Emmanuel Macron sur TF1 : les coulisses de l'interview
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Deux heures d'interview, oui parce que vous deux, vous deux vous savez ce qu'il y a dans cette interview, Darius évidemment, Adrien également parce qu'il est le chef du service politique de TF1 et de LCI et que donc vous avez participé à tout ça, bien évidemment. J'ai raison ou pas ?
Vous avez totalement raison sur le fait que je suis le chef du service politique et raison sur le fait que j'étais pas très loin de Darius lorsqu'il a posé toutes ces questions passionnantes à Emmanuel Macron qui amènent des réponses au moins aussi passionnantes que les questions de Darius.
Vous savez qu'à cause de vous, Marie Chantret vit un cauchemar à l'Elysée. Elle nous a dit tout à l'heure, tous les confrères sont arrivés pour lui demander des infos, etc. Elle n'a pas.
Vous avez remarqué qu'effectivement jusqu'à dimanche, on avait réussi à garder tout ça bien secret. Tout à fait, absolument. Et ça a permis à Audrey et à Darius de travailler sereinement pour préparer cette interview.
C'est très bien. D'ailleurs, Darius, expliquez-moi. Elle n'est pas en direct, tout le monde le sait, elle a été enregistrée dimanche cette émission. Elle est réalisée dans les conditions du direct. On n'a jamais dit, attendez, on la refait celle-ci, là j'ai pas été bon, on recommence, on est d'accord. Absolument, tout à fait. Non, non, c'est les conditions du direct avec le naturel du direct, notamment le naturel des réactions du président à certaines images ou à certaines phrases qu'on lui rappelle, puisque ce sera une des particularités de cette émission. Des images, on le fait réagir à des images.
Oui, des images, des séquences qui ont marqué le quinquennat, qui peuvent lui être favorables ou défavorables, évidemment.
Et un petit conseil pour nos téléspectateurs, quand Audrey et Darius poseront leurs questions ce soir, ne quittez pas de regarder le visage du chef de l'État. Parce qu'en fait, c'est assez inhabituel, très souvent vous le verrez. Vous le verrez y compris lorsque lui-même regardera les images et les déclarations, les sons, comme on dit en télévision, dont parle Darius. Ça, c'est assez inhabituel. Et vous lirez également beaucoup de choses à travers son visage, la manière dont il réagit ou la manière dont il met parfois du temps à répondre aux questions qu'Audrey et Darius lui posent. Parce qu'on a parfois une petite seconde ou deux de réflexion, d'hésitation avant d'y aller.
Oui, parce que les images en question et les thématiques en question, il ne sait pas trop où vous allez l'emmener, le président. Ah non, liberté totale des questions, le but c'était de parler de tout. Donc on ne nous a imposé aucun sujet, on ne nous a refusé aucun sujet. Donc ça, c'est de façon générale, mais je parle sous le contrôle d'André qui a beaucoup plus d'expérience que moi, le bon côté d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire qu'il est prêt à répondre à tout.
Le moins bon côté, ce qui est plus difficile, c'est quelqu'un assez difficile à interviewer parce qu'il construit des réponses très complètes dans sa tête et donc il faut l'interrompre au bon moment tout en gardant une certaine fluidité.
Vous oubliez des coulisses, je vais quand même vous en donner une, parce que ça ne s'est pas venu pour rien avec Darius. Darius lui pose la question, je me permets Darius, au début de l'entretien, on lit une sorte de pacte avec Emmanuel Macron au début de cet enregistrement et vous y assisterez tout à l'heure. Darius lui demande s'il est effectivement prêt à répondre à toutes les questions. Il s'y engage devant les téléspectateurs et il tient sa parole dans l'entretien face à Audrey et Darius.
Alors juste pour préciser, parce que vous avez dit Darius, on ne nous a rien imposé, on ne nous a rien refusé. Pour expliquer aux téléspectateurs, vous ne donnez pas les questions avant, quand vous dites on ne nous a rien refusé, c'est juste qu'il sait à peu près sur quelle thématique vous allez l'interroger. Oui, de façon générale, quand on a un plan politique, souvent on donne un canevas ou en tout cas les thèmes principaux, avec la part même d'improvisation, parce qu'on ne s'interdit aucune improvisation et dans le cours de l'interview, surtout pendant deux heures, il y a forcément des thèmes qui naissent du hasard de la discussion. Donc il y a vraiment une très grande part de liberté.
D'accord. Est-ce que vous avez senti une vraie envie du président de vouloir, parce que tout à l'heure on se posait la question avec Soazic, notamment Valérie Nataf, Marie Chantret, de dire qu'il y a des choses à solder, il y a des choses peut-être à se faire un peu pardonner, alors ça dépend comment on le fait. Et puis il y a aussi l'idée de montrer aux Français qui on est, qui je suis. Il y avait cette vraie envie-là, du coup, pour le président ?
Moi j'ai cru voir un changement de ton, effectivement, et vous verrez que, comme dit Adrien, et c'est la force de la télévision, parfois c'est une expression, c'est pas simplement le langage purement verbal, c'est aussi le langage gestuel, le visage, etc. Et oui, sur un certain nombre de choses, quand il revoit, qu'il revit certains éléments de son quinquennat, il y a par exemple des regrets ou des choses très assumées, et évidemment c'est très intéressant de voir ce qu'il a choisi. Évidemment. Une question, est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose de la jeunesse de cette interview ?
Oui, mais je peux tout vous dire. Alors, dites-moi comment ça s'est passé. Autant je ne peux rien vous dire de ce qu'Emmanuel Macron dira ce soir, parce que l'idée c'est que vous regardiez, autant je peux vous dire que ça fait très longtemps qu'on y travaille. Quand je dis très longtemps, en réalité, en fait, nous on fait en permanence des propositions à l'Élysée, à la présidence de la République. Il y en a un bon nombre qui ont déjà abouti en 2017, vous vous souvenez peut-être, on a fait une interview en octobre 2017, Anne-Claire Coudray, Gilles Boulot, David Puchedas, déjà à l'époque pour TF1 et LCI.
En 2018, on a fait une interview dans le 13h avec Jean-Pierre Pernault, dans une école à Berduy, dans l'Orne. Et ça fait un an et demi qu'on se dit, au fond, c'est quand même un quinquennat assez singulier, qui est traversé par des crises. Il y a eu la crise des Gilets jaunes, extraordinaire. Il y a la crise du Covid, extraordinaire. Et puis il y a ce président quand même singulier dans sa manière de s'exprimer, dans sa manière de s'adresser aux Français, qui a beaucoup été contesté pour ça, et qui a peut-être d'ailleurs, à travers la forme, nuit à son propre fond. Tout cela, ça nous a amené à nous dire comment est-ce qu'on peut lui le faire parler de tout cela.
Darius, d'ailleurs, je me permets, avait une réflexion de son côté, qui était aussi d'avoir une vision historique, avec la chaîne Histoire, dans le groupe TF1, d'avoir une démarche en direction du président de la République. Et on s'est dit, et si on faisait converger nos idées, nos projets, pour proposer une offre qui est totalement inédite, c'est-à-dire un chef de l'État, qui est certes confronté à l'actualité, on parlera du Covid, par exemple, ce soir, mais pas seulement, qui est confronté à l'État de la France, et à la manière de présider. Et donc, en fait, cette idée, elle a cheminé.
On a eu un premier rendez-vous avant l'été avec l'Élysée, on en a reparlé à la rentrée, pour tout vous dire, à un moment, on s'est dit qu'on allait peut-être aboutir à une émission au mois de septembre, puis Emmanuel Macron a considéré que le moment n'était pas venu. On a repris les discussions de manière très active au mois de novembre, et on a en fait, au mois de novembre, arrêté le principe et le calendrier. Ce qui me permet de vous préciser au passage que, contrairement à ce que croient certains candidats à la présidentielle, comme Valérie Pécresse, non, la date n'a pas été choisie pour l'ornuire.
Au moment où on a fixé la date de l'enregistrement, on ne savait même pas que Valérie Pécresse serait qualifiée au deuxième tour du Congrès des Républicains, et encore moins qu'elle envisagerait de s'exprimer, elle, le même soir que le président de la République.
Il devait y avoir une interview, pour tout vous dire, ce soir, de Valérie Pécresse, sur BFM TV, qui a été décalée. Il aime bien les formats un peu décalés. Ceci dit, Emmanuel Macron se souvient avec Laurent Delahousse, cette déambulation dans les couloirs de l'Elysée, ça avait marqué à l'époque. Moi, j'ai des questions qui sont très pratiques maintenant. Est-ce que Brigitte Macron écoute l'entretien ? Est-ce qu'elle est à côté ? Alors, elle est venue après l'entretien, et visiblement, elle n'a pas écouté, donc elle l'écoutera, j'imagine, ce soir. Bon. Et alors, comment on fait ?
Parce qu'évidemment, ça demande de la réalisation, ces produits, et c'est d'ailleurs pour ça que c'est enregistré aussi, c'est que c'est produit, et qu'il y a beaucoup de techniciens, il y a beaucoup de gens qui travaillent sur ce programme. En l'occurrence, effectivement, rien n'a fuité, c'est-à-dire que nous, moi, j'ai découvert l'information quand vous l'avez annoncé, quand le groupe l'a annoncé à 9h lundi matin, et tout le monde est choisi, qui essaye d'avoir des infos depuis tout à l'heure, c'est pas la peine de m'en demander, j'en ai pas.
Comment on fait pour garder le secret, effectivement, avec, notamment, par exemple, ces équipes techniques qui travaillent dessus, qui sont là à l'Elysée ?
Alors, vous nous demandez tous les secrets de fabrication, mais vu que je suis très, très sympa, je vais quand même vous en donner quelques-uns. Je vous remercie.
Vous serez réinvités, du coup.
Ça me fait plaisir. Il se trouve que d'abord, ça dépend du nombre de personnes qui sont informées. Mais là, au-delà même des équipes de TF1 et de CI, en fait, pour préparer une émission comme ça, c'est certes beaucoup de travail, mais c'est avant tout les présentateurs qu'on y travaille. Donc c'est Audrey et Darius qui, avec nous, ont réfléchi au contenu de l'interview. Après, comme vous dites, il y a la partie technique. Il y a un réalisateur, Tristan Carné, qui est associé aux réflexions depuis très longtemps, parce qu'il a aussi contribué à la réflexion autour du format. Il avait lui-même des idées. Il produit énormément d'émissions de télévision.
Et donc, quand je vous disais tout à l'heure, il y avait le projet de Darius, il y avait aussi une réflexion avec Tristan Carné de long terme, avec TF1 et LCI sur ce projet. Et ensuite, en fait, on a simplement bénéficié des équipes mobilisées par Tristan Carné qui, quand elles sont arrivées à l'Élysée, ne savaient pas exactement ce qu'elles allaient faire.
D'accord.
Elles ne savaient pas elles-mêmes qu'elles venaient pour travailler sur une émission de TF1 et de LCI. Avec le président de la République, elles ont dû le deviner envoyer un adresse de convocation. C'est assez facile. Et il se trouve aussi que, dimanche, vous vous souvenez peut-être qu'Emmanuel Macron enregistrait une allocution à l'occasion du référendum en Nouvelle-Calédonie. Et donc, on a bénéficié de ce calendrier particulier pour aussi justifier la présence d'équipes techniques à l'Élysée en raison de cette allocution de Nouvelle-Calédonie. On avait un élément d'agenda très commode. Ça, c'était l'opération commando. C'était l'opération commando.
L'agitation autour de l'Élysée ne puisse éveiller le moindre source.
Évidemment. Darius, un producteur m'avait dit un jour, si tu sors d'une émission frustrée, c'est que tu as fait une bonne émission. Oui, vous êtes très bonne expression. Mais voilà. Et la frustration est intéressante avec un client. Vous savez, on dit des clients de télévision, entre guillemets, ça n'a rien ni de positif ni de négatif. C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron a une grande liberté, avec le bon et le mauvais côté, là aussi, que ça peut susciter, que ça peut représenter. Et on se dit qu'on pourrait même aller plus loin dans le questionnement, parfois être plus audacieux, parce qu'il est effectivement prêt à parler de tout.
On a beaucoup pensé, Adrien parlait du travail de préparation, évidemment, Audrey et moi, mais avec Thierry Tuillier, avec Fabien Namias, avec beaucoup de collègues. Directeur de l'Info et directeur général de la CIE. Oui, pour trouver vraiment les questions que les Françaises et les Français se posent en général. Et c'est peut-être une période où c'est d'autant plus vrai parce que le Covid a rapproché la politique des gens. Rarement, moi j'ai beaucoup de politiques qui m'ont dit ça depuis un an et demi, deux ans. Souvent, quand ils parlaient, ça barbait les gens ou c'était loin de leurs préoccupations quotidiennes.
Là, on a vécu ces deux ans incroyables où chaque mot des politiques, des dirigeants, avait un impact direct sur la vie des gens. Et donc, ça a beaucoup rapproché, vous le verrez, dans les sujets. Et il y a plein de sujets comme ça qui rapprochent aussi de l'actualité immédiate, le Covid, mais qui ramènent aussi à des questions de fond beaucoup plus philosophiques, si j'ose dire, sur la manière de gérer l'État, sur l'imprégnation plutôt sociale ou socialiste ou libérale d'Emmanuel Macron, etc. C'est-à-dire qu'Audrey et vous, vous travaillez beaucoup sur les entretiens aussi. C'est aussi votre... Vous êtes sorti frustré de l'émission alors ou pas ? Vous ne m'avez pas répondu ? Pardon ?
Vous étiez frustré en sortant de l'émission ou pas ? Oui, bien sûr, parce qu'on se dit, ah, on va faire telle émission, telle suggestion de plus. Et effectivement, on s'est bien trouvé avec Audrey parce que je crois qu'on a la même sensibilité d'aimer faire des émissions qui ne sont ni à charge ni à décharge, où on a plusieurs angles d'attaque. Parfois, ça peut être ironique, parfois, ça peut être l'humour, parfois, on peut être un peu offensif. On essaie de ne pas être agressif, mais un peu offensif ou incisif.
Micro-question, mais il reste une minute, Catherine. Dernier, vous qui avez interviewé à peu près tous les grandes secondes. Comment vous l'avez senti, Emmanuel Macron, ce jeune président ? Est-ce qu'il a quelque chose de différent ? Est-ce que vous avez noté une chose qui vous a marqué par rapport à tous les... Joueurs. Joueurs.
Il n'y a pas d'élément de langage primitif. Vous savez, les politiques, vous les connaissez aussi. Très souvent, ils ont des communicants qui leur donnent quelques phrases, qui répètent à l'envie d'une interview à l'autre. Et puis, vous avez ceux qui sortent du lot. Et c'est vrai qu'Emmanuel Macron, incontestablement, encore une fois, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, sort du lot. Allez, ce soir, rendez-vous à 20h pour l'édition spéciale, puis 21h05 pour Satin.