Manifestations réprimées en Iran : la militante Fereshteh Tabib dénonce un "crime contre l'humanité"
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Questions et réponses
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- 1:29OuverteRéponse partielle
Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez réussi à prendre de la part de vos connaissances, de votre famille en Iran ?
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Comment est-ce que vous vivez ce déchirement de voir depuis un mois ce qui se passe dans votre pays natal ?
- 4:33OuverteRéponse directe
Mariam Pirzadé, quelle est la situation aujourd'hui ? Est-ce que la répression massive a étouffé la contestation ?
- 7:16OuverteRéponse directe
Ces récits de violences absolument inouïes.
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Mais comment est-ce qu'on l'explique ? Parce que ce n'est pas le premier mouvement de contestation qu'a connu l'Iran.
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Est-ce que vous considérez qu'il faut une intervention américaine ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:47InvitéFait
« En fait, depuis le début de massacre, nous n'avons eu que trois échanges avec l'Iran. »
- 3:10InvitéFait
« On parle de gens qui tirent avec des armes lourdes sur des gens qui marchent dans la rue. »
- 4:08InvitéFait
« Nous avons des femmes et des hommes remarquables, brillantes, qui sont en prison. »
- 6:08InvitéFait
« Elle s'appelait Robina Amignan. Elle avait 23 ans. »
- 6:44InvitéFait
« Les médecins sont emprisonnés, les médecins qui ont soigné les manifestants. »
- 6:54InvitéFait
« Elle était inconsciente. Ses parents sont venus la chercher derrière l'hôpital. »
- 7:05InvitéFait
« Il y a notamment le prix des balles, dont on a beaucoup parlé. Le chantage, c'est des prix exorbitants, c'est des milliers d'euros. »
- 9:22InvitéChiffre
« Mais pensez à 6 000 à 7 000 jeunes qu'ils ont aveuglés. »
- 11:23InvitéFait
« Et l'ordre a été donné par les gardiens de la révolution, Erhamenei, de tuer pour se maintenir au pouvoir. »
- 14:42InvitéChiffre
« on parle de 50 000 personnes qui ont été tuées en l'espace de deux jours. »
- 17:44InvitéFait
« Il avait une liste. Mon époux était candidat de première élection pour l'Assemblée nationale à Teheran. »
- 21:13InvitéFait
« Dis-leur en France qu'on a les enfants les plus opprimés du monde, les plus seuls au monde, mais les plus courageux du monde. »
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Des dizaines de milliers de morts en quelques jours. Le monde entier est en train de découvrir l'ampleur du massacre en Iran. La répression la plus sanglante de l'histoire de ce pays qui en a connu bien d'autres. Le régime iranien a-t-il réussi à étouffer la contestation repartie du bazar de Téhéran il y a un mois ? Les Etats-Unis vont-ils intervenir ? L'Iran au cœur de notre grand entretien ce matin avec trois invités, Benjamin. Deux générations ensemble pour pousser un cri d'alarme. Une mère et son fils, l'un est humoriste, réalisateur et comédien franco-iranien. Bonjour Khayron. Bonjour.
Merci d'être avec nous sur France Inter. Vous êtes venu avec votre mère. Bonjour Ferej Tétabib. Bonjour. Merci infiniment d'être avec nous. C'est la première fois que vous prenez la parole depuis le début du mouvement de protestation. Vous avez quitté l'Iran en 1984 alors que Khayron vous aviez à peine deux ans. Cette histoire, Khayron, vous l'avez raconté dans un film magnifique, Nous trois ou rien, sorti en 2015. L'Iran qui est aussi au cœur de la pièce que vous avez écrite, Alba et Sadaf, en ce moment, à l'Apollo Théâtre. Et nous saluons également dans ce studio Mariam Pirzadé. Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous.
Vous êtes journaliste franco-iranienne à France 24 et ancienne correspondante à Théâtre. Et venu avec nous, chers auditeurs, appelez-nous au 0145 24 7000 ou sur l'appli Radio France. Férej Tétabib, Khayron, vous suivez de près, évidemment, tout ce qui se passe en Iran depuis un mois. Internet a été en partie rétabli hier après des semaines de blackout. Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez réussi à prendre de la part de vos connaissances, de votre famille en Iran ?
Moi, je n'ai toujours pas de communication. En fait, depuis le début de massacre, nous n'avons eu que trois échanges avec l'Iran. Une communication avec WhatsApp de trois minutes. Je ne sais pas comment ils ont fait. C'était pour nous dire qu'il y a encore du sang sur les roues. Et ça, c'était quand l'Internet était en train de se remettre doucement en fonction. Des essais pour nous joindre par mon beau-frère, mais jamais la communication n'a été établie. Un SMS de mon frère, de sud d'Iran, qui disait « Nous allons bien, ce n'est pas la peine de répondre. » C'est tout l'échange que j'ai pu avoir avec l'Iran ces derniers temps.
Keiron, ces échanges, on les voit, ce que dit votre mère. Comment est-ce que vous vivez ce déchirement de voir depuis un mois ce qui se passe dans votre pays natal ? Et on note aussi l'importance que vous preniez la parole ce matin, tous les deux, comme ça, dans ce même studio, je le disais, deux générations. La transmission pour ce cri d'alarme, vous, l'humoriste, comédien et votre mère.
Moi, je dis souvent, il y a deux sentiments que j'ai du mal à gérer. Je pense que c'est les deux pires choses qu'on peut se ressentir, c'est de l'injustice et de l'impuissance. Et personne sur Terre, personne ne va dire que ce n'est pas extrêmement injuste ce qui est en train de se passer. On parle de gens qui tirent avec des armes lourdes sur des gens qui marchent dans la rue. L'équivalent, ce serait que, je ne sais pas, 40 mecs prennent des battes de baseball et aillent taper des bébés dans une crèche. Le rapport de force, il est là. Et si on se sent impuissant parce qu'on a envie de les aider, mais sincèrement, qu'est-ce qu'on peut faire de plus que de dire que ce n'est pas bien ?
Et on a l'impression que les instances internationales, les gens qui ont le pouvoir de changer les choses, je ne sais pas, peut-être qu'ils n'ont pas Internet non plus, je ne sais pas.
Fais rejeter ta Bible sur ce sentiment d'impuissance.
Être la voix de l'Iran, c'est très important. C'est pour ça qu'on vous remercie énormément de me donner cette possibilité d'en parler pour ma petite partie, ma petite part. Mais vous savez, il y a beaucoup de gens en Iran qui pensent, qui connaissent l'Iran, qui savent comment on peut s'en sortir. Mais il n'y a pas la possibilité de parler. Tout est coupé. Nous avons des femmes et des hommes remarquables, brillantes, qui sont en prison. Effectivement, l'Iran bouillonne. Et c'est vrai que cette situation ne peut pas continuer. On sait maintenant qu'il y a quelque chose qui est fini, qui est rompu. Il y a du sang maintenant entre le régime et sa population. Ce régime ne peut pas rester.
Mais ça, on en est sûr.
Mariam Pierzadez, vous qui suivez les événements grâce à vos contacts sur place, quelle est la situation aujourd'hui ? Est-ce que la répression massive a étouffé la contestation ? C'est seulement la peur qui domine aujourd'hui ? Ou est-ce qu'il y a encore une mobilisation ? Vous nous parliez des universités en préparant l'émission.
Oui, alors ce lundi, il y a des étudiants qui ont protesté contre le fait qu'il n'y a pas eu de cérémonie pour leurs collègues, leurs copains et copines qui ont été tués pendant ce massacre qui a duré deux jours vraiment. C'est deux périodes de 8h, de 20h à 4h du matin et qui s'est muet en protestation politique. Les enterrements aussi, quand ils sont possibles, se muent en protestation politique. Écoutez, là, vous l'avez dit, Internet revient partiellement. Moi, j'ai des récits de désespoir immense, de tristesse absolue. Et les premiers mots, en fait, quand il y a eu Internet, c'était la même phrase. On est en vie, on est vivant, on est vivant, on est vivant.
C'est horrible ce qui s'est passé. Hier, je m'entretenais encore avec quelqu'un qui a manifesté le vendredi 9 janvier. Il a une cinquantaine d'années. Il m'a dit, j'étais entourée de jeunes filles qui avaient entre 16 et 23 ans. Il m'a dit, ils les ont tous tués. Donc là, quand vous regardez, on est en train de dresser le portrait de Rodonévi au visage de ce massacre. Vous voyez l'extrême, vous êtes frappé par l'extrême jeunesse de ces victimes. Et vous regardez, ils avaient tous des rêves. Ils avaient tous des projets. Il y en avait qui étaient dans des compétitions à haut niveau de boxe, de football. J'ai parlé avec la tante d'une d'entre elles. C'est important de dire son nom aujourd'hui.
Elle s'appelait Robina Amignan. Elle avait 23 ans. Son rêve, c'était d'aller étudier la couture à Milan. Et en fait, elle va manifester parce qu'elle veut juste une vie meilleure. Et en fait, on est frappé par le courage de cette génération qui, déjà, on l'a vu dans les rues pendant 2022, au moment de la mort de Marsa Amini, veulent juste récupérer leurs droits. Et là, plus les récits arrivent, plus on a l'impression, ça corrobore cette réalité que le régime a déclaré la guerre à sa population. Les chiffres qu'on donne sont bien en deçà des réalités, puisqu'il y a beaucoup de corps qui ont disparu.
Rendez-vous compte que les médecins sont emprisonnés, les médecins qui ont soigné les manifestants. Moi, on m'a fait état d'une jeune fille de 17 ans qui a été sortie de la salle d'opération, encore sous anesthésie. Elle était inconsciente. Ses parents sont venus la chercher derrière l'hôpital. Ils l'ont mis dans la voiture, elle est soignée à la maison. Ils retirent, ils confisquent le droit au deuil, parce qu'il faut payer le corps de vos proches. Il y a notamment le prix des balles, dont on a beaucoup parlé. Le chantage, c'est des prix exorbitants, c'est des milliers d'euros. Et l'impossibilité de se recueillir pour rendre hommage à ces victimes.
Kéron, ces récits de violences absolument inouïes. Votre maire, quand on a préparé cet entretien, a eu cette phrase concernant les passes d'Aran, le corps des gardiens de la Révolution. Ils tuent avec une telle indifférence qu'ils le font avec un sourire aux lèvres. Sur cette violence inouïe d'une brutalité jamais vue.
C'est vertigineux, les anecdotes. Moi, on m'écrit, ce matin encore, j'ai reçu des messages. Et ce que c'est Mariam, c'est que par exemple, pour les corps, ils les prennent, ils les mettent dans des sacs poubelles, ils les mettent dans des camions, ils vont les enterrer dans les fosses communes. Vite, vite, vite, ça permet de faire baisser les chiffres. Ben non, on ne sait pas où est votre fille, on ne l'a pas vue, en tout cas, elle n'est pas morte. Juste penser à faire ce genre de choses, tu enlèves des vies de cette façon-là, et le service après-vente, il est fou. Je trouve, enfin, les moments qu'il n'y a plus de...
Il n'y a pas d'humanité de leur côté, il n'y a pas de rapport de force, il est phénoménal, et on se sent vraiment impuissant, et c'est d'une tristesse inouïe. Quel peut être l'espoir d'un peuple qui va manifester ? Ils n'ont pas pris des armes et ont pris d'assaut une ambassade, ils marchent dans la rue manifester. Et la sanction est disproportionnée.
Faire acheter ta Bible, la monstruosité est telle que vous racontiez avoir une connaissance qui a dû payer l'équivalent de 6 000 euros pour récupérer un morceau.
Tout à fait. Une fois qu'ils tourent, il faut aller chercher le corps. Les familles font vraiment les mains et les pieds pour pouvoir arriver à savoir où est le corps de leurs proches. Ensuite, il faut payer les balles. Les balles que le régime dit que ce n'est pas les siens, en fait, puisque c'est les terroristes qui ont tué les gens. Et à ce moment-là, ils mettent des conditions pour les funérailles. Ça, c'est les morts. Les morts, ils en ont fini quelque part. C'est dur ce que je suis en train de dire. Mais pensez à 6 000 à 7 000 jeunes qu'ils ont aveuglés. Ils ont aveuglés les gens. Ils visent les yeux. Ils visent les yeux. Et les parties génitales aussi. Et les parties génitales.
Alors, qu'est-ce qu'ils font ? Dans un pays, la jeunesse, c'est l'espoir du pays. C'est l'avenir du pays. Alors, qu'est-ce qu'ils font, ces mots-là, avec notre jeunesse et notre avenir ? Et ça, ça continue. Ils sont allés chercher dans les hôpitaux les malades. Les malades qui ont été même entubés sur les poumons ou ailleurs. Ils les ont récupérés. Ils les ont ramenés. Et après, ils ont reçu les cadavres. Il y a eu des atrocités inhumaines. Inhumaines. On ne peut pas les qualifier. Un être humain ne peut pas faire ça. C'est du génocide. C'est du massacre. C'est le crime contre l'humanité.
Mais comment est-ce qu'on l'explique ? Parce que ce n'est pas le premier mouvement de contestation qu'a connu l'Iran. Ce n'est pas non plus la première répression du régime. Mais là, cette brutalité insoutenable. Parce qu'ils ont peur. Ils ont peur.
Parce qu'ils ont peur. Ils ont peur. Ils ont peur. Ils sont dos au mur. Ils savent que là, quand on vient à tirer à l'arme lourde sur ton peuple, c'est quoi l'étape d'après en fait ? Là, c'est un terrible aveu de faiblesse de la part du gouvernement iranien. C'est qu'ils n'ont plus les moyens d'empêcher les gens, à part en les tuant, d'être contre eux. Parce qu'ils savent pertinemment que la très grande majorité du pays ne veut plus d'eux. Et que là, à la différence des autres mouvements, on avait des femmes en chador qui sont plutôt des soutiens au régime, qui ont manifesté et qui ont créé Djavid Shah, longue vie au roi. Ça, ils en sont pertinemment conscients. Ils en ont conscience.
Et surtout, il y a eu des appels de Reza Pallavi, le fils de l'ancien Shah, de Donald Trump, en disant « Allez reprendre vos institutions, l'aide arrive ». Et effectivement, les images, elles arrivent. Ils étaient des millions ce jeudi soir, des millions. Et donc, ils ont été submergés. Et l'ordre a été donné par les gardiens de la révolution, Erhamenei, de tuer pour se maintenir au pouvoir.
Faire écheter Tabib, se pose désormais la question de savoir ce qui peut être fait pour lutter contre ce qui est en train de se passer dans votre pays d'origine, peut-être pour faire tomber ce régime des Mola. Est-ce que vous considérez qu'il faut une intervention américaine ? Se pose la question d'une décision de Donald Trump d'intervenir et de frapper l'Iran.
Alors, commençons par dire qu'il ne faut pas laisser le peuple iranien seul. Là, la solitude, c'est quelque chose qui se ressent. Donc, il faut aller à l'encontre de ça. D'où toutes ces voix des Iraniens dans différents pays qui s'élèvent en disant « Réagissons ». Il y a des manières pour réagir. Une manière, c'est la prise de conscience de la communauté internationale. Dans ce monde, il y a des lois, il y a des règles. On a déjà réagi sur d'autres situations en s'alliant. On a aujourd'hui, il y a le Parlement européen qui doit décider si les passe-parons vont être reconnus. C'est une organisation terroriste. Organisation terroriste.
La France le soutient.
Et assurer, après les conséquences de cette décision, les comptes bancaires, les moyens, les biens, les fonctionnements de ce groupe terroriste au niveau international aujourd'hui, c'est en question. Il y a les ambassades. Appelez les ambassadeurs d'Iran. Envoyez, renvoyez les ambassadeurs. Faites peur à ce régime. Montrez que, pas seulement au niveau intérieur, interne au pays, ils sont en danger, mais au niveau mondial, ils sont plus reconnus. Ça, c'est très important. Et d'autres choses qu'on peut dire, oui, on attaque ou on n'attaque pas. Vous savez, attaque militaire devait être vraiment quand il n'y a plus du tout aucune solution, aucune possibilité.
Qu'est-ce qui est en train de négocier Trump ? C'est ça. C'est ça parce que... Oui. Non, mais en gros, si c'est attaquer les commanditaires et les responsables, personne ne va dire non. Mais si c'est faire des dommages collatéraux et tuer des innocents, bah non, c'est notre histoire.
Alors là, on a besoin de votre éclairage, Mariam Pierzé, parce qu'au départ, Trump a menacé d'intervenir en disant si vous tuez votre peuple, j'interviens. On y a cru. Certains Iraniens l'ont même attendu. C'est-à-dire l'état de désespoir.
En Iran, ils attendent l'arrivée de Trump.
Mais alors, pourquoi aujourd'hui, le débat et la menace s'est déplacée sur le front du nucléaire et de l'accord nucléaire ? Ce que Trump dit, qui a dépêché une armada de bateaux dans le golfe Persique, c'est maintenant, on veut un accord sur le nucléaire, sinon on tape. La stratégie de Donald Trump,
elle est illisible, effectivement. Au moment des grandes manifestations du jeudi 8 et vendredi 9 janvier, il dit aux Iraniens, sortez dehors, reprenez vos institutions, reprenez vos centres-villes, l'aide arrive. Maintenant, il parle de négociation. C'est vécu vraiment comme une trahison par le peuple iranien. Parce qu'en fait, il faut savoir une chose, c'est que Donald Trump, il est obsédé par une chose, c'est refaire l'accord sur le nucléaire qui avait été fait par Barack Obama.
Et d'ailleurs, à tel point que ces conseillers qui mènent des négociations, à un moment donné, se sont rendus compte que c'était le même accord qu'il était en train de faire, le même accord, dont il est sorti en 2018. Mais aujourd'hui, en 2026, après la mort, on parle de 50 000 personnes qui ont été tuées en l'espace de deux jours. Comment négocier ça ? Comment négocier le nucléaire sur la mort d'autant, d'autant, d'autant d'Iraniens ? Et d'ailleurs, en fait, même le régime est en train de dire mais nous, on ne va pas négocier. Là, c'est des déclarations martiales, belliqueuses. Visiblement, ils donnent des deadlines. Mais en fait, c'est incompréhensible ce qu'il est en train de faire.
Et vraiment, les Iraniens là-bas attendent une attaque armée, enfin, une attaque de Donald Trump des Etats-Unis.
Il faut, Keiron et Ferrej Tettabib, que vous nous racontiez votre histoire pour les auditeurs qui ne la connaissent pas, celle des Iraniens en exil. Ferrej Tettabib, vous avez quitté l'Iran en 1984. À l'époque, vous étiez militante anti-régime. Avant cela, vous vous opposiez au régime du chat. Votre mari, et donc votre père, Keiron, a fait huit ans de prison à ce moment-là. Vous étiez communiste. Vous avez cru à la révolution mais vous avez dû partir cinq ans plus tard. Qu'est-ce qui s'est passé ?
En fait, le contexte de ce moment, c'était l'Iran au niveau économique et sur d'autres points. C'était un des pays avancés, plus avancés du Moyen-Orient. On ne peut pas oublier ça. Mais l'Iran était géré d'une façon unilatérale. On avait un seul parti politique. Quand on disait quelque chose contre ou contre, mais par rapport, critique même, par rapport à la famille royale, il y avait des conséquences très importantes. Le savag d'Iran était très fort et très rapidement intervenait. En fait, à ce moment-là, l'Iran, nous, on avait la liberté individuelle. On s'habillait comme on voulait. On sortait comme on voulait. On voyageait. Les femmes commençaient à prendre leur place dans la société.
Nous, nous sommes levés pour la liberté collective. Seulement, et Khomeini, à son arrivée en Iran, on ne l'avait pas prévu comme, enfin, la gauche iranienne ne l'avait pas acceptée comme son leader. Mais une partie de ce qui pourrait effectivement gérer le pays. Mais Khomeini avait les mosquées, avait les groupes, c'était organisé, en fait. C'était le seul mouvement, bien sûr, c'était le seul mouvement en Iran qui était organisé grâce à des mosquées. Vous savez, dans chaque quartier, il y a une mosquée. Et il y a des gens qui sont là-dedans, qui travaillent, les religieux et tout ça.
Ils sont devenus, ils ont commencé à créer les corps de Basidji, les corps de Pastaran, et ils se sont organisés quelques mois après. Telles choses, les premières choses étaient interdites, les manifs étaient interdites, ensuite, les bases de chaque mouvement politique ont été ramassées, fermées.
Et donc, vous avez dû partir en 1994.
Vous êtes en train de menacer. On a été en clandestinité la dernière année de notre vie en Iran parce qu'il nous cherchait, en fait. Il avait une liste. Mon époux était candidat de première élection pour l'Assemblée nationale à Teheran, pour Teheran, et effectivement, c'était une des personnes connues politiquement. Et on se faisait arrêter.
Kéron, vous avez raconté cette histoire, l'histoire de vos parents dans ce film en 2015, Nous trois ou rien, qui est très émouvant. Je conseille aux éditeurs de le voir si ça n'est pas fait. Vous avez raconté cet exil, cette installation en France, en banlieue parisienne. Comment vous vivez avec cette histoire ? Vous, vous ne vous souvenez pas de l'Iran ? Vous n'avez pas de souvenirs de l'Iran ? Comment vous vivez avec cette histoire-là ? Est-ce qu'elle était très présente au quotidien, dans la famille ? Est-ce qu'on en parlait ?
Oui, bien sûr, bien sûr. On recevait tous les deux jours des oncles du bled, politiciens, qui dormaient à 8. Ça fait rire votre mère. Oui, mais ils dormaient à 8 dans ma chambre, ils mettaient des peignoirs et tout, je t'ai dégoûté. On a vécu avec ça, bien sûr. Combien de manifs j'ai fait entre mes 2 ans et mes 10 ans, c'est incalculable. Bien sûr, j'ai baigné dans cette ambiance-là, mais si je peux aller plus loin, moi, la chance que j'ai eue, sincèrement, ma plus grande chance même dans mon métier, etc., c'est mes parents parce qu'ils m'ont appris déjà que rien n'était acquis.
Je les ai vus recommencer leur vie plusieurs fois et surtout, j'ai vu des gens qui ont toujours mis leurs principes avant leurs intérêts. Et aujourd'hui, à mon maigre niveau dans ma petite carrière, ça m'aide énormément. Dans ma vie de tous les jours, quand il y a un choix à faire et que je me dis clairement mon intérêt est là, mais mon principe, c'est ça, je vais suivre mon principe. Et c'est dans ce sens-là que ce n'est pas tant l'Iran, c'est plus le parcours de deux Iraniens. C'est comme ça qui m'inspire plus aujourd'hui.
Le parcours des Iraniens, il faut rappeler qu'en ce moment même, se joue une pièce que vous mettez en scène, que vous avez écrite, qui s'appelle Alba et Sadaf, l'histoire croisée de deux jeunes filles. L'une est salvadorienne, l'autre est iranienne. Et à un moment donné, l'un des deux personnages principaux à cette phrase, ce ne sont pas des petits gestes qu'il faut si tu veux changer les choses. C'est un électrochoc. Et cela dit aussi quelque chose du courage des Iraniens, des Iraniennes, en ce moment, le courage inouï d'une société qui se lève face à un régime qui tue Ferrej Tadib, sur le courage de ces Iraniens et de ces Iraniennes.
Le tableau est noir quand on regarde la situation d'Iran. Mais regardez ce courage des gens. Vous savez, ils vont attendre un petit peu l'arrivée de l'aide, mais ils ne vont pas rester chez eux longtemps. ce gouvernement, les Iraniens vont le mettre dehors. Ils vont l'abattre, c'est sûr.
Ils vont y arriver.
Ils vont y arriver.
Tous les deux, vous n'avez jamais pu retourner en Iran. Non. Donc, ça fait plus de 40 ans maintenant. Oui. Vous avez l'espoir, on imagine, un jour... Je souhaite au fond du cœur de pouvoir retourner. Retourner dans ce pays. Oui. On le souhaite tous.
On le souhaite tous. En fait, en prenant la parole, en prenant la parole, on sacrifie l'Iran. Je peux vous dire que jeudi 8 janvier, il y a plein d'Iraniens qui ont fait leur valise. Il y a des millions d'Iraniens qui attendent de retourner en Iran. Et du coup, à chaque mouvement, il y a un espoir qui se lève et après, il y a la répression et il y a ce sentiment de culpabilité d'être là. Donc, on essaye tous, d'un point de vue plus personnel, j'essaye d'être utile par mon métier en leur redonnant une voix qu'on leur empêche d'avoir, en fait.
Et d'ailleurs, j'ai un message hier, il y a une Iranienne qui me disait « Dis-leur en France qu'on a les enfants les plus opprimés du monde, les plus seuls au monde, mais les plus courageux du monde. » Et c'est vraiment ça, en fait. Ils sont en train de se battre tout seuls, mains nues, contre un régime qui leur tire avec des kalachnikovs dessus. Des kalachnikovs. Et ce courage, en fait, on le voit. Ce mouvement, il a commencé déjà en 1999. En 1999, ils se sont mobilisés. Je veux dire, la lutte, elle est là. Mais face à eux, il y a un régime qui est très puissant, qui ne veut pas partir personne pour rester en place.
Merci, merci beaucoup à tous les trois d'être venus au micro d'Inter ce matin. Je rappelle cette pièce de théâtre qui se joue à Paris, à l'Apollo Théâtre tous les vendredis et samedi. Ça s'appelle « Alba et Sadaf ». Merci infiniment. La revue de presse à suivre.