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interviewLCP (sur YouTube)· 28 mars 2026 14 min

Agnès Pannier-Runacher, députée EPR du Pas-de-Calais | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invitée a grillé toutes les étapes de la politique en commençant directement comme ministre. Elle a même survécu à tous les premiers ministres d'Emmanuel Macron pendant sept ans. Elle est désormais députée et siège dans le groupe Ensemble pour la République.

Générique --- --- Bonjour Agnès Pannier-Runacher. -Bonjour. -Je le disais à l'instant, vous avez longtemps été une ministre indéboulonnable, membre de tous les gouvernements à partir de 2018, à différents postes.

Mais avec une constante : vous avez dû gérer des crises hors normes. On revoit ça. Images. *-Ca veut dire qu'il y a deux mois, on fabriquait 3,5 millions de masques par semaine, chirurgicaux et FFP2, et que fin mai, nous fabriquerons 20 millions de masques. *Je suis en train de monter une opération commando pour faire en sorte que toutes les capacités qui peuvent être mises au service du développement du vaccin soient mises au service du développement des vaccins. *-Si un pic de consommation est atteint, le gestionnaire de réseau RTE pourrait couper l'électricité dans certaines zones. *-Ce sont des mesures ponctuelles et évidemment, notre responsabilité, c'est de nous préparer à tous les scénarios. -Ces trois archives datent de 2020, 2021, 2022...

Et à chaque fois, trois crises majeures que vous avez dû gérer. Celle des masques Anti-covid, des vaccins et puis celle des coupures, des risques de coupure d'électricité. Gérer des crises, c'est votre petit plaisir personnel ? -Ce n'est pas un plaisir, mais ça a été un fil rouge de ma vie professionnelle, puisque je suis rentrée très tard en politique.

Je suis vraiment un pur produit de la société civile. Je découvre la politique à 44 ans. Et par contre, avant, j'ai géré des crises.

J'ai géré des crises à l'hôpital public. J'ai été numéro trois de l'assistance publique hôpitaux de Paris au moment de la crise de la canicule et j'ai géré des crises financières. J'étais en 2008 au moment de l'effondrement des banques et la crise de subprime et j'ai géré notamment la chute de Dexia et à ce moment-là j'ai lancé sous l'égide du président de la République de l'époque Nicolas Sarkozy, le premier fonds souverain français. -On a l'impression que vous aimez décortiquer les problèmes, analyser, trouver des solutions, c'est votre truc quoi. -J'aime bien effectivement sortir de la caricature, j'aime bien la complexité et j'aime bien démêler les fils de sujets complexes.

C'est peut-être ça ma patte, j'ai travaillé dans le public, j'ai travaillé dans le privé, ça me permet de parler différents langages et je pense que ça explique aussi que le Président de la République m'ait confié des crises. Parce que peut-être j'avais cette capacité à les démêler avec plus d'assurance et d'innovation que d'autres. -J'aimerais qu'on reparle un peu de ce que vous évoquiez.

Vous avez un CV impressionnant, HEC, Sciences Po, l'ENA. Vous enchaînez des postes importants, dans le public et dans le privé. Et en même temps, vous expliquez qu'en politique, on vous a souvent prise de haut parce que vous étiez une femme, parce que vous faisiez plus jeune que votre âge.

Ce n'est pas un peu rageant, ça, de faire preuve de ses compétences et de ne pas être jugée sur ses résultats ? -Non, je ne le dis pas sous forme de plainte parce que j'ai eu un énorme plaisir à porter les différents portefeuilles que j'ai eus. Le fait que parfois, il y ait un peu de condescendance à mon égard m'a aussi un peu protégée parce que j'ai été une heureuse surprise dans la gestion d'un certain nombre de crises.

Si on n'attend pas grand-chose de vous, quand vous faites bien... -On vous a sous-estimée ?

Vos adversaires... -L'alliance du nucléaire, par exemple, personne ne l'avait vu venir et ça peut aussi aider à faire bouger des choses.

Moi, je ne recherche pas nécessairement la lumière et le pouvoir. Ce qui me passionne, ce qui m'a toujours passionnée quand j'ai été dans le public et dans le privé, c'est de faire avancer les sujets, les politiques publiques. Donc, c'est un peu ce fil-là que j'ai tiré dans les différents portefeuilles que j'ai occupés. -Parlons de vous, de votre parcours, de votre histoire, peut-être familiale aussi, parce que j'ai l'impression que vous avez été éduquée pour performer.

Car à propos de vos parents, vous expliquez : "Les études et la réussite, ça a été une obsession familiale jusqu'à la névrose." -Oui, c'est vrai parce que... -Vous étiez sous pression ? -Non, pas sous pression, mais ma grand-mère n'a pas pu faire d'études.

Elle est née dans un milieu modeste. -Elle voulait ? -Oui.

Elle était excellente à l'école. Elle est née dans un milieu modeste. C'était une jolie jeune fille.

On lui a dit très expressément : "Toi tu vas faire un mariage." Et elle a eu une sorte de souffrance de ça qu'elle a reporté sur ses enfants. Et l'éducation est devenue notre façon de nous affirmer et de conquérir le monde.

Ca a été le cas de mon père qui a fait une grande école. Et derrière, mon père a reporté un peu cette attente professorale sur moi. -Visiblement, il ne comprenait pas pourquoi les enfants, ça pouvait pleurer.

Il ne voyait pas l'intérêt d'aller à une boum pour une adolescente, que c'était une perte de temps. Vous avez eu une enfance ? -Non, j'ai eu...

C'est vrai que ma cousine me disait : "T'as des loisirs de vieux." J'allais au musée, j'allais voir des spectacles, etc. Mais j'ai eu une enfance parce que j'ai eu aussi une extraordinaire liberté.

A 14 ans, je partais en week-end chez les copains, ce qui n'était pas forcément partout pareil. Comme j'avais un an d'avance, j'étais avec des gens un peu plus âgés que moi...

Je vous rassure. Mais c'est vrai que la règle du jeu était très claire : "Si tu es bonne à l'école, tu as une liberté. Si tu es moins bonne à l'école, on te visse." Du coup, j'étais très bonne à parce que ça me permettait... -L'échec n'était pas possible. -Oui, mais ça me permettait aussi de...

Mon frère était plus résistant donc on lui privait d'argent de poche, on lui privait de choses. Moi, ça m'a permis quelque part d'avoir une extraordinaire liberté de circuler comme je voulais. Adolescente à 13-14 ans, je rentrais tard le soir, je passais des week-ends chez les copains, j'allais à des soirées chez les copains et j'avais une paix royale dès lors que j'avais les résultats scolaires demandés. -On a l'impression que c'est la ministre qui parle de l'adolescente.

On va reprendre le fil de votre engagement en politique. Ca s'est fait à partir de 2016. Vous êtes engagée aux côtés d'Emmanuel Macron.

Vous avez fait campagne pour lui à Paris, mais vous vous êtes arrêtée là. Vous n'êtes pas présentée aux législatives. -Je n'avais pas du tout envie de le faire. -Mais alors on vous a proposé d'être directrice adjointe du cabinet d'Edouard Philippe quand il a été nommé à Matignon. -J'ai également refusé.

J'étais dirigeante d'entreprise. Je dirigeais une entreprise de 5 000 personnes. Je m'éclatais à ce poste.

J'avais une rémunération qui était tout à fait importante. Et je n'avais pas du tout envie de quitter mon poste. -Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis un an plus tard ?

On vous propose d'être ministre. Et là, vous dites oui. -Et là, mon époux de l'époque m'a dit : "Ca, c'est autre chose." J'étais en Chine pour le travail.

Je reçois cinq appels en absence sur mon téléphone quand j'atterris à Pékin. C'est Matignon. Je me dis : "Oh là là, il y a encore un truc qu'on a dû faire dans notre entreprise", parce qu'on avait une partie d'actionnariat public.

Qu'il allait falloir trouver des excuses, m'expliquer. Et en fait, c'est des messages pour me proposer d'entrer au gouvernement. Et je tombe littéralement de l'armoire.

Et après, je me suis dit : "Ca ne va pas durer longtemps. Tu fais cette expérience une fois dans ta vie, tu as un bagage professionnel qui est suffisamment important pour rebondir derrière, donc il faut tenter l'aventure." -Mais à quel prix ?

Mais au sens propre du terme, parce que vous avez évoqué votre salaire. Si j'ai bien lu, vous avez accepté du coup de diviser par cinq votre salaire de l'époque en devenant ministre. Qu'est-ce qui fait accepter ça ? -D'abord, vous pensez que ça ne va pas durer très longtemps.

Ensuite, c'est rendre, moi, ce dont j'avais bénéficié tout au long de la jeunesse. Moi, je sais à combien je dois à la République française. Les écoles, la santé, un cadre de vie formidable.

Moi, mes parents sont d'une bourgeoisie intermédiaire. Mon père a réussi grâce aux études et je suis un produit un peu pareil, c'est les études qui m'ont ouvert énormément de portes. C'est pas le réseau familial, ni l'argent. -J'aimerais évoque un moment compliqué de votre carrière politique quand le groupe de journalistes Disclose s'est intéressé à la carrière de votre père dans le deuxième groupe pétrolier français Perenco et à une donation qu'il a faite à vos enfants, les journalistes s'y sont intéressés, au moment où vous avez été nommée à la transition énergétique.

Et là, la presse a dit : "Il y a conflit d'intérêts." Vous ne l'aviez pas vu venir, ça ? En fait, vous étiez "liée", par votre père à l'industrie du pétrole. -Je ne l'ai pas vu venir car il n'y avait pas conflit d'intérêts.

Et d'ailleurs, l'HATVP a été très claire sur le sujet. Mon père avait 77 ans au moment où j'ai été élue et Perenco est un groupe je ne vais pas rentrer dans le détail mais c'est un petit Poucet par rapport à Total, certes c'est le 2e groupe pétrolier mais c'est un peu comme si vous comparez Grand Carrefour et l'épicerie du coin on n'est pas du tout sur les mêmes tailles. Et ça a été particulièrement violent, parce que la donation qu'avaient fait mon père à ses petits-enfants n'avait rien à voir avec ce groupe.

C'est un salarié qui a toujours été salarié de ce groupe depuis 1979, et qui est parti à la retraite, qui avait conservé un petit lien de travail avec le groupe, et qui était même plus salarié du groupe, et qui avait fait, dix ans avant, une donation à ses petits-enfants avec l'argent qu'il avait gagné comme salarié. Et c'est devenu une histoire... -La transparence de la vie politique estimait qu'il n'y avait pas de conflit d'intérêt. -Je pense que je suis une des rares politiques à avoir eu un communiqué de presse disant que c'était faux. -Très vite, en deux mots, vous avez été élue députée en 2024.

Première victoire au suffrage universel. Est-ce que ça a changé le regard du reste de la classe politique sur vous ? -Totalement.

La techno est allée gagner dans une élection qui était difficile, puisque moi, je pars le vent de face en 2024. Je suis pas génération Macron 2017 où on remporte beaucoup de circonscriptions. Et je pars sur un territoire qui est difficile.

Mais je pars en sincérité. -Vous avez vu le regard des autres changer sur vous après ça ? Oui, et je suis partie sur un territoire, je ne veux pas une circo où je ne rentre pas dormir chez moi le soir. "Je suis sur une circo qui est ma circo, là où je suis, là où j'habite." -Dernière question.

Vous avez été ministre pendant sept ans, je crois ? -Sept ans, tout à fait. -Ca s'est arrêté en octobre 2025.

J'aimerais vous confronter à cette phrase de François Goulard, ancien ministre. "Etre ancien ministre, c'est s'asseoir à l'arrière d'une voiture et s'apercevoir qu'elle ne démarre pas." On s'habitue à tout ce qui fait la vie de ministre? -Non, parce que moi, j'ai fait le choix de sortir du gouvernement.

J'ai été renommée par Sébastien Lecornu... -C'est votre choix personnel. -Mon choix personnel.

Quand je suis renommée...

Cette question me tournait dans la tête. Quand je suis renommée le 5 octobre et que je vois que c'est exactement le même gouvernement que le précédent...

Je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Et effectivement, je prends mon courage à deux mains et j'annonce, un, qu'il ne me semble pas... -Parfois, on annonce qu'on ne veut pas continuer parce qu'on sait qu'on ne va pas être repris. -Oui, mais quand on est renommé le dimanche et qu'on annonce le mardi qu'on ne repart pas alors que le Premier ministre n'est pas renommé, il y a une certaine forme de sincérité sur la position. -On conclut avec notre quiz.

Complétez les phrases que je vais vous proposer. Quand on voit "L'âge d'or" de Bunuel à l'âge de 4 ans ? -Oui, c'est vrai. -Bunuel, c'est quand même pas n'importe quel réalisateur.

Vous l'avez vécu comment, ce film ? Parce que j'ai regardé, il est bizarre. -Oui, il est bizarre, mais vous savez, quand on est...

D'abord, moi, je pense qu'il faut faire confiance à l'imagination des enfants. Les enfants sont des éponges et on a tendance à les sous-estimer et je trouve que cette médiocrité vis-à-vis des enfants est une violence qu'on leur fait. -Ils ont droit à leur enfance, les enfants, aussi ?

Vous n'avez pas vu les Disney, par exemple, vous expliquez. Les premiers, vous les avez vus une fois maman. -Exactement, je les ai vus après, mais j'ai vu des films merveilleux.

Je suis une passionnée de cinéma, j'adore l'animation japonaise, je les ai tous vus aussi. Et j'ai découvert des choses différentes, mais ça nourrit votre imagination. Donc là aussi, attention à une forme de restriction.

Quand on prend les enfants pour des idiots, on n'est jamais déçu. -Si j'étais devenue médecin ? Vous vouliez devenir médecin ? -Oui, je voulais.

Ma fille est devenue médecin. -Elle l'a fait pour vous. -C'est peut-être comme ça que j'ai eu cette transmission. -Enfin, être hyperlaxe en politique, est-ce que c'est utile ?

Vous l'êtes, au sens propre du terme. -Oui, je vous le démontre. Ca fait très très peur.

Mais je ne suis pas hyperlaxe en politique. -Non. -J'ai, je pense, des convictions assez fortes.

Je les porte avec beaucoup de détermination et je me suis toujours dit que la proposition qu'on s'était faite en 2017, c'était de faire la politique autrement et j'essaye de continuer à le faire. -Merci, Agnès Pannier-Runacher, d'être venue. -Merci à vous.

Générique de fin