L'Iran frappe Israël : le monde retient son souffle - C dans l'air l'invité - 02/10/24
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
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C'est une offensive de l'Iran qu'on peut comparer à ce qui s'était passé en avril ou c'est de nature différente?
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Vous considérez que c'était une démonstration de force de Téhéran qui a fonctionné?
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Qu'est-ce que ça pourrait être, militairement, techniquement?
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Est-ce que tout le Moyen-Orient pourrait s'embraser?
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Qu'est-ce que vous redoutez le plus?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« L'Iran a reconnu avoir tiré 200 missiles balistiques sur le territoire israélien. »
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« 180 missiles balistiques, ça n'a même pas été vu dans la région ou ailleurs depuis la guerre Iran-Irak. »
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« Il leur faudrait plusieurs mois pour avoir une arme nucléaire fonctionnelle. »
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« D.Trump est aussi un président relativement isolationniste, qui ne veut pas envoyer de militaires américains dans la région, au Moyen-Orient ou en Asie. »
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france.tv access ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. Mon invitée est H.Fayet.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes chercheuse au Centre des études de sécurité de l'Ifri. L'Iran a reconnu avoir tiré 200 missiles balistiques sur le territoire israélien.
B.Nétanyahou a estimé que Téhéran avait commis une erreur grave et qu'il en paierait le prix. Une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'escalade des tensions dans la région se tient ce mercredi.
C'est une offensive de l'Iran qu'on peut comparer à ce qui s'était passé en avril ou c'est de nature différente? - H.Fayet: La nature est différente, d'abord en termes de préavis.
En avril, il y avait eu une réponse à l'attaque iranienne. Il y avait eu quasiment 15 jours de délai entre l'attaque israélienne et la réponse iranienne. Il y avait eu plus de préavis.
Les types de missiles étaient différents. En premier lieu, il y avait eu une vague de drones, puis des missiles de croisière, et enfin, des missiles balistiques. Ca avait permis d'étaler la réponse de la défense antiaérienne israélienne.
En avril, c'était déjà une attaque d'ampleur, avec un côté démonstration de force. Là, c'est d'une ampleur encore supérieure, avec une volonté de nuire et un calcul dangereux des Iraniens. Ils se doutaient qu'une grande partie des missiles allaient être interceptés par le système Arrow. - C.Roux: Le Dôme de fer? - H.Fayet: Non.
C'est pour les missiles de courte portée et les roquettes. Le Dôme de fer pour la courte portée...
La dernière couche, c'est le système Arrow. C'est ce qui a été mis en oeuvre hier soir. Ils se doutaient bien qu'une grande partie des missiles allaient être interceptés, mais il y a toujours un risque de causer des dégâts importants, voire d'avoir plus de morts qu'hier.
Une seule personne a été tuée. C'est un calcul dangereux qu'a effectué l'Iran hier. Il y a eu la confirmation d'un engagement américain avec des bâtiments de surface ou des navires américains qui ont mis en oeuvre leur système de défense antimissile balistique.
Le président Macron a annoncé que la France avait mis en oeuvre des moyens militaires pour défendre Israël, mais contrairement à l'attaque du 13 avril, où les aéronefs français et britanniques avaient été engagés, notamment pour détruire des drones et des missiles de croisière, les missiles balistiques sont plus difficiles à intercepter avec des aéronefs. C'est beaucoup plus des systèmes de missiles antibalistiques...
Des systèmes antimissiles qui ont été mis en place. - C.Roux: Vous considérez que c'était une démonstration de force de Téhéran qui a fonctionné?
Il y a eu des doutes sur ce qui s'était passé en avril. - H.Fayet: On est au-delà de la démonstration de force. 180 missiles balistiques, ça n'a même pas été vu dans la région ou ailleurs depuis la guerre Iran-Irak.
A l'époque, les missiles étaient moins performants et de plus courte portée. - C.Roux: C'est une déclaration de guerre? - H.Fayet: L'Iran et Israël sont en guerre depuis 1979.
C'est l'objectif de la République islamique que de détruire ce qu'ils appellent "l'entité sioniste". On a franchi un nouveau seuil dans la conflictualité. A mon sens, ça avait déjà été franchi en avril, mais là, c'est la confirmation de cette volonté d'aller dans un affrontement plus direct.
On n'est pas dans une guerre ouverte. Je ne pense pas qu'il y aura des soldats israéliens sur le sol iranien. - C.Roux: Il y aura une réponse forte d'Israël.
On écoute l'ambassadeur israélien à l'ONU. Le ton est donné. - Il y a quelques heures, le régime iranien a lancé un assaut sans précédent sur Israël.
Il a lancé près de 200 missiles balistiques sur notre population civile. J'ai même demandé qu'une session d'urgence du Conseil de sécurité se réunisse dès que possible pour discuter de cette attaque sans précédent et pour condamner clairement et sans équivoque l'Iran. Je tiens à être clair.
Nous défendrons notre peuple, nous agirons. L'Iran ressentira bientôt les conséquences de ses actions. La réponse sera douloureuse. - C.Roux: Qu'est-ce que ça pourrait être, militairement, techniquement?
On entend N.Bennett dire qu'il faut agir maintenant pour détruire le programme nucléaire iranien, ses installations énergétiques centrales et paralyser le régime terroriste. - H.Fayet: Il y a une dimension performative des discours d'anciens ministres israéliens, qui cherchent à terroriser la population iranienne et à essayer de provoquer un soulèvement de la population iranienne contre le régime.
Toutes les options sont sur la table pour une réponse israélienne. Il faut espérer que les Etats-Unis réussissent à modérer la réponse israélienne. - C.Roux: Ca pourrait être une réponse israélienne et américaine? - H.Fayet: Les Américains pourront fournir un soutien discret, par exemple en termes de renseignements.
De là à afficher clairement une participation américaine à une riposte israélienne, ça me semble peu probable vu le contexte électoral actuel aux Etats-Unis. Dans la presse israélienne, certains analystes confirment la piste potentielle d'une attaque contre les sites énergétiques iraniens, des sites de production de pétrole généralement à la frontière iranienne, sur le golfe Persique. C'est plus accessible que des sites nucléaires iraniens, qui sont dans la profondeur du territoire iranien, extrêmement bien défendus.
On entrerait dans une nouvelle dimension du conflit. - C.Roux: Quelle est la piste que vous privilégiez? - H.Fayet: La piste d'une frappe contre les sites pétroliers et des sites stratégiques iraniens qui ne soient pas militaires.
Par exemple, des bases aériennes. - C.Roux: Ce qui inquiète tout le monde, c'est la suite, la réponse de l'Iran à la réponse israélienne, à l'idée que l'Iran puisse utiliser d'autres types de missiles.
Il y a les Fattah 2 qui seraient les plus destructeurs. Il y a aussi des hypothèses avancées par des spécialistes de l'Iran. Un spécialiste dit que ça pourrait être une façon pour l'Iran de réviser sa doctrine sur le nucléaire et d'envisager de passer du civil au militaire.
Le monde retient son souffle. - H.Fayet: Oui.
L'Iran attend potentiellement une sorte de provocation de la part d'Israël pour franchir le seuil du nucléaire. Pour le moment, il n'y a pas de signe que le programme nucléaire iranien est en phase de construire une arme nucléaire. S'ils prenaient la décision de la construire, il leur faudrait plusieurs mois pour avoir une arme nucléaire fonctionnelle.
A plusieurs reprises cette année, les officiels iraniens ont expliqué que toute attaque contre des sites nucléaires iraniens pourrait engendrer une révision de cette doctrine. On entrerait dans un jeu totalement différent. Même les Israéliens n'ont pas intérêt à pousser l'Iran vers l'arme nucléaire. - C.Roux: L'AIEA ne va plus en Iran.
Il n'y a plus de visibilité sur ce qui se passe en Iran. - H.Fayet: Des rapports trimestriels sont quand même publiés par l'AIEA, qui arrive à faire des estimations fiables du programme nucléaire iranien.
Les services de renseignements israéliens et américains peuvent aussi surveiller le programme. Pour le moment, Il n'y a pas d'arsenalisation du programme. Chaque jour, l'Iran se rapproche de cette capacité de fabriquer l'arme nucléaire. - C.Roux: Est-ce que tout le Moyen-Orient pourrait s'embraser? - H.Fayet: Le risque d'embrasement du Moyen-Orient est beaucoup plus ancien.
Les attaques terroristes et le massacre du 7 octobre étaient déjà un risque d'embrasement. Les décisions israéliennes de frapper des dirigeants du Hezbollah, des dirigeants iraniens...
On franchit chaque jour un peu plus...
On s'habitue à des choses qu'on n'aurait jamais pensé voir. Pour l'instant, la vie continue, mais jusqu'à quand? - C.Roux: Il y a une échéance regardée par tout le monde, celle des élections américaines.
D.Trump dit: "Le président des Etats-Unis devrait faire exploser ce pays en 1000 morceaux." Il parle de l'Iran. - H.Fayet: C'est D.Trump qui est sorti de l'accord de Vienne, qui limitait le programme nucléaire iranien, alors qu'il n'avait aucune raison de le faire étant donné que le programme était sous contrôle.
Il faut s'inquiéter d'une dégradation encore supérieure de la situation. D.Trump est aussi un président relativement isolationniste, qui ne veut pas envoyer de militaires américains dans la région, au Moyen-Orient ou en Asie.
Il est possible qu'il ne fasse rien. - C.Roux: Qu'est-ce que vous redoutez le plus? - H.Fayet: J'ai peur d'une erreur de calcul et d'une erreur de compréhension des intentions de ces 2 protagonistes, Israël et Iran.
Quand vous avez 2 adversaires qui ne se parlent pas et qui ont autant de griefs extrêmement anciens, le risque d'une erreur de perception, d'une erreur de calcul est extrêmement élevé. A la fin, ce sont les populations civiles qui en payent le prix. - C.Roux: Merci.
Nous poursuivons ce "C dans l'air".