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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 19 janvier 2026 11 min

Budget : et maintenant... le 49.3 !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Quitoque, la box à cuisiner ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Le Premier ministre a dû prendre la plume pour faire passer la pilule. S.Lecornu a écrit aux entreprises hier alors que le gouvernement a choisi de leur demander un effort de 8 milliards.

On apprend cet après-midi que S.Lecornu a tranché pour le recours à l'article 49-3 pour faire passer sans vote le projet de budget de l'Etat pour 2026. Nous en parlons ce soir avec D.Carlac'h.

Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes membre du conseil exécutif du Medef, vice-présidente d'ABGi France. Un mot pour commencer sur les tensions géopolitiques, avec les Etats-Unis, pour le Groenland...

D.Trump a menacé de sanctions économiques les pays hostiles à l'annexion du Groenland. - D.Carlac'h: On est heureux de rentrer dans des tensions internationales qui reposent sur l'épreuve de force.

Derrière ce rapport de force, ça va raviver le spectre de la guerre commerciale. Derrière la guerre commerciale, qu'est-ce qu'on observe? Il y a un nouvel ordre concurrentiel qui se met en place.

Il y a un signal très précis. Mercredi soir, le président américain s'exprimera à Davos, grand rendez-vous mondial de l'économie. Jamais les Etats-Unis n'ont emmené une aussi grosse délégation à Davos.

Ca raconte que nous sommes les patrons du monde, c'est nous qui voulons dicter l'ordre mondial, le nouvel ordre mondial. Ce matin, S.Séjourné et la Commission européenne ont dit que le Groenland ne sera jamais américain. "On va freiner l'accès au marché de l'UE des entreprises américaines.

On va taxer à hauteur de 90 milliards." - C.Roux: C'est un instrument d'anticoercition.

Ca consiste quasiment à fermer le marché européen aux investisseurs américains. - D.Carlac'h: Au regard de cela, les mesures qu'envisage D.Trump vis-à-vis des entreprises européennes, la cote européenne est encore plus exposée.

Quand on calcule ce qu'il veut faire, ça touche pratiquement la moitié des exportations de l'UE vers les Etats-Unis. - C.Roux: Vous dites quoi?

Prudence? Ou c'est le prix à payer pour ne pas devenir les vassaux des Etats-Unis? - D.Carlac'h: Il n'y a jamais un prix à payer.

Ce qu'on dit, c'est que, pour l'instant, ça nous plonge dans un marasme très compliqué. L'équation est devenue compliquée pour les entreprises. On voit que cette nuit, la Bourse a dévissé.

Que font les investisseurs? Au lieu d'investir dans des outils productifs, ils investissent dans des valeurs refuges comme l'or. C'est hallucinant!

A côté de ça, dans ce contexte international où les entreprises se demandent où investir... "Si tout ça se tend, est-ce qu'on a d'autres solutions?" - C.Roux: Un sondage a été fait à l'ouverture de Davos auprès des décideurs.

Ce qui les inquiète le plus, c'est la confrontation géoéconomique. - D.Carlac'h: Oui.

Sachant que ce qui inquiétait le plus avant dans les mêmes enquêtes de Davos, c'était le dérèglement climatique, les attaques cyber. Ca reste vrai. Ca veut dire que le monde économique risque d'être un peu déboussolé au sens où on ne sait plus vers quelles zones et partenaires se tourner. - C.Roux: On entend votre inquiétude sur les décisions prises par D.Trump et les tensions.

S.Lecornu sort peut-être de ce feuilleton interminable du budget en dégainant le 49-3. Sur la méthode, vous avez une réaction? - D.Carlac'h: La marge de manoeuvre était étroite.

Que vous passiez par ordonnances ou 49-3, de toute façon, c'est très compliqué. Là, ça aura quelque part le bénéfice d'un vote. Il y a une espèce de prise de responsabilité à exposer un peu plus que par ordonnances.

Ce qui est regrettable pour les entreprises, c'est que dans ce choix de la modalité de passer un budget, on voit bien qu'il y a derrière un vrai calcul politique qui repose sur des tractations qui ne sont pas forcément connues du grand public. Les entreprises, on a l'impression d'être les dindons de la farce de ce dialogue politique... - C.Roux: Le Premier ministre a pris la peine d'écrire aux entreprises pour les prévenir de ce qui allait se passer.

Pour les gens qui nous regardent, Pour financer les ultimes discussions de cette négociation, il y aura la surtaxe des bénéfices des grandes entreprises qui sera finalement maintenue au même niveau qu'en 2025 au lieu d'être divisée par 2, ce qui était prévu. Ca rapportera 8 milliards aux caisses de l'Etat. - D.Carlac'h: On a l'impression que ce dialogue a reposé sur le niveau de douleur qu'on va infliger aux entreprises.

C'est hallucinant. L'an dernier, on avait déjà payé 13 milliards de surtaxes. On va rajouter 8 milliards, plus la CVAE de 1,5 milliard.

Au total, on prend pour 20 milliards. On pourrait dire que c'est que pour les grandes entreprises. Mais les grandes entreprises sont des donneurs d'ordres dans les filières.

Ca touche naturellement et mécaniquement les autres entreprises. - C.Roux: Il vous dit qu'au fond, c'est le prix de la stabilité. - D.Carlac'h: C'est ce qu'on réclamait.

On comprend l'argument, vraiment. Mais la réalité des choses...

A court terme, on a l'impression qu'on fait un effort sur la compétitivité, mais quel désastre du point de vue de l'attractivité de notre pays! - C.Roux: Je voudrais que vous écoutiez le président de la CPME, qui est très inquiet. - On est dans un monde qui est plus difficile, avec des pays qui soutiennent leur économie.

La France est en train de faire le choix, contrairement à beaucoup d'autres, de ne pas soutenir ses entreprises et de les taxer encore plus. En 2026, il y aura encore des défaillances. Ce qui m'inquiète, c'est que les entreprises qui sont en train de faire faillite sont des grosses entreprises.

En termes d'impact et d'emplois, il y aura un impact plus important. - C.Roux: Il craint la révolte des entrepreneurs. - D.Carlac'h: Ce que disait le président du Medef, c'est que la surtaxe des entreprises est toxique.

A un moment donné, quand vous surtaxez les entreprises, vous freinez les investissements. Le mouvement qui rassemble toutes les entreprises de taille intermédiaire de France, souvent indépendantes, familiales, en région...

La moitié disent qu'elles ont un problème de commandes. Elles ont moins de commandes qu'avant. que ce n'est plus attractif d'avoir un tissu économique en région en France. - C.Roux: Cette décision aura des conséquences douloureuses pour l'activité économique?

Il dit ceci. Vous faites un effort, mais c'est pour la trajectoire de défense. - D.Carlac'h: L'an dernier, 13 milliards.

Cette année, 8 milliards plus 1,5 qu'on repousse. Est-ce que ça va être fléché aux dépenses utiles pour la nation? J'ai un doute.

Pour l'instant, il y a un effort qui n'a pas été fait. Je ne dis pas qu'il faut tirer sur les infirmières, les instituteurs...

Mais est-ce qu'on s'est posé une seule fois la question de se dire comment on peut améliorer les comptes publics? Les entreprises, en ce moment, deviennent une variable d'ajustement des tractations politiques. Les entreprises, c'est quoi?

C'est quand même de l'emploi. - C.Roux: Ca fait longtemps que vous dites ça, à la fois au Medef, à la CPME et dans d'autres organisations patronales.

Qu'est-ce qu'il y a de différent dans l'humeur des chefs d'entreprise, au lendemain de la décision prise par S.Lecornu? La colère des patrons, j'ai l'impression qu'on en parle depuis 6 mois.

Est-ce que là, on va au-devant d'une révolte? Est-ce que la coupe est pleine? - D.Carlac'h: La coupe est pleine parce qu'on est cette variable d'ajustement.

On ne comprend pas...

On fait tout bien. On recrute. On essaye d'exporter.

On essaye de faire la promotion du made in France. A un moment donné, comme s'il y avait un coupable à aller chercher...

Mais elles sont coupables de quoi, les entreprises? De créer des emplois? D'exporter?

C'est ce qui est hallucinant, dans le narratif. - C.Roux: Les entreprises vont investir ailleurs?

P.Martin a peur que rien ne se passe en France en 2026 et dit qu'on devrait être interpellés par le taux de croissance en Espagne, qui est 4 fois supérieur au nôtre. - D.Carlac'h: Les EPI continuent à avoir un modèle fondé sur les croissances externes, l'internationalisation et l'innovation.

Où est-ce qu'elles font leur croissance externe? Elles rachètent des boîtes à l'étranger. Dans notre entreprise, le taux de croissance est le double à l'étranger. - C.Roux: Ca veut dire que vous n'investissez plus en France? - D.Carlac'h: Ca veut dire qu'on a intérêt à bien équilibrer nos risques et à prioriser des investissements dans des pays plus "business friendly". - C.Roux: C'est triste, non? - D.Carlac'h: On aime notre pays.

On ne va pas déserter. Mais avec ce qui restera, on n'investira pas forcément qu'en France. - C.Roux: Vous aimeriez qu'on dise qu'on vous aime aussi.