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Audition parlementairefranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 15 mai 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueÉducation & rechercheJusticeSolidarités & famille

Audition de François Bayrou, suites pour la commission d'enquête parlementaire... Le "8h30 franceinfo" de Violette Spillebout et Paul Vannier

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:14FerméeRéponse directe

    Avez-vous des raisons de penser que François Bayrou a proféré hier sous serment des affirmations inexactes ?

  • 1:14FerméeRéponse partielle

    Il a dit sa vérité. C'est ce que dit votre collègue Paul Vannier. Il a menti ou pas, selon vous ?

  • 2:42FerméeRéponse directe

    Paul Vannier dit ses convictions selon votre expression Violette Spilbout. Est-ce que vous maintenez, vous aussi, vous pensez qu'il a menti, François Bayrou, le 11 février dernier ?

  • 4:03FerméeRéponse directe

    Paul Vannier, le 11 février, l'interpellation à laquelle fait référence Jérôme Chapuis, c'est que vous avez répété au Premier ministre qu'il avait protégé des pédocriminels. Là, est-ce que vous maintenez cette affirmation ?

  • 6:20FerméeRéponse directe

    Pourquoi ne pas avoir protégé des enfants, monsieur ?

  • 8:20OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on ne peut pas donner ce bénéfice du doute, justement, à François Bayrou, Paul Vannier, quand il dit « je n'étais pas au courant, tout ce que j'ai appris, je l'ai appris dans la presse » ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:48InvitéFait
    « Il ne s'est dérobé à aucune question. Il a dit sa vérité. »
  • 1:31InvitéFait
    « François Bayrou, grâce au serment, reconnaît enfin que ces déclarations devant les députés, devant les victimes, ces derniers mois étaient mensongères, étaient fausses, étaient inexactes, des déclarations qu'il a beaucoup fait varier. »
  • 2:10InvitéFait
    « François Bayrou a menti à l'Assemblée nationale. »
  • 4:18InvitéFait
    « Alors, votre question au gouvernement, on l'a écoutée. Sur le site de l'Assemblée, elle commence ainsi. Pourquoi avez-vous protégé des victimes de pédocriminels ? »
  • 4:34InvitéFait
    « Ma question, c'est pourquoi n'avez-vous pas protégé les élèves de Bétaram victimes de violences pédocriminelles ? »
  • 5:40InvitéFait
    « François Bayrou nous révèle par exemple qu'en tant que ministre de l'Éducation nationale, il commande un rapport d'inspection en 1996 sur Boramo, sur Bétarame, et il nous dit hier n'en lire que la conclusion. 5 lignes sur un rapport de 3 pages qui convient des descriptions de châtiments corporels, de violences, des éléments qui sont accablants, qui sont alarmants, et il y a là une défaillance politique, la sienne, majeure, car je veux dire que si en 1996, des conclusions à la hauteur de ce que contenait le rapport avaient été tirées, des centaines de vies d'enfants auraient été protégées. »
  • 7:04InvitéFait
    « il a pris une circulaire en 1997 pour améliorer les relations entre la protection de l'enfance et l'éducation nationale, mais lui-même a constaté que ces circulaires n'étaient pas efficaces, qu'il y avait une inefficacité de l'action publique, »
  • 7:24InvitéFait
    « tout cela a été victime d'une omerta, à la fois dans le sud-ouest, mais aussi dans les Hauts-de-France, quand on parle du cas du village de Riaumont, chez moi, on sait que dans ces territoires, il y avait une sorte de couvercle sur toutes ces violences, »
  • 8:53InvitéFait
    « Françoise Gullung, cette enseignante lanceuse d'alerte, qui parle en 1995, qui écrit un courrier en janvier au ministre de l'Éducation nationale, François Bayrou, qui va le voir en mars de la même année pour l'interpeller. »
  • 9:51InvitéFait
    « hier, nous nous sommes efforcés avec Juliette Spilboud, pendant 5h30 en effet, de revenir à des éléments précis, factuels, à des déclarations sourcées, à une chronologie pour interroger le Premier ministre. »
  • 10:16Locuteur non identifiéFait
    « Non, je n'ai pas affabulé. Je dirais qu'il n'est pas sincère qu'il se cherche des excuses. N'ayant pas fait ce qu'il faut pour pouvoir répondre factuellement à des questions factuelles, il se noie dans des discours qui lui semblent lui permettre de fuir la question qu'on lui pose. »
  • 12:15InvitéFait
    « s'il y a une personne qui ne s'est pas trompée à Bétarame, c'est Françoise Goulune. »
  • 13:55InvitéFait
    « Nous, ce que nous avons analysé sur cette inspection, c'est qu'elle est tout à fait originale, exceptionnelle, parce qu'elle ne s'est déroulée que sur une seule journée avec un seul inspecteur qui n'avait aucune expérience des établissements privés et qui a entendu quelques élèves pendant une heure et demie sur toute une journée avec les professeurs, les enseignants. »
  • 16:51InvitéFait
    « qu'en 1995, qu'en 1996, qu'en 1998, il était interdit par la loi de gifler un enfant, interdit par la loi de violer un enfant. »
  • 20:47InvitéChiffre
    « 5 millions de personnes dans notre pays ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance. »

Temps de parole

  • Invité38 %
  • Invité 235 %
  • Présentateur16 %
  • Invité 310 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Violette Spilbout. Bonjour. Bonjour Paul Vannier. Bonjour. 5h30 d'audition du Premier ministre sous serment hier, une audition qui a pu donner un sentiment de confusion, il faut le dire, c'était tendu aussi. Parfois, on va y revenir. Mais d'abord, au lendemain, avez-vous des raisons de penser que François Bayrou a proféré hier sous serment des affirmations inexactes que le Premier ministre vous a menti ?

0:27
Invité

Violette Spilbout. On a vu un Premier ministre qui avait une défense vigoureuse face notamment aux convictions de mon co-rapporteur Paul Vannier, qu'il a exprimé à de nombreuses reprises avant et pendant notre commission d'enquête. Moi, je crois que le Premier ministre sous serment a pris très au sérieux cette audition. Il ne s'est dérobé à aucune question. Il a dit sa vérité. Je crois qu'il y a beaucoup de souvenirs qui sont confus parce qu'ils datent d'une trentaine d'années. Et il a pris la peine de revenir dans les détails sur à la fois les conversations, les documents qu'il a recherchés. Il avait préparé très sérieusement cette audition.

Donc moi, je crois qu'il faut prendre du recul par rapport à tous ces éléments et les analyser ensemble avec l'ensemble de nos groupes politiques.

1:14
Présentateur

Il a dit sa vérité. C'est ce que dit votre collègue Paul Vannier. Il a menti ou pas, selon vous ?

1:19
Invité

Il a menti avant cette audition sous serment. Et cette audition sous serment permet de le constater parce que François Bayrou, grâce au serment, reconnaît enfin que ces déclarations devant les députés, devant les victimes, ces derniers mois étaient mensongères, étaient fausses, étaient inexactes, des déclarations qu'il a beaucoup fait varier. Et il a adopté une posture un peu différente, avançant des éléments. On va probablement y revenir. Il faudra les regarder un par un parce qu'il avait aussi une stratégie, le Premier ministre, de digression, de confusion, où il accumulait un certain nombre d'éléments. Il faudra, après ces 5h30, prendre le temps de les regarder un par un.

Mais moi, je retiens de cette audition cet enseignement important. Oui, François Bayrou a menti à l'Assemblée nationale. Lorsque plusieurs parlementaires l'ont questionné très directement sur son niveau de connaissance de ces violences physiques et sexuelles à Bétarame, il a menti car hier, il reconnaît enfin être informé. La question était de savoir si hier sous serment, ce qui est différent de l'Assemblée nationale pendant les questions au gouvernement, il vous a menti sous serment ? Eh bien, je vous l'ai dit, je prendrai le temps, moi, d'analyser le détail de ces affirmations, car je ne vais pas faire de procès d'intention ou tirer des conclusions trop hâtives.

Mais constatons ensemble que les déclarations sous serment, et c'est d'ailleurs l'intérêt de la commission d'enquête, diffèrent nettement avec les déclarations récentes encore du Premier ministre. Paul Vannier dit ses convictions selon votre expression Violette Spilbout. Est-ce que vous maintenez, vous aussi, vous pensez qu'il a menti, François Bayrou, le 11 février dernier ? Les dates sont importantes devant l'Assemblée. Et moi, je ne le pense pas depuis le début. D'ailleurs, c'est la différence que nous avons et que nous exprimons assez sereinement avec Paul Vannier.

Je crois qu'on peut ne pas avoir la même analyse sur les propos du Premier ministre concernant l'affaire Betaram et faire sérieusement et de façon unie notre travail de co-rapporteur de cette commission d'enquête. L'important dans cette commission d'enquête, c'est quel message on envoie aux victimes. Et nous faisons plusieurs auditions. Nous avons entendu 140 personnes. François Bayrou est une des personnes auditionnées par rapport à ces 140 personnes. Nous n'avons pas fini. Donc, hier, c'était une étape importante, hyper médiatisée, hyper politisée, à la fois par les déclarations de Paul Vannier, mais aussi par la stratégie du Premier ministre. C'est assumé.

Moi, je considère qu'on doit continuer le travail avec toujours cette obsession, celle du message porté envers les victimes et surtout sur les solutions à l'avenir concernant le contrôle de l'État.

3:51
Présentateur

Sauf que les accusations sont lourdes, il faut le dire. Paul Vannier, le 11 février, l'interpellation à laquelle fait référence Jérôme Chapuis, c'est que vous avez répété au Premier ministre qu'il avait protégé des pédocriminels. Là, c'est-à-dire après cette audition, au lendemain de cette audition, est-ce que vous maintenez cette affirmation ?

4:12
Invité

Alors, c'est intéressant parce que là encore, c'est un propos qui est celui de François Bayrou, qui est inexact, qui est factuellement faux, là encore. Alors, votre question au gouvernement, on l'a écoutée. Sur le site de l'Assemblée, elle commence ainsi. Pourquoi avez-vous protégé des victimes de pédocriminels ? Alors, ce n'est pas comme ça que je formule les choses, tout le monde pourra les vérifier, mais c'est important justement. Ma question, c'est pourquoi n'avez-vous pas protégé les élèves de Bétaram victimes de violences pédocriminelles ?

C'est très différent de ce que vous dites, c'est très différent de ce qu'a dit François Bayrou hier en conclusion de l'audition, ce qui renvoie d'ailleurs sans doute à son rapport, là encore, à la vérité, à la précision des faits, à la précision des propos. Et hier, nous nous sommes efforcés avec Juliette Spilboud, pendant 5h30 en effet, de revenir à des éléments précis, factuels, à des déclarations sourcées, à une chronologie pour interroger le Premier ministre.

Le Premier ministre n'a pas répondu avec précision à ce que nous inventions, il a souvent cherché à contourner, il a souvent cherché à ouvrir d'autres sujets, il a attaqué la commission d'enquête, il s'en est pris à beaucoup de ceux qui avaient témoigné sous serment devant nous, plutôt que d'être, au fond, dans l'examen qui nous aurait permis, il y a de ce point de vue-là un petit rendez-vous manqué quand même pour la commission d'enquête, d'éclairer sur le fond nos préoccupations. Nous cherchons à identifier des défaillances, des défaillances dans les mécanismes de contrôle par l'État, et certaines apparaissent de façon très nette d'ailleurs dans l'audition.

François Bayrou nous révèle par exemple qu'en tant que ministre de l'Éducation nationale, il commande un rapport d'inspection en 1996 sur Boramo, sur Bétarame, et il nous dit hier n'en lire que la conclusion. 5 lignes sur un rapport de 3 pages qui convient des descriptions de châtiments corporels, de violences, des éléments qui sont accablants, qui sont alarmants, et il y a là une défaillance politique, la sienne, majeure, car je veux dire que si en 1996, des conclusions à la hauteur de ce que contenait le rapport avaient été tirées, des centaines de vies d'enfants auraient été protégées.

Mais vous entendez, en posant cette question, avez-vous protégé, pourquoi avoir protégé des pédocrimiaires ?

6:20
Présentateur

Pourquoi ne pas avoir protégé des enfants, monsieur ?

6:26
Invité

Voilà la question que j'ai posée au Premier ministre, et je la maintiens, c'est une question décisive pour les élèves de Bétarame, comme pour tous les élèves de notre pays. Quelque part, à travers cette question sur laquelle le Premier ministre s'est défendu avec vigueur, c'est normal, c'est son honneur d'homme, de responsable politique qui est mis en cause régulièrement.

Il a répondu, quand on prend avec recul ces cinq heures de commission, sur des défaillances pendant des dizaines d'années, les trente dernières années, y compris sur des circulaires, parce qu'il a agi en tant que ministre de l'Éducation, le rapport d'inspection qu'il a demandé, nous, nous le considérons insuffisant, mais il l'a demandé, il l'a fait faire en express, il a pris une circulaire en 1997 pour améliorer les relations entre la protection de l'enfance et l'éducation nationale, mais lui-même a constaté que ces circulaires n'étaient pas efficaces, qu'il y avait une inefficacité de l'action publique, et puis finalement, c'est le constat que les victimes font, puisqu'il y a eu de la libération de la parole très tôt, des plaintes, des lanceurs d'alerte, et tout cela a été victime d'une omerta, à la fois dans le sud-ouest, mais aussi dans les Hauts-de-France, quand on parle du cas du village de Riaumont, chez moi, on sait que dans ces territoires, il y avait une sorte de couvercle sur toutes ces violences, qui derrière les violences physiques, les humiliations, qui parfois étaient acceptées culturellement, on va dire, à cette époque-là, ce qui est anormal, eh bien il y avait des violences sexuelles très graves.

7:51
Présentateur

Mais c'est en cela que c'est intéressant, puisque l'objectif de cette audition, c'était de savoir à quel point François Bayrou était en connaissance de ces faits gravissimes, et quelle était son implication dans l'affaire Bétarame, la propre fille de François Bayrou, Hélène Perlant, victime d'un tabassage à l'âge de 14 ans devant de nombreux élèves, elle-même a été scolarisée à Bétarame, dit que personne n'a parlé. Elle-même était témoin de violence, et elle n'en a pas parlé.

Quand vous parlez de cette omerta, quand vous dites, en fait, qu'il y avait un silence collectif, est-ce qu'on ne peut pas donner ce bénéfice du doute, justement, à François Bayrou, Paul Vannier, quand il dit « je n'étais pas au courant, tout ce que j'ai appris, je l'ai appris dans la presse ».

8:29
Invité

Je dirais, il y a deux choses. Bien sûr, ce que nous enseignent ces situations, c'est que les victimes ne parlent pas, parlent peu, les enfants encore moins. Mais certains enfants parlent. Il y a des dizaines de plaintes qui ont été déposées par des familles d'enfants scolarisés à Bétarame, qui notamment n'ont jamais été traitées par la justice dans ces années 1990. Il y a des adultes qui parlent. Il y a Françoise Gullung, cette enseignante lanceuse d'alerte, qui parle en 1995, qui écrit un courrier en janvier au ministre de l'Éducation nationale, François Bayrou, qui va le voir en mars de la même année pour l'interpeller.

François Bayrou ne fera rien de ces questionnements qui lui sont adressés très directement. Donc, il est peut-être trop simple et il y a une forme de déresponsabilisation à venir dire « les victimes ne parlent pas ». Car une société, elle organise justement autour des enfants qui peuvent être victimes de violences. Elle organise des capteurs, elle organise des procédures de signalement, elle organise des alarmes. Et ce qui nous interroge, c'est pourquoi ces capteurs n'ont pas fonctionné, pourquoi ces alarmes n'ont pas été entendues, pourquoi les procédures de signalement ne sont-elles pas allées jusqu'à leur terme ?

Peut-être parce qu'à l'époque, au sommet de l'État, au ministère de l'Éducation nationale, il y avait une défaillance majeure. Il y avait, au fond, une façon de considérer ces violences, de les relativiser. Et je veux dire que ce que je retiens aussi de l'audition d'hier, c'est une forme de relativisation par le Premier ministre actuel de la violence sur les enfants, parce que nous l'avons interrogé sur ce rapport. Ça, on va y revenir !

9:53
Présentateur

C'est normalement sur votre lanceuse d'alerte, justement. Il a voulu la discréditer hier.

9:58
Invité

Il n'est pas... On ne va pas rentrer, nous, dans le détail, mais le Premier ministre a fait d'abord une démonstration sur la base de la chronologie qui tente à prouver, selon lui, qu'elle a, dit-il, affabulé. Il se trouve que Mme Guring a répondu. On va l'entendre, c'était sur France Info, à la suite de l'audition du Premier ministre.

10:16
Locuteur non identifié

Non, je n'ai pas affabulé. Je dirais qu'il n'est pas sincère qu'il se cherche des excuses. N'ayant pas fait ce qu'il faut pour pouvoir répondre factuellement à des questions factuelles, il se noie dans des discours qui lui semblent lui permettre de fuir la question qu'on lui pose.

10:34
Invité

Violette Spilboot, ce témoignage de celle que vous qualifiez de lanceuse d'alerte, est-il ce matin discrédité ou pas ? Moi, je continue à être très en soutien envers toutes ces femmes. Alors, dans les cas que nous avons étudiés, ici à Betaram, à Riaumont, c'est Françoise, à Chalons, en Champagne également, c'est une professeure qui a lancé l'alerte, à toutes ces femmes qui ont le courage à un moment dans un système de l'éducation nationale où il y a encore des omertas ou encore des enseignants lorsqu'ils dénoncent des faits délictueux peuvent voir leur carrière freiner. Ça existe encore aujourd'hui, ce ne sont pas des faits du passé. Je salue leur courage, je salue leur témoignage.

J'entends que Mme Gullung a essayé de faire tout ce qu'elle pouvait. Elle a écrit, elle a interpellé le Premier ministre à l'époque sur place. Mais elle a pu être imprécise aussi sur le rôle du Premier ministre ou pas ? Non, je ne crois pas. Je crois qu'elle a fait ses actions, elles ne sont pas parvenues. Vous savez, quand on a auditionné Mme Guigou, ministre de la Justice, parce que la Justice est très mise en cause dans ce dossier, Mme Guigou, elle a effectivement, en tant que ministre, reçu des courriers. Elle ne s'en souvient pas, elle n'en a pas eu comme énaissance parce qu'elle a un cabinet.

Voilà, il y a aussi un fonctionnement de nos institutions qui font que parfois il y a des citoyens courageux, et moi j'en connais beaucoup, qui interpellent les politiques, qui interpellent la Justice,

11:51
Présentateur

et qui ne sont jamais entendus. Ce qu'il vous dit hier, c'est qu'il évoque la santé mentale de cette professeure de mathématiques réputée dérangée par la médecine du travail. Donc il va au-delà de ça, il ne dit pas, je n'ai pas plus connaissance. Il a dit qu'elle n'avait pas reçu ses courriers. Et en plus, elle a un profil dérangé, c'est ce qu'il dit.

12:11
Invité

Mais s'il y a une personne qui ne s'est pas trompée à Bétarame, c'est Françoise Goulune. C'est elle qui, dès 1995, tire toutes les sonnettes d'alarme, qui dit qu'il y a une violence terrible sur les enfants. Et malheureusement, malheureusement, tragiquement, tout confirme son alerte, son alarme. Parce qu'après 1995, des dizaines, des centaines d'enfants ont vu leur vie broyer. Je veux juste dire que ce qui est grave dans la façon dont le Premier ministre s'est attaqué, a calomnier, a presque insulté cette lanceuse d'alerte, c'est qu'il adresse un message très intimidant à toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays aujourd'hui, souhaitent dénoncer ces violences.

Il leur dit, si vous le faites, si vous lancez l'alerte, vous êtes potentiellement l'objet d'une entreprise de disqualification qui pourrait être menée, y compris par le Premier ministre de la France. C'est extrêmement grave.

13:04
Présentateur

Toujours avec les deux députés qui ont interrogé le Premier ministre hier pendant 5h30 sur l'affaire Bétarame. Paul Vannier, député et la fille du Val-d'Oise, Violette Spilbout, député ensemble pour la République du Nord. On parle depuis le début de l'entretien des réponses de François Bayrou sur son implication dans ce qui s'est passé à Bétarame pendant toutes ces années. Lui-même s'est défendu en disant, dès que j'ai su, j'ai déclenché une inspection. C'était en 1996, dès que j'ai su qu'il y avait des histoires de violence, j'ai déclenché l'inspection. Là où d'autres ministres de l'Éducation nationale qui ont suivi n'ont rien fait, ont fait beaucoup moins. Vous l'entendez, cet argument ?

Il s'est bougé, en fait, le Premier ministre, quand il était ministre de l'Éducation nationale. Violette Spilbout.

13:46
Invité

Il y a eu, oui, une inspection en 1996, déclenchée en express après le dépôt d'une plainte, dont François Bayrou a eu connaissance. Nous, ce que nous avons analysé sur cette inspection, c'est qu'elle est tout à fait originale, exceptionnelle, parce qu'elle ne s'est déroulée que sur une seule journée avec un seul inspecteur qui n'avait aucune expérience des établissements privés et qui a entendu quelques élèves pendant une heure et demie sur toute une journée avec les professeurs, les enseignants.

Donc, on voit que cette inspection, elle est absolument fondamentale dans l'examen de comment le contrôle de l'État se réalise, puisqu'elle rapporte un certain nombre de violences, des dortoirs qui ne sont pas aux normes, un établissement qui a des pratiques d'un autre temps et en même temps, elle a une conclusion positive qui est transmise aux ministres directement et qui les prend au comptant. Nous, on aurait aimé, quand on regarde toutes les façons dont les inspections se font au niveau local comme au niveau national, qu'il y ait une inspection plus forte à l'époque, parce que ça aurait évité toutes les victimes qui suivent.

Mais effectivement, François Bayrou estime qu'il a fait son devoir, il a pu le réexprimer dans le détail, il a regretté n'avoir lu peut-être que trop vite les conclusions et ne pas s'être attardé sur le détail de certains points d'alerte. Mais après, c'est dur de refaire le passé, on est 30 ans après. Et donc, moi, je crois que tout ça, ça nous apporte surtout les enseignements sur la façon dont les inspections doivent être déclenchées. Est-ce que les ministres ont le contrôle sur les inspections et surtout, qu'est-ce qu'ils en font après, dans la durée ?

On parle de faits qui se sont déroulés il y a plus d'une quarantaine d'années et il y a toute une question qui est posée sur le fait de juger avec notre regard d'aujourd'hui des pratiques anciennes. Il y a ce passage étonnant d'ailleurs sur lequel on voulait revenir avec vous, Paul Vannier. Vous revenez, vous, sur la gifle de François Bayrou pendant sa campagne présidentielle en 2002. C'était à Strasbourg, l'image avait fait le tour des médias. On a même dit que ça avait compté dans son assez bon score au premier tour de la présidentielle. Il gifle un petit garçon qui l'accuse de lui avoir fait les poches. Pourquoi c'était important, à vos yeux, d'en parler hier ?

Pour essayer de comprendre quel est le rapport de François Bayrou à la question de la violence sur les enfants. Peut-être que des signaux qui lui ont été transmis dans ces années 90 n'ont pas été pris suffisamment au sérieux par lui parce que peut-être qu'il considérait à cette époque qu'on pouvait, par exemple, gifler un enfant. Et il a, alors que je l'interrogeais sur ce geste de 2002, qu'il a toujours revendiqué, jusqu'à très récemment, il a parlé en 2023 d'un geste éducateur. Il a devant nous, au fond, parlé, c'était très choquant, de tapes éducatives, de claques non violentes.

Et je crois que ça nous montre que François Bayrou est encore aujourd'hui emprunt d'une forme de culture de la violence qui peut-être explique une part de sa... Je ne juge personne, je ne suis pas un juge, je suis le rapporteur d'une commission d'enquête, je ne juge personne, je cherche à comprendre pourquoi un ministre de l'Éducation nationale n'a pas agi dans ces années si décisives. Et je veux rappeler à tous nos téléspectateurs et à tous nos auditeurs qu'en 1995, qu'en 1996, qu'en 1998, il était interdit par la loi de gifler un enfant, interdit par la loi de violer un enfant. Là, on s'éloigne vraiment de la question précise des violences en milieu scolaire.

C'est pour ça qu'on vous posait la question. Au cœur, ces violences ont eu lieu en milieu scolaire. Et quand un ministre de l'Éducation les relativise comme il l'a manifestement fait à cette époque et comme il continue à le faire aujourd'hui, eh bien cela interroge sur son regard sur cet enjeu qui est un enjeu majeur. Aucune claque, aucune gifle, aucune tape. C'est Hélène Perlant qui nous le dit. Hélène Perlant, elle nous dit que c'est les violences physiques, elles sont là pour cacher les violences sexuelles. Il y a un continuum dans les violences. Voilà pourquoi il faut combattre le premier geste de violence, y compris une tape. Violette Spilboot.

Vous savez, j'ai été marquée en sortant de la commission. La séance était encore ouverte à l'Assemblée nationale et j'ai croisé plusieurs collègues qui m'ont fait leurs commentaires. Et certains, des hommes en particulier, des pères de famille, m'ont dit mais écoute, franchement, à l'époque, une gifle, tout le monde en donnait des gifles. Et ça nous en dit long, cet échange finalement sur le cœur de ce qu'est notre commission d'enquête.

de comprendre pourquoi le contrôle de l'État dans son ensemble n'a pas pris en compte des signaux d'alerte de violences physiques, un coup de ceinturon, une punition un peu violente, une humiliation devant la classe, tout ce qui nous est raconté dans les établissements en Bretagne, dans les établissements dans le nord de la France, à Angers. Toutes ces punitions, ces humiliations de l'époque, eh bien en fait, en grande partie, elles cachaient des violences bien plus graves, des violences sexuelles la nuit dans les internats que beaucoup n'ont pas vues et n'ont pas comprises.

Et donc, ces échanges, même s'ils ont été douloureux avec le Premier ministre, ils ont été riches d'enseignements pour comprendre la culture qui a permis que des enseignants qui ont lancé l'alerte, comme Françoise Gulling et comme d'autres enseignants encore aujourd'hui, essayent de lancer l'alerte et n'ont pas été entendus par leurs administrations ou pourquoi des juges ont classé sans suite des plaintes. J'espère que toutes ces expériences feront que demain, aujourd'hui, demain, les juges, les magistrats, les procureurs, lorsqu'ils auront ce type de plainte et ce type de témoignage, parce que oui, les enfants parlent, ils ont eu le courage de parler.

Il ne faut pas dire qu'ils ne parlaient pas. Beaucoup d'enfants ont parlé, beaucoup de parents ont parlé, mais ils n'ont pas été écoutés par l'institution, par la France, par l'État. Et c'est ça que nous devons réparer aujourd'hui.

19:11
Présentateur

C'était il y a plus de 30 ans, c'était une mentalité différente, c'était un système particulier. Et Alain Esquer, lui-même, qui représente les victimes de Bétarame, dit « François Bayrou, ce n'est pas le point central de tout ce qui s'est passé à Bétarame. » Et c'est en ça que cette audition, elle peut interroger certains parce qu'elle a fait beaucoup de bruit. Elle fait beaucoup de bruit. On en parle ce matin sur France Info. Et le Premier ministre lui-même vous accuse tous les deux. Dès le début de l'audition, il s'est même créé un duel avec vous, Paul Vannier. Votre formulation est malveillante, vos informations sont biaisées, vous ne cherchez pas la vérité, vous la déformez.

Celui qui ment, c'est vous, dit le Premier ministre. Vous cherchez à l'abattre, vous cherchez à abattre le gouvernement. C'est ce qu'a dit aussi le Premier ministre. C'est un procès politique, en fait, derrière cette audition ?

19:54
Invité

Moi, je suis rapporteur, co-rapporteur d'une commission d'enquête parlementaire. C'est une grande responsabilité. Et si elle impose d'encaisser l'outrance, la violence, l'agressivité du Premier ministre, je suis prêt à l'encaisser. Hier, j'ai, avec Violet Speedboot, avec Fatiha Kalawashi, avec tous les membres de la commission d'enquête, conduit une audition semblable à toutes les auditions, plus de 140 personnes auditionnées par notre commission d'enquête à date, comme toutes les précédentes, avec un questionnement sur des faits, sur des documents que nous avons saisis sur place, basés sur des témoignages sous serment recueillis devant notre commission d'enquête.

Et il y a, je vois bien, en fond, une stratégie du Premier ministre. Une stratégie de déresponsabilisation, de victimisation, de politisation. Il va dans la politique politicienne, alors que nous sommes sur un enjeu majeur, fondamental. 5 millions de personnes dans notre pays ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance. Il y a aujourd'hui encore des violences en milieu scolaire d'adultes ayant autorité sur des élèves. C'est à ça qu'il aurait dû nous aider à répondre.

Mais quand votre question parle de ce point de vue-là sur son agenda précis il y a 30 ans, est-ce qu'il est possible pour lui de répondre à ces questions beaucoup plus larges et plus vastes qui, pour le coup, parlent d'aujourd'hui, la violence en milieu scolaire aujourd'hui ? Je crois qu'il y a répondu. Je crois qu'il y a répondu. On a terminé l'audition très tardivement. Mais on a deux styles différents avec Paul Vannier. Paul Vannier, dans toutes les auditions, y compris celle de François Bayrou, recherche la chaîne des responsabilités précises avec des faits et des dates sur la base de documents.

Et je travaille en complémentarité avec lui sur la façon dont on peut travailler les propositions et voir comment, de façon systémique, les inspections de l'éducation nationale ont dysfonctionné à de nombreuses reprises en France ces 50 dernières années. Malgré ces styles différents, moi, j'estime que l'audition d'hier, elle a été positive parce qu'à la fin de cette audition, lorsque nous en sommes venus aux propositions, le Premier ministre, il avait déjà travaillé et réfléchi sur un certain nombre de points qui ont été entendus et qui font que les choses changent. Notre commission, elle est utile déjà maintenant.

Elle est utile sur le sujet du soutien aux associations qui, des fois, ont du mal à entrer dans les établissements scolaires pour la libération de la parole quand elles accompagnent les élèves. Le sujet de l'imprescribilité qui est à l'étude actuellement.

22:17
Présentateur

Délai de prescription pour les mineurs qui sont violents, qui sont utilisés de violences sexuelles.

22:21
Invité

On a des plaintes aujourd'hui qui sont prescrites et ça décourage des victimes de parler. Le sujet aussi de la transversalité de toutes les actions. Il n'y a pas que le ministère de l'Éducation nationale. Il y a dans les sports, dans la culture, dans le périscolaire. Nous avons des témoignages nombreux qui nous arrivent où nous faisons aussi des articles 40, des signalements procureurs avec Paul Vannier parce que dans le milieu périscolaire qui dépend des mairies, des collectivités territoriales, eh bien là, l'inspection ne peut pas agir et il y a parfois des faits de violence.

Vous pourriez retenir cette proposition du Premier ministre de la création d'une autorité indépendante sur ce sujet ? En tout cas, ce sujet d'associer les victimes, les usagers de ces inspections, de ces établissements scolaires à la réflexion pour que de telles violences ne se reproduisent plus, ne puissent plus être possibles, c'est une piste de travail. Nous aurons des propositions fin juin. Le Premier ministre, bien heureusement, a déjà réfléchi. Nous continuons les auditions.

Nous aurons des auditions avec des anciens ministres mais aussi avec Madame Borne qui est aujourd'hui en fonction ministre d'État de l'Éducation nationale qui a déjà lancé le plan Brisons le silence et nous allons poursuivre avec elle. C'est un travail d'itération car depuis le début de la commission d'enquête il y a déjà beaucoup de choses qui ont changé au sein de l'Éducation nationale.

23:35
Présentateur

Vous en avez parlé pendant plus de 5 heures avec le Premier ministre hier. La situation à Bétarame, ces faits gravissimes qui se sont déroulés dans l'établissement. Il y a eu un contrôle aussi, il y a eu un rapport qui a été fait ces derniers mois. Vous l'avez eu en votre possession. Toutes les administrations qui ont besoin d'avoir connaissance de ce rapport l'ont en main. Pourquoi Bétarame est encore ouvert aujourd'hui ?

23:58
Invité

C'est une vraie question et je l'ai posé à François Bayrou en revenant sur ce rapport qui date d'avril 2025. Il a 6 semaines à peu près. Il est accablant. Il dit que le signalement des faits de violence est dysfonctionnel. Il dit qu'il y a des atteintes à la liberté de conscience.

24:11
Présentateur

C'est tout récent.

24:11
Invité

C'est tout récent que les programmes aujourd'hui ne sont pas enseignés dans l'établissement. Il dit que les enseignements valeurs de la République ne sont pas prodigués. Il est accablant ce rapport. Je demande à François Bayrou aujourd'hui comme Premier ministre s'il compte engager des actions après la publication de ce rapport. Il me répond ça ne me regarde pas ça regarde la ministre de l'Éducation nationale.

Je trouve que dans cette réponse dans cette mise à distance là encore du sujet là encore de cet établissement très particulier Bétarame il y a quelque chose qui révèle une relativisation très profonde de la question de la violence sur les enfants par l'actuel Premier ministre de la France. Merci Paul Vannier député de la France Insoumise du Val d'Oise Violette Spilboud député ensemble pour la République du Nord co-rapporteur de cette commission d'enquête qui rendra son rapport avant l'été. Oui fin juin. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info.

Audition de François Bayrou, suites pour la commission d'enquête parlementaire... Le "8h30 franceinfo" de Violette Spillebout et Paul Vannier · Pourquijevote