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Discours / meetingyoutube.com· 10 avril 2022 14 minAutoproduitMixteSolidarités & familleImmigration & asileInstitutions & électionsRetraites

Présidentielle: le discours de Philippe Poutou à l'issue du premier tour

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 45 %Défensif 15 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:04Invité politiqueChiffre
    « qui avait fait 0-37 en 1974, il me semble. »
  • 6:29Invité politiqueFait
    « Le taux d'abstention, en augmentation, marque la défiance de la population vis-à-vis du pouvoir de Macron. »
  • 8:43Invité politiquePromesse
    « Le week-end des 16-17 avril doit être marqué par des manifestations massives »
  • 9:24Invité politiquePromesse
    « Pas une voie ne doit aller à l'extrême droite. »
  • 9:27Invité politiquePromesse
    « nous ne donnerons pas de consigne de vote en faveur de Macron, »
  • 11:15Invité politiqueFait
    « la riposte unitaire contre l'offensive annoncée de Macron sur la retraite à 65 ans »

Temps de parole

  • Invité politique100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:10
Invité politique

Salut à toutes et tous, c'est donc le dernier meeting de la campagne. Je vais lire une déclaration au sein de l'équipe de campagne. Elle est assez longue, mais bon, je vais y arriver jusqu'au bout. Avant, je vais dire quelques mots d'introduction, parce qu'on va commencer à faire le bilan de notre campagne. Bon, on n'est pas vraiment satisfait des résultats du soir, ni de l'ensemble des résultats, ni d'une autre. On espérait un peu mieux, mais on a pris cher. Avec la pression du vote utile, on n'était pas taillé pour résister à ça. Voilà, bon, on va peut-être faire 1% au bout du compte, ce qui nous ferait plaisir quand même.

Mais déjà, une chose est actée, c'est qu'on ne bat pas le record d'Alain Krivine. Et ça nous fait doublement plaisir, parce qu'on ne fait pas mieux que Krivine, qui avait fait 0-37 en 1974, il me semble. Et lui-même, c'est lui qui disait à chaque fois qu'il ne fallait surtout pas qu'on batte son record à lui, du plus bas score de l'extrême gauche dans l'histoire des présidentielles. On ne le bat pas ce soir, en tout cas. Voilà. Donc, petit hommage à Alain. Et puis après, évidemment, plus on fait, mieux c'est. Et c'est pour ça que si ça monte un peu, ça ne nous fera pas de mal. Donc, aussi, c'est pour faire des remerciements, parce que la campagne, elle n'a pas été simple.

De toute façon, ce n'est jamais simple. Une campagne présidentielle pour nous, il y a le filtre des 500 parrainages à franchir. C'est un gros boulot pour les équipes militantes et pour les équipes sympathisantes. Ensuite, on arrive à qualifier. Mais quand on est qualifié, ça ne règle pas tous les problèmes, puisque la présence médiatique reste quand même assez réduite, et même très réduite. Donc, ça a été difficile pour apparaître dans les médias. Et puis, même la dernière période, qui est celle de l'égalité du temps de parole, finalement, ce n'est pas simple, puisque comme il y a eu le refus de débattre de la part des gros candidats, finalement, il y a eu peu d'espace pour nous.

Bon, on a quand même... On pense avoir un peu marqué les esprits dans cette campagne-là. On a fait des passages télé qui n'ont pas servi à rien. On pense et on espère, et c'était l'objectif quand même, c'est qu'on va laisser des traces, des traces pour la suite. On se rappelle, ou certains se rappellent de la police tue. On avait quand même bien envie de mettre dans la situation la question des violences policières et de la répression politique et des régimes autoritaires comme celui de Macron. Le vol des richesses par les milliardaires. Voilà, c'était quand même bien aussi de dénoncer ce système capitaliste avec la surexploitation et le détournement des richesses.

Et puis, le fasciste Zemmour, récemment, sur France 2. C'était bien au passage de lui dire deux, trois mots comme ça. Et voilà, donc en fait, c'était aussi l'importance pour nous de faire tout ça. Donc voilà. Bon, alors on n'est pas complètement... Enfin, on est plutôt satisfait même d'avoir fait ce qu'on a fait. On ne va pas faire les malins parce que les temps sont durs et la suite, ce ne sera pas simple. Mais bon, on a fait un gros boulot. On a voulu faire entendre nos idées anticapitalistes. On l'a fait. Et puis autour de nous aussi, on a créé quand même malgré tout un petit enthousiasme. Parce que le fait d'être là, de forcer les portes, de s'inviter à un endroit où on n'est pas invité.

Le fait de crier ou de dénoncer le capitalisme. Et puis d'essayer de rendre visibles les opprimés. Enfin, tout ce qu'on a pu faire. Bon, voilà, on pense que c'est utile, qu'il faut le faire. Et que derrière, ça peut aussi un peu redonner confiance à des tas de gens. Même si ce n'est pas le score qui va jouer ce rôle-là. Parce qu'on aurait aimé avoir un score qui permettait un peu de donner de la dynamique. Ou en tout cas d'impulser quelque chose. Ça ne sera pas notre score. Mais ce qu'on a fait, on ne l'a pas fait pour rien. Et on a quand même cet espoir que derrière, on sera utile à... Justement, enfin bon, je ne vais pas déborder sur la déclaration. Mais voilà.

Donc je remercie l'ensemble des camarades qui ont participé à ce boulot-là. Je remercie les sympathisants, les sympathisantes. Parce qu'on a eu de nombreux coups de main dans cette campagne-là. On remercie évidemment les élus qui ont permis à ce qu'on soit dans cette campagne-là. Et je remercierai aussi quelques noms comme ça qui ont permis de mettre notre nom dans la campagne électorale. Je pense à la bande d'humoristes de France Inter, Guillaume Meurisse, Émeric Lompré ou Pierre-Emmanuel Barré qui ont joué un petit rôle pour qu'on soit là quand même. Et puis il y a d'autres, je ne dirai pas les noms parce qu'en fait, ils ne font pas beaucoup de publicité.

Mais il y a pas mal quand même de gens autour de nous, d'artistes, d'intellectuels qui ont voté pour nous, qui ont résisté. Qui ont résisté à la pression utile. Bon, chez nous, il y a des militants qui ont moins résisté. Mais c'est comme ça, c'est la vie. Mais d'autres ont résisté et tant mieux. Et heureusement qu'il y en a qui ont résisté pour faire en sorte qu'on existe un petit peu. Et puis un petit mot au chanteur Renaud qui est le seul. On a un seul chanteur qui a osé dire qu'il allait voter pour nous. Et donc on le remercie. Donc je vais lire la déclaration maintenant. Alors là, il ne faut pas faire de bruit. C'est très important, c'est la parole officielle. De notre parti.

Voilà, je vais essayer de lire pas trop vite. Nous tenons tout d'abord à remercier les électeurs et les électrices qui ont choisi de voter pour nous. Par ce vote, elles et ils ont porté leur suffrage sur un ouvrier licencié, quelqu'un qui leur ressemble. Elles et ils ont voulu exprimer le rejet d'un capitalisme qui mène l'humanité droit dans le mur, source de crises écologiques, sanitaires, sociales et démocratiques. Elles et ils ont voulu affirmer que le changement se fera par en bas, par les mobilisations et en rompant avec ce système. Nous savons aussi bien que d'autres se sont reconnus. Alors là, je relis la phrase, je l'ai mal lu. Mais il n'y a pas de virgule.

Nous savons aussi que bien d'autres se sont reconnus dans notre candidature, mais ont préféré glisser un autre bulletin dans l'urne, espérant voter utile. Comme en 2017, Macron et Le Pen sont donc qualifiés à l'issue d'une non-campagne. L'élection présidentielle est déjà particulièrement antidémocratique. Cette campagne en a été la caricature, la parole étant confisquée par la droite et l'extrême droite, particulièrement par Macron. A aucun moment de cette campagne, celui-ci n'aura voulu rendre des contres sur la politique menée ces cinq dernières années, une politique particulièrement antisociale et autoritaire.

Le taux d'abstention, en augmentation, marque la défiance de la population vis-à-vis du pouvoir de Macron. Sans parler des étrangers privés du droit de vote et de pouvoir peser sur la vie politique du pays, où elle s'élisse, habite et travaille. Le désaveu de ce quinquennat profite hélas à l'extrême droite. Nous le mesurons aujourd'hui. Macron n'est en rien un rempart contre l'extrême droite. Pire, sa politique la nourrit quand il s'attaque aux conditions de vie des salariés et des chômeurs, quand il chasse avec Darmanin les migrants et les sans-papiers, quand il réprime violemment les manifestations, comme celle du mouvement des Gilets jaunes.

C'est peu dire que le climat politique de ces derniers mois a pesé sur les urnes. Les questions sociales sont prégnantes, comme la nécessité d'augmenter les salaires et l'ensemble des revenus, face à la dégradation des conditions de vie du plus grand nombre. Mais ce sont bien les thèmes de l'extrême droite qui se sont imposés, en particulier sous la pression de Zemmour, préfigurant un projet fasciste. Celui-ci a infusé de ses idées dégueulasses toute la campagne à droite et à l'extrême droite. Zemmour aura entre autres servi à relativiser le danger représenté par Le Pen, alors qu'elle n'a jamais été aussi proche du pouvoir.

Pourtant, tous les deux représentent les deux visages d'un projet politique ultra-autoritaire au service des capitalistes, visant à mettre au pas l'ensemble de la population. Le Pen est un poison, car, par le racisme, elle cherche à attiser la haine contre les populations immigrées et d'origine immigrée, et la division visant à les surexploiter et à détourner les salariés des vrais responsables de la crise, du chômage et de la misère. Le score de Le Pen et la crise politique qui confirment le rejet des partis traditionnels de gauche et de droite nous montrent l'urgence de reprendre nos affaires en main, de nous mobiliser.

Et ce n'est pas un front républicain conduit par Macron dont nous avons besoin, mais de construire une large mobilisation contre Le Pen, Zemmour et tous leurs alliés. Quel que soit le résultat du second tour, nous devons nous préparer à défendre nos intérêts et nous battre dans les entreprises, dans les quartiers, contre l'exploitation et toutes les formes d'oppression. Le week-end des 16-17 avril doit être marqué par des manifestations massives dans tout le pays contre l'extrême droite et les politiques libérales et autoritaires qui le nourrissent.

Une mobilisation qui doit commencer dès demain dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail, dans la jeunesse, partout où c'est possible. Dimanche 24 avril, beaucoup voudront faire barrage au Rassemblement National en votant Macron. Nous partageons la volonté de rejeter le danger mortel pour tout progrès social et pour l'ensemble des droits que représenterait l'arrivée au pouvoir de Le Pen, tout particulièrement pour les populations immigrées et d'origine immigrée ou les personnes LGBT. Notre consigne de vote est claire. Pas une voie ne doit aller à l'extrême droite.

Pour autant, nous ne donnerons pas de consigne de vote en faveur de Macron, car c'est un pompier pyromane dont les politiques sont une des causes de la montée du RN. Macron n'est en rien un rempart contre l'extrême droite qui a progressé durant son quinquennat. Pour faire reculer durablement ce péril, il n'y a pas d'autre solution que de lutter contre l'extrême droite, mais aussi contre toutes celles et ceux qui, comme Macron et tous ceux qui l'ont précédé, ont mis en place ou veulent imposer des mesures antisociales. Cela passe aussi par la reconstruction d'un projet d'émancipation pour les classes populaires.

Toute tendance confondue, la gauche se maintient, comme en 2017, à un niveau très bas. Les prochains mois vont être difficiles, on le sait déjà. Et plus que jamais, nous avons besoin d'unir notre camp social et ses organisations pour y faire face. Ce camp social n'est pas sans ressources. Ces dernières années ont été marquées par le mouvement des Gilets jaunes, la mobilisation contre la réforme des retraites, une multitude de grèves ouvrières éclatées et de mobilisation d'une partie de la jeunesse. Ces derniers mois ont été marqués par des luttes pour les salaires. Les capacités de résistance de notre camp social existent et lui permettent de se faire craindre.

Nous nous adressons avant tout à l'ensemble de la gauche sociale et politique, aux syndicats, aux associations et collectifs écologistes, antiracistes, féministes, LGBTI, ainsi qu'aux forces politiques. Nous avons besoin de nous rencontrer pour discuter des initiatives possibles pour changer la donne. L'urgence est d'abord de construire un front commun et durablement contre l'extrême droite, un front unitaire antifasciste articulant mobilisation de rues et batailles idéologiques. Nous avons aussi besoin d'organiser la coopération et la coordination, de trouver des moyens d'action autour d'un programme d'urgence commun pour les luttes.

Cela commence par la riposte unitaire contre l'offensive annoncée de Macron sur la retraite à 65 ans et pour mobiliser en faveur des salaires. Enfin, comme nous l'avons fait durant cette campagne, nous voulons nous adresser particulièrement à toutes les orphelines et les orphelins d'une gauche de combat, à tous les anonymes, les militants et les sympathisants, organisés ou non, à toutes celles et ceux auprès desquels notre campagne a trouvé de l'écho et aux directions de différentes forces politiques à gauche. La vieille gauche gestionnaire du capitalisme s'est écroulée et nous ne la pleurerons pas.

Il faut reconstruire une force politique anticapitaliste, antifasciste, féministe, écologiste, antimilitariste, anticolonialiste, internationaliste et on en oublie certainement pour la transformation révolutionnaire de cette société. Cela nécessite un débat dans l'ensemble du mouvement social, du mouvement ouvrier, avec tous les courants et toutes les forces qui aspirent à un tel projet. C'est nécessaire et c'est urgent.

Ces prochaines semaines, ces prochains mois, nous allons donc avoir besoin d'échanger, de débattre, de confronter, de tirer les bilans pour essayer de construire ensemble, construire les mobilisations contre les attaques qui se dessinent, mais aussi un nouvel outil politique, un parti pour tous les exploités et les opprimés. Nous ne pouvons plus attendre. Voilà.