Émeline K/Bidi, députée "Gauche Démocrate et Républicaine" de la Réunion | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle est habituée aux plaidoiries et n'hésite pas à hausser le ton pour défendre son île de La Réunion. Avocate de formation, mon invitée est coprésidente du groupe GDR à l'Assemblée. Générique ... ...
Bonjour Emeline K-Bidi. -Bonjour. -Alors en tant que députée de l'île de La Réunion, vous intervenez souvent dans l'hémicycle sur les questions liées aux Outre-mer.
On va réécouter trois petits extraits de vos interventions. *-Les différents exemples qui ont jalonné le début de cette mandature laissent ainsi percevoir le mépris du Gouvernement. *Mépris pour le travail des parlementaires outre-mer, mépris également pour la situation alarmante des territoires ultramarins. *Les territoires ultramarins et les députés ultramarins ne sont pas des sous-territoires et des sous-députés. *Rien dans cette réforme n'est prévu pour les outre-mer. -Alors, j'ai choisi ces trois extraits car dans ces trois extraits, vous parlez de mépris, de sous-députés.
On a l'impression que dès que vous parlez de l'Outre-mer, vous êtes en colère. Pourquoi ? -Alors souvent, effectivement, dans cet hémicycle... -Ca vous met en colère la façon dont c'est géré par nos gouvernants ? -Oui. -Pourquoi ? -Il y a une colère que je ressens, mais que je ne fais que traduire, qui est celle de la population réunionnaise.
Parce que les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, le système qui est en place est un système qui existe depuis des décennies. Et on a eu de cesse de dire que la plupart des lois qui sont votées dans cet hémicycle ne sont pas adaptées à notre territoire réunionnais. -Mais ça veut dire quoi ?
Parce qu'au-delà de La Réunion, vous dites qu'il faut adapter les lois de la métropole aux Outre-mer. Ca veut dire quoi concrètement ? -Ca veut dire que l'on doit systématiquement, lorsqu'un texte est envisagé, se demander si ce texte-là est également applicable aux Outre-mer sans modification. -Vous avez des exemples pour nous faire prendre conscience justement de ces différences ? -Bien sûr, nous avons pu examiner un texte concernant le narcotrafic.
Il est prévu dans ce texte une peine complémentaire d'interdiction de sortie du territoire, interdiction de paraître dans les ports et les aéroports. Ca veut dire qu'aujourd'hui, les mules qui arrivent à La Réunion, qui sont jugés à La Réunion et condamnés à cette nouvelle peine. -Les mules sont ceux qui portent sur eux la drogue, qui la font rentrer dans le territoire. -Oui, c'est le terme employé, mais en réalité, elles transportent, dans leur corps la drogue.
Ces gens-là qui seront condamnés ne pourront plus sortir de La Réunion, parce qu'on ne peut en sortir, comme c'est une île, qu'en passant par un port ou un aéroport. Et donc, ça veut dire que la délinquance qui arrive sur cette île et qui n'est pas issue, va être obligée de rester. C'est une sorte de bagne, en quelque sorte, que l'on remet au goût du jour. -C'est ça qui vous fait sentir parfois sous-député, comme vous le disiez là ? -Ca, ça me donne plutôt l'impression que le Gouvernement est aveugle, et je pourrais plutôt dire les Gouvernements, parce que c'est un problème qui perdure mandature après mandature, droite ou gauche confondue.
Ils sont aveugles et sourds aux préoccupations et aux spécificités qui sont les nôtres. -D'un point de vue pratique, être élu de l'île de La Réunion, ça implique, j'imagine, une organisation dans votre emploi du temps un peu particulière, vous ne faites pas l'aller-retour comme ça entre l'Assemblée et votre circonscription. Ca prend combien de temps ?
Comment vous gérez ça ? -Onze heures de vol. Onze heures allée, onze heures retour.
Il faut donc minutieusement préparer les départs et les arrivées pour être sûr d'être à l'Assemblée pour les bons textes. Ca veut dire également qu'il est impossible d'être à Paris 100 % du temps. Pas évident de le faire comprendre aux électeurs alors que l'activité fourmille à Paris.
Mais pour pouvoir bien porter la voix des réunionnaises et des réunionnais, je dois pouvoir retourner en circonscription. Puis j'ai une vie de famille, donc impossible d'être à Paris 100 % du temps. -Vous faites partie du groupe GDR à l'Assemblée, Gauche, Démocrate et Républicaine.
Alors, on le présente souvent comme le groupe communiste. Vous vous retrouvez dans le communisme ? Vous vous définissez communiste ? -Alors, moi, je ne suis pas communiste.
Ca n'est pas mon parti. En revanche, ce sont des collègues avec qui je partage tout un tas de valeurs communes et de combats. On n'est parfois pas d'accord.
Et moi, ce que j'aime dans ce groupe qui n'est pas le groupe communiste, justement, c'est le groupe communiste et ultramarin. C'est comme ça qu'il a été fondé. -Mais quand même, les électeurs, ils aiment bien situer un peu leurs candidats, leurs hommes et femmes politiques.
Si je vous présente les photos de Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Olivier Faure, de qui vous vous sentez la plus proche ? -Je me mettrais sûrement au milieu. -C'est trop facile comme réponse. -C'est facile, mais c'est la vérité parce qu'en réalité, moi, je n'appartiens à aucun de ces partis politiques nationaux. -Le paysage politique réunionnais est trop différent, de celui de la métropole ? -il est extrêmement différent, il est extrêmement morcelé.
Il y a à La Réunion, mais c'est le cas dans la plupart des Outre-mer, des partis qui sont extrêmement locaux et qui parfois même ne sont attachés qu'à une ou deux personnes. Et donc ces différents partis, je pourrais me retrouver un peu dans chacun d'entre eux parce qu'il y a un socle de valeurs communes, mais je ne pourrais prendre une carte de parti dans aucun d'entre eux. -Vous êtes coprésidente de ce groupe GDR avec Stéphane Peu, qui a succédé à André Chassaigne.
L'idée, c'est d'avoir une direction partagée entre les communistes et les ultramarins, parce que vous êtes plusieurs dans le groupe députés ultramarins. -Oui, c'est d'avoir surtout une organisation qui tienne parfaitement compte de la dualité de ce groupe et d'éviter que le président parle au nom d'une composante politique, au nom d'un parti politique, alors qu'en réalité, il y a dans ce groupe autant de communistes que d'ultramarins et que les huit ultramarins qui composent le groupe ne forment pas eux-mêmes un parti homogène. -Le problème, c'est qu'aux yeux de l'institution, aux yeux de l'Assemblée nationale, il n'y a qu'un ou une présidente de groupe.
Et là, il s'avère que c'est Stéphane Peu et pas vous. Est-ce que ce n'est pas un peu frustrant d'avoir un titre qui, quelque part...
Un peu honorifique ? -Alors, j'aurais pu demander et prendre la place d'André Chassaigne. -Vous ne l'avez pas fait ? -Je ne l'ai pas fait.
On me l'a proposé. Ca a été discuté au sein du groupe. Et en étant coprésidente, quelque part, naturellement, j'aurais pu accéder au poste de présidente au départ d'André. -Ce n'est pas juste un titre.
Il y a aussi des conséquences. Lors d'une séance de Questions au Gouvernement, quand une ou un président de groupe pose une question au Gouvernement, c'est le Premier ministre qui répond. -Il y a quelques conséquences propres à l'institution.
Moi, je ne le considère pas comme un poste honorifique puisque, dans les faits, je vais assister à la conférence des présidents, je prends des décisions, je dirige les réunions de groupe, je vais aux conférences de presse. Donc, dans les faits, je suis coprésidente du groupe GDR aux côtés de Stéphane Peu. Le fait d'avoir refusé le titre honorifique, comme vous le dites, je suis tout à fait consciente qu'en étant à 10 000 kilomètres de Paris, je ne peux pas répondre à l'ensemble des invitations et des conséquences que cela impose.
Et finalement, être coprésidente me va bien, à la condition toutefois que l'on travaille pour que l'Assemblée nationale reconnaisse ce titre et notamment reconnaisse les coprésidences paritaires. Je pense qu'il est temps de faire évoluer la place de la femme dans cette Assemblée. -Le soir de votre élection, en 2022, on vous a vu tomber dans les bras de vos parents qui ont confié ces quelques mots aux journalistes de La Première.
On va voir cela. *-Emeline a toujours aimé ce côté politique depuis le collège, le lycée. *C'était une fille très investie, donc elle a toujours aimé ça. *-C'est une bosseuse, elle a toujours donné le maximum dans tous les combats qu'elle entreprend. *Et ce soir, ma fille, c'est un petit peu la fille de Saint-Joseph aussi. *Elle ne nous appartient plus tout à fait et je suis très, très fier d'elle. -Plusieurs choses dans ce témoignage de vos parents.
On sent l'émotion et surtout la fierté de vos parents. D'autant que, si je puis dire, votre parcours, vos études de droit jusqu'à votre élection à l'Assemblée, ça n'allait pas forcément de soi. Vous êtes issu d'un milieu plutôt modeste et ce n'était pas évident d'aller aussi loin dans vos études. -Alors je dirais qu'au contraire, je viens effectivement d'un milieu modeste, mais que ma famille, mes parents en particulier, ont tout fait, m'ont toujours poussé vers ces études et pour que je réussisse.
Donc j'ai pu le faire avec beaucoup de facilité. Pas de facilité financière, mais beaucoup de facilité parce que j'étais soutenue et qu'ils savaient que c'est ce que je souhaitais. J'ai su très tôt que je voulais être avocate et que je voulais faire des études de droit.
Et je n'ai trouvé, en tout cas dans mon entourage, que du soutien. Et au contraire, ils ont poussé pour que j'aille jusque là-bas. Je n'ai pas pu faire les écoles privées ou les prépas que je souhaitais. -Vous n'avez pas pu faire vos études à Paris, vous auriez souhaité faire aussi ? -J'aurais voulu intégrer Sciences Po Paris ou des universités prestigieuses.
Je suis restée à l'université de La Réunion, au plus près, pour des questions financières. Mais je ne regrette pas ce choix. Ca a quand même été un sacrifice pour mes parents.
Et quand je vois ces images, finalement, je ne regrette absolument pas d'être passée par là où je suis allée. -Ce que je retiens aussi de ce témoignage, c'est celui de votre mère qui explique que vous vous êtes toujours intéressée à la politique alors que moi j'avais cru comprendre que vous étiez lancée comme ça un peu, pas tardivement, mais bon, aux législatives de 2022, vous avez incarné une forme de renouveau localement à La Réunion. Il y avait quand même cette dimension-là avant ?
Elle était présente ? -Je suis entrée en politique véritablement à 35 ans, en 2020. En revanche, j'ai toujours eu une conscience politique et une appétence pour la politique.
Je me souviens très jeune, à 14 ans, j'étais élue au Conseil Général des Jeunes, par exemple. Jeune avocate, j'étais présidente d'un syndicat de jeunes avocats. Donc la politique, ce n'est pas uniquement un mandat électif, c'est tout ce que l'on peut faire pour s'investir dans le monde qui nous entoure, prendre des décisions et vouloir peser sur ce monde-là pour le changer. -Donc vous avez fait vos premiers pas en politique en 2020.
A l'occasion des municipales à Saint-Joseph. Comment les choses se sont faites ? -Un peu par hasard.
Moi, j'étais à ce moment-là dans un projet d'installation de mon cabinet d'avocats. Je voulais voler de mes propres ailes. Et puis le maire en place qui lui, voulait renouveler sa liste justement en prenant des gens venus de la société civile qui n'étaient pas forcément des femmes et des hommes politiques.
A ce moment-là, il est venu me trouver parce qu'il a vu en moi cette force de conviction, cette envie de s'engager. -J'ai lu que malgré votre mandat de députée, vous gardez une activité d'avocate. C'est toujours le cas ?
Vous y arrivez ? -C'est faisable et je pense que c'est même recommandé. Si on veut ne pas être totalement déconnecté de la réalité du terrain et si on ne considère pas le mandat de député comme un métier, ce qui est mon cas, alors je pense qu'il est important de pouvoir garder ce contact-là. -Vous expliquez qu'en tant qu'avocate, vous étiez assez agacée par la façon dont les députés rédigent les lois.
Souvent "mal ficelées". Maintenant que vous êtes passée de l'autre côté, que vous êtes devenue députée, est-ce que vous avez changé d'avis ? -Non, ça me met toujours autant en colère parce qu'en réalité, on est toujours en procédure accélérée.
On a très peu le temps d'aller au fond des choses, de prendre le temps de choisir les mots justes. Et trop souvent, on est encore dans l'inflation législative. Pour vous le fait que les lois sont parfois mal rédigées ? -Elles sont mal rédigées ou parfois pas toujours à propos.
On va changer un mot, on va changer une lettre, une virgule, mais en réalité, on s'attaque rarement aux réformes d'ampleur qui, là, nécessitent un énorme travail qu'on ne nous laisse pas faire puisque l'agenda parlementaire, rappelons-le, n'est pas à la main des députés. -Pas entièrement à la main. -Il est principalement fait par le Gouvernement et donc les textes se succèdent sans qu'on ait vraiment le temps de s'y intéresser. -On va terminer l'émission avec notre quiz.
Je vais vous proposer des débuts de phrases et c'est vous qui allez devoir les compléter. Un bon discours à l'Assemblée, c'est comme une bonne plaidoirie, il faut... -Une bonne accroche. -C'est le plus important pour vous ? -Oui, pour capter l'attention.
Ca fourmille dans cette Assemblée, ça discute, ça parle. Et si on veut pouvoir capter les regards et que tout le monde fasse silence, alors il faut une bonne accroche. -Quand les gens prononcent mal mon nom ? -Ca me donne l'occasion de leur expliquer d'où vient ce nom. -Justement, parce que ça s'écrit "K slash Bidi", ça vient d'où ? -Alors, c'est d'origine bretonne.
Il faut savoir qu'à La Réunion, il y a eu différentes communautés qui se sont succédées, qui vivent ensemble. Il y a eu pas mal de marins bretons, donc il y a à La Réunion une empreinte forte. de la Bretagne.
Mon nom est breton, sauf que quand on me regarde, on ne pense pas que je puisse être bretonne. Quand on prononce mal mon nom, ça ne me met pas du tout en colère, ça m'amuse et me donne l'occasion d'expliquer. -Et ça se prononce ? -"Kerbidi". -A la bretonne.
Les Parisiens pensent qu'à La Réunion...
Un cliché, selon vous, vu de Paris ? -La misère est plus douce au soleil. -Et ça, ça vous agace ? -Ca m'agace, oui. -Merci Emeline K-Bidi, d'être venue dans La Politique et moi. -Merci à vous.
Générique
Émeline K/Bidi