L’ultime adieu à Jacques Chirac - C à Vous - 30/09/2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 2:23OuverteRéponse directe
Quelle image, quel sentiment vous garderez-vous de cette journée ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous ressentez là en ce moment ?
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De voir tout ce monde là qui attend pour rendre hommage à Jacques Chirac, est-ce que ça vous étonne ?
- 8:03OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a animé au moment de passer devant le cercueil ?
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Marine Le Pen n'était pas là. Vous comprenez cette sortie, cette exclusion ?
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Les Américains, pratiquement aux abonnés absents. C'est conforme aux usages ou c'est très inhabituel ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:51InvitéFait
« Le plan cancer, bien sûr. »
- 8:53InvitéFait
« Quand j'étais Premier ministre, nous avions lancé une grande cause nationale pour l'enfance maltraitée. »
- 8:59InvitéFait
« Il y a eu ces premières initiatives pour la sécurité routière. »
- 9:02InvitéFait
« Cette attention, pour des raisons familiales sur lesquelles il ne s'exprimait pas beaucoup, je pense à Laurence, bien sûr, cette attention aux personnes handicapées. »
- 9:10InvitéFait
« La grande loi de 2005 sur les handicapés, qui reconnaît l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, c'est lui-même, pendant son septennat ou son quinquennat, qu'il a porté. »
- 15:59InvitéFait
« Il a fallu beaucoup de volonté de sa part. La première étape était d'ouvrir une salle dans le musée du Louvre. »
- 16:41InvitéFait
« Jacques Chirac a été d'une totale intransigeance pendant toute sa vie politique vis-à-vis des idéologies d'extrême droite. »
- 19:32InvitéFait
« En 1992, traité de Maastricht, les plus grandes personnalités du RPR veulent voter non. »
- 19:46InvitéFait
« La guerre en Irak aussi, où il a le courage de dire non au pouvoir américain. »
Temps de parole
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Ce matin, à 11h30, le bourdon de Notre-Dame a sonné le glas et teinté pour la première fois depuis l'incendie du 15 avril dernier. Pour saluer le départ du convoi funéraire des Invalides en direction de l'église Saint-Sulpice pour un service salonnel, présidé par Emmanuel Macron en présence de la famille de Jacques Chirac, de trois anciens présidents de la République de chef d'État et de gouvernements étrangers. Image des moments forts de cette journée de deuil nationale choisie par Karim Harbage. Que je salue cordialement les anciens présidents de la République et les élus nombreux qui sont venus aujourd'hui rendre hommage à M. Jacques Chirac.
Il y avait chez notre ancien président, cet homme chaleureux soutenu par son épouse Bernadette, un véritable amour des gens, aussi à l'aise dans les salons de l'Élysée qu'au salon de l'agriculture. Adieu. Et merci, M. Chirac. Alain Juppé est ce soir notre invité. Bonsoir Alain Juppé.
Bonsoir.
Merci de votre présence ce soir, je vous en prie. On a tous été témoins de votre grande émotion jeudi au soir de l'annonce de la disparition de Jacques Chirac. On l'imagine ce soir au terme de cette journée de deuil nationale. On vient de voir quelques-uns des moments forts de cette journée. Quelle image, quel sentiment vous garderez-vous ?
Profonde émotion, cette 40 années de ma vie qui tout d'un coup disparaissent puisque c'est en 1976 que pour la première fois j'ai rencontré Jacques Chirac. Il m'a donné toutes mes chances et ensuite nous avons entretenu une relation un peu exceptionnelle pour deux hommes politiques de confiance réciproque. Il m'a fait confiance. Je lui ai été fidèle. Voilà. Cette journée a été chargée avec deux très belles cérémonies. La première un peu familiale dans la cathédrale des Invalides et la deuxième plus solennelle à Saint-Sulpice qui avait aussi beaucoup d'émotions dans la foule nombreuse qui était là.
Et puis ce qui s'est passé depuis 48 heures aujourd'hui, notamment toute la journée d'hier aux Invalides cette nuit, je crois révélateur de quelque chose de profond, de cette familiarité que Jacques Chirac avait su créer avec le temps, avec toutes les Françaises et tous les Français de tout milieu et de tout âge. Juste une petite anecdote. J'étais vendredi au Havre. Il y avait beaucoup de jeunes dans une réunion consacrée à l'avenir des villes et à la fin de la réunion, il y a un étudiant qui vient vers moi et qui me dit « j'ai 17 ans, Chirac était mon idole ». Je lui ai dit « mais je ne comprends pas très bien.
Vous avez 17 ans, Chirac a quitté le pouvoir il y a 12 ans et il représente quelque chose pour vous ? » Il me dit « oui, absolument ». Voilà, j'avais l'impression de le connaître. Je crois que c'est cette relation très particulière qui s'est créée entre l'ancien président de la République et le peuple de France.
Et qui était palpable aujourd'hui sur la place Saint-Sulpice avec ses applaudissements pour saluer l'arrivée et le départ du cortège funéraire, Nelson Jetten était aux côtés des Français venus assister à la messe.
Moi je suis là depuis 6h30 ce matin. Pourquoi vous êtes arrivée si tôt ? Pour pouvoir être quand même relativement bien placée, pouvoir suivre au mieux cette cérémonie d'ultime adieu. Je trouve que vraiment cette famille dans le deuil, trouver la force d'offrir encore ce deuil à la France et à tous les Français, c'est vraiment très beau et très symbolique de ce qu'a été Jacques Chirac. Qu'est-ce que vous ressentez là en ce moment ? Beaucoup de peine. Beaucoup de peine. C'est comme si c'était quelqu'un de ma famille qui était parti. C'est un ami, c'est notre président d'antan de notre époque. Alors souvenez-vous-en comme vous pouvez.
Dans l'idée que vous aviez de Jacques Chirac, je crois que Mgr Petit pendant la cérémonie a rappelé que beaucoup en le rencontrant se sentaient considérés.
Je crois que le mot était très juste parce qu'il était à l'aise aussi bien avec les grands de ce monde, comme on dit, qu'avec ce qu'on appelle de manière inappropriée les petits. Je crois que c'est Mgr Petit aussi qui disait qu'il était à l'aise avec les paysans du salon de l'agriculture ou avec les commerçants des rues de Paris. J'ai fait l'expérience quand il venait me soutenir dans le 18e arrondissement. Il avait une espèce de spontanéité et Dieu sait si pourtant c'était un personnage complexe parce qu'il était aussi très pudique et parfois un peu secret. Mais bon, voilà. Oui, chez moi, il paraît que c'est de la froideur. On ne le dit pudique aussi. On ne le va pas reprocher.
Et c'est vrai que nous étions l'un et l'autre un peu réservés, un peu pudiques. C'est-à-dire qu'on ne se livrait pas, on ne s'épanchait pas. On se comprenait parfois même sans se parler. C'est ça qui était très fort.
La présence des Français aujourd'hui met dès jeudi à l'Elysée par centaines pour signer des registres de doléances. Et hier, vous l'avez dit, aux Invalides venus de toute la France, attendant parfois plus de cinq heures sous la pluie pour se recueillir devant la dépouille du président Chirac.
Il est 14h, les portes des Invalides viennent de s'ouvrir. Et ce qui est assez impressionnant, c'est qu'il y a déjà plusieurs centaines, voire même peut-être un millier de personnes qui font la queue pour aller rendre hommage à Jacques Chirac. Bonjour madame. Est-ce que je peux vous demander combien de temps vous avez attendu ?
5 heures. 1, 2, 3, 4, 5 heures. Pour les 6 heures de temps. On a attendu 5 heures. 3 heures. Et on a eu la possibilité de passer là plus vite parce qu'on avait un bébé avec nous.
De voir tout ce monde là qui attend pour rendre hommage à Jacques Chirac, est-ce que ça vous étonne ? Ça m'étonne parce que l'ampleur de la manifestation est considérable. Et même temps, ça ne m'étonne pas tant que ça parce que Jacques Chirac était un homme qui parlait à chacun.
On avait l'impression qu'il nous ressemblait.
C'est une partie de l'histoire de France. Donc au-delà de l'homme, je viens de dire au revoir aussi à cette partie de l'histoire de France.
Comme un membre de la famille qui s'en va, c'est toujours des moments difficiles. Regardez mon petit foulard RPR. Celui-là, vous n'en trouverez pas deux.
Qu'est-ce qui vous a animé au moment de passer devant le cercueil ?
C'était un peu familial, un côté un peu paternel. Il était le grand frère, le père, l'ami imaginaire. Essayons de le retrouver à travers ses mots. Vous avez été étonné, cette ferveur, comme l'exprime Philippe Dousteblasi.
Je ferais la même réponse que lui, étonné. Oui et non. Vous avez vu, ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent. Famille, père, frère. Enfin, cette dimension affective qui est très très forte. Comme je le signalais, même si on ne l'a pas tout à fait vu sur les images, cela concerne toutes les générations et beaucoup de jeunes. Mais cette attention aux plus modestes, aux plus faibles, aux plus fragiles, ce n'était pas simplement du relationnel chez Jacques Chirac. C'était aussi de l'action. Je voudrais rappeler quand même quelques-unes des initiatives très fortes qu'il a prises. Le plan cancer, bien sûr.
Quand j'étais Premier ministre, nous avions lancé une grande cause nationale pour l'enfance maltraitée. Il y a eu ces premières initiatives pour la sécurité routière. Et puis, cette attention, pour des raisons familiales sur lesquelles il ne s'exprimait pas beaucoup, je pense à Laurence, bien sûr, cette attention aux personnes handicapées. Je voudrais rappeler que la grande loi de 2005 sur les handicapés, qui reconnaît l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, c'est lui-même, pendant son septennat ou son quinquennat, qu'il a porté. Et puis, ça se traduisait en Corrèze.
Je me souviens, pendant ma campagne de la primaire, de la droite et du centre, d'avoir passé une partie de l'après-midi avec Claude Chirac dans un établissement accueillant des autistes, porté par la fondation Jacques Chirac. Il y avait plusieurs établissements de ce type en Corrèze. C'était vraiment quelque chose qui le portait très spontanément, et pas pour la frime, pas pour la télé. Tout simplement parce qu'il le ressentait profondément. Et ça, les Français l'ont senti, bien entendu.
Un hommage qui s'est prolongé jusque tard dans la soirée hier, à tel point que Claude Chirac est revenu saluer et remercier ces Français qui avaient fait le déplacement. Merci. On voulait juste vous témoigner notre émotion et nous remercions.
Il s'agit de Claude Chirac, fille de l'ancien président. Aux côtés de son mari, elle est venue saluer un à un ces Français. De là où il est, je pense qu'il doit être extrêmement ému et heureux. Et ma mère est très, très réconfortée en ayant vu ces images cet après-midi. Et du coup, on s'est dit, on y va. Pour chacun des passants, Claude Chirac a un mot ou un geste. Parfois, c'est même elle qui doit réconforter. Cette sortie improvisée a duré au total près de deux heures.
On a vu Claude Chirac embrasser, prendre dans ses bras ces Français, venu saluer la dépouille de son père, les réconforter, même prendre le temps de leur parler, une attitude très chiracienne finalement.
C'est la nuit d'une fille de son père. Et je voudrais souligner combien elle a été admirable tout au long de cette période. Pas simplement dans une soirée comme celle des Invalides, mais au fil des mois, au fil des années, elle était présente à ses côtés avec, moi aussi, un amour qui faisait l'admiration. Et puis j'ai une pensée pour Bernadette Chirac aussi, qui était là ce matin à la première cérémonie. Voilà. Martin, qu'on voit sur l'écran ici, qui est le petit-fils, et qui a fait un discours aussi très personnel, très...
Ce matin.
Très touchant ce matin aux Invalides. Aux Invalides. Voilà. Et il est le dernier à porter le nom de Chirac.
Bernadette Chirac trop affaiblie pour apparaître publiquement.
Elle est affaiblie. Enfin, on parlait tout à l'heure de impudeur et de discrétion, donc je n'en parlerai pas plus que cela ici. La famille de Jacques Chirac, c'est une famille française dans toute sa force et, je pourrais dire, presque dans sa complexité. Et en même temps, une complexité assez singulière qui fait que notre consoeur Anne Fulda avait raison ces jours-ci d'évoquer un clan parce qu'on a là une famille soudée, mais aussi composée, disait-elle, décomposée et recomposée au fil des aléas de la politique qui aura été pour toutes et tous, dans ce clan, une maîtresse exigeante, écrivait Fulda.
Un clan, car chaque membre est mobilisé autour du chef de clan, mais chacune a pourtant une sacrée personnalité. Mais un clan, ça a aussi des règles, des principes et des secrets. En le sachant ou en le devinant, on voit qu'au fil des ans, les Français, et au fil des décennies, les Français ont eu d'autant plus envie de s'attacher à cette famille et à sa saga. Jacques, bien sûr, Bernadette, de plus en plus présente au fil des ans, l'allant, le charme, l'intelligence, la discrétion de Claude, et puis, bien sûr, le drame digne et secret, douloureux et fatal de Laurence. Bernadette n'était pas là ce matin à Saint-Sulpice.
Nous avons eu ces belles images de Claude, de son mari, et puis de Martin, Martin Ray Chirac. La famille, la dernière fois, on l'a vu en public, c'était dans une émission de Michel Drucker. C'est vu déjà en 2009. On voit là des images dans la coulisse du tournage de cette émission. Et au cours de la même émission, Martin, que vous évoquiez, Alain Juppé à l'instant, avec sa gouaille d'alors de gamin, à la fois décalé et assez désinhibé, Martin Ray Chirac racontait à Drucker sa relation avec son grand-père et sa grand-mère. Comment tu l'appelles, ton grand-père ? Moi, en fait, j'ai toujours appelé Jacques. Je n'ai jamais appelé papy, grand-père, je l'ai toujours appelé Jacques.
Et ma grand-mère, pareil, je l'ai toujours appelé Bernie. Jacques, je ne l'ai jamais mis dans la même peau que le président, en fait. Quand je pense à Jacques, mon grand-père, c'est un grand-père qui a été formidable. Mais pour moi, sa carrière politique, c'est à part. On peut dire que le plus souvent, on rigole. On rigole ensemble, on dit des bêtises, on rigole seulement. Alors, tu as 13 ans. Les premiers souvenirs de Jacques Chirac président, c'est précis pour toi ? Non, pas du tout. Je n'ai pas vraiment de souvenirs de lui en tant que président, non.
On ne l'a pas revu souvent depuis ces images-là, mais on l'a vu ce matin en l'église Notre-Dame, pour nous, qui n'étions pas à la première manifestation. Et c'était émouvant de voir ce grand gaillard qui, maintenant, est bien là. Moi, je préfère le mot de famille au mot de clan. Le clan, c'est un peu refermé sur soi-même, alors que là, il y avait aussi une générosité vis-à-vis des autres. C'est une famille très solide et qui a connu, pourtant, des souffrances, des épreuves, comme beaucoup de familles, mais qui les a vécues avec une dignité et une discrétion exemplaire. Je crois que ça mérite aussi d'être signalé.
Puis moi, ce qui m'attache à Jacques Chirac, au-delà de la personne, c'est aussi l'œuvre. Parce qu'en tant d'années d'action politique, il a eu en permanence la volonté de rassembler. Il a commencé par rassembler la famille gaulliste, en 1976, la création du RPR, bien sûr. Ensuite, la famille de la droite et du centre, la création de l'UMP, dont j'ai été le premier président. Et c'est grâce à lui que je suis arrivé à réunir les centristes, les libéraux et les gaullistes. Ça a duré quelques années. Ça a disparu en 2012. Et puis après, une fois arrivé à l'Élysée, bien sûr, rassembler tous les Français, toutes les Françaises, avec cette volonté d'ouverture qui était la sienne.
Parce qu'il était profondément ancré dans notre terre, la Corrèze. Il n'était pas originaire de Corrèze, mais en fait, il a poussé ses racines. Et en même temps, c'était un citoyen du monde qui avait une culture très ouverte, très large, sur des horizons que nous ne connaissons pas bien. Il se moquait parfois de ma culture, qui est très gréco-latine. Et il me disait, mais la statue romaine, c'est très très, c'est toujours pareil, c'est froid. C'est du marbre. Ce qu'il aimait, c'était les masques africains, les bronzes asiatiques, etc. Et il connaissait ça sur le bout des doigts à jour.
Il m'avait donné un petit livre qui s'appelait « Le loup bleu », parce que j'avais eu l'imponence de lui dire que je ne connaissais pas la geste de Jean Giscan. Il m'a dit, il faut absolument apprendre tout ça. Il y avait cette ouverture au monde, aux civilisations précolombiennes aussi, qui l'ont conduit à créer ce musée, on l'appelait d'abord des arts premiers, le musée du Quai Branly, Jacques Chirac, comme il s'appelle aujourd'hui. Il a fallu beaucoup de volonté de sa part. La première étape était d'ouvrir une salle dans le musée du Louvre.
Et je ne vous dis pas la première réaction des conservateurs du Louvre, qui voyaient arriver des masques africains et qui se disaient « Qu'est-ce que c'est que ça ? » Et Chirac l'a imposé. Et puis aujourd'hui, ce musée est devenu magnifique et attire des centaines de milliers d'isiteurs. Je reviens aux obsèques avec le parterre de personnalités qui était présent dans ces moments de recueillement, voire de communion nationale et internationale. C'est intéressant de voir qui était là et qui n'était pas là. Marine Le Pen, vous le savez, n'était pas là. Elle a pris acte hier soir dans un tweet du refus de la famille Chirac. Vous comprenez cette sortie, cette exposition ?
C'est le choix de la famille et je n'ai pas à le commenter. Je voudrais simplement rappeler que Jacques Chirac a été d'une totale intransigeance pendant toute sa vie politique vis-à-vis des idéologies d'extrême droite. Il avait en exécration le racisme et l'antisémitisme. Souvenez-vous de son discours de juillet 1995 sur l'Arave du Veldiv qui a marqué les esprits aussi. Sauf une fois, si je peux me permettre. Une fameuse... Une municipale de 83 à Dreux où il a approuvé l'alliance RPR Front National. En 40 ans de vie politique, voilà, on peut toujours trouver des exceptions.
Mais je peux vous dire que s'il n'avait pas tenu cette ligne, peut-être que la droite aurait dérivé plutôt qu'elle ne le fait aujourd'hui. Non, je crois qu'il a-dessus, il a été d'une parfaite clarté. C'est sans doute cela qui a inspiré sa famille. Là, pas là. Les Américains, pratiquement aux abonnés absents. En trois jours, pour avoir un signe officiel, un communiqué du chef de la diplomatie, Mike Pompeo, c'est conforme aux usages ou c'est très inhabituel ? Bill Clinton était là. Oui. C'était l'Amérique. Non, je parle de l'administration américaine actuelle. C'était l'Amérique, oui. Il ne faut pas de commentaire sur M. Trump.
Bon, Trump qui ne se conforme à aucun usage, donc chez lui comme à l'extérieur. Ok. Vous savez que je suis membre du Conseil constitutionnel, donc astreint à certains devoirs de réserve. Qui n'a pas de lien avec la Cour suprême américaine. Et je n'en pense pas. Qui n'a pas de lien encore. Bon, il y a au moins un ancien président américain, vous l'avez dit, qui était copain avec Jacques Chirac. Copain, je crois qu'on peut le dire. Bill Clinton qui a dit ceci au micro de C'est à vous de Nelson Jettel. Just one memory with Jacques Chirac. We've gotta go. We've gotta go, man.
Voilà, et devant la caméra de BFM, Bill Clinton a fait allusion à l'hostilité des Américains ou d'une partie des Américains à l'égard de Jacques Chirac. Il a ajouté ceci. Je me moque actuellement de ce qu'on dit de moi aux Etats-Unis parce que je suis son ami. Je me souviens qu'en 2007, c'était un président incroyable et on a des moments qu'on a passés ensemble et je ne l'oublierai pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'on n'était pas toujours d'accord sur tout. On avait des désaccords, mais on pouvait trouver des modes de discussion et on pouvait arriver à des accords, finalement. Oui, franchement, Chirac va me manquer. Vraiment.
Il faut rappeler que Bill Clinton était président en exercice au moment où Jacques Chirac s'est installé à l'Élysée. C'est vrai, mais c'est aussi important de dire cela parce qu'on va finir par dire que Chirac était un bon grand-père. Voilà, tout lisse, tout gentil, etc. Il y a un peu de ça, quand même, dans les hommes de ces dernières heures. Oui, aujourd'hui, et c'est ce qu'il est arrivé à construire, mais ça a été aussi un combattant. La conquête du pouvoir, j'évoquais le RPR, il savait entraîner les foules. Et ça a été aussi quelqu'un de courageux qui a, dans beaucoup de circonstances, pris des décisions un peu à l'encontre de ses propres intérêts ou de son propre camp.
En 1992, traité de Maastricht, les plus grandes personnalités du RPR veulent voter non. Il était minoritaire au sein du RPR. Et Chirac, Maladur et moi, nous disons qu'on va voter oui. Et ça n'a pas été complètement indifférent dans le résultat de ce référendum qui a été gagné de peu. La guerre en Irak aussi, où il a le courage de dire non au pouvoir américain. Il n'a pas seulement dit non, il a fait campagne, il a combattu. Il aurait pu simplement tenir la France à l'écart. Non, il a été jusqu'au bout de sa logique. Et on se souvient que la France s'est abstenue au Conseil de sécurité. Vous me votez contre, je ne me souviens plus.
Dominique de Villepin était là et a fait un discours qui exprimait le choix de Jacques Chirac avec beaucoup de force. Et donc Chirac, c'était aussi quelqu'un qui savait prendre ce type de responsabilité. Et ce qui explique que parfois, il ait suscité beaucoup d'hostilité et beaucoup de critique. J'entends aujourd'hui un concert de louanges.
Mais vous n'oubliez pas ?
Si, si, j'oublie. Justement, puisque vous n'oubliez pas, c'est vrai que vous avez évidemment rendu hommage à Jacques Chirac ces derniers jours,
plus qu'un ami, pas tout à fait un père, un mentor, avec qui vous avez entretenu une relation de confiance, dites-vous, pendant 40 ans. 40 ans sans nuage, vraiment ?
Je crois pouvoir le dire. Je n'ai pas toujours été d'accord, absolument, surtout, heureusement. Mais bon, non, je ne vois pas de désaccord profond entre nous. Alors, il y a eu la période où j'étais à Matillon, 95, 97, qui a été difficile. Mais j'ai eu de sa part un soutien constant. Alors, de temps en temps, il me donnait quelques conseils savoureux.
Des conseils musclés ou des conseils ?
Par exemple, d'être plus sympa à la télé, alors qu'il était coincé comme pas un. Ça me rappelle un souvenir entre nous. Je crois que c'est l'élection présidentielle de 81. On lui disait toujours, vous êtes mauvais à la télé. Ce n'était pas tout à fait vrai, ce n'était pas tout à fait faux. Et alors, comme il était un peu angoissé par les émissions de la campagne officielle, il a eu cette idée baroque de se faire interroger par votre serviteur. Donc, j'ai fait le journalisme de service. Tout le monde a oublié cela. Pourquoi est-ce qu'on n'a pas retrouvé cet archive ? Mais ça le détendait. Il avait confiance. Il disait au moins, il n'y aura pas de chose trappe.
Vous auriez dû toujours l'interviewer.
Voilà, j'aurais dû rester intervieweur à vie.
Mais vous ne lui en avez jamais voulu ?
De quoi ?
Pour l'affaire des emplois fictifs.
Non, j'ai assumé mes responsabilités. J'ai fait des erreurs. C'était les miennes et pas les siennes. Est-ce qu'il vous a dit merci au moins, une fois de l'avoir protégé ? Je crois qu'il m'a manifesté son soutien constamment et son affection constamment. À cette époque, c'était un silence et une absence totale. Pas entre nous. Hein ? Pas entre nous. Pas entre vous.
Alors, vous l'avez dit, tout a commencé en mai 76. Jacques Chirac, alors Premier ministre, est à la recherche d'un énarque sachant écrire. Votre premier entretien dure cinq minutes. On me dit que vous voulez faire de la politique. J'espère au moins que vous savez tâter le cul des vaches. Vous aurez-t-il lancé ? C'est vrai que vous sembliez si différent. Qu'est-ce qui vous liait tous les deux au-delà de la pudeur ?
Je ne sais pas si cette anecdote que j'ai moi-même rapportée est tout à fait vraie. Je l'ai peut-être inventée. Même si ça n'était pas vrai, c'était totalement vraisemblable parce qu'il le disait souvent. Il a dû me le dire après. Pourtant, moi, je suis peut-être plus que lui. Je n'étais rien d'origine. Je suis né dans une petite ville. Mon parent était agriculteur. Je ne suis pas parisien d'origine, naturellement. Donc, j'avais peut-être cette fibre du terroir qu'il a si magnifiquement acquise en Corrèze et partout en France. Qu'est-ce qui nous a rassemblés ? Je n'ai pas fait de psychanalyse ni d'introspection. Peut-être une certaine exigence au service du bien commun.
Voilà, c'est ce qui nous faisait bouger. Je cherche mes mots. Mouvé, c'est ça ? On dit mouvé. L'un et l'autre. Et c'est ça qui a créé cette complicité entre nous.
Alors, vont suivre plus de 40 ans de combats politiques, des hauts, des bas, mais une amitié intacte. Regardez ce sujet de France 2 qui date de 2004.
Chirac, pour vous, c'est qui ? C'est un de ces hommes avec qui je travaille et je me flatte d'être parmi ses collaborateurs. Lorsque dans son grand bureau de la mairie de Paris, Jacques Chirac regardait son lieutenant, il semblait déjà impressionné par ce jeune homme bardé de diplômes. Chirac-Juppé. Un tandem apparemment indéfectible. Comme en 1990, où la fronde gagne le parti gaulliste. Au RPR, le duo Pasqua-Séguin se heurtera au bloc Chirac-Juppé qui va se souder. Quelques années plus tard, cela vaudra à Alain Juppé un hommage. Restez dans les mémoires.
Je voudrais exprimer les sentiments que nous éprouvons tous à l'égard de celui qui est probablement le meilleur d'entre nous, notre secrétaire général Alain Juppé. Je ne me suis pas sûr qu'il ait exprimé un point de vue d'anime à ce moment-là. Vous avez observé qu'il a dit « probablement ».
Oui, qu'il a retiré.
Je crois qu'il a ensuite retiré le point de vue d'anime. Compliment lourd à porter. Ce n'est pas ce qu'il a fait de plus sympa à mon égard parce que ça a aiguisé toutes les jalousies. Oui, et puis, mais encore aujourd'hui, aux yeux des Français, qui est l'héritier de Jacques Chirac, a-t-on demandé il y a trois jours ? Sondage IFOP, journal du dimanche. Réponse Juppé, 62%. Sarkozy, 36%. Ville-Pin, 25%. Barouin, 23%. Vous remarquerez que seul le dernier que je viens de citer est encore dans la politique active. Les Français ont parfois du bon sens. Souvent, c'est du bon sens. Mais Sarkozy, qui arrive en numéro 2, vous parliez de désaccord tout à l'heure.
Vous lui aviez fait un reproche, en tout cas de promouvoir Nicolas Sarkozy en 2002 quand il le nomme numéro 2 du gouvernement. Oui, vous savez, j'ai pris une décision, parce que moi aussi je me bonifie avec le temps, c'est de ne dire de méchanceté sur personne.
Même si vous en avez envie.
Ah, ça c'est un jardin secret.
Merci beaucoup Alain Juppé, vous voulez bien rester avec nous ?
Ok, vous m'invitez à dîner, non ?
Non, mais si vous voulez, vous pouvez, Christiane Taubira est notre invité du dîner.
On vous fait un petit pâle. Je serai heureux de la saluer, parce que c'est une femme de grande qualité.
Merci beaucoup, ça il faudra attendre 20h pour la saluer, si vous voulez bien rester avec nous. Vous la saluerez de ma part. Jusque là. Merci beaucoup.