ça serait génial, mais ça va dépendre énormément de la longueur de tes réponses.
Plus tu fais court, plus on en prend, plus l'exercice que tu voulais faire de confrontation, d'échange, de “J'ai rien à cacher” est réussi, mais t'es vraiment maître des horloges là-dessus. La série a pour but de révéler les coulisses de campagne du candidat. Est-ce que dorénavant, je peux vous appeler "Monsieur le candidat" ?
Oui, bien sûr. Vous êtes là pour le candidat. Donc, appelez-moi "Monsieur le candidat", il n’y a aucun problème.
Il l'a fait de façon beaucoup plus produite, beaucoup plus scénarisée, et donc, ça faisait vraiment totalement fake, quoi. Vraiment, c'était fou, tellement ça faisait faux, quoi. J'ai dû, ce matin, parler au président Poutine longuement, puis au président Zelensky, essayer d'agir, et dans le même temps, je voulais aussi, avec beaucoup d'humilité et de lucidité, soumettre ma candidature aux Françaises et aux Français.
Ça faisait vraiment acting, vous voyez ce que je veux dire ? On sent que Macron aime faire du théâtre, quoi. il y a des moments où, vraiment, il prend un air grave, il baisse la tête.
Parfois, je donne l'image d'arrogance aux gens. Je crois pas que je sois arrogant. Je suis très conquérant, je suis trop, parfois… On vous le dit ça ?
Non, mais j'écoute les médias, c'est ce qu'ils disaient. Ils disaient "Ouais, parce qu'on a le sentiment que tout m'a toujours réussi, et parce que je peux être dans l’énergie très… Parfois, trop secouer les choses." Je suis très conscient de ma fragilité.
De la condition qui est la mienne, et de ce que sont nos vies. Tu vois, là, quand t'as une femme qui t’aborde et qui te dit "Il y a 5 ans, j'ai fait votre campagne avec mon mari, c'était votre premier militant, il est dans un fauteuil, il a eu un cancer… Je me dis… Calmos.” On est vraiment actor studio, quoi.
Et donc, ce biais actor studio, il a été hyper accentué dans la série. Si à chaque seconde, on considère que la confiance est acquise, et qu'on n'a pas à se remettre en cause et à aller la chercher, la solliciter, à ce moment-là, on perd. Il y a une confusion chez beaucoup d'hommes politiques entre "Il existe un support, donc c'est un nouveau média, donc je l'investis, et donc, super, youpla boum, je deviens mon propre média, donc je l'investis comme je veux, j'ai pas ces emmerdeurs de journalistes qui me coupent la parole, qui me posent des questions difficiles auxquelles j'ai du mal à répondre, qui me coincent parce qu'ils vérifient en même temps ce que je raconte." Donc, c'est super, c'est tout bénéfice.
Je suis pas… Sauf que, pour que ça devienne un vrai bénéfice, il faut pas se contenter de le voir comme "Je suis mon propre média et j'ai pas de journaliste sur le dos." Mais il faut aussi se dire "Oui, mais c'est un mode d'expression, il y a des codes, et donc, il faut que j'acquière ces codes." Dans "Le candidat", Emmanuel Macron prend également des engagements quant à sa politique, notamment concernant l'indemnité de retraite perçue par les présidents.
J’ai voté pour vous, mais je regrette. Ah, alors, dites-moi pourquoi. Vous, quand vous allez plus être président, votre privilège, c'est quoi ?
C'est continuer à gagner 14 000 euros. Vous le faites sauter ? Je le fais sauter avec la réforme des retraites, tout à fait.
J'ai pris l'engagement. Mais je vous le promets, les yeux dans les yeux. Était-ce vraiment, encore une fois, qu'une simple opération de communication, ou bien tient-il ses promesses ?
Donc, à chaque fois qu'il y aura un président, ils vont plus rien toucher. Non. Alors, c'est quoi votre réaction quand vous voyez ça ?
Je me dis quand même qu'on a du mal, aujourd'hui, à parler politique sérieusement, et que les réseaux sociaux et que les réactions font quand même beaucoup de mal et abîment vraiment la politique. Le sujet des retraites, il est trop important, il nous concerne tous, pour avoir des petites phrases. Compte tenu de la réforme très dure, très brutale, qu'il impose aux Français, et notamment qu'il impose aux Français qui ont finalement les salaires les plus modestes, qui ont des carrières hachées, aux femmes, qui ont aussi des carrières souvent beaucoup moins linéaires que les hommes.
Et donc, oui, en termes d'exemplarité, cet engagement, il doit le tenir. Lors de l'examen du texte sur la réforme des retraites, la députée Christine Pires-Beaune a déposé un amendement pour supprimer l'indemnité de retraite de 5 200 euros du chef de l'État. Je me dis, le président de la République prend cet engagement, autant lui faciliter la tâche, en quelque sorte, et je dépose cet amendement pour remplir l'engagement.
Il a été malheureusement déclaré irrecevable et on ne l'a pas discuté. Pour le moment, la fin de l'indemnité retraite des présidents n'est toujours pas d'actualité. En définitive, que reste-t-il de cette campagne de communication ?
La jeunesse, premier public visé par toutes ces vidéos, s'est-elle sentie écoutée ? S'est-elle sentie aidée ? Julien Meimon a fondé Linkee, une association qui récupère les invendus alimentaires.
Depuis la pandémie de Covid-19, il distribue toute la nourriture récupérée aux étudiants dans le besoin. Une aide précieuse quand on sait que près d'un étudiant sur deux saute un repas pour des raisons financières. On pensait que ça allait durer quelques mois, peut-être six mois, mais le temps que la crise durait.
Puis finalement, on s'inscrit dans la durée et finalement, on doit être là tous les jours. Et finalement, on a multiplié le nombre de sites dans lesquels on est présent, le nombre de villes dans lesquelles on doit organiser des distributions, et qui fait qu'aujourd'hui, dans ces distributions, on peut remplir des paniers, des colis. L'idée, c'est que ce colis ait rempli un frigo pendant quasiment une semaine.
En 2022, Julien et Linkee ont distribué un million de colis alimentaires. Et depuis le début de l'année 2023, ils en sont déjà à 400 000. La jeunesse est délaissée, les étudiants tout particulièrement.
On sait très bien que les repas à un euro, qui était une mesure en accordéon, parce qu'une fois, on a ouvert à tout le monde, une fois, c'était que pour les boursiers, ça a changé en permanence, ça ne permet pas de résoudre la précarité alimentaire étudiante. Et au-delà de la précarité alimentaire, il y a d'autres précarités. Logement, accès aux droits, accès aux soins.
Donc on sait très bien qu'il y a une situation qui est dramatique pour les étudiants. Et ce qu'on a vécu et ce qu'on vit tous les jours, c'est que les files d'attente n'ont pas réduit. On a ouvert de nouveaux lieux de distribution et c'est pris d'assaut immédiatement.
Donc il y a une précarité structurelle. Je ne suis pas sûr que le pouvoir et que les responsables politiques entendent tout ce qui est dit par la jeunesse et tout ce qui est dit par les étudiants qui sont en détresse et qu'on voit, nous, tous les jours. Pour ces étudiants, Emmanuel Macron n'a jamais pris au sérieux les problèmes auxquels ils font face.
Je crois qu'il n'est pas à tout pour la jeunesse. Déjà, il ne prend pas les enjeux que nous, on porte, c'est-à-dire les enjeux écologiques, sociétaux et sociaux. Et puis, on le voit aujourd'hui, si on a envie de venir ici pour bouffer, c'est qu'on n'a pas le pouvoir d'achat pour manger.
Donc je pense que c'est ça le message que je voudrais lui faire passer. Peut-être qu'il prenne au sérieux les enjeux qu'on a, politiques et juste qu'il nous permette de remplir notre frigo correctement. Je lui dirais de venir voir ce qui se passe vraiment parce que je pense qu'il n'a pas l'impression que c'est vraiment la galère pour tous les étudiants.
De revoir ses priorités financières. Clairement, s'il n'y a pas d'étudiants, il n'y a pas de société, il n'y a pas d'avenir en fait. Voilà.
Face à cette réalité, que vaut toute cette communication d'Emmanuel Macron qui visait la jeunesse ? Emmanuel Macron, il peut faire tous les efforts du monde pour parler à la jeunesse ce qui est louable en utilisant des médias jeunes, mais le problème, c'est le fond de la politique. Et les jeunes, ils attendent qu'on leur parle des sujets qui les préoccupent, leur pouvoir d'achat, leur accès à l'emploi, la question de l'égalité, la question de l'environnement.
Mais le problème, c'est que sur tous ces sujets, il y a d'un côté la jeunesse qui pense A, et de l'autre côté, Macron qui pense B. Je pense que les seules personnes dans la population française qui sont sensibles à la jeunesse d'un candidat, ce sont les vieux. Ce qui compte, c'est le fond de la politique.
Donc quand Macron, lui, joue au jeune, il essaie peut-être de se faire aimer comme un fils ou un petit-fils. C'est possible. La communication, ça ne peut pas être qu'un artifice.
Ça ne peut pas être qu'une technique. Il faut qu'à un moment, il y ait le fond qui corresponde à la forme, en quelque sorte. Chez Macron, il sait faire la forme.
Mais si le fond ne suit pas, ça ne changera rien. Mais au fond, c'est de la considération et de l'amour. Si tu y vas et que tu donnes, des gens qui ont fait des choses… qu'on les aide.
C'est des gens… super.