Iran : les mots de la guerre : Pasdarans : les Gardiens de la Révolution
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« C'est l'élite de la république islamique. »
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« C'était donc ces comités révolutionnaires qui ont essayé de stabiliser le pays après la révolution. »
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« Mais la guerre est arrivée en septembre 80. »
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« Et donc, ils sont devenus des militaires. »
- 2:04InvitéChiffre
« Et donc, on leur a donné des entreprises, qu'ils ont pu acheter pour 3 dollars. »
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« C'est vraiment l'élite du système. »
- 3:28PrésentateurPromesse
« Est-ce que c'est une élite méritante ? Est-ce qu'elle encadre convenablement, du point de vue de la gouvernance, le régime ? »
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« Ce qui fait que tout le monde a dit que c'était injuste. »
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Iran, les mots de la guerre. Épisode 3, Pazdharan, les gardiens de la révolution. Bernard Hourcade, que sont les Pazdharan, les gardiens de la révolution ?
C'est l'élite de la république islamique. Quand la révolution arrive, il y a des militants qui avaient fait la révolution, des étudiants, et qui se sont engagés tout de suite pour les aider bons musulmans, révolutionnaires, tirmandistes, libéraux, voulant un Iran moderne, etc. Ils ont donc été très rapidement utilisés pour être les responsables des comités révolutionnaires. C'est un peu l'anarchie. Dans chaque quartier, chaque mosquée, chaque commissariat de police, on a mis des gens à peu près sûrs et capables pour diriger cela. Et c'était donc ces comités révolutionnaires qui ont essayé de stabiliser le pays après la révolution. Mais la guerre est arrivée en septembre 80.
Et à ce moment-là, ces militants étaient chargés de lutter contre les royalistes, de faire l'épuration royaliste. Assez dur, évidemment. La révolution, c'est dramatique. Mais ces révolutionnaires, cette élite, a été embarquée dans la guerre. Et donc, ils sont devenus des militaires. Ce n'était pas leur job au début. Et donc, ces combattants sont devenus des soldats, et qui ont bien combattu pendant la guerre d'Irak-Iran. Et c'est un élément important. On disait l'idée nationale en Iran et l'idée islamique, qui sont deux éléments importants. Et donc, l'islam était tout seul au début. Mais en devenant, avec une guerre, c'est la nation qui est impliquée.
Donc, les islamiques ont réuni le nationalisme iranien et l'islam révolutionnaire, oubliant l'ouverture internationale, qui évidemment n'était pas prioritaire à ce moment-là. Et donc, les gardiens de la révolution, qui étaient les militants islamiques pour la révolution islamique, sont devenus les défenseurs de la patrie. Ils ont combattu avec l'armée, l'armée nationale. Et cela leur a donné une dimension tout à fait nouvelle. Ils devaient être simplement des militants politiques. Ils sont devenus des éléments essentiels de la défense de la République et du territoire iranien. Et à ce moment-là, ils ont bien combattu.
Après la guerre, ces gens-là ont, c'est normal, reçu quelques avantages des anciens combattants. Et donc, on leur a donné des entreprises, qu'ils ont pu acheter pour 3 dollars. On leur a donné des postes de ministres, des postes de conseillers. Bref, ils ont occupé le champ politique, le champ économique. Et donc, progressivement, ces anciens combattants sont devenus l'élite de la République islamique, les cadres de la République islamique. Mais ce sont des gens extrêmement divers. Il y a en plus, évidemment, l'armée des gardiens de la révolution, environ 180 000 hommes.
Mais ne pas oublier que la moitié, ce sont des conscrits, des simples bidasses, qui font leur service militaire là ou comme ailleurs. Et cette armée, c'est une branche de l'armée nationale iranienne. Comme chez nous, il y a la Légion étrangère, par exemple, ou aux Etats-Unis, les GI. Mais ils font partie de l'armée nationale. Et donc, il ne faut pas confondre le rôle très militaire des gardiens de la révolution, qui, par ailleurs, est héritier de toute la partie technologique de l'armée iranienne du Shah, qui ont permis de faire des missiles, des projets de bombes atomiques. Et donc, toute la haute technologie, la haute industrie a également été prise par cette élite.
C'est vraiment l'élite du système. Et par rapport à l'armée, qui était plus tranquille, et au reste de la société, ils sont devenus le cœur du régime islamique, parce que, dans tous les domaines, les gardiens de la révolution ont réussi à dominer le système et, effectivement, à avoir à la fois une partie technocratique, militaire, mais aussi expansionniste. C'est eux qui ont été chargés, par la force Kroos en particulier, d'apporter la révolution islamique sur des territoires extérieurs, au Liban, en Irak, en Syrie ou au Yémen.
Et alors, est-ce que c'est une élite méritante ? Est-ce qu'elle encadre convenablement, du point de vue de la gouvernance, le régime ?
Pas trop mal, ils ont des succès. Regardez le succès industriel en matière balistique, en matière du nucléaire, mais en matière de gestion. Les entreprises des gardiens de la révolution marchent bien. Et ça permet d'avoir beaucoup d'argent. Donc, on ne peut rien leur reprocher sur le plan de la gestion. Cela dit, ils ont leurs idées. Et donc, ils veulent s'imposer. Ils veulent éliminer les mollas, notamment. Ils disent que les mollas, on ne peut pas les prendre avec nous, parce qu'ils sont trop intellectuels, ils ne sont pas dans la course. Par contre, nous, nous sommes capables. Les mollas sont restés en leurs écoles.
On ne peut pas non plus faire confiance à la bourgeoisie traditionnelle qui va regarder vers la Californie, et un peu trop vers la Californie. Nous, nous sommes le cœur du système. Et on va essayer d'être à la fois de très bons musulmans, de très bons iraniens, et ouverts sur l'international, en faisant, du point de vue scientifique, des choses intéressantes. Autrement dit, il y a toute la partie idéologique aussi. Ils sont les gardiens du temple, du point de vue idéologique, du point de vue révolutionnaire. C'est en ce sens-là qu'ils sont aujourd'hui... Le cœur du système est très diversifié, parce qu'en 40 ans, évidemment, il y a plusieurs écoles.
Certains sont radicaux, d'autres le sont moins. On le voit, mais récemment, c'est Mohsen Rezaï, l'ancien commandant des gardiens de la révolution pendant la guerre Irak-Iran, qui vient de devenir conseiller du guide, s'il existe encore, et non pas quelqu'un de plus modéré. Les gardiens de la révolution, c'est de là que viendra la venir de l'Iran, même s'ils sont des gens un peu durs, c'est le mot qu'on puisse dire.
En janvier 2026, les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne sont accordés pour inscrire les gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes.
Oui, ça a été un cadeau à leur donner, parce que ça permet d'unifier un peu tout le monde derrière eux. Quand quelqu'un que vous critiquez dans un système est accusé de l'extérieur d'être n'importe quoi, il y a une solidarité de clan. Ce qui fait que tout le monde a dit que c'était injuste. Les gardiens de la révolution sont encore très différents, très divers, qui a été un succès au point de vue technologique, etc.
Donc, les classés comme terroristes leur ont rendu service dans la période actuelle, passent à amener un peu tout le monde, même ceux qui étaient totalement opposés à eux, à leur stratégie et à leur prise du pouvoir, à une réaction de solidarité qui leur sert aujourd'hui, par dire, vous voyez, le monde entier nous accuse de n'importe quoi de terroristes, et puis quoi ? Ce n'est pas sérieux. Donc, tout le monde se réunit autour d'eux pour les défendre, parce que cette accusation, qui est vraie, pour une grande partie, est une atteinte à la dignité nationale de l'Iran. Et donc, le terrorisme des gardiens de la révolution, c'est une des branches de leur activité. Ils sont multicartes.
Ils ont à la fois d'excellents ingénieurs, d'excellents gestionnaires. Ils sont aussi capables d'aller poser une bombe à Paris ou à Berlin et d'assassiner des gens. Ils l'ont fait.
Ils ne l'ont plus fait depuis quelques temps, mais ils ont une force exceptionnelle, en animant en particulier tous les réseaux extérieurs, on en reparlera, des proxys, comme on dit, c'est-à-dire des groupes non étatiques, qui étaient un peu dans tout le monde musulman, du Hezbollah, qui est un grand succès, à l'Irak, en Syrie ou au Yémen, ou en Afghanistan ou ailleurs, des groupes qui étaient formés par les gardiens de la révolution, qui sont d'excellents techniciens de ce point de vue-là, pour être des moyens de pression sur les pays voisins et ainsi protéger l'Iran.
Aujourd'hui, ils sont très désorganisés ?
Ils sont divisés. L'Iran est divisé. Les massacres du mois de janvier dernier ont été date clé. Les gardiens de la révolution, ils ont eu l'intelligence, on en reparlera, de ne pas être les premiers à tuer les gens, mais à diriger les gens qui ont tué les gens. Et donc, les grandes révolutions sont derrière tout cela, pas forcément des acteurs, sont des gens très habiles. Merci beaucoup Bernard Hourcade.