Iran : les mots de la guerre : Bassidj : une milice de proximité au coeur du contrôle social
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- InvitéFait
« Les Basijs sont des milices qui ont pour mission d'assurer le contrôle social en Iran. »
- PrésentateurFait
« Ce sont de braves garçons du quartier ou de l'université d'une entreprise qui sont des militants islamiques, qui sont volontaires, ils sont indemnisés quelquefois, pas forcément payés, et qui sont donc un peu les petits agents de renseignement, les petits contrôleurs à la base. »
- PrésentateurFait
« Il y a un poste de facteur dans le village. Ils sont bien payés ? Non, pas forcément, c'est des indemnités, mais c'est le pouvoir ceux qui comptent. »
- PrésentateurPromesse
« C'est un peu d'argent, mais c'est le pouvoir. J'imagine que le pouvoir permet, peut-être, de bénéficier d'impôts de corruption. »
- InvitéFait
« Les Basijs sont largement impliqués dans la répression du peuple iranien. »
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Bernard Ourcade, vous êtes géographe, membre de la rédaction d'Orient 21. Les Basijs sont des milices qui ont pour mission d'assurer le contrôle social en Iran. Mais alors, qui sont ceux qu'on appelle les Basijs ?
Ce sont de braves garçons du quartier ou de l'université d'une entreprise qui sont des militants islamiques, qui sont volontaires, ils sont indemnisés quelquefois, pas forcément payés, et qui sont donc un peu les petits agents de renseignement, les petits contrôleurs à la base. Quand il y a dans une entreprise des problèmes, le Basijs de Radio France sera là pour vous surveiller, très gentil, très aimable, c'est quelqu'un que vous connaissez bien, c'est le fils d'un collègue, mais qui est un militant très dévoué, et qui va être celui qui va dire à la direction, il se passe ceci et cela.
Donc ces Basijs sont un peu partout, dans les quartiers, dans les entreprises, dans les institutions, et ils sont des milliers qui sont encadrés par les Gardelins de Révolution, qui sont au-dessus d'eux pour les encadrer. Et ils ont des stages régulièrement pour voir comment on travaille, comment on ne travaille pas. Un certain nombre d'entre eux sont des Basijs spéciaux, les Basijs vigés, qui sont eux chargés de la répression éventuellement. Ils sont avec le ministère de l'Intérieur, associés à la police, donc on les entraîne en cas de manifestation pour pouvoir réprimer les méchants manifestants. À coups de bâton, à coups de présence, ou à coups de mitraillette, quand il le faut.
Donc ce sont des militants, mais qui sont très divers. Il m'est arrivé à l'université, l'université ne voulait pas que j'enseigne à faire un cours de géographie, et c'est les Basijs de géographie, qui voulaient qu'un professeur étranger leur enseigne, qui a imposé aux doyens de la faculté de recevoir Bernard Hourcade pour faire son cours de géographie. Donc les Basijs, ce sont des militants. Qu'ont-ils dit ? Le cours a eu lieu. Ça j'ai bien compris, mais comment ont-ils imposé Bernard Hourcade ?
Parce que le cours devait être fait avec un professeur, le professeur n'a pas eu l'autorisation de m'inviter, les Basijs de ce professeur ont dit que ce n'était pas normal, ont été par le doyen, et ont dit aux doyens, il faut qu'Hourcade enseigne ces trois cours de ces conférences de géographie. Et donc il y a le gentil Basijs, qui ça existe, et qui sont très divers. Il y a aussi ceux qui sont extrêmement radicaux. Et en cas de tension, bien évidemment, le Basijs, c'est celui qui va être le plus radical, parce qu'il est le plus pauvre. Il sait très bien que si les choses changent, qui va tomber ? Ce n'est pas un général qui pourra s'expatrier à Dubaï avec l'argent qu'il a volé.
Le Basijs n'a rien fait de particulier. Mais être Basijs, c'est un moyen de promotion sociale. Il y a un poste de facteur dans le village. Ils sont bien payés ? Non, pas forcément, c'est des indemnités, mais c'est le pouvoir ceux qui comptent. Ce n'est pas l'argent, à ce niveau-là. C'est un peu d'argent, mais c'est le pouvoir. J'imagine que le pouvoir permet, peut-être, de bénéficier d'impôts de corruption. Oui, mais par exemple, pour un emploi, il y a un poste de facteur dans un village. Vous passez le concours des PTT, vous n'êtes pas classé mieux. Mais vous êtes Basijs, il faut un rapport moral pour être facteur, n'est-ce pas ? Votre rapport est excellent.
Et comme par hasard, c'est vous qui avez reçu 150e au concours, mais vous n'êtes pas le premier. Et vous avez le poste de facteur. Et vous avez un emploi au PTT. Et ainsi, dans beaucoup de systèmes, le fait d'avoir été Basijs donne un visa de moralité qui fait que, dans beaucoup de sections de l'administration, de l'entreprise, on va choisir comme futur employé quelqu'un qui a été Basijs. C'est un moyen aussi pour les institutions de faire plaisir à la hiérarchie. C'est un moyen de promotion sociale, mais aussi un moyen d'avoir une foule nombreuse de gens qui sont à la marge du système et à cheval entre la société et le système répressif. Il s'agit d'hommes et de femmes.
Oui, il y a des Basijs femmes, bien évidemment. Beaucoup moins. Mais dans tous les secteurs, dans les universités de femmes, par exemple, c'est évidemment des Basijs femmes qui sont là. C'est un secteur très ouvert. Les Basijs sont formés. Ils ont une éducation religieuse et politique tout à fait sérieuse. Mais ils ne sont pas une élite. Par rapport au Gardène de la Révolution, ils ne sont rien du tout. C'est un peu la piétaille. Et là, il y a un gros enjeu. Parce qu'en cas de conflit, comme on le voit maintenant, on l'a vu dans les massacres de janvier dernier, ce sont les Basijs qui ont été au front.
Parce que les Grandes de la Révolution, eux, étaient avec l'armée à défendre, à tenir les positions de lutte anti-aérienne, etc. Ils étaient dans la question militaire défense du territoire, laissant les Basijs au front pour massacrer les gens. Et ils étaient d'autant plus violents qu'eux-mêmes, ils craignaient pour leur propre peau et leur avenir. Donc, ça a créé les massacres. On n'a pas tous les détails sur ces massacres. Mais ça a été épouvantable. Les Basijs étant effrayés par leur situation, et d'habitude, ils avaient un bâton entre les mains. Ils avaient une mitraillette. Ce n'est pas trop sans servir. Résultat, ça a donné la boucherie que l'on connaît.
Et oui, les Basijs sont largement impliqués dans la répression du peuple iranien.
Oui, ils sont l'informateur de base, le petit flic local qui va vous dénoncer pour n'importe quoi. Il veut prendre votre place. Et donc, c'est des gens qui sont très craints. Mais, comme je vous le disais à un moment, il y a aussi parmi eux des gens qui essayent de faire que la machine fonctionne. Ils sont bons républicains. Ils voudraient que la République islamique fonctionne bien. Donc, cette ambiguïté est très intéressante parce que ça montre la diversité des choses et les conflits qu'il y a. Et le fait que les idées de la révolution de 78-79 sont toujours là. Elles sont étouffées, mais elles sont toujours là. Certains rêvent que l'Iran prospère, libre, etc.
D'autres disent que ça ne peut se faire que dans le cadre de l'islam rigouru. Tout est là.
Impossible de parler de contrôle social sans parler du contrôle exercé sur les femmes en Iran. Bernard Ourcade a ce sujet.
Une révolution comme en Iran, c'est quelque chose de fondamental, de social. Ce n'est pas uniquement politique. Et donc, les femmes ont été au cœur de cela. Les religieux voulant remettre les femmes dans le système patriarcal et les femmes iraniennes voulaient autre chose. Et ce combat, il a été gagné, effectivement, par les femmes. Aujourd'hui, les gens du régime disent notre grande défaite. Ça a été que la loi sur la chasteté et le hijab a été votée par le Parlement, a été promulguée par le Président, qui a immédiatement dit que cette loi ne sera pas appliquée. Autrement dit, elles ont gagné contre la République islamique.
Ça, justement, parce que les basidges se sont illustrées par leur volonté farouche de faire appliquer cette loi, notamment sur le voile.
Oui. Les militants traditionnels qui surveillaient partout dans les entreprises, n'importe où, une femme qui était mal voilée, était mal notée, pas de promotion, etc. C'était un harcèlement permanent. Et ces basidges ont été désavoués. On leur a dit, vous n'avez plus le droit d'embêter les femmes comme cela, c'est contre-productif. Ça va animer une tension contre la République islamique dans la vie quotidienne. Et donc, le fait que les femmes aient réussi à imposer que nous avons le droit d'être libres, et ceci, ils l'ont imposé à la hiérarchie de la République islamique, au plus dur. Disons, on ne peut pas faire ça.
Obligeant le petit basidji à accepter, au nom de l'intérêt de la République, et il faut que tu arrêtes d'embêter les femmes. Et ça, c'est une victoire considérable.
Les basidges ont été impliqués dans la répression, Bernard Roccade. Ce que l'on peut se dire, c'est que eux, comme les passes d'Aran, d'ailleurs, sont en quelque sorte en train de lutter dos au mur, parce qu'ils savent
que si le régime tombe... C'est cela. Une des grandes questions qui se posent aujourd'hui, on sait très bien que la République islamique est finie. C'est la dynamique de prendre un bateau pour sauver sa peau. Ils sont dos au mur. Et donc, les basidjis sont des petites gens. Ils savent que les choses changent. Dans le quartier, tu étais basidji de la mosquée du quartier, tu m'as fait des cours tordus et j'aurai ta peau. Et donc, les risques d'une répression contre eux sont évidents, alors que les cadres importants trouveront, ayant déjà prévu, une porte de sortie. Et donc, il y a cette division sociale qui est importante.
Et donc, certains sont prêts à tourner kazakh parce qu'ils ne sont pas des criminels, c'est de bons garçons ou de bonnes filles, dans le fond, et donc, cherchent à sortir. Et c'est là qu'il y a un gros enjeu, je crois, dans les mois qui viennent pour savoir comment ces gens ordinaires de la société iranienne, qui sont devenus basidjis parce que c'était un moyen de promotion sociale, de rentrer dans le système, d'avoir une place, d'être reconnus. C'est la comble Lucien, vous voyez, des gens ordinaires qui essaient d'avoir du pouvoir. Mais, dans le fond, ils ont été un peu piégés par le système. On les a obligés. On te donne une mitraillette, tu vas tuer.
Mais d'habitude, j'étais là pour faire le simple figue. Mais non, cette fois-ci, il faut que tu tues. Ils ont été un peu instrumentalisés aussi. Ça crée des divisions. Et donc, on a là des éléments très importants et qui sont le point qu'il faudra regarder dans l'évolution de l'Iran prochain
Bernard Ourcade.